I. Voir ci-dessus, p
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et même, dans les cas importants, subordonnent ses jugements à l'approbation du prince.
De 1759 à 1188, c'est à peine s'il y a quatre exécutions par le bûcher; les autodafés se réduisent à une sentence lue à huis clos, les peines à l'exil ou à une prison peu rigoureuse. C'est ainsi que se termine le plus célèbre procès du temps, celui de «Ion Pablo Olavide, intendant d'Andalousie, condamné pour ses relations avec les philosophes à huit ans d'emprisonnement ; sa réclusion fut si peu sévère qu'il put se réfugier aisément en France. Aussi peu rigoureux sous Charles III que le régime des lettres de cachet sous Louis XVI, le pouvoir inquisitorial n'avait plus rien de terrible. Au reste, le roi et ses ministres, hostiles à l'influence politique du clergé, ne le sont pas à sa mission religieuse. Us créent partout des séminaires pour instruire les prêtres, des maisons de correction pour réprimer leurs désordres, exigent des conditions de capacité et de vertu pour la collation des bénéfices, recrutent avec soin le haut clergé, qui ne fut jamais plus recommandable qu'alors, au dire de Bourgoing, « par la charité et l'austérité des mœurs ».
Réformes administratives, militaires, financières. — Quelques améliorations sont introduites dans le système administratif. On sépare les fonctions des corregidors de celles des intendants, en confiant aux premiers la justice et la police. On abolit l'hérédité des offices municipaux, qui furent conférés à l'avenir par les notables, chargés aussi d'élire les municipalités. Les ordonnances de 1783 et de 1781 déterminent la compétence des divers tribunaux et corrigent les abus des justices royales et seigneuriales. On codifie de nouveau les lois civiles, on projette la revision des lois criminelles, sans parvenir d'ailleurs à supprimer la chicane et la rapacité des gens de loi (escribauos), sans oser porter atteinte à la juridiction de la Compagnie des troupeaux (la ?nesta)y si nuisibles à l'agriculture. La création la plus durable, due à Aranda, fut celle d'une bonne police, soit à Madrid, soit dans les villes importantes de l'Espagne. Les ordonnances fameuses de 1774 et de 177G établissent une sorte de loi martiale pour réprimer les émeutes. On tente de supprimer à coups de règlements la
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licence des théâtres, l'ivrognerie, le jeu, la vie errante des baladins et des gitanos, les coutumes populaires contraires aux bonnes mœurs.
Si l'armée permanente continue à être mal recrutée, si son corps d'officiers s'étiole dans l'oisiveté des garnisons, si l'esprit militaire semble s'éteindre sous un prince trop pacifique, si l'on ne réussit pas, en dépit de l'ordonnance de 1770, à supprimer les exemptions qui rendaient inutile le système de la conscription (r/ninta), du moins l'ordonnance de 1768, encore aujourd'hui en vigueur, règle d'une manière libérale la discipline et le régime intérieur des troupes, et la réserve est accrue par la création de quatorze nouveaux régiments de milices provinciales. Un Irlandais laborieux et entreprenant, le comte 0' Reilly, introduit la tactique prussienne et crée les écoles militaires d'Avila pour l'infanterie, d'Ocana pour la cavalerie, de Ségovie pour l'artillerie, d'où sortent de bons officiers. Un Napolitain, le comte Gazzola, organise les quatre départements d'artillerie de Barcelone, la Corogne, Valence, Séville, améliore la fonte des canons, crée les fonderies de Lierganes et de Cavada, les forges d'Eugui et de la Mouga, les manufactures de fusils de Plasencia et de Hipoll, d'armes blanches de Tolède, de salpêtre de Madrid, les moulins à poudre d'Alcazar San-Juan et de Villa-Feliche. L'ingénieur Sabbatini réforme le corps du génie. On assure des retraites et bénéfices aux officiers et soldats vieillis au service de l'Etat; pour eux est créé l'ordre célèbre de Charles III, et, pour leurs veuves, on institue une sorte de caisse de secours ou mont-dc-piété militaire. Mais c'était toujours la marine qui formait l'objet des soins incessants du roi. Un moment réduite, par les désastres de 1762, à 37 vaisseaux et 30 frégates, elle compte, en 1788, 80 vaisseaux de ligne, 32 frégates, et en tout 163 bâtiments avec un effectif de 40 000 matelots. L'ingénieur Gauthier est appelé pour réorganiser les constructions navales et créer les bassins de radoub de Carthagène. O' Reilly fait de Cadix le grand arsenal espagnol. On crée une académie de marine, des écoles de pilotage, le dépôt des cartes à Madrid, et l'Espagne devient la troisième grande puissance navale .
