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LE JANSÉNISME

Qucsnel n'était point alors soupçonné de jansénisme. En 1693, M. de Noailles, évôque de Chàlons-sur-Marne, avait même donné son approbation à la troisième édition des Réflexions^ morales, et lors de- la quatrième (1699), s'était borné à exiger quelques corrections. La « paix de Clément IX » semblait donc devoir durer, lorsqu en 1702 la publication d'fhi cas de conscience la rompit brusquement.

On supposait qu'un ecclésiastique, ayant souscrit le formulaire de foi imposé par le pape, confessait à son lit de mort avoir signé sans croire que l'Eglise fût infaillible dans la décision d'une question de fait, et seulement pour garder, comme disaient les jansénistes, un « silence respectueux ». Le confesseur demandait s'il pouvait l'absoudre. Quarante docteurs de Sorbonne, entre autres Ellies du Pin, répondirent affirmativement. Cette réponse raviva immédiatement les vieilles querelles. M. de Noailles, devenu archevêque de Paris et cardinal, obligea la plupart des docteurs à se rétracter. Fénelon et d'autres évèques suivirent son exemple. — Pour terminer la discussion devenue très vive, Clément XI (1700-1721), à la demande expresse de Louis XIV, publia en 1705 la bulle Vineam Domini Sabaoth, qui confirmait la bulle Ad sacram, et déclarait qu'en présence des faits condamnés par l'Eglise, le silence respectueux ne suffisait pas, et qu'on devait croire de cœur sa décision, fondée à la fois en droit et en fait. La nouvelle bulle ne mit pas fin à la controverse. L evèque de Saint-Pons la combattit. Les religieuses de Port-Royal refusèrent de l'accepter sans restrictions. En 1709, sur l'ordre du roi, elles furent dispersées par la police en différents couvents. L'année suivante, leurs bâtiments furent rasés. L'opinion publique imputa cette exécution au P. Le Tellier, qui venait de succéder au P. de la Chaise dans la charge de confesseur du roi, et dont le caractère entier et dominateur ne connaissait pas les ménagements de son prédécesseur.

Cependant les Jésuites avaient porté leur attention sur les Réflexions morales de Quesnel, et n'avaient pas tardé à reconnaître qu'elles s'inspiraient des théories de Jansenius sur l'efficacité irrésistible de la grâce et la volonté imputée à Dieu de

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ne sauver qu'une partie des hommes. Le livre fut déféré au jugement du Saint-Siège. Clément XI institua pour l'examiner V'"e commission composée non de jésuites, qui passaient pour les ennemis particuliers des jansénistes, mais de dominicains. L'ouvrage fut censuré (1708), et les évêques de Luçon et de La Rochelle en défendirent la lecture dans leurs diocèses. Leurs mandements, affichés à Paris, provoquèrent un conflit avec le cardinal de Noailles, qui, ayant jadis approuvé les Réflexions morales, hésitait à se déjuger. A sa considération, le pape fit examiner à nouveau le livre incriminé ; mais, après une longue et mûre délibération, il condamna expressément 101 propositions qui en avaient été extraites. La bulle de condamnation est devenue célèbre sous le nom de bulle I nigenitus (1713).

Dès qu'elle eut paru, le cardinal de Noailles proscrivit les lUflexions morales dans son diocèse; mais, quelques-unes des propositions condamnées paraissant offrir, quand on les isolait du contexte, un sens orthodoxe, il profita de cette circonstance pour demander à Clément XI des explications avant d'accepter la bulle, et alla même jusqu'à défendre, sous peine de suspense, toute adhésion publique aux décisions dogmatiques rendues par le pape à ce sujet. Cette attitude ambiguë de l'archevêque de Paris surexcita les passions. M™8 de Maintenon, qui avait la « maladie anti-janséniste » (Saint-Simon) et la manie de vouloir régenter l'Eglise avec l'aide d'un petit cénacle de prélats qu'on appelait par dérision le concile des Gaules, poursuivit le jansénisme partout, dans le clergé, les couvents, l'administration. Poussé par elle, Louis XIV fit enregistrer la bulle au Parlement, et songeait à réunir un concile national pour trancher la question lorsqu'il fut prévenu par la mort (1715).

