‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 166 sur 219 · Voir ci-dessus, p. 164 et suiv · texte numérisé non relu

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2. Voir ci-dessus, p. 208 et suiv. ; p. *m,x-579. Mentionnons aussi l'acquisition, en 1780, d'une |>artie (les deux cinquièmes» du comté de Mansfeld, dans la vallée de la Saale.

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homme de guerre, il mérite surtout notre admiration par l'activité qu'il déploya pour transformer et enrichir son pays. Celte activité fut si grande, qu'il réduisit les fonctions des ministres eux-mêmes à celles de simples commis. Sous lui il n'y avait aucune place pour un Richelieu, un Golbert, un Louvois ou un Torcy. Il avait trop de méfiance pour se confier à qui que ce fût. Il fut son propre trésorier, son propre général, son propre intendant des travaux publics, son propre ministre du commerce et de la justice, de l'intérieur et des affaires étrangères. Fidèle à la devise qu'il avait adoptée au commencement de son règne, que « le prince doit être le premier serviteur de l'Etat », il entendait tout voir et tout examiner. Il multipliait les voyages à travers les provinces de son royaume autant pour surveiller l'administration que pour passer les troupes en revue, et son œil pénétrant découvrait les plus petits abus. Comme son père, avec lequel il eut en somme « un air de famille fortement marqué », il avait l'amour de l'ordre et du travail, la parcimonie, l'esprit impérieux et l'humeur irritable; mais le calcul et la ruse remplaçaient chez lui la brutalité. On ne peut méconnaître son immense désir de remplir avec conscience son métier de roi; et c'est surtout par son incroyable besoin d'activité qu'il faut expliquer son désir de tout réglementer. Nul souverain n'eût pu dire avec autant de vérité que lui : « L'Etat, c'est moi ».

Frédéric II et les classes rurales. — Les longues guerres dans lesquelles Frédéric s'était engagé lui imposèrent un double devoir : celui de repeupler la Prusse et celui de réorganiser les finances. Villes et villages avaient en effet bien souffert. Berlin avait été par deux fois pillé. C'était pis dans les campagnes : dans quelques régions les hommes valides faisaient complètement défaut; les femmes et les vieillards étaient obligés de labourer. La situation du pays était aussi déplorable qu'après la guerre de Trente ans.

Disciple de l'école physiocratique, Frédéric est convaincu que « les paysans sont les pères nourriciers de la société », et ses efforts pour en accroître le nombre, commencés dès le début de son règne, ne se ralentissent pas un instant jusqu'à la fin.

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Ce sont d'abord les seigneurs qu'il oblige à reconstruire des . milliers de Bauernhœfe et à y installer des paysans. Lui-même, dès que la conclusion de la paix permet de s'en passer, leur accorde une partie des chevaux de sa cavalerie et des grains amassés pour l'armée, qui leur serviront de semence. Il exonère d'impôts pour plusieurs années les contrées que la guerre a le plus éprouvées et fait procéder à des distributions d'argent. En dépit de vives résistances, qui sur plusieurs points dégénèrent en émeutes, il propage la culture de la pomme de terre, <ju'il regarde comme « une ressource admirable pour le pauvre peuple ». Il en fait distribuer des voitures entières et enjoint à ses fonclionnaires d'en manger comme il fait lui-même. Il supprime sur ses domaines le servage et les corvées, sans oser toutefois imposer cette suppression aux seigneurs, car il entend respecter les. contrats qui sont intervenus entre eux et leurs tenanciers. Il veut au moins leur donner l'exemple et interdit toute violence contre ses sujets.