Les dépenses militaires, qui absorbent le tiers ou la moitié des
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ressources, et les exigences grandissantes de la famille royale, obligent à suspendre l'amortissement, à accroître par des emprunts successifs, surtout de 1779 à 1786, la dette de l'Etat, qui s'élève de 150 à 560 millions de francs, à créer enfin des ressources nouvelles, telles que la loterie royale et l'impôt des [mtm civiles ou de 5 0/0 sur le revenu. Toutefois, l'abolition de taxes vcxaloires telles que la botla, qui frappait en Catalogne toutes les ventes d'un droit de 15 0/0, la réduction d'un tiers ou de la moitié opérée sur Yalvabnla et les m Moites qui grevaient les objets fabriqués et les denrées de première nécessité, la mise en régie des rentes générales (douanes, gabelles, etc.), furent d'excellentes mesures. Elles compensèrent l'échec du projet d'impôt global ou unique sur les revenus, auquel après quinze ans d'essai on dut renoncer, et permirent de quadrupler les revenus publics qui de 51 millions s'élevèrent à environ 200. L'institution de la Banque Saint-Charles (1782), due à un Français entreprenant, Cabarrus, fortifia le crédit de l'État.
Réformes économiques. — Sous l'impulsion des économistes, tels que Campomanès et Jovellanos, on se préoccupa de développer la richesse publique. L'ordonnance de 1765 qui décrète la libre circulation des céréales et en autorise l'importation et l'exportation, l'établissement de po&itos dans 5000 communes pour prévenir les disettes, la création de monts-dcpiété pour les prêts agricoles, la colonisation des déserts du nord de l'Andalousie par Thurriegel et Olavide et la création de la Carolina, les tentatives de reboisement des plateaux de Castille, les encouragements à la culture de la garance et à l'exportation des laines, l'institution des haras royaux de Cordoue et d'Aranjuez, d'une Ecole pratique d'élevage et de culture, l'ordonnance de 1772 sur la chasse et la pèche, montrèrent la sollicitude qui animait le pouvoir pour l'agriculture. On s'efforça d'allolir les biens communaux entre les ouvriers agricoles, d'améliorer la condition des fermiers; on établit les registres hypothécaires. Les publicistes attaquent, sans succès encore, les privilèges de la mesto, la coutume des majorais et des substitutions, la main-morle, les droits féodaux. Pour attirer les bras et les capitaux vers l'industrie, l'État ouvre aux femmes
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l'accès des métiers, recherche les ouvriers et fabricants étrangers, crée à Madrid et ailleurs des collections de modèles et des écoles techniques. On protège les produits fabriqués contre la concurrence étrangère, surtout française et anglaise. L'exploitation active des richesses minérales (sel, cuivre, soude, fer), la fabrication des draps fins dans les manufactures royales de Guadalajara et de San-Fernando réunies et dans celles de Ségovie et de Valdcmoro, qui occupent ensemble jusqu'à 30 000 ouvriers, coïncident avec le grand développement des fabriques de draps communs en Biscaye, Catalogne, Andalousie, des manufactures de toiles fines ou grossières à Avila et San- Ildefonse, à Cadix et au Fcrrol, d'indiennes à Barcelone, de soieries et rubans à Valence, Barcelone et Séville (ces trois . villes ayant à elles seules plus de 60 000 ouvriers), de cuirs à Burgos et à Rcus, de porcelaine au Retiro, de glaces et cristaux à San-Ildefonse, et des 300 papeteries de la Catalogne. De cette époque date vraiment le réveil de l'industrie espagnole.
