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CHAPITRE XX

LA HONGRIE ET LA TRANSYLVANIE

De 1715 à 1790.

L'objet de ce court chapitre est, sans répéter ce qui a été dit à propos de l'Autriche, des guerres européennes et de l'empire ottoman, de suivre les vicissitudes de l'esprit public et de la vie politique chez les Magyars pendant les trois règnes qui remplissent cette période.

Charles m et la Pragmatique-Sanction (1715-1 740) . — Nous donnons ici à l'empereur Charles VI son numéro comme roi de Hongrie. Son règne fut incolore et médiocre, à part les victoires du prince Eugène et les discussions de la diète sur la succession d'un souverain qui n'avait pas de fils. Le héros de Belgrade a exercé sur les destinées de la nation magyare une influence assez complexe. D'une part, les Nadasdy et les Palffy, combattant sous ses ordres à côté des généraux allemands, ont libéré définitivement le sol de l'occupation turque, et rendu au royaume de saint Etienne l'intégrité de son territoire. D'autre part, l'organisation définitive par ce grand général des Confins militaires mettait sur les flancs de la Hongrie des soldats laboureurs slaves, soustraits à l'action des diètes, prêts au besoin à détruire la vie constitutionnelle des Magyars, race abhorrée par eux. Enfin ce grand politique comprenait mieux que les médiocres ministres autrichiens la nécessité de prévenir les mécontentements d'une nation aussi prompte à la

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révolte, alors surtout que Ràkôczy, réfugié en Turquie, pouvait reparaître, et de calmer, par quelques demi-mesures, les plaintes des protestants que la réaction catholique recommençait à persécuter. Tant qu'Eugène vécut, au moins tant qu'il fut en bonne santé et maintint sa prééminence dans les conseils du roi Charles, les froissements graves furent généralement évités. Il prévoyait, un jour ou l'autre, la perte de la Belgique par la maison d'Autriche, et dans ce cas, disait-il, « la Hongrie deviendra la base môme de la monarchie ».

Elle allail le devenir prochainement, et le roi sentait bien l'importance de son adhésion à la Pragmatique-Sanction destinée à assurer le trône de Hongrie à Marie-Thérèse, âgée de cinq ans (1722). On avait lieu de redouter le vote delà diète, car le principal orateur de celte assemblée, Szluha, protonotaire du palatin, soutenait que le roi, âgé de trente-cinq ans, pouvait fort bien avoir encore un fils, et qu'il n'y avait pas lieu de décider si tôt en faveur de la succession féminine. Au fond, cette opposition patriotique désirait des garanties contre le danger de voir la Hongrie absorbée dans la masse des Etals autrichiens. Le roi et le cardinal Csàky parvinrent à la rassurer. Szluha lui-même prononça un discours qui associait, en faveur de la jeune princesse, l'intérêt national à l'intérêt monarchique. Il termina en poussant un vivat qui fut accueilli par les crïs de : « Vive la maison d'Autriche! Vive la descendance féminine! » Charles, enchanté de cette initiative qu'il avait voulu laisser à ses sujets, vint ouvrir régulièrement la diète de Pozsony (Presbourg). La Pragmatique-Sanction devint loi fondamentale, et, en récompense, la Hongrie se vit reconnaître un régime de large autonomie. La diète devait se réunir au moins tous les trois ans. Le roi résiderait le plus possible dans le pays, et, en son absence, un conseil de lieutenance devait, sous la présidence du palatin, expédier toutes les affaires, sans aucun mélange avec l'administration des autres provinces autrichiennes.

Ce conseil avait pour mission spéciale de relever le commerce et de sortir le royaume de la misère où l avaient plongé guerres civiles et guerres turques. Le canal de la Bega sembla promettre une rénovation bien nécessaire, comme l'attestent les descrip-

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tions de lady Monlague, ambassadrice d'Angleterre à Constantinoplc. Bientôt l'inertie, la routine, les autres fléaux autrichiens se déchaînèrent plus que jamais, pendant que l'esprit étroitement aristocratique et réactionnaire de la noblesse prenait de graves responsabilités. On écartait toute réforme du servage et de l'impôt; on recommençait à persécuter protestants et orthodoxes. D'autre part, on subissait de nouveau le fléau des garnisons étrangères ; la décadence militaire se déclarait dans la guerre contre les Turcs ; et au total , lorsque mourut Charles III, l'état général n'était pas meilleur qu'à son avènement.