Colonisation intérieure. — C'est surtout par la colonisalion proprement dite que Frédéric II a contribué au développement économique de son royaume. La colonisation devient, avec lui, une branche spéciale de l'administration prussienne. Les chambres des diverses provinces doivent lui rendre compte des besoins de leur région, faire le relevé des maisons inoccupées, évaluer le nombre de colons qui peuvent être établis dans leur ressort. Pour se procurer ces colons (auxquels il accorde d'ailleurs de grandes faveurs), il établit deux agences spéciales, l'une à Francfort sur le Main, pour l'Allemagne du Sud, l'autre à Hambourg pour l'Allemagne du Nord. Il cherche à faire profiter la Prusse des persécutions dont souffrent les pays voisins et se procure en somme plus de trois cent mille colons. Souvent il leur donne quelque argent pour leur voyage, presque toujours il contribue aux frais de leur installation. 11 s'occupe, avec une sollicitude admirable, de la façon dont ils sont réparlis entre les provinces de la monarchie, et veut qu'on les envoie dans des contrées ayant quelque analogie avec leur pays d'origine : les Wîirtcmbergeois et les Hcssois, adonnés à l'agriculture, iront là où il faut de bons agriculteurs; les Hol-

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landais et les Frisons, là où on fait de l'élevage: les habitants du Palatinat, là où l'on cultive les fruits et les légumes. Dans la Prusse Occidentale, les Souabes, Apres à la besogne, économes jusqu'à l'avarice, ont quintuplé la valeur du sol. Grâce à ces colons, le sol cultivable du royaume s'accroît notablement, surtout dans les vallées de l'Oder, de la Wartha et de la Netze. Une région de 500 kilomètres carrés entre Francfort sur l'Oder et Freienwalde, que des inondations fréquentes rendaient inutilisable pour l'agriculture et qu'on avait déjà vainement tenté d'assainir au siècle précédent, est peu à peu mise en valeur; 43 villages y sont créés et 1200 familles s'y installent. Plus de 300 kilomètres carrés sont également conquis dans la vallée de la Wartha. La population de la Poméranie augmente de plus de 60 000 âmes. Frédéric semble avoir ou une prédilection pour la Silésie : c'était la plus jeune de ses provinces; il tenait à lui faire oublier l'invasion. On peut en dire autant de la Prusse Occidentale, qui fut la part de la Prusse dans le premier partage de la Pologne. Kulm, pour ne citer que cet exemple, fut réédifié par ses soins, et il put se vanter d'avoir créé une province nouvelle. Le roi eut maintes fois à lutter contre les résistances des populations, qui souvent ne voulaient pas renoncer à leurs anciennes occupations, toiles que la chasse ou la pèche. « Je sais bien, disait-il, que les hommes ne sont pas en état de transformer la nature, mais je pense qu'avec beaucoup de travail on peut, d'un terrain inutilisable, faire un sol passable. » Lorsqu'après quelques années il visitait une région transformée par ses soins, il s'écriait tout joyeux : « J'ai conquis une province en pleine paix et sans avoir eu besoin de mes soldats. » Si l'on ajoute son œuvre à celle de ses devanciers, on arrive à cette conclusion qu'à la fin du xviu8 siècle presque le tiers de la population était composé de colons ou de fils de colons établis en Prusse depuis le grand électeur. « Pareil fait ne se retrouverait dans l'histoire d'aucun autre Etat moderne ! » (E. Lavisse)

I. Les holes les plus extraordinaires de la monarchie prussienne furent «les Tsiganes. Frédéric, voulut attacher au sol de ses États jusqu'à ces étranger? immigrés «le l'Orient, qui erraient par troupes nombreuses dans la Prusse Orientale, redoutés des habitants. Il en établit plusieurs colonies dont on reconnaît

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Progrès du commerce et de l'industrie. — Frédéric II n'a pas moins fait pour le développement du commerce et de l'industrie. C'est à lui que remonte la création de plusieurs canaux, comme ceux de Bromberg, de Plauen, de Finow, qui mettent en communication l'Elbe avec la Vistule. Il se préoccupe moins de créer des routes, craignant qu'elles ne facilitassent un jour la marche des troupes ennemies. Pour le commerce de mer, il fonde la Compagnie de commerce maritime. En 1765, pour diminuer le nombre des usuriers, il fonde la Banque royale, qui prête de l'argent moyennant un modique intérêt. Pour préserver d'une ruine totale la noblesse des campagnes, il favorise la création, dans les provinces, de caisses hypothécaires (Landschaften) qui, fondées sur le principe de la responsabilité solidaire des associés, avancent à un faible taux les capitaux nécessaires à l'amélioration du sol.