Floridablanca, avec plus d'activité que de méthode, commence le réseau des grandes routes, ouvre 2000 lieues de chemins, en achève 195 lieues, fait édifier 322 ponts, unit par des voies excellentes Madrid à Irun, à la Corogne. à Valence, à Séville, à Cadix, établit un service régulier de messageries entre la capitale, Cadix, Barcelone et la France. Le canal de Vieille-Castille, exécuté sur 36 lieues, ceux de Campos (ou Nouvelle-Castille) et du Guadalquivir restèrent inachevés. Celui de Murcie demeura à l'élat de projet. Un seul, le grand canal de l'Ebre ou d'Aragon, fut terminé grâce à l'indomptable énergie du chanoine Pignatelli, son promoteur. Les canaux d'irrigation d'Urgel et de Lorca, l'aqueduc de Lozoya, qui mena à Madrid les eaux du Guadarrama, aboutirent aussi. L'autorisation accordée en 1765 et 1778 à tous les ports espagnols de commercer librement avec l'Amérique décupla le commerce colonial, dont l'ensemble s'éleva, en 1788, à plus de 200 millions de francs. Le progrès économique avait été lent, mais il est certain : de 6 millions d'habitants, la population s'éleva, en un demi-siècle, à 11 millions.
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Réformes sociales ; assistance et instruction publiques. — Une idée favorite des économisles espagnols était l'extinction de la mendicité et de la misère, chimère généreuse qu'ils croyaient pouvoir réaliser en combinant l'action de l'Étal avec celle des particuliers. De là les ordonnances qui proscrivirent les mendiants et les vagabonds, la création de maisons de travail pour les pauvres valides, d'hôpitaux et d'asiles pour les infirmes, d'une Junte générale à Madrid et de commissions charitables dans les villes pour la répartition des secours, d'une Caisse de bienfaisance (Fonda Pio bénéficiai) alimentée, avec l'autorisation de Pie VI, par les revenus d'une partie des bénéfices. De grands seigneurs, des prélats charitables, et surtout les 54 sociétés économiques et patriotiques qui furent créées à l'exemple de la Société Masque fondée par le marquis de Perïaflorida, secondèrent activement ce mouvement philanthropique.
Elles aidèrent aussi beaucoup à la diffusion de l'instruction. Après l'expulsion des Jésuites, l'Etat entreprend la réforme de l'éducation, suivant les plans de Gampomanès. Il crée des écoles spéciales pour les sciences et les métiers, institue une inspection officielle des écoles, recrute les maîtres par le concours, sécularise l'enseignement secondaire. Il lente la réorganisation de l'enseignement supérieur : l'accès des six Collèges majeurs qui se trouvaient à Alcala, Salamanque, Oviedo et Valladolid est ouvert à tous, cesse d'ôlre le monopole de la haute noblesse. On essaie de repeupler les Universités désertes, d'introduire à côté des éludes théologiques la philosophie moderne et les sciences. Quelques-unes, Alcala et Valence, entrèrent dans celte voie. La plus célèbre, Salamanque, s'y refusa, déclarant que la philosophie d'Aristote suffisait à tout, et que pour les sciences physiques mieux valait s'en tenir au vieux traité de Goudin, parce qu'il était écrit avec concision et en bon latin.