Agitation soulevée par la bulle « Unigenitus ». — Sous la régence sceptique du duc d'Orléans, il y eut une réaction janséniste, et il se forma contre la bulle UniyemUn un assez gros parti. Les Facultés de théologie de Paris, Reims, Nantes, qui l'avaient acceptée, révoquèrent leur adhésion. Quatre évoques interjetèrent appel au futur concile œcuménique (1717), exemple bientôt suivi par le cardinal de Noailles et cent docteurs de Sorbonne. Clément XI s'empressa de condamner les

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appelants par la sévère bulle Pastoralis of/icii (1718), (jui retranchait île l'Eglise quiconque n'admettait pas la bulle Unigenitus. De son coté le Kégent, fatigué de cette agitation, essaya d'imposer silence aux deux partis. Ni le pape ni le prince ne réussirent. Le concile de Latran (172o), qui ordonnait d'accepter la bulle comme règle de foi, n'eut pas plus de succès. Pendant plusieurs années, la France, seule entre tous les pays catholiques, se divisa entre acceptants et appelants : les premiers, soutenus par le gouvernement qui, désireux d'en finir, cherchait par tous les moyens à obtenir l'adhésion à la bulle ; les seconds, encouragés par l'attitude des parlements, qui admettaient facilement les appels comme d'abus contre les ecclésiastiques acceptants.

Parmi les appelants, l'évoque de Scnez, Soanen, vieillard de quatre-vingts ans, se faisait remarquer par son opiniâtreté. Un concile, présidé par un ancien agent de Dubois, Tencin, archevêque d'Embrun, se réunit dans cette dernière ville, et déposa le prélat, qui ne cessa de protester (172(>). Noailles et l'évêque de Montpellier, Colbert, janséniste ardent, contestèrent la légitimité du concile, et l'agitation augmenta. La politique s'en mêla. Quiconque était de l'opposition, le clergé inférieur, les bourgeois, le peuple, les femmes mômes étaient jansénistes, « en gros et sans savoir la matière » (Barbier). Un diacre obscur, nommé François Paris, connu seulement par sa charité et sa résistance à la bulle, étant venu à mourir (1727), son tombeau, au cimetière Saint-Médard, devint l'objet de scènes étranges : extases, convulsions, prétendus miracles, que les appelants exploitèrent auprès des gens crédules, mais qui commencèrent à les discréditer auprès des gens sensés. Pour dégager sa responsabilité, le cardinal de Xoaillcs, qui d'ailleurs s'était plutôt attaché à des questions de forme qu'à la question de fond, se soumit sans réserve à la bulle Unigenitus (1728). Son exemple entraîna l'adhésion de la plupart des prélats appelants. Seuls, les évèques de Troyes, Auxcrre, Montpellier, les parlements et quelques avocats s'obstinèrent. Quant aux convulsions, elles tournaient à l'épidémie. Fleury lit fermer en 1732 le cimetière Saint-Médard. Les convulsionnaires en furent quittes pour se livrer à leurs exercices à huis clos.

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Ces diverses circonstances changèrent complètement en France le carat: 1ère tin jansénisme : en bas, il dégénéra en une secte superstitieuse; en haut, et principalement parmi les parlementaires, il devint un parti politique, caractérisé surtout par son attachement aux « libertés » de l'Eglise gallicane, sa haine des Jésuites, et son hostilité contre quiconque, pape, évéque ou roi, semblait menacer les premières et protéger les seconds. — Cet esprit s'était déjà manifesté en 1728 à propos de la canonisation de Grégoire VII, dont l'oflice, mentionnant l'excommunication de l'empereur Henri IV, avait éveillé les susceptibilités du parlement de Paris, ainsi que des gouvernements de Venise et d'Autriche. Il se manifesta de nouveau en 1731. Certains piètres du diocèse d'Orléans ayant voulu obliger leurs ouailles à adhérer à la bulle, le Parlement les décréta d abus. Puis, par un singulier oubli des limites de sa compétence, il enjoignit par arrêt à l'évèque d'Orléans de s'opposer au renouvellement de ces faits. Fleurv linit par évoquer au conseil toutes les affaire* relatives au jansénisme, ce qui provoqua de la part des parlementaires et des avocats une véritable « grève », les premiers refusant de siéger, les autres de plaider. Fleury exila l'un des principaux meneurs, l'abbé Pucelle, et emprisonna à Vincennes le conseiller Tilon. On vit alors les parlementaires, même anlijansénistes, venir offrir en masse leur démission, acclamés par le peuple, qui criait sur leur passage : « Voilà les vrais Romains, les Pères de la Patrie » (20 juin); mais trois semaines après, ce même peuple put voir « Messieurs » siéger de nouveau sur les Heurs de lis. Surpris de ce revirement inattendu, il cessa de s'intéresser à une lutte dont il ne comprenait plus les mobiles.

