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LES PROTESTANTS

Calliscn, 1586-1656), et enfin la réforme générale entreprise par les piétistes en Hollande et en Suisse et introduite en Allemagne par Spener (1635-1705), tout cela avait échoué. Les sectes continuaient à se multiplier. Plusieurs prirent naissance dans la période même qui nous occupe, notamment celles des Herrnhuters, des Méthodistes, des Swedenborgiens.

Sectes protestantes nouvelles. — La secte des Heirnhuters doit sa création à un gentilhomme de Dresde, le comte Nicolas-Louis de Zinzendorf (1 "00-1 160), ancien élève du collège piétiste de Halle, où il avait déjà cherché à fonder parmi ses condisciples une sorte d'ordre de chevalerie, appelé successivement ordre des « Esclaves de la vertu », des « Confesseurs du Christ », du « Grain de sénevé ». En 1722, il permit à quelques Frères moraves de créer dans ses domaines, sur le Hutberg (Haute-Lusace), un établissement qu'il développa en 1727. La nouvelle communauté prospéra, et donna naissance à une petite ville, appelée par Zinzendorf Herrnhut (bergerie du Seigneur). Les Herrnhuters étant de provenances et de croyances fort diverses, Zinzendorf les divisa en trois groupes : les moraves, les luthériens, les réformés. Leur seul point de contact était leur foi commune à « la rédemption par la mort sanglante du Christ crucifié ». Ils fondèrent quelques communautés en Hollande, en Angleterre, en Amérique.

Les Méthodistes tirent leur origine d'une association déjeunes gens formée à Oxford, en 1729, par John Wesiey et son frère Charles, et bientôt surnommée le « Club des pieux » ou des « méthodistes », parce que les membres s'engageaient à suivre une règle de vie, methodus vitœ. Les deux frères entrèrent d'abord en relations avec les Herrnhuters, puis allèrent par toute l'Angleterre et l'Amérique propager leurs idées. Ils s'adjoignirent en 1732 un prédicateur de grand talent, nommé George Whitefield, qui fit faire des progrès sensibles à l'association. Le but des frères Wesley était simplement de ranimer la ferveur de l'Eglise épiscopalienne d'Angleterre; mais leurs rapports avec les Herrnhuters, la résistance des anglicans, la jalousie inquiète du clergé orthodoxe les conduisirent peu à peu à la séparation. Les Méthodistes conservèrent toutefois l'organisation et la

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liturgie de l'Église anglicane; mais, une fois séparés, ils entrèrent en lutte avec elle, et se virent interdire en 1739 la prédication en plein air. En 1740, ils s'éloignèrent des Herrnhuters, dont ils repoussaient la doctrine spéciale sur la régénération. En 1741, ils se divisèrent entre eux, John Wesley ayant adopté sur la question de la grâce et de la prédestination les idées des arminiens, tandis que Whilefield restait fidèle à celles des calvinistes. Les deux amis se réconcilièrent ensuite; mais après la mort de Whilefield (1770), le schisme recommença. En 1771, à l'instigation de son disciple John Flelcher. Wesley présida une conférence des principaux « wcsleyens » pour définir les points contestés et mieux marquer leur dissidence avec les « whitelieldiens ». Les communautés méthodistes, mises à la mode par la comtesse Hunlingdon dans le high life anglais, se sont répandues dans l'Amérique du Nord, où elles comptent aujourd'hui vingt millions d'adhérents, tant hlancs que nègres.

La secte des Sioedenborgtens ou « Nouvelle Église » a pris naissance en Suède, où elle a été fondée en 1743, par un illuminé, Emmanuel de Swedenborg, fils d'un évoque suédois. Swedenborg disait avoir des relations constantes avec les anges et les âmes des morts, et se prétendait appelé par Dieu à révéler « le sens intérieur et spirituel » de l'Ecriture, et à préparer la Jérusalem céleste qu'annonce Y Apocalypse et dont il fixait l'avènement au 10 juin 1770. Ses théories incohérentes, mélange bizarre de théosophie et de rationalisme, trouvèrent de nombreux adeples en Suède, en Angleterre (où il mourut en 1772), dans l'Amérique du Nord, en France même, et enfin dans le Wurtemberg, où elles furent propagées par Tafel.

Signalons pour mémoire les petites sectes de Buttlar dans la Hesse (1702), des Hébreux dans les Pays-Bas (vers 1730), de 6' ion dans le duché de Berg (vers 1737), de Bordelutn dans le Holslein (1739), de Brùgg dans le Bernois (1748), et deux nouvelles variétés de quakers en Gornouaillcs (vers 1760), les Jumpers (sauteurs) et les Shakers (agités), ces derniers fondés par Anne Lee, la « fiancée de l'Agneau », etc.