Fin du règne de Charles m (1788). — Malgré ces échecs partiels, malgré la précipitation de certaines réformes, l'insuffisance de plusieurs, ce long règne avait été bienfaisant. Le bon roi qui en avait été le promoteur, très affecté de la mort de sa belle-fille et de son frère, mourut à soixante-treize
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ans, le 15 décembre 178$, après une courte maladie. A ce gouvernement réparateur allait succéder le gouvernement dissolvant d'un prince aveugle et d'une reine débauchée. Les guerres de la Révolution, l'invasion française, compromettront, sans le détruire, et retarderont seulement pour un demi-siècle, l'effet des innovations heureuses de Charles III.
La renaissance intellectuelle en Espagne. — Les Académies créeés par Philippe V et Ferdinand VI, académie du langage (1714), académies d'histoire (1738), de médecine et de chirurgie (1734), des beaux-arts ou de San-Fernando (1757), du droit canon et de l'histoire ecclésiastique (1757), travaillent à réformer la langue, à répandre et encourager le goût des sciences et des arts. L'Académie gréco-latine, réorganisée par Charles III, forme des professeurs. Des sociétés semblables pour les recherches scientifiques et pour les travaux littéraires s'organisent à Séville, Grenade, Barcelone, Valladolid, et les études économiques sont mises en honneur par les 54 sociétés des Amis du pays. Des salons littéraires et artistiques (tertufias), où les membres des hautes classes et les grandes dames figurent à côté des gens de lettres, attestent la renaissance de la culture intellectuelle. Les membres de la grandesse, tels que le duc d'Albe et Aranda, ne dédaignent pas d'entrer en relations avec nos philosophes et nos économistes. Les livres français et anglais sont traduits et se répandent dans la société lettrée. En môme temps sont ouvertes des bibliothèques, à l'exemple de celle du roi à Madrid. On crée des collections scientifiques, cabinets d'histoire naturelle, de physique et de chimie, jardins botaniques. La presse, sous la forme de gazettes journalières et hebdomadaires (esta fêtas, diarios, correos, memoria/es, semanarios, novclcros), commence, dès 1737 et surtout depuis 1759, à discuter les questions de littérature, de sciences, d'économie politique.
Les Espagnols peuvent mentionner les explorations et les travaux d'astronomie et de mécanique dus aux grands marins Jorge Juan et Antonio Ulloa, la rénovation des éludes médicales due aux recherches de Marlinez, de Kodriguez et surtout des frères Santpons, les travaux de J. Quer, d'Ortega et de
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Cavanilles sur la botanique, les publications de l'orientaliste Casiri, des érudits Burriel, Ferez Bayer, Enrique Florez, Ponz, Masdeu, des historiens Ferreras, Ayala et Capmany relatives à l'histoire d'Espagne. La jurisprudence et les études économiques sont représentées par les grands noms de Campomanès et de Jovellanos, la critique littéraire et scientifique par ceux de l'illustre bénédictin Feijoo et de Mayans y Ciscar.
Les poésie et les préceptes d'Ignacio de Luzan (1737), le roman satirique {fray Gerundio) dû au P. Isla (1758), avaient contribué dès le milieu du siècle à réformer le goût. Parmi les littérateurs, les uns, partisans de l'imitation de la littérature française, les autres, fervents de la vieille poésie castillane, cherchèrent à renouveler l'art dramatique et les formes poétiques. Leandro Fernandez Moratin et Ramon de la Cruz ouvrirent au théâtre une voie nouvelle par les vives peintures de la vie mondaine et populaire qu'ils tracèrent dans leurs saynètes et leurs zarzuelas. Le satirique Cadahalso, les fabulistes Iriarte et Samaniego, le lyrique Melendez Valdes dans ses Odes et ses Élégies montrèrent que le génie poétique de l'Espagne n'était pas éteint. Dans la prose, des œuvres telles que le roman du P. Isla ou les Carias Marruecas de Cadahalso, et les écrits de Jovellanos, ne sont pas indignes des meilleures productions de l'ancienne littérature castillane. Ainsi se manifestait jusque dans le domaine de l'intelligence le réveil d'un pays que les Bourbons avaient trouvé endormi dans sa misère matérielle et morale, et dont ils eurent le mérite de hâter les premiers progrès.