Les refus de sacrements. — Un nouveau conlU eut lieu

quelques années plus tard, à propos des refus de sacrements. Plusieurs curés, résolvant à leur manière le « Cas de conscience » posé en 1702, avaient exigé des mourants une déclaration d'adhésion à la bulle Cnif/fuitus ou un billet de confession émanant d'un prêtre non-janséniste. L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, avait enjoint à son clergé d'agir ainsi. En 1 752 , le curé de Saint-Elienne-du-Mont , se

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conformant aux ordres do l'archevêque, refusa les sacrements à l'oratoricn Lemère, accusé de jansénisme. Ce fut le signal d'une lutte étrange. Le Parlement cite le curé à sa barre, lui ordonne de conférer les sacrements au malade, et invite l'archevêque à retirer son mandement. Le roi évoque la cause, et casse l'arrêt du Parlement. Sur ces entrefaites, Lemère meurt sans avoir été administré. Le Parlement rend un nouvel arrêt, décrétant le curé de prise de corps et confisquant ses biens. L'arrêt cassé, il fait des remontrances; puis, s'autorisant d'une réponse ambiguë du roi, il annule les procédures commencées, mais défend, par un arrêt de règlement, « à tout ecclésiastique de faire aucun acte tendant au schisme ».

A cet arrêt, affiché partout, l'archevêque et les curés de Paris répliquent en remontrant à leur tour au roi que l'autorité ecclésiastique est seule compétente pour juger des conditions dans lesquelles les sacrements doivent être administrés, et que c'est là une matière qui n'est pas t/u'.vtr, mais purement spirituelle. Ce point aujourd'hui ne serait même pas discuté. Sous l'ancien régime, malgré la confusion qui subsistait à certains égards entre le spirituel et le temporel, il n'aurait pas dù l'être non plus. A défaut du bon sens, l'édit de 1695 était là, qui réservait aux juges d'Eglise la connaissance des causes sacramentelles et disciplinaires — Malgré un arrêt du Conseil leur défendant de s'immiscer dans les matières spirituelles, les parlementaires ne se tinrent pas pour battus. Ils multiplièrent les procédures sur les refus de sacrements, examinèrent les bréviaires, condamnèrent les mandements. Le Conseil du roi multiplia de son coté les cassations. Puis l'agitation gagna les provinces : à Toulouse, à Aix, les parlements décrétèrent plusieurs prêtres de prise «le corps pour refus de sacrements.

Au mois de décembre, à la suite d'un nouvel incident, le parlement de Paris, fort de la faiblesse du roi, qui était incapable de prendre un parti vraiment' ferme, saisit le temporel de l'archevêque et le cita devant lui. Sollicité par vingt-sept évèques, le roi interdit de continuer les poursuites. Le Parlement céda,

{. Voir < i-<l.-<siis, l. VI. p. Ji9-2t;ij.

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mais reprit bientôt l'offensive. Cette fois, Louis XV voulut montrer quelque énergie. Il exila les membres du Parlement en divers lieux (1753), et tenta de les remplacer par une chambre des vacations; mais, les autres juridictions refusant de reconnaître cette juridiction nouvelle, il plia, rappela le Parlement, interdit les billets de confession et les refus de sacre-

ments, et exila à Conflans l'archevêque de Paris (1*754). Les parlementaires triomphaient. — De son côté, Benoit XIV déclara que les ordonnances de l'archevêque seraient maintenues dans toute leur rigueur, mais ne s'appliqueraient plus qu'à ceux qui seraient « publiquement et notoirement » refrac lai res à la bulle Uni yen il us (16 octobre 1756).