Rapports des catholiques et des protestants en Angleterre et en Allemagne- — Quels étaient maintenant

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les rapports de ces Églises avec l'Église catholique? De temps à autre, il se produisait des essais de rapprochement. Vers la fin du xvn° siècle, des pourparlers s'étaient engagés dans toute l'Allemagne (principalement en Hanovre) entre l'évêque espagnol Hojas de Spinola (-[- 1695), chargé des pleins pouvoirs de l'empereur Léopold Ier, et l'abbé protestant de Lockum, Molanus, délégué par l'Electeur de Hanovre. Malgré les efforts de Bossuet et de Leîbnitz, ces pourparlers n'avaient pas abouti; et depuis, aucune tentative sérieuse n'avait eu lieu. Le deuxième jubilé de la Réforme, célébré en 1117, était venu au contraire aigrir les esprits et ranimer les vieilles polémiques. Là où l'un des partis était au pouvoir, il opprimait l'autre. Toutefois les idées de tolérance réciproque, jusqu'alors inconnues, commençaient à se faire jour. Elles aboutirent vers la fin du siècle à améliorer sensiblement la condition des « dissidents ».

En Angleterre, le bill de tolérance de 1689, qui avait accordé le libre exercice de leur religion à toutes les sectes, l'avait refusé aux sociniens et aux catholiques. Ces derniers restèrent privés de tous droits civils et politiques ; leurs écoles furent fermées, leurs prêtres poursuivis, ceux de leurs enfants qui se convertissaient à l'anglicanisme mis en possession des biens de leurs parents. En Irlande surtout l'oppression des catholiques atteignit un degré de cruauté inouïe. Au milieu du xviu° siècle, il se trouva un tribunal anglais pour déclarer « que la loi ne reconnaissait point de catholiques dans le royaume, et que leur existence n'y était possible qu'autant que l'État voulait* bien fermer les yeux ». Ce n'est qu'en 1719 que les catholiques furent assimilés aux autres < dissidents », en ce sens qu'ils purent pratiquer leur culte; mais ils restèrent toujours exclus des fonctions politiques, municipales, et judiciaires.

En Allemagne, après la paix de Westphalie, les protestants avaient cherché les moyens de conserver la liberté que le traité leur avait assurée, et avaient constitué en 1663 une autorité chargée de maintenir leurs droits, le Corpus evanrjelicum. Il résulta de là, de temps à autre, des luttes contre les princes catholiques, par exemple contre les Xeubourg du Palatinat et contre l'archevêque de Salzbourg. Ce dernier, en 1731, expulsa

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<le ses Elals 20 000 protestants, qui émigrèrcnt en Lithuanie, en Angleterre, en Amérique. En 1744, le prince de Hohenlohe ayant voulu obliger les ministres luthériens de ses domaines à célébrer la Pâques en même temps que les catholiques, le Corpus rvangelicum prit les armes contre lui (1750). En Silésie, Frédéric Il mit les deux Eglises catholique et protestante sur le même pied (1742). En Autriche, Joseph H publia en 1781 un édit de tolérance, accordant aux protestants la jouissance des droits civils et le libre exercice de leur culte. Condition des protestants en France et en Pologne.

— En France, la condition des protestants fut très dure et à certains égards singulière. Depuis la révocation de l'édit de Nantes (1685), il était admis officiellement qu'il n'y avait plus d'hérétiques dans le royaume. Tous les réformés étaient censés convertis. Cette fiction explique la plupart des mesures qui furent prises contre eux : — 1° étant tous convertis, les protestants doivent se soumettre à toutes les lois de l'Eglise catholique; ils doivent notamment se marier devant le prêtre catholique (édit de 1G98); sinon, ils sont considérés par la loi civile, ainsi que par le droit canon, comme vivant en concubinage; leurs enfants sont bâtards et le roi en hérite; — 2° ne pas se marier devant l'Eglise constitue une rechute dans le protestantisme, une récidive ; les « nouveaux convertis » doivent alors subir les peines portées par le droit canonique et séculier contre les « relaps »;

— 3° refuser les sacrements au lit de mort, c'est encore faire acte de relaps; par suite, si le moribond survit, il sera condamné aux galères à perpétuité avec confiscation de ses biens. Lacordaire a qualifié ces mesures « d'actes de démence ».

En 1762, l'exécution à Toulouse du protestant Calas, accusé d'avoir tué son fils en haine de la religion catholique que celui-ci avait embrassée, fournit à Voltaire l'occasion d'attaquer la législation en vigueur. Aussi, dès l'avènement de Louis XVI, et malgré les remontrances du clergé (1775), une tolérance de fait très large s'établit à l'égard des protestants. Finalement, le roi, par son fameux édit de novembre 1787, leur rendit l'état civil dont ils étaient privés depuis un siècle, en déclarant que la fiction légale dont on avait usé était « inadmissible ». Désormais les réformés

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