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CHAPITRE XXIII

LES ÉTATS SCANDINAVES

De 1715 à 1788.

/. — La Suède.

La fin du « temps de la grandeur » . — Les dernières années de Charles XI marquent véritablement l'apogée de la puissance suédoise. Le royaume avait atteint alors, tant au point de vue de son influence en Europe qu'au point de vue de sa situation intérieure, un degré de prospérité vraiment surprenant. Cet état de choses, toutefois, dura peu. Les écrivains Scandinaves ont coutume de faire rentrer également dans la période qu'ils nomment le « temps de la grandeur », tout le règne de Charles Xll et cela se conçoit, étant donné le prodigieux retentissement des exploits de ce prince. Il n'en est pas moins certain que son gouvernement fut le début de la décadence de la Suède. On a vu, dans un autre chapitre, comment, au point de vue territorial et militaire, celte décadence commença dès les premières années du xvnic siècle, par les revers des généraux suédois dans les Provinces baltiques. Au point de vue intérieur, les premiers symptômes de décadence se manifestent aussi dès le début du nouveau règne. Les causes qui la provoquèrent furent nombreuses et complexes.

HlSTOIHK OÉNÉRALE. VII.

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Ruine de la Suède. — Les dépenses nécessitées par les armements et l'entretien des troupes compromirent rapidement la situation financière; les réserves du dernier règne furent épuisées avant môme le commencement de la guerre et les excédents de receltes firent place, dans le budget, à des déficits de plus en plus considérables, et de plus en plus difficiles à combler. Le pays, en effet, se ruinait peu à peu, tarissant ainsi les sources des revenus de l'État. L'occupation progressive des Provinces balliques par les troupes russes, en réduisant le nombre des contribuables, imposait au reste du royaume des charges plus lourdes. Puis, les levées continuelles dépeuplaient les campagnes : un moment vint bientôt où les hommes manquèrent littéralement aux champs, et l'agriculture fut ruinée. En même temps, la guerre rendait tout commerce maritime impossible. Les ports étant déserts, les douanes ne rapportaient • plus rien. Ainsi, les revenus baissaient sans cesse tandis que les dépenses ne faisaient que croître.

Pour essayer de remédier à une situation pareille, il fallut d'abord augmenter considérablement les impôts. Ceux-ci devinrent rapidement exorbilants. La misère du peuple s'accrut et, du môme coup, les embarras de l'Etat ne firent que grandir. On recourut à des emprunts, mais la situation moine de la Suède lui ôtail tout crédit. 11 fallut d'abord consentir à des conditions onéreuses; puis, le jour arriva où, personne n'ayant plus la moindre confiance, il devint impossible d'emprunter. Charles XII eut alors recours à une série d'expédients déplorables. Lorsqu'il revint dans son royaume, après son long séjour à Dender, il prit pour ministre uu aventurier allemand, le baron deGœrtz, auquel il ne tarda pas à accorder toute sa confiance (1*715). Celui-ci, n'étant soutenu que par la faveur royale, mit tout en jeu pour la conserver et, afin de satisfaire les désirs du roi en lui fournissant les moyens de continuer la guerre, il proposa et fit adopter une suite de mesures étranges, dont les résultats furent désastreux. L'une des plus connues et des plus caractéristiques est l'émission de jetons de cuivre auxquels on attribua arbitrairement la valeur d'un écu d'argent, valeur qui n'était en réalité gagée par rien. Le gouvernement se servit de ces

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jetons, — bientôt appelés « écus de Gœrtz » ou « monnaie de détresse », — pour ses paiements. Il prétendit même obliger les particuliers à s'en servir dans leurs transactions, tout en faisant des difficultés pour les accepter des contribuables.

