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moins quelques districts saxons. N'obtenant que des paroles, il disait : « Si la Saxe ne fait pas vibrer d'autres cordes, je reste neutre... Si elle ne fait rien, je ferai la la la. » Il tinit par s'entendre avec l'Autriche pour appuyer le plus insignifiant des candidats, l'infant Emmanuel de Portugal : ce qui ne l'empêchait point d'offrir sous main à l'électeur de Saxe la royauté héréditaire d'une Pologne mutilée.
Plutôt que de se livrer à ce dangereux auxiliaire, Auguste III s'efforça de regagner l'Autriche. Pour y parvenir, il disposait d'une recette infaillible. Avant tout, l'empereur Charles VI avait à cœur de faire garantir successivement par toutes les puissances la Pragmatique qui assurait à sa fille Marie-Thérèse, après lui, la transmission de ses États héréditaires. Cette question de demain dominait la politique de l'Autriche et en partie celle de l'Europe : Charles VI passait son temps à solliciter des engagements, à quérir des signatures. Auguste III garantit la Pragmatique, que la maison de Saxe s'était refusée jusqu'alors à reconnaître; à ce prix, l'Empereur jeta par-dessus bord le prince portugais, adopta le Saxon, et, pour le soutenir, requit la coopération de la Russie.
Quoique liée à l'Autriche, la Russie jetait encore vers la France, de temps à autre, un coup d'œil de regret et de sympathie. En 1732, le premier personnage militaire de l'empire, le feld-maréchal Munich, nous avait fait à brùle-pourpoint de formelles propositions : au prix d'une alliance avec le roi, la tsarine Annalvanovna (1730-1740) eût laissé remonter Stanislas sur le trône de Pologne. Les prétentions de la Russie sur la Courlande et la ville turque d'Azof empêchèrent l'accord. An reste; le cardinal Fleury et son coadjuteur politique, Chauvelin, ne comprenaient pas la valeur de l'alliance russe. Ils la trouvaient trop coûteuse au sens strict du mot, vu la vénalité notoire des ministres de la tsarine : « L'utilité qu'on en pourrait retirer, écrivaient-ils, ne vaudrait assurément pas la dépense qu'il y faudrait faire. » Ils répondaient un peu plus tard à de claires insinuations : « Nous ferons les choses honnêtement, mais sans gâter ceux à qui l'on aura à donner. » On les gâta si peu que le parti allemand reprit le dessus à Pétersbourg.
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Dès la lin de 1132, la tsarine agréa par traité, de concert avec l'Empereur et le roi de Prusse, le prince de Portugal comme futur roi de Pologne; puis, lorsque l'Autriche eut changé de candidat, elle en fit autant, et les deux cours impériales, resserrant leurs liens, s'engagèrent à faire élire le Saxon par la force des baïonnettes (convention de Varsovie, 19 août 1733). Quant au roi de Prusse, chacun lui faussa successivement compagnie; il resta avec ses convoitises déçues, soutenant à moitié Stanislas sans prendre ouvertement parti, pestant contre tout le monde, furieux de n'avoir pu trouver un joint pour dépecer la Pologne.
Élection de Stanislas Leszczinskl. — A Varsovie, la période électorale s'était ouverte. Le marquis de Monti, ambassadeur de France, reçut mission d'assurer le succès de Stanislas et mena l'affaire haut la main. 11 se remua beaucoup, dépensa trois millions, et refit un parti au candidat français. Pendant ce temps, un faux Stanislas, le chevalier de Thiange, s'embarquait bruyamment à Brest et se dirigeait vers la Baltique, pour dépister la surveillance autrichienne et russe, alors que le vrai Stanislas traversait l'Allemagne déguisé en commis-voyageur et se glissait à Varsovie. Déjà la diète de convocation avait posé en principe qu'on n'élirait qu'un Polonais, catholique, ayant épousé une catholique : c'était d'avance donner l'exclusion au candidat saxon et désigner Leszczinski. Les diêtines avaient élu des nonces favorables à sa candidature. Le 1er septembre, la diète d'élection s'ouvre aux portes de la capitale : les électeurs polonais s'assemblent à cheval dans la plaine de Wola, au nombre de 60 000, et les Lithuaniens à Wengrow. Pendant huit heures, sous une pluie battante, le primat Potocki passa sur le front des escadrons polonais et n'entendit que les cris de : a Vive Stanislas! » Mais 4000 gentilshommes et 20 sénateurs avaient fait scission et s'étaient retirés sur la rive droite de la Vistule. D'autre part les Lithuaniens se montraient défavorables. Toutefois, dans la journée du 11, le primat aurait pu proclamer l'élection de Leszczinski, s'il n'avait voulu tenter un eflorl inutile pour ramener les dissidents. La proclamation eut lieu le lendemain (12 septembre). Les dames de Varsovie, qui
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paradaient sur le champ d'élection en brillants équipages, battirent des mains ; la nation se crut régénérée sous un roi de sa race, et la France s'imagina « avoir conquis la Pologne ».