//. — Le Portugal.
Le Portugal depuis Joào IV jusqu'à José Ier (1656- 1750). — Pendant le siècle qui suit le soulèvement du Portugal (1640), ce petit royaume ne joue qu'un rôle effacé dans l'histoire générale. Après la mort de Joào IV, fondateur de la dynastie des Bragance (1656), l'Espagne est forcée de reconnaître rindépendance de l'État lusitanien (1667).
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Puis au règne du sanguinaire et brutal Aflbnso VI, dont le premier ministre avait été un habile politique, le comte de Castelmelhor, succède celui de son frère don Pedro II, qui enlève à Aflbnso sa femme et sa couronne (novembre I6G7). Depuis ce moment, le Portugal, allié et vassal de l'Angleterre, lui livre son commerce par le traité que lui fait signer John Méthuen (1703). Mais Pedro II, par la découverte des mines d'or de Minas Geraes au Brésil, devient un des plus riches princes de l'Europe.
Sous son successeur Joâo V (1707-1750), prince à la fois charitable et cruel, « bigot sans piété et fastueux sans grandeur », les Cortès ne sont plus convoquées, « de peur de troubler, dit-il, la tranquillité publique ». Les ressources du Trésor sont gaspillées dans des constructions colossales et disparates telles que le couvent de Mafra, ou en dons incessants à la cour do Home. Elle reçut, dit-on, de ce roi, jusqu'à 180 millions do cruzadiis. Le clergé gouverne sous le nom d'un souverain « dont les plaisirs étaient des fonctions sacerdotales, les armées des moines, et les maîtresses des religieuses » (Frédéric II). Le cardinal de Mota, puis le chanoine Gaspard de l'Incarnation sont les premiers ministres de Joâo V. Quand il meurt, le royaume n'a ni industrie, ni commerce, ni armée, ni finances : le peuple croupit dans la misère, et le clergé comme les hautes classes vivent dans la routine et l'ignorance.
José I,r (1750-1777); Pombal. — José Ier, qui remplaça Joâo, n'avait certes rien d'un réformateur. La frivolité de ses occupations, la faiblesse et l'indolence de son caractère, son horreur du travail, ses goûts voluptueux ou dissipés, ne le prédisposaient guère à ce rôle. Mais au moment où les Jésuites et le chanoine Gaspard se disputaient la direction des affaires, la reine mère, Marie-Antoinette d'Autriche, fille de Léopold Ier, persuada à son fils d'appeler au ministère un noble portugais, dom Sebastian-José de Carvalho-Mello, qui n'inspirait de crainle à personne. C'était le futur comte d'Oeyras et marquis de Pombal, titres qu'il obtint plus tard, et sous lesquels il est connu dans l'histoire. Il avait cinquante et un ans : issu d'une famille de moyenne noblesse, d'abord juriste, puis diplomate, il avait géré sans éclat, grâce à la faveur du cardinal de Mota,
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les ambassades de Londres et de Vienne, et avait épousé en secondes noces une nièce du maréchal d'Aun. Bel homme, de constitution robuste, de haute taille, d'un abord facile et agréable quand il lui plaisait, parlant avec aisance les langues étrangères, instruit, il savait aussi bien séduire que faire trembler. Souple au besoin, dissimulé, avide, intéressé, cruel, il acquit sur le roi un ascendant sans bornes, grâce à l'implacable énergie de sa volonté, à une ténacité, à une puissance d'assimilation et de travail extraordinaires. Il exerça une dictature dont il y a peu d'exemples, osant désobéir au prince quand il jugeait ses ordres dangereux, tranchant toutes les questions par lui-même, traitant ses ennemis personnels en criminels de lèse-majesté. Les philosophes crurent trouver en lui un adepte. Au fond, il n'eut qu'un but : réunir, comme dans la Rome impériale, tous les pouvoirs aux mains du prince pour gouverner sous son nom.