Marie-Thérèse (1740-1780); l'esprit public pendant les grandes guerres. — On a déjà raconté les scènes qui se passèrent à la diète de Pozsony. La nation magyare s'y montra, conformément à son caractère, chevaleresque et légiste tout ensemble. Elle s'est vraiment dévouée, elle a été vraiment généreuse, mais sans perdre son sang-froid de jurisconsulte, sans renoncer, le sabre au poing, à dicter des articles. Cela est vrai surtout de la petite noblesse, de la chambre basse, car les magnats montraient, alors déjà, un conservatisme plus autrichien ; tels le grand juge Pàlffy, le primai Eszterhàzy, le nouveau palatin Jean PâlITy. L'élection de Charles de Bavière comme empereur fut loin de déplaire aux patriotes, qui pendant son court règne virent avec joie le royaume magyar devenir le pivot de la monarchie autrichienne. Pourtant ils aimaient François de Lorraine, qui avait résidé parmi eux, et ils se résignèrent facilement à son élévation. Frédéric H répandit des brochures pour détacher les Hongrois de leur souveraine, maïs sans succès. Plus tard, dans la guerre de Sept ans, un général magyar, Haddik, occupa Berlin. Donc, dans ces guerres souvent malheureuses, pas le moindre désaccord entre le peuple noble et la couronne.

Politique pacifique de Marie-Thérèse- — A l'intérieur, il y eut des alternatives de bonne et de mauvaise intelligence, et comme une sorte de coquetterie, sans rien de trop grave, pour finir aussi bien que possible. Commençons par indiquer les conflits parlementaires de l~i>l et de 1764.

La première fois, il s'agissait d'un accroissement d'impôts

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nécessité par la guerre qui venait de finir et par celle que l'on préparait. Le vieux palatin Jean PallTy lavait déconseillé à sa souveraine, pour qu'elle ne se fil pas accuser d'ingratitude; mais il mourut, et Louis Bathiany, qui fut élu à sa place, avait moins d'autorité. D'ailleurs la maison d'Autriche se plaignait de ce que la Hongrie, formant au moins le tiers de ses possessions, ne figurât que pour un dixième dans son budget général, i 200 000 florins paraissaient une réclamation modérée à la reine et même à la chambre des magnats. Les députés regimbèrent, on échangea des propos aigres, mais on finit par accorder les subsides, et la reine par venir se faire adorer de ses braves sujets, au milieu de fêtes splendides. Après son dépari, nouvelle discorde. Pour favoriser le commerce des villes, Marie-Thérèse éleva quatre d'entre elles au rang de villes libres royales, ce qui leur donnait un droit de représentation, et ce qui déplut infiniment à la noblesse rurale. Après la guerre de Sept ans, le conflit avec cette classe dominante de la nation prit une tournure sociale et économique. Le gouvernement désirait relever la condition des paysans, sur qui le servage, introduit tardivement, tardivement aussi se maintenait. A cette réforme, il trouvait popularité, satisfaction au courant humanitaire du siècle, et en outre meilleure assiette financière pour les contributions. Le parlementarisme aristocratique se donna le tort de ne pas s'y prêter, et de mêler à des griefs fondés une résistance déraisonnable. La chambre basse se plaignait justement de certains empiétements de l'administration allemande et des gouverneurs militaires récemment nommés, d'un despotisme paternel ou maternel qui se glissait partout. Justement aussi peut-être, elle ne voulait entendre parler ni de l'organisation de 1' « insurrection » en une sorte d'armée permanente, ni d'augmentation d'impôls. Elle aimait mieux céder sur ce dernier point, et se séparer sans avoir consenti à une réforme sociale. Donc elle en laissa la gloire à Marie-Thérèse qui, par son célèbre Crbarium, fixa le sort de la plèbe rurale jusqu'à la transformation libérale de 1832. Désormais les paysans étaient libres d'aller s'établir où ils voulaient, et d'élever leurs enfants comme bon leur sem-

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blait, aussi bien pour une profession libérale que pour le travail des champs. Leurs procès étaient évoqués devant la juridiction du comitat, et les redevances étaient assujetties à un taux proportionnel. Ces sérieuses améliorations ne s'établirent pas sans difficulté, ni même sans rixes sanglantes, mais elles s'établirent. Marie-Thérèse conserva de ces difficultés l'horreur des diètes pour le reste de son règne.