Imbu des idées économiques du temps et convaincu qu'il ne faut pas que l'argent sorle du pays, il empêche, le plus qu'il peut, ses sujets d'acheter à l'étranger et développe dans son royaume toutes les industries nécessaires à un grand Etat. La fabrication des toiles en Silésie devient bientôt célèbre. Le roi importe des moutons d'Espagne, et les fabriques de draps rapportent bientôt de notables profits. Il fait venir à grands frais d'habiles ouvriers de l'étranger pour donner des leçons à ses sujets et crée la première manufacture de porcelaine de Berlin. Pour développer la fabrication des soieries, il introduit l'élève des vers à soie et fait planter des milliers de mûriers. Les filatures, l'impression sur étoffes de coton, la falmcation du papier, les raffineries de sucre, les verreries et les fonderies, sont ou introduites ou considérablement améliorées. Sous ce règne on commence à exploiter les mines de la Silésie, avec l'aide d'ouvriers mineurs qu'on fait venir de la Saxe.

Réorganisation des finances. — Cet essor de l'industrie

et du commerce ne suffisait point à remplir les caisses de l'Elat. Frédéric pensa qu'il fallait réorganiser l'administration finan-

aujourd'hui encore les descendants à leurs traits, à leur» mœurs, à l'habitude de voler, qui a persisté surtout chez les femmes, victimes d'un atavisme séculaire. (E. Lavisse.)

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rière et imagina d'adapter à la perception des impôts le système de la régie, qui avait eu en France d'heureux résultats. Sans ajouter de nouveaux impôts à l'ancienne accise introduite par son père, il voulut lui faire rapporter davantage et confia à cinq fonctionnaires français, aidés d'un certain nombre d'employés, français également, la nouvelle « administration générale des revenus royaux ». Le système de la régie ne donna pas les bénéfices que le roi en attendait et fut vu avec d'autant plus de défaveur que les nouveaux employés se livrèrent à des perquisitions odieuses pour rechercher toutes les marchandises imposables. 11 eut aussi l'idée de frapper de lourds impôts certains objets de luxe, comme le vin et l'épicerie, dont les pauvres ne faisaient guère usage, puis de faire un monopole royal de la vente du café et du tabac. Mais la contrebande se développa, la surveillance se fit vexatoire, et ces mesures fiscales valurent à Frédéric une certaine impopularité. Les meilleures économies furent celles qu'il réalisa sur ses propres besoins : des i 200 000 llialcrs destinés annuellement aux frais de sa personne et de sa cour, il ne dépensa que la sixième partie et consacra le reste à développer le bien-être du pays. Sa parcimonie grand il avec les années, et il laissa à son successeur un trésor de 55 millions de thalers.

Réforme du droit et de l'Instruction. — Frédéric porta sur toutes les branches de l'administration et de la vie publique une égale sollicitude. Le droit prussien était jusqu'alors un mélange de droit romain, de droit canonique et de vieilles coutumes saxonnes. Pour remédier aux embarras et aux contradictions qui en résultaient, il fit publier d'abord un projet de code de procédure, suivi bientôt du Corpus juris Fredericiatii, qui avait principalement pour base le droit romain. Tous deux furent l'œuvre du chancelier Samuel de Coccéji. L'atrocité des peines y était mitigée, mais la procédure inquisitoriale était mainlenue et le ministère des avocats interdit. Bien qu'il ne s'intéressât guère aux questions juridiques, Frédéric finit cependant par charger Cramer de rédiger un code en allemand et de réunir à cet elTel les meilleures coutumes; mais le nouveau Premsisches Landrecht ne devait être publié qu'en 1795.