Gouvernement et réformes de Pombal (1750-1777). — Nommé d'abord secrétaire des affaires étrangères, puis encore de l'intérieur et de la marine, enfin premier ministre, il exerce pendant vingt-six ans une sorle de dictature, réduit les autres secrétaires à régler sur lui leurs actes et même leurs paroles, s'entoure de prélats serviles et d'aventuriers prêts à toutes les besognes, fait de son fils aîné un président du Sénat et à ce titre le directeur du Trésor, d'un de ses frères le patriarche de Lisbonne et le grand inquisiteur, de ses fils de grands seigneurs qu'il unit aux plus riches familles. Il gouverne ainsi en maître: employant comme moyens de gouvernement la hache, le bûcher, la prison, l'exil, la déportation, dur aux hautes classes comme aux moyennes. Une police soupçonneuse viole le secret des lettres, épie la vie privée. Un tribunal de la censure (Mensa censorîa) arrête ou surveille les livres; tout écrit périodique est interdit. La délation fleurit comme à Venise autrefois; une parole, un geste, une démarche suffisent à motiver un procès pour atteinte « à la majesté du roi, de ses lois ou de son État ». Les prisons sont encombrées de 9000 captifs traités avec une cruauté inouïe. Par ce régime de terreur il terrasse l'aristocratie portugaise. Au moindre écart, au plus léger soupçon il sévit : les Mendoça, les La Cerda, les Souza, les Bragance sont
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exilés. L'attentat du 4 septembre 1758, qui faillit coûter la vie au roi, et dont le but était de venger l'honneur d'une grande famille, celle des Tavora, dans laquelle le roi avait pris sa maîtresse, fut le prétexte d'atroces vengeances. Leduc d'Àveiro, les Tavora, le comte d'Alouguia furent exécutés (janvier 1759) avec des raffinements de cruauté. Les deux frères de José Ier sont enfermés dans un couvent; le marquis de Marialva et le comte de Prado, ses confidents, écartés. Presque toutes les familles nobles sont frappées. On restreint leur faculté d'instituer des majorais, on leur enlève les terres coloniales, on va jusqu'à surveiller leurs mariages. Sans être partisan des idées irréligieuses, le terrible ministre, qui trouva dans le haut clergé et parmi les Dominicains ses instruments les plus dociles, prétendait émanciper l'État de la tutelle pontificale et soumettre l'Eglise portugaise à la royauté. C'est pourquoi, après avoir renvoyé les confesseurs jésuites, il détruit la société de Jésus ' (19 janvier 1759). L'un des membres de l'Ordre, un vieillard mystique, le P. Malagrida, est brûlé vif en 1761. Le pape proteste. Pombal chasse le nonce sous un futile prétexte, soumet la publication des bulles à l'autorisation royale, restreint la juridiction ecclésiastique, et, en renouant les relations avec le Saint Siège (1770), obtient encore la diminution des pouvoirs du tribunal de la nonciature. Il fait écrire contre les prérogatives du pape, mais s'il enlève à l'Inquisition la censure ♦les livres, il n'attribue pas moins à ce tribunal le nom de Majesté; il nomme ses membres et il les emploie à assouvir ses vengeances, substituant aux autodafés religieux des autodafés politiques. Cet ami des philosophes fait brûler les œuvres de Raynal et interdire l'entrée des publications européennes non autorisées. « Vous ne sauriez croire, dit-il un jour en parlant de l'Inquisition, combien il est utile d'avoir la haute main sur ce département. »
Au reste, il use du pouvoir pour faire le bien comme le mal, à coups de hache. Avec l'aide du comte de Lippe-Schaumburg, il organise une armée de 32 000 hommes (24 régiments d'infan-