Elle n'en suivit pas moins, avec les aristocrates magyars pris un à un, une politique de séduction et de fusion. Elle les invitait à séjourner à sa cour et, sauf à porter elle-même parfois leur costume national, elle les y faisait tout doucement renoncer. Elle leur conféra des titres de princes, comtes, barons, qui les séparaient davantage de la petite noblesse nationale et qui les rattachaient à l'aristocratie allemande, ainsi que les mariages combinés par sa féminine adresse. Elle leur faisait prendre l'habitude de la langue allemande, et surtout, c'est en cette langue qu'elle faisait donner à leurs jeunes fils l'éducation militaire. En 1760, ces jeunes gens formèrent une garde du corps : nobilium turma, ou magyar lestœrség.

Quant à l'administration môme de la Hongrie, on a déjà vu que la reine préparait, avec beaucoup moins de brutalité, le centralisme germanique de son fils. Le commerce maritime de Fiume, le commerce par terre avec l'Autriche, l'exploitation des mines, aussi bien que le travail des paysans, ne s'en trouvèrent pas trop mal. La politique religieuse était nettement catholique : la création de nombreux évèchés changea et fortifia l'organisation ecclésiastique; les prolestants languissaient sous une demi-persécution; l'antipathie gouvernementale contre les orthodoxes trancha, en faveur de l'unité magyare contre les Slaves, des questions territoriales longtemps suspendues.

En effet, d'une part elle réunit aux comitats de Bacs, d'Arad et de Csanâd les Confins militaires de la Theiss et du Maros. D'autre part, elle plia docilement les Serbes sous la légalité hongroise, et réincorpora au royaume le Banat de Témesvar, formant désormais les trois comitats de Torontal, Ternes et Krasso. Enfin elle profilait du premier partage de la Pologne pour rétrocéder à la couronne de saint Etienne la contrée de

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Zips, aliénée au xv' siècle et toujours regrettée. Aussi, en faveur de cette reine patriote, sinon très constitutionnelle, se montrait-on prêt à tous les dévouements.

Lutte contre le centralisme de Joseph n (1780- 1790). — En ce qui concerne la Hongrie, les efforts de cet empereur-roi et les résistances qui lui furent opposées portent sur trois points principaux : la religion ; la politique et l'administration; le commerce. Sur le premier et le dernier de ces points il avait, sinon toujours, du moins assez souvent raison; mais sur tous, avec sa raideur d'esprit théorique, il se donna des torts de forme, qui préparèrent son échec.

Son principe religieux était une sorte de tolérance mutuelle entre les diverses branches du christianisme. Les protestants en attendaient de larges effets, de sorte que l'Édit de tolérance (1780), l'un des titres do gloire du souverain, ne les satisfit qu'à moitié à cause des réserves qu'il contenait. Les évèques, dont Joseph II espérait l'adhésion, mécontents de voir le roi remplacer presque le pape comme chef de l'Eglise et protéger les hérétiques, firent une sorte de manifeste contre lui. Ils se rendirent tous auprès de Pie VI, lors de son fameux voyage à Vienne. Quant aux 1500 religieux et religieuses, dispersés avec une pension alimentaire parla suppression de 140 couvents hongrois, ils augmentaient presque tous le nombre des ennemis de l'empereur. Brochait sur le tout un vaste plan de réorganisation des études, notamment à l'intention des ecclésiastiques.

L'antagonisme politique eut pour centre, maladroitement choisi, la Sainte-Couronne elle-même. En 1780, Joseph II refusa de la mettre sur sa tète, parce qu'il ne se considérait pas comme roi de Hongrie; en 1784, il la fit venir à Vienne pour la déposer dans sa collection de couronnes. La nation sentait que son territoire n'était plus qu'une province sans assemblée nationale et sans langue nationale. Dans les diètes de Charles III et de Marie-Thérèse, on avait parlé tantôt en latin, tantôt en magyar, cette dernière langue étant surtout employée par les orateurs de l'opposition. L'un et l'autre idiome furent supprimés et remplacés par l'allemand, uniformément imposé à l'administration de toutes les provinces autrichiennes. Seuls, en

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Hongrie, les Slaves en furent presque contents, parce qu'ils assistaient à la vexation des Magyars, et parce que d'ailleurs Catherine II les recommandait à la bienveillance de Joseph. La bureaucratie centraliste réalisait cependant quelques vrais progrès : elle réorganisait la justice sur des bases plus modernes; elle faisait des plus humbles paysans presque des hommes libres et presque des propriétaires. Seulement elle portait à l'autonomie magyare ou à ce qui subsistait de cette autonomie, deux graves et inutiles défis. D'abord le recensement de 1781 méconnut toute l'autorité des comitats, tous les privilèges de la noblesse, nivela tout sous le despotisme étranger. Ensuite et surtout, les comitats furent remplacés, ou à peu près, par dix cercles se partageant le territoire du royaume, chacun d'eux gouverné par un Kreishauptmann. Joseph II osait donc plus que n'avaient osé et Léopold et les Turcs.