Gouvernement de Charles XII. — Les maux que la guerre faisait ainsi souffrir au pays étaient aggravés encore par le désordre de l'administration, ou, pour mieux dire, par l'absence de tout gouvernement véritable. Charles XII voulut être un roi plus absolu encore que son père et gouverner toujours par lui-même et à lui seul, sans admettre que les circonstances pussent parfois l'empêcher de le faire. Il ne délégua jamais aucun pouvoir à personne, et ses ministres furent de simples secrétaires. A partir de 1715, Gœrtz parut faire exception à cette règle : encore ne faut-il pas oublier que l'action de Gœrtz se borna presque uniquement à fournir au roi les ressources que celui-ci désirait. Lorsque Charles XII quitta sa capitale pour se mettre à la tête de son armée, il y laissait le sénat qui aurait dù, semble-t-il, être chargé de l'administration du royaume. Mais il n'admit jamais que ce corps eût la moindre indépendance ni la moindre initiative. Il ne voulut voir en lui que l'exécuteur de ses ordres et, au plus fort de ses campagnes comme pendant son séjour à Bender, il entendit gouverner luimême son royaume, du fond de sa tente. Seulement, les communications étant lentes et difficiles et l'attention du monarque constamment distraite par les choses de l'armée, le royaume ne fut bientôt plus gouverné du tout. D'autre part, lorsque l'action du roi s'exerça a'une manière efficace, cette action fut souvent très malencontreuse. Pendant son séjour en Turquie, et surtout après son retour dans le Nord, Charles XII voulut réaliser d'importantes réformes, notamment remanier, pour la rendre plus équitable, la répartition des impôts. Mais, encore que plusieurs de ses idées fussent justes en elles-mêmes, elles étaient inapplicables, en un moment de grande crise extérieure et alors que le royaume était aux abois. De plus, l'esprit impatient et trop simpliste de Charles XII ne lui permettait pas de mûrir suffisamment ses desseins. Il introduisit des innovations sans mettre le reste de l'administration en harmonie avec elles, et,

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ainsi, ses tentatives n'eurent, somme toute, pas d'autre résultav que d'accroître encore la confusion.

Diète de 1713; succession au trône. — La ruine et la désorganisation de la Suède provoquaient naturellement, dans le pays tout entier, un mécontentement profond. Pendant assez longtemps, toutefois, celui-ci ne se manifesta point ouvertement. Le sentiment monarchique était trop vif et trop sincère pour que l'on songeât à critiquer vivement les actes du roi. L'absence même de Charles XII le garantissait contre l'impopularité : chacun pensait que le désordre et la misère provenaient surtout de son éloignement et que tout changerait le jour où il rentrerait dans son royaume. Plus tard, quand il fut revenu sans apporter au pays autre chose que des charges nouvelles, l'exaspération commença.

Ce ne fut pas tant au roi personnellement que l'on s'en prit qu'à la forme du gouvernement qu'il représentait. L'absolutisme perdit chaque jour du terrain dans les esprits et, bientôt, on en vint à songer à une modification de l'état de choses établi par Charles XI et à un retour aux anciennes traditions de la Suède. Assurément, ces aspirations et ces tendances étaient assez timides : elles n'en étaient pas moins réelles. Elles ne tardèrent pas à se manifester par des actes, sans grande portée, il est vrai, mais caractéristiques.

La Suède n'était en réalité pas gouvernée, entre un souverain absent et un sénat sans autorité. Un moment vint où la nécessité de sortir d'une situation pareille s'imposa. Le sénat, n'ayant point confiance dans ses seules forces, convoqua une « commission des États » (1710). Cette commission ne joua aucun rôle saillant ni ne découvrit aucun remède aux maux du pays. Elle est cependant intéressante à mentionner, car sa convocation, faite par le sénat, était une véritable atteinte à l'omnipotence royale. Trois ans plus tard, le sénat, toujours en quète d'appui, chercha à augmenter son prestige en s'adjoignant une princesse du sang, Ulrique-Éléonore, sœur du roi. Enfin, il se décida à convoquer la diète, toujours sans l'assentiment de Charles XII (1713).

A peine réunis, les Etats firent parvenir des protestations au

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roi. On put même craindre un moment qu'ils ne prissent des mesures tout à fait graves et singulières. Un parti nombreux voulut, en effet, rendre à l'Etat un gouvernement digne de ce nom et pour cela nommer la princesse Ulrique-Eléonore régente du royaume jusqu'au retour du roi. Ce projet eût certainement abouti si le sénat n'eût employé toute son énergie et tout son crédit à le faire avorter.

Une cause venait encore aggraver l'incohérence du gouvernement et le trouble des esprits : c'étaient les rivalités et les dissensions qui se manifestaient à propos d'une question importante entre toutes, celle de la succession au trône. Charles XII, ne s'étant point marié, n'avait aucun successeur direct. Il n'avait point non plus de frère, mais seulement deux sœurs, Hedvige- Sophie et Ulrique-Éléonore. La première avait épousé le duc Frédéric IV de Holstein-Gottorp, mort en 1702. Elle en avait eu un fils, Charles-Frédéric, et était morte elle-même en 1708. Ulrique-Éléonore avait épousé Frédéric de Hesse-Cassel. La question qui se posait était donc celle-ci : à la mort de Charles XII, le trône devait-il revenir à Ulrique-Eléonore, la sœur encore vivanle, ou au duc Charles-Frédéric, fils de la sœur aînée. A la vérité, ni l'un ni l'autre n'avaient de droits incontestables.

