LES PROTESTANTS
purent se marier, après trois publications, soit devant le curé faisant fonction d'officier d'état-civil, soit devant le juge royal du lieu. L'officier choisi devait déclarer les parties « unies en légitime et indissoluble mariage au nom de la loi » (art. 18). C'était la première application du mariage civil. Les naissances et les décès devaient être constatés de la même manière. L edit ajoutait que les réformés ne seraient plus inquiétés pour leur religion; toutefois l'exercice public n'en était pas autorisé. Il leur était loisible de se livrer au commerce, aux arts et à toutes professions; mais ils ne recouvraient pas l'aptitude à remplir « les charges de judicatures et les places donnant droit à l'enseignement public ». Malgré ces restrictions, l edit de 1781 souleva au parlement une violente opposition.
En Pologne, il y eut au xvm" siècle une forte réaction catholique, exaspérée par les troubles qui éclatèrent dans la ville protestante de Thorn, où une procession avait été interrompue par une émeute (1724). Les diètes de 1719, 1733, 1736, 1747, supprimèrent en partie les droits religieux et civils accordés aux dissidents. Ceux-ci firent appel à la Russie et à la Prusse, et, sous la pression de ces puissances, la diète de Varsovie 1 leur restitua en 1768 tous les droits spirituels et politiques qui leur appartenaient en 1717, et s'immisça même dans des affaires purement ecclésiastiques, notamment celle des mariages mixtes.
La question des mariages mixtes. — On sait que le droit canon fait de la diversité de religion (dispari tas cultiis) un empêchement dirimant au mariage quand la partie non-catholique est infidèle ou juive, un empêchement prohibitif quand elle est seulement schismatique ou hérétique (disparitas imperfecta). Dans ce dernier cas, le Saint-Siège, tout en conseillant aux catholiques de s'abstenir, accorde assez facilement des dispenses, sous certaines conditions destinées à préserver la foi de l'époux catholique et celle des enfants à naître du mariage. Malgré les anathèmes formulés par Luther, Calvin et plusieurs synodes protestants (Lyon, 1568; Montpellier, 1598), qui considéraient comme un « acte impie » l'union des réformés avec les catholiques, les