Comme économiste, il était certainement supérieur à ses sujets magyars, mais il ne leur rendit que de mauvais services en méditant leur bonheur. Il leur déplut à la fois par sa fidélité et par son infidélité aux doctrines physiocratiques. Ses principes, en effet, ne l'empêchaient pas de désirer à tout prix le développement de l'industrie autrichienne, sans distinction de provinces; et pour l'encourager, il ne trouva rien de mieux qu'un rigoureux système de douanes sur toutes les frontières de sa monarchie. Ces douanes comblèrent de joie les seuls industriels qu'elle renfermât, ceux de Vienne et de la Bohème; elles firent souffrir doublement la Hongrie, tout agricole, en lui imposant les produits des fabriques autrichiennes, et en gênant son exportation. Mais nous venons de dire que Joseph était physiocrate. Comme tel, en général, il appréciait beaucoup la fertile Hongrie, voulait la couvrir de routes et de canaux; mais en attendant il la regardait comme la plus imposable de ses provinces, et l'effrayait par ses travaux de cadastre.

Tant d'inimitiés soulevées n'attendaient qu'une occasion pour se déchaîner. Une guerre malheureuse contre les Turcs ne tarda pas à la fournir. Les impérieuses réquisitions de Joseph furent déclarées illégales par les comitats, qui réclamèrent à grands cris la convocation d'une diète. Un soulèvement général des

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Magyars paraissait tellement menaçant que le souverain, malade, découragé, retira presque toutes ses ordonnances et, comble d'humiliation pour lui, renvoya la Sainte-Couronne. La tenace nationalité remportait une victoire de plus.

La littérature magyare (1715-1790). — L'année 1772 coupe ces trois quarts de siècle en deux périodes inégales.

La première est languissante. Les érudits Bél, Bod et Pray rendaient des services à l'histoire nationale, mais ils écrivaient en latin. On ne peut guère citer que Paul Râday, ancien secré taire de Râkôczy rallié à la Pragmatique-Sanction, orateur poète religieux protestant; le baron Orczy, qui arma à ses frais un régiment de cavalerie; et Faludi, confesseur en langue magyare dans Saint-Pierre de Rome. Le caractère ultraclassique de leurs œuvres ne leur enlève pas toute couleur nationale : Faludi, traducteur de Virgile, fait chanter dans la forêt de Bakony son Gorydon magyar, et célèbre les victoires de Nadasdy; le baron Orczy ne dédaigne pas d'adresser une de ses pièces au pauvre peuple des paysans et il chante la patrie. « la terre dont Dieu lui-même a tracé les limites Peu de chose, néanmoins, pour soixante ans d'histoire littéraire.

Sans le vouloir assurément, Marie-Thérèse prépara une renaissance, dont les initiateurs furent le jeune Bessenyei et ses camarades de la noOilium turma. Réunis à Vienne, où le mouvement d'idées de l'Occident pénétrait plus facilement que dans les châteaux paternels, ils étudiaient le français, dévoraient Montesquieu et Voltaire comme Molière et Racine. L'idée leur venait bientôt de traduire, puis d'imiter de plus en plus librement. Bessenyei fut le Du Bellay de la Hongrie, et le français joua dans ce pays le rôle qu'avaient joué le grec et le latin dans la France du xvi° siècle. Une tragédie de Ladislas Hunyade s'écrivait dans des vers pareils à l'alexandrin français. La Henriadc servait de modèle à un poème sur Mathias Corvin. Anyos traduisait Marmontel; Péczely, les tragédies de Voltaire; de modestes étudiants transylvains, les comédies de Molière. Mais l'école française n'était déjà plus la seule : l'école classique imitait les poèmes anciens en empruntant leurs rythmes, et

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l'école populaire se dégageait de toute servitude exotique en chantant les héros nationaux.

Les édits de Joseph II, pour imposer la langue allemande, fortifièrent ce mouvement au lieu de l'enrayer. Plus que jamais on célébra les Ilunyades, les Zrinyi, les Bâthory. Un grammairien poète, Rêvai, fit subir à la langue un travail d'épuration, d'assouplissement pour la mettre au niveau des nécessités modernes. Les premiers journaux hongrois, fondés depuis quelques années, continuaient à paraître; on fondait deux recueils littéraires, on préparait la création d'une Académie nationale. Quant aux classes populaires, Marie-Thérèse les avait véritablement dotées d'une instruction primaire.

