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828 L'KCLISK CATHOLIQUE

Dans une rédaction embarrassée, le pape donnait comme motifs de sa décision que la Compagnie de Jésus ne pouvait plus rendre les services considérables pour lesquels elle avait été fondée ; qu'elle avait suscité des plaintes nombreuses en se mêlant à la politique et en provoquant la discorde; que son existence niellait obstacle au rétablissement de la paix et des relations amicales entre les cours de la maison de Bourbon et le Saint-Siège. — Pour assurer l'exécution du bref, le vieux général des Jésuites, Lorenzo Ricci, ses assistants et quelques autres Pères influents furent incarcérés dans le château Saint-Ange. Ricci protesta jusqu'à sa mort qu'aucun grief sérieux ne pouvait justifier l'abolition de son Ordre et sa propre captivité. 11 mourut en prison, le 2i novembre 1775.

L'abolition des Jésuites causa une profonde émotion dans tous les pays où ils étaient établis, même dans les pays non catholiques. — Le roi de Prusse Frédéric II, qui les appréciait comme instituteurs, voulut les maintenir en Silésie. Ce fui sur leur demande et pour éviter à l'archevêque de Breslau un conflit avec le Saint-Siège qu'il consentit à les laisser se dissoudre en tant que corporation, mais il les conserva dans ses écoles comme prêtres séculiers. — La tsarine Catherine II alla plus loin. Elle interdit la publication dans ses États «lu bref d'abolition, et maintint les Jésuites de la Russie-Blanche dans leurs deux collèges de Mohilef et de Polotsk. Pie VI (1771- 171KI), ami des Jésuites, régularisa cette situation par un plein pouvoir donné à l'archevêque de Mohilef, le i;> août 1778 Le vice-provincial Stanislas Czerniewiez put alors recevoir des novices, et assurer ainsi la durée de l'Ordre en Russie (1779). Trois ans plus tard, sur l'injonction formelle de Catherine, il convoqua à Polotsk une réunion plénière, où il fut élu vicaire général de l'Ordre [jour la Russie (1782). Paul Ier ayant accordé aux Jésuites une église à Pélersbourg, le pape Pie VII abrogea partiellement le bref de Clément XIV, et rétablit la Compagnie

I. l'io VI avait déjà rendu à la liberté 1rs Jésuites incarcérés avec Hicci. et refusé de canoniser, malgré les instances * J «* l'Espagne, l'évoque Jean de l*alnfo\, <|ui sYlait montré un des ad\ersaires résolus de la Compagnie de Jésus (uiir< idrssus, t. VI, p. 211).

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de Jésus pour toute la Russie (bref Catholicœ fîdei, 7 mars 1801). De cette façon, l'Ordre ne fut pas entièrement détruit.

La Commission des Réguliers (1776-1784). — La suppression des Jésuites fut le signal de diverses mesures contre les autres Ordres religieux. A Paris, dès 1776, une Commission dite <hs Réguliers fut nommée par le roi pour « réformer » le clergé régulier. L'archevêque de Toulouse, Urienne, fut l'agent le plus actif de celte commission, qui ne comptait guère que des laïques. Elle inspira l'édit du 2i mars 1778 qui, sous prétexte de réforme, préparait la ruine d'un grand nombre de monastères. Le roi y fixait l'âge requis pour la profession à vingt et un ans pour les hommes et dix-huit ans pour les filles; interdisait aux différentes congrégations d'avoir plus de deux maisons à Paris et plus d'une dans chaque ville de province ; établissait enfin pour chaque couvent un chiffre minimum de personnes qu'il devait renfermer, faute de quoi il était supprimé ou condamné à périr par voie d'extinction. La Commission des Réguliers succomba en 1 78i sous l'opposition des parlements et des évèques. Mais pendant les sept années de son existence, elle avait été vite en besogne. Neuf congrégations disparurent de France, notamment celles de Grandmont, de sainte Brigitte, des Servîtes, des Antonins, des Céleslins. L'ordre de la Merci et la congrégation de Saint- Maur subsistèrent, fort ébranlés.

Vers le même temps, en Autriche, Joseph II supprimait aussi un grand nombre d'Ordres.

Nouveaux ordres religieux. — Ces suppressions furent en partie compensées par la création d'Ordres nouveaux. — Le plus important est celui des Rédemplorisles , ou « Congrégation du Très-Saint-Rédcmplcur », fondé en 1732 par saint Alphonse de Liguori, à Scala, près d'Amalfi. Alphonse de Liguori, né à Naples en 16%, d'une famille noble, s'était d'abord consacré à l'étude du droit. En 1722, la perte inattendue d'un procès qu'il avait plaidé le dégoûta du barreau et le tourna vers l'Eglise. Prêtre en 1725, il s'adonna à la prédication et à la direction des âmes, principalement dans les campagnes, dont l'ignorance religieuse l'avait vivement ému. C'est

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