Charles XII n'avait jamais voulu prendre aucune disposition à cet égard. La loi de succession de i604, à laquelle il fallait dès lors se reporter, stipulait qu'à défaut d'héritier màlc le trône appartiendrait à l'ainée des filles non mariées. Or, légalement, une princesse suédoise ne pouvait se marier sans le consentement de la diète, et la diète n'avait été consultée ni pour Hedvige- Sophic, ni pour Ulrique-Eléonore. Les droits d'Ulrique-Eléonore pouvaient être donc considérés comme primés par ceux du jeune duc de Ilolstein ; mais on pouvait aussi contester les droits de ce dernier, le mariage de sa mère ayant été illégal. Cette situation confuse amena rapidement, bien avant la mort de Charles XII, des discussions longues et passionnées : de véritables partis se formèrent pour soutenir les prétentions de l'un ou l'autre des candidats. D'autre part, l'absence de tout héritier incontestable favorisait singulièrement les projets des hommes qui désiraient arriver à un changement dans la forme du gou-

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vernement. On en eut la preuve aussitôt après la mort du roi. Ainsi, lorsque Charles XII mourut, 30 novembre 1718, il laissait la Suède amoindrie et humiliée à l'extérieur, et, à Tintérieur, ruinée, désorganisée, divisée et sans personne qui pùt de plein droit reprendre le pouvoir.

Le « temps de la liberté » : règne d'Ulrique-Éléonore. — Le mécontentement qui s'était développé durant le règne de Charles XII se manifesta ouvertement à la mort de ce prince et provoqua une réaction complète contre l'ordre de choses établi. Ce fut le début d'une nouvelle période de l'histoire de la Suède, période à laquelle la forme du gouvernement alors établi a fait donner le nom de temps de la liberté.

Des deux candidats qui pouvaient revendiquer le trône, ce fut L'irique-Éléonore qui l'emporta. Aussitôt qu'elle apprit la mort du roi, elle convoqua le sénat et se fit reconnaître par lui. Quelques semaines plus tard, la diète l'élut régulièrement. Seulement, il lui fallut, pour assurer son élection, consentir à des modifications profondes dans la forme du gouvernement. Les États profitèrent de la situation pour restreindre à leur profit l'autorité royale et élaborèrent dans ce but une constitution nouvelle, sur laquelle nous reviendrons.

Le règne d'Ulrique-Eléonore fut court, et sans événements saillants. En dehors des négociations avec les puissances étrangères, en vue du rétablissement de la paix, il ne fut guère marqué que par des discussions constitutionnelles et par le procès et l'exécution du baron de Gœrtz '.

Avènement de Frédéric Ier. — Si la reine avait accepté la constitution de 1719, elle ne l'appliquait pas cependant d'une manière très conforme à son esprit. Imbue des principes du pouvoir absolu, elle était sans cesse portée à gouverner par elle-même. D'autre part, très dévouée à son mari, elle lui laissa prendre, bien qu'il n'y eût aucun droit, une grande influence sur les affaires de l'Etat. Ces deux causes ne tardèrent pas à provoquer des mécontentements et les promoteurs du nouvel ordre de choses en vinrent à penser qu'il vaudrait mieux avoir,

K. Voir ci-dessus, p. 82.

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à la place d'une reine peu sympathique à leurs idées et subissant l'influence d'un prince sur lequel ils n'avaient aucune prise, ce môme prince, auquel ils pourraient alors imposer leurs volontés. Des intrigues se nouèrent pour atteindre ce but. Elles ré ussirent. Ulriquo-Eléonore renonça au gouvernement et la diète élut son mari, Frédéric (24 mars 1720).

11 dut signer une capitulation qui restreignait encore son autorité. 11 essaya bientôt de se dégager de ces entraves. A la diète de 1723, il chercha, en s'appuyant sur l'ordre des paysans, à restaurer un peu l'autorité de la couronne. Cette tentative, très maladroite, échoua complètement. Loin de faire la moindre concession, les Étals élaborèrent un règlement de la diète, qui, en les précisant, augmentait encore leurs prérogatives. Le roi so tint dès lors pour battu. Il ne s'occupa plus guère que de ses chasses et de ses mailresses, et le royaume fut gouverné d'une manière absolument conforme à la constitution de 1719, complétée par la capitulation de 1720 et par le règlement de 1723.

Constitution de 1719; partis politiques. — La constitution de 1719 restreignait considérablement le pouvoir royal, au profit de la diète et du sénat. Ceux-ci, toutefois, ne bénéficièrent pas également de l'abaissement de la couronne. La haute noblesse subit le même sort que la royauté, et le sénat, qui la représentait, s'il vit développer ses attributions, ne vit pas son autorité s'accroître. En fait, la puissance passa presque tout entière entre les mains do la diète.