Les Roumains de Transylvanie. — Dans le royaume de Saint-Étienne, il n'y avait pas que les Serbes et les autres Slaves qui fussent hostiles à la prépondérance magyare. Les Roumains formaient, dans le Banat de Témesvar, une notable partie, et, dans la Transylvanie, la majeure partie de la population. Dans ce pays surtout, les « trois nations privilégiées • — Magyars, Széklers, Saxons — déniaient tout droit politique môme à l'élite roumaine. Elles excluaient les Roumains de la diète transylvaine, sous prétexte qu'ils n'étaient pas catholiques, et en même temps entravaient les missions qui s'efforçaient de les convertir. Vainement Innocent Micu, métropolite orthodoxe de Transylvanie (de 1730 à 1151), obtint-il l'adhésion d'une partie de son peuple à l'Union avec Rome : les Roumains ut}is ne furent pas mieux traités que les Roumains orthodoxes. Les revendications de Micu à la diète manquèrent de le faire jeter par la fenêtre. Quant au peuple, il était, en immense majorité, soumis à un servage plus dur que celui du paysan magyar. Le glorieux nom de Roumain était devenu synonyme de serf. L'aristocratie magyare ne maintenait ce régime qu'à force de supplices. Joseph II fit, en 1763 et 1772, deux voyages en Transylvanie. Lors du deuxième, sa mère prit soin d'ordonner au gouverneur de ce pays que les cadavres de pendus, de roués et d'empalés qui empestaient les routes en fussent enlevés (lettre du 11 mai). Quand le jeune empereur parut, les Roumains se tenaient partout agenouillés sur les routes et

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lui remirent jusqu'à 19 000 suppliques. Son édit de tolérance de 1780, ses mesures en faveur du paysan (U83), qui n'allaient cependant pas jusqu'à l'abolition du servage, aigrirent les oligarques contre l'empereur et accrurent les haines de classes. En 1784, un paysan roumain, Ursu Iloria, qui avait plusieurs fois porté à Vienne les doléances de ses compatriotes, revint leur annoncer que l'empereur les autorisait à employer la force contre les nobles réfractaires à ses édits. Horia et ses lieutenants, Closchea et Crichanu, furent bientôt à la tête de 15000 paysans, qui se mirent à brûler les châteaux, à piller et à tuer les nobles. Les troupes autrichiennes, d'abord immobiles, s'ébranlèrent enfin, sous le comte Jankowitz, gouverneur du Banat et étouffèrent la révolte. Les chefs de l'insurrection furent exécutés. Joseph H profila de la terreur imposée à la noblesse par cette Jacquerie pour décréter l'abolition du servage en Transylvanie. — Dans ce pays commençait d'ailleurs un réveil intellectuel de la nationalité. Samuel Micu, neveu de l'évèque Innocent, Georges Schinkaï, Pierre Maïor, étudiaient les chroniques, écrivaient l'histoire des Roumains en la faisant remonter à celle de la vieille Rome, cherchaient à débarrasser le roumain, langue néo-latine, des mots étrangers, l'écrivaient en caractères latins : jusqu'alors on l'avait écrit en caractères slaves! Alors commença la renaissance roumaine, qui, de Transylvanie, devait se propager dans les deux Principautés du bas Danube.

Au tableau donné p. G0G du tom? VI, ajouter : Salamon, A Magyar Kirdlyi szék betœltésc, Pest, 1866; — relations des ambassadeurs vénitiens dans le tome XXII des Fontes rerum austriacarum ; — brochures «le la collection Jancso à l'Académie de Budapest. — Ballagi, A Magyar Kiralyi tcstœrség, Pest. 1872. — Molnar. A Ko'zoktatàs (l'instruction publique) Magyarorsztigonr, Budapest, 1881. — Marczali. Magyarorsdzg II Joseph Koraban, Budapest, 1882 et s. — Kont. La Hongrie littéraire et scientifique. Paris, 1896.

Sur les Roumains de Transylvanie, consulter les bibliog. relatives aux Roumains, ci-dessus, t. III. p. *«J2, et t. VII, p. 521 ; notamment Xénopol. Hitt. des Roumains (en fr.), Paris. 1896, t. II.

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