Ainsi se termina le conflit, dont une des plus tristes conséquences fut l'ingérence arbitraire du gouvernement dans les affaires religieuses, et par cet empiétement sur un domaine qui n'est pas le sien, le trouble apporté à la fois dans les juridictions et dans les consciences. En France toutefois ce trouble n'engendra pas de schisme positif, et les jansénistes n'en vinrent pas à une rupture extérieure de communion.

Le schisme d'Utrecht. — Il n'en fut pas de même dans les Pays-Bas, où un schisme véritable se déclara à Utrechl. Dans les Pays-Bas, à la suite du bouleversement religieux produit par la Réforme protestante, la plupart des évêchés avaient été détruits, et les catholiques étaient alors gouvernés par un vicaire apostolique, en résidence à Utrecht, qui avait conservé, grâce à celte circonstance, son titre d'archevêché et son chapitre. En 1702, le vicaire apostolique, Pierre Kodde, archevêque de Sébasle, s'élant déclaré ouvertement pour eux, Utrecht devint le refuge préféré des jansénistes. Clément XI suspendit Pierre Kodde; mais le chapitre refusa de reconnaître les nouveaux vicaires que le pape envoya. Quesnel, retiré à Amsterdam depuis 1703, d'autres jansénistes après sa mort (1719), les Etats-Généraux, toujours hostiles au Saint-Siège, encouragèrent la résistance, si bien que pendant vingt ans les fonctions épiscopales ne furent plus romplies.

Le chapitre, pour mettre fin à cette situation, élut de sa propre autorité comme archevêque d'Ut redit le vicaire général

SUPPRESSION DES JESUITES

Cornélius Slecnoven, dont l'élection ne fut pas ratiliée à Rome (1723). Le chapitre passa outre, et chercha un consécrateur pour le nouvel élu. L'évèque de Babylone, Dominique Yarlet, tout suspendu qu'il fut de ses fonctions, s'offrit : le schisme était consommé (1724). Varlet sacra de même les trois premiers successeurs de Steenoven, qui furent excommuniés par le pape. Après la mort de Varlet (1742), pour assurer la durée du nouvel épiscopat schismalique, l'archevêque Meindarts reconstitua, comme suffragants d'Utrecht, les évèchés de Harlem (1742) et de Deventer (1752). En 1763, il célébra un concile dont il envoya les actes à Rome. Les membres de la petite Eglise d'Utrecht affectaient de se regarder comme catholiques. Ils reconnaissaient la primauté du pape, condamnaient même leserreurs de Jansenius, mais refusaient obstinément d'admettre la bulle L nigenitus. Malgré de nombreux essais de réunion, notamment sous Clément XIV, le schisme s'est perpétué jusqu'à nos jours. 11 compte cinq à six mille adhérents, qui, en 1872, ont fait alliance avec les « vieux-catholiques ».

//. — Suppression des Jésuites.

Réaction contre la Compagnie de Jésus. — La

part prise par les Jésuites à la condamnation de YAugiisfinus et des Réflexions morales, ainsi qu'aux difficultés suscitées par les bulles Vineam Domini et (Jnigenilus, leur avait attiré de nouvelles inimitiés. Aux protestants, aux jansénistes, aux parlements1, vinrent se joindre tous ceux qui, rêvant la diminution du pouvoir pontifical ou la destruction du catholicisme» voyaient dans les Jésuites les auxiliaires dévoués du Saint- Siège et le principal appui de l'Église. De là 'hostilité que leur manifestaient en toute occasion les gallicans, les philosophes, les encyclopédistes, et la société secrète des liber i murutori ou francs-maçons, que venaient de condamner comme

I. Sur ces divers puinls, voir ci-dessus, t. V, p. 1 1 : t. VI, p. 2«iO-2«7; t. VII» P- 345 et 818.

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anlichrélienne Clément XII (bulle In eminenli % 4738) cl Benoit XIV7 (bulle Proridas, 1751).

