CHAPITRE III
GUERRE DE LA SUCCESSION DE POLOGNE ET GUERRE D'ORIENT
/. — Le conflit polonais.
La succession d'Auguste II. — La guerre de la succession de Pologne fut la première des crises suscitées par le grand déplacement de puissance qui s'était opéré dans l'Europe orientale au début du xvinc siècle. L'élévation de la Hussie s'était faite aux dépens de ses trois voisins, Suède, Pologne, Turquie; menacés par un péril commun, ces États tendaient à se rapprocher. Pour se ménager un point d'appui, la Russie avait recherché la France et témoigné « une passion extrême » de s'allier à elle; mais la France avait refusé de sacrifier aux ambitions moscovites ses auxiliaires traditionnels : elle n'avait pas su être ingrate : elle était restée fidèle à la Suède, à la Pologne, à la Turquie, pour les services qu'elle en avait reçus ou qu'elle en attendait, et se croyait tenue de les couvrir d'une protection plus active. Dédaignée par la France, la Russie s'était rejetée vers l'Autriche et avait signé, le 6 août 1726, le traité de Vienne, qui solidarisait l'ambition des Habsbourg et celle des Romanof *. Étant donnés ces groupements nouveaux et ces rap-
i. Voir ci-dessus, ]>. 90.
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ports plus étendus, toute atteinte à 1 équilibre instable du Nord et de l'Orient devait provoquer une querelle européenne.
Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, mourut le 1" février 1133 : la vacance du trône électif de Varsovie rouvrait la Pologne à la lutte des partis et aux compétitions internationales. Derrière chacun des candidats, une ou plusieurs puissances allaient surgir. Le nouvel électeur de Saxe, Auguste III, fils du roi défunt, se mit immédiatement sur les rangs : disposant de 33 000 baïonnettes saxonnes, il se chercha en outre des appuis en Europe. Il eût été politique à la France d'employer la maison de Saxe à régénérer la Pologne, mais la France avait un candidat obligé; comme une intrigue de cour avait donné pour femme à Louis XV la fille de Stanislas Leszczinski, roi dépossédé de Pologne il parut indispensable de faire réélire ce prince; ce serait justifier rétrospectivement et relever dans l'opinion un mariage modeste : « Sa Majesté, écrivait d'Argenson, se trouvait n'avoir épousé qu'une simple demoiselle, et il était nécessaire que la reine fût fille de roi. » Tel fut le motif qui fit mettre en avant un candidat sans moyens propres ni ressources personnelles; la lutte à laquelle la France s'exposait parce choix ne serait pas même une guerre de magnificence et d'orgueil : ce serait une guerre de vanité.
Combattu par la France, Auguste III trouverait-il soutien en Allemagne? Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume Ier, aspirait à démembrer la Pologne et la couvait comme une proie : cet âpre convoileur du bien d'autrui rêvait ce que son fils exécuta. En 1732, il avait négocié avec Auguste II un projet de partage : la Prusse aurait obtenu Dantzig et la Basse- Pologne; on aurait désintéressé la Russie en lui donnant la Lithuanie moins Vilna, et l'Empereur en lui cédant le comté de Zips; sur le reste de la Pologne, la maison de Saxe aurait désormais régné à litre héréditaire. Il faut bien reconnaître qu'un tel arrangement eût sauvé la Pologne, au prix d'une amputation. La mort d'Auguste II avait fait manquer l'affaire. Frédéric-Guillaume essaya alors de traiter avec son fils et lui demanda tout au