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Frédéric promulgua une importante loi scolaire rendant l'école obligatoire pour les enfants de cinq à treize ans, et créa plusieurs séminaires d'instituteurs afin de leur assurer de bons maîtres. On a vu que toutes les formes de la religion ou de l'irréligion rencontrèrent un asile dans ses Etats, et que les Jésuites trouvèrent en Prusse la sécurité qui leur manquait partout ailleurs'. Mais Frédéric ne put s'élever au-dessus des préjugés de caste dont il était imbu. Si, dans la sphère spéculative, il fut un philosophe français, il resta dans la vie pratique un prince très allemand. Non seulement on ne pouvait voyager hors de ses États que s'il le voulait bien, mais il fixait en outre la somme que chacun pouvait emporter : 250 thalers pour un négociant, 400 pour un noble. Le môme besoin de tout décider lui-même le poussait à intervenir souvent dans la justice : il s'emportait jusqu'à donner des coups de pied aux juges, croyant fermement qu'il défendait ainsi les pauvres contre les riches.

Frédéric II, bien que sa santé n'eut jamais été très forte, conserva toute son énergie jusqu'au dernier jour de sa vie. Sa mort (17 août 1786) fut non seulement pleurée par les Prussiens, mais déplorée par toute l'Europe. Frédéric II oflYe en sa personne un mélange frappant de la force et de la faiblesse de la nature humaine. Ses vices ne peuvent faire oublier son génie, et, si on peut lui refuser sa sympathie, on ne peut nier qu'il ait élé un des plus grands rois des temps modernes. Le peuple prussien, qui lui doit tant, a gardé son souvenir dans une foule d'anecdotes qui reproduisent les principaux traits de sa vie privée, et nul, parmi les Hohenzollern, n'est encore aujourd'hui plus populaire que le « vieux Fritz ».

Levé à quatre heures du matin en été, à cinq heures en hiver, il réglait minutieusement l'emploi de sa journée. Il commençait par lire les lettres qui lui étaient adressées, donnait sur-le-champ la réponso, s'occupait ensuite des affaires militaires, passait en revue ses troupes, puis réservait quelques heures à la lecture, à des compositions littéraires et à la musique. A six heures commençait le concert, où il faisait, avec talent, sa partie de flûte.

i. Voir ci-dessus, p. 828.

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La conversation, qui se prolongeait parfois jusqu'à minuit, se faisait toujours en français. Sa pré dilection pour cette langue se manifeste par le soin avec lequel il accueille les savants français : Voltaire, qu'il finit par décider à venir à Potsdam (1750- 1753), pour « unir sa royauté à la sienne » ; le marquis d'Argens, qui reste son confident dans les bons comme dans les mauvais jours; LaBeaumelle, LaMettrie, l'abbé de Prades, le jeune poète Baculard d'Arnaud, le géomètre Maupertuis, qu'il nomme président de l'Académie de Berlin. Il les honore d'une affection et d une estime qu'il n'a jamais témoignée à ses ministres et à ses généraux, pas même à la reine, qu'il lient éloignée de Potsdam. C'est un des traits saillants du caractère de Frédéric, qu'au milieu des soucis du gouvernement, il conserva toujours son goût pour la musique, la lecture, la société des lettrés. Derrière le grand capitaine, l'habile administrateur, le fin politique, on retrouve toujours le penseur et l'écrivain, s'inspirant avant tout des idées françaises, créant autour de lui un cercle élégant où la poésie tient la première place, et où surtout l'on n'épargne personne. On comprend l'admiration des contemporains pour ce roi si cher aux philosophes cosmopolites qui distribuaient alors la renommée. Frédéric en effet, bien que tout le monde le regardât comme un politique dénué de moralité, insatiable dans sa rapacité, éhonté dans sa perfidie, a laissé la réputation d'un « sage couronné ».

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