D'un autre côté, l'influence acquise par les Jésuites dans les collèges, dont ils avaient pris presque partout la direction, auprès des rois, dont beaucoup les choisissaient comme confesseurs ou comme conseillers, avait éveillé contre eux la jalousie des Universités et des ministres. Les princes mêmes qui les écoutaient voyaient avec défiance grandir leur puissance. — 11 ne faut pas oublier non plus les inimitiés privées : la marquise de Pompadour ne pardonna jamais aux Jésuites de lui avoir refusé l'absolution tant qu'elle resterait la maîtresse du roi.

Les Jésuites avaient d'ailleurs donné prise sur eux. Leur ferveur primitive avait diminué. Ils s'embarrassaient trop souvent dans les affaires séculières. Dès 1741, Benoit XIV, le grand pape du xvui0 siècle (1740-1758), s'était vu obligé de leur rappeler les règles canoniques et de leur interdire le commerce en général et celui des esclaves en particulier (bulle Immense pnsforum). Il songeait à réformer l'Ordre, lorsqu'il mourut (1758).

Tout cela avait déterminé contre les Jésuites une réaction si forlc qu'il était facile de prévoir, dès le milieu du xvni0 siècle, que des mesures graves ne pouvaient manquer d'être prises contre eux. Leurs nombreux ennemis avaient lini par s'entendre, et dans plusieurs Etats leur suppression était résolue. Une association, composée principalement de jansénistes, avait même fondé une caisse spéciale pour payer les pamphlets destinés à préparer l'opinion publique, et l'agent de celle association écrivait de Home : « Le cordon tracé autour des Jésuites est de telle nature qu'ils ne sauraient le rompre, malgré leur crédit et tous les trésors de l'Inde. » Il ne s'agissait plus que de trouver l'occasion favorable ou au besoin de la faire naître.

Mesures prises contre les Jésuites en Portugal. — C'est du Portugal que partirent les premiers coups. Le Portugal était alors gouverné par Sébastien Carvalho (plus tard marquis de Pombal), qui dominait entièrement le roi José Ier (1750-1777), et dont les Jésuites gênaient les projets ambitieux. Il exploita

SUPPRESSION DES JÉSUITES

contre eux la révolte du Paraguay en 1750 et un attentat à la vie du roi en 1758.

En 1750, le Portugal avait signé avec l'Espagne un traité aux termes duquel il devait recevoir, en échange de la colonie de San-Sagramento, les sept districts du Paraguay, où se trouvaient les « réductions » si prospères organisées par les Jésuites *. Les habitants des districts cédés, mécontents du traité, se soulevèrent contre les Portugais. Pomhal rendit les Jésuites responsables de la révolte, supprima leurs « réductions », et les dénonça au pape Benoit XIV, qui, sur ses instances, nomma le cardinal Saldanha, patriarche de Lisbonne, visiteur de l'Ordre. Saldanha défendit aux Jésuites de prêcher et de confesser dans le territoire soumis à sa juridiction (1758).

La même année, le roi, circulant un soir incognito dans les rues de Lisbonne, reçut deux coups de mousquet qui le blessèrent grièvement (3 septembre). Pombal transforma cet attentat en un vaste complot, dans lequel il impliqua, — outre ses ennemis personnels, qui furent exécutés le 13 janvier 1759 et réhabilités comme innocents en 1777, — les Jésuites, qui n'étaient pas plus coupables. 11 confisqua leurs biens, en déporta la plus grande partie sur les côtes des États pontificaux, et emprisonna les autres.

Mesures prises contre les Jésuites en France. — En France, l'occasion attendue se produisit en 1760. L'ancien procureur général de l'Ordre à la Martinique, le P. Lavalette, avait fondé dans celte île un grand établissement de commerce, qui réussit d'abord. Mais en 17G0, plusieurs bâtiments chargés de ses marchandises ayant été capturés par les Anglais, le P. Lavalette fut ruiné et obligé de suspendre ses paiements. La faillite s'élevait à près de trois millions de livres. Des négociants de Marseille, créanciers du P. Lavalette, prétendirent rendre l'Ordre entier responsable de ses dettes, et en réclamèrent le paiement. Les Jésuites, qui avaient exclu le P. Lavalette, refusèrent de solder le déficit, en se retranchant derrière leurs constitutions. Un procès s'ensuivit, qui passionna

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