Contre-élection d'Auguste III. — Triomphe d'un jour! Déjà les dissidents avaient envoyé une adresse à la tsarine; une armée de 20 000 hommes, soldats réguliers, hussards d'Oukrainc, Kosaks du Don, Kalmouks du Volga, sous le commandement de Lascy, marchait sur Varsovie. Les dissidents lui servaient de guides; ils savaient que les lois de la République accordaient deux mois pour protester contre 1 élection, au lieu môme où elle s'était accomplie, et ils brûlaient d'atteindre les abords de la capitale avant l'expiration du délai. A la veille du dernier jour, arrivés avec les Russes à Praga, en face de Varsovie, ils s'assemblèrent autour d'une auberge de village et proclamèrent Auguste III, opposant cette élection de grand chemin au choix solennel de la diète, le roi d'une faction au roi de la nation (2i septembre).
« Les Polonais me nommeront, avait dit Stanislas Leszczinski, mais ils ne me soutiendront pas. » En effet, la noblesse accourue pour l'élire s'était dispersée après le vole ; il restait avec 8000 hommes derrière les murs délabrés de Varsovie. Dans toute la Pologne, il n'eut pas trouvé une place assez forte pour donner un contre à la résistance. Cet abri qu'il eût vainement cherché dans ses Etats, une ville libre, protégée et vassale de la Pologne, le lui offrit : Dantzig l'appelait dans ses murs. Il s'y rendit et transporta son gouvernement dans cette imposante forteresse, adossée à la Baltique. Sa cause n'était pas irrévocablement compromise. A l'intérieur du pays, ses partisans se ralliaient et s'organisaient; des confédérations se formaient et commençaient la guerre de partisans, d'ailleurs avec peu de succès : on vit 3000 cavaliers polonais fuir devant 300 Russes. Impuissante à se débarrasser par elle-même de ses ennemis, la Pologne résisterait-elle assez pour laisser à un secours extérieur le temps d'arriver?
La France tente d émouvoir la Suède et la Turquie. — La France allait-elle soutenir militairement, aux extrémités de l'ancienne Europe, le prince qu'elle avait mis sur le trône?
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A Versailles et à Paris, l'opinion se prononçait ardemment pour la guerre. Louis XV semblait la désirer; Chauvelin la voulait; seul le cardinal Fleury cherchait à l'esquiver. Si l'on parlait de répondre à l'attitude agressive de l'Autriche et de la Russie en jelant des troupes en Allemagne, il proposait seulement de faire bombarder Luxembourg, parce que, disait-il, « bombarder n'est pas attaquer ». A la fin, il dut céder à l'entraînement général. La guerre fut déclarée à l'Autriche en octobre 1*733, des alliances négociées avec l'Espagne et la maison de Savoie, divers membres du corps germanique moralement gagnés, l'Angleterre et la Hollande immobilisées par la promesse d<* ne point toucher aux Pays-Bas. Franchissant le Hhin et les Alpes, nos armées allaient exécuter contre l'Autriche une grande diversion; mais pouvaient-elles s'aventurer à travers l'Allemagne ou par mer jusqu'en Pologne, atteindre la Russie qui s'occupait à briser notre œuvre? Par son éloignement, la Russie se trouvait à peu près invulnérable à nos coups : la France essaya de lui faire la guerre indirectement et par procuration. La Turquie et la Suède se faisaient pendant à droite et à gauche de la Pologne; leur action simultanée eut dégagé Stanislas; notre diplomatie essaya de les émouvoir et entra vigoureusement en campagne.
Il parut très vite que la Suède, encore saignante de ses récentes blessures, affaiblie par une constitution qui organisait l'impuissance gouvernementale, se trouvait hors d'état d'agir avec promptitude : pour obtenir une décision, il fallait attendre la convocation d'une dièle. Quant à la Turquie, par sa situation topographique, par ses forces toutes rassemblées, par Pavantgarde de 100 000 Tatars dont elle disposait, elle semblait destinée à jouer vis-à-vis de la Pologne ce rôle protecteur que la France déléguait, ne pouvant l'exercer par elle-même. Un texte formel légalisait d'ailleurs son intervention : le traité du Pruth (1711), par l'un de ses articles, avait interdit aux Russes de s'immiscer dorénavant dans les affaires de Pologne. S'autorisant de cette clause, le marquis de Villeneuve, ambassadeur du roi près la Sublime-Porte, adjura Ilékim-Zadé-Ali. grand-vizir du sultan Mahmoud Pr (1730-1 75i), de pousser en