Celle-ci conserva son ancienne organisation et notamment sa division en quatre ordres. Elle eut le droit de se réunir tous les trois ans. Seulement elle ne fut plus, comme autrefois, un corps destiné à autoriser ou à sanctionner les actes de la couronne. Les sénateurs durent être choisis sur la proposition d'une de ses commissions et furent déclarés responsables devant elle. Le sénat devint donc son instrument et l'interprète do ses volontés. Or, ce même sénat tenait la couronne directement en bride : le roi ne pouvait rien sans lui ; il devait toujours se soumettre à l'avis de sa majorité et, dans les affaires importantes, son suffrage n'était compté que pour deux voix. Ainsi, le roi dépend du sénat, qui dépend de la diète. C'est à elle que tout se

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ramène. Elle n'est plus, comme au xvue siècle, un auxiliaire du pouvoir : elle devient le pouvoir lui-même.

Mais la diète était loin d'être un corps homogène, ayant communauté de vues, d'ambitions ou d'intérêts. Ainsi les paysans étaient systématiquement tenus à l'écart par les autres ordres. Ils étaient donc perpétuellement mécontents, et, comme ils n'avaient pas retiré grand profit des changements constitutionnels, ils se montraient, en général, sympathiques à la couronne et favorables à une extension de son autorité. Entre le clergé, la bourgeoisie et la noblesse, les divisions n'étaient pas aussi tranchées. Elles n'en existaient pas moins. D'ailleurs, des rivalités se manifestaient jusque dans le sein d'un même ordre. La haute noblesse n'était pas animée du même esprit que la noblesse inférieure, en général assez besogneuse et vivant des emplois administratifs. Lorsqu'on parle de la noblesse suédoise, à celte époque, il ne faut se représenter ni une aristocratie de cour, ni une caste de hobereaux, mais une classe de fonctionnaires. Les « réductions », qui l'avaient en bonne partie ruinée, l'avaient contrainte à se jeter sur les emplois de l'Etat, tandis que la bourgeoisie se cantonnait surtout dans les emplois municipaux. Les fonctions publiques étaient d'ailleurs nombreuses et importantes : après rabaissement du pouvoir royal et l'omnipotence de la diète, « le temps de la liberté » est surtout marqué par le développement du fonctionnarisme et de l'esprit bureaucratique.

Un autre caractère du « temps delà liberté », — et c'est peutêtre celui qui frappe le plus au premier abord, — est le rôle considérable que jouèrent à cette époque les partis politiques. Leur formation fut une conséquence de la forme même du gouvernement. Tout dépendant de la majorité de la diète, ceux qui, pour une cause ou une autre, désiraient exercer une action quelconque, devaient chercher à grouper des partisans et à gagner des voix. Au cas où il ne se serait pas trouvé de Suédois pour jouer un pareil jeu, les puissances étrangères ne pouvaient manquer d'y recourir afin de faire servir plus sûrement la Suède à leurs desseins. Les partis qui se constituèrent au lendemain de la révolution de 1119 et ceux

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qui se succédèrent par la suite n'eurent pas seulement pour programme une politique intérieure déterminée. Ils furent toujours, plus ou moins, à la solde ou à la dévotion d'une puissance étrangère et c'est ainsi que les fluctuations de la politique intérieure de la Suède se manifestent généralement par les alliances qu'elle contracte et les guerres qu'elle déclare.

Le parti holsteinois . — En essayant, en 1723, de restaurer l'autorité royale, Frédéric Ier avait mécontenté tout le monde : les partisans du nouvel ordre de choses crièrent à la trahison et les absolutistes lui reprochèrent d'avoir trahi leurs espérances. Ce mécontentement profita surtout à un parti, ancien quant à son origine, mais qui prit alors soudain une importance considérable et inaugura ces luttes de factions qui allaient pendant un demi-siècle déchirer la Suède.

Déçu dans ses espérances en 1719, le duc Charles-Frédéric de Holstein n'avait cependant pas renoncé à ses visées sur le trône de Suède. Frédéric Ior et Ulrique-Eléonore n'ayant pas d'enfants, l'idée lui était venu de se faire reconnaître pour leur successeur. En même temps, il cherchait à rentrer en possession d'une partie de ses États héréditaires dont la guerre du Nord l avait privé et nouait pour cela des relations avec Pierre le Grand, qui le prit bientôt complètement en gré, et, en 1724, le fiança à sa fille Anna. Dès lors, quand l'irritation causée par Frédéric 1er eut donné, dans la diète suédoise, la majorité au parti holsteinois, celui-ci voulut, avant toute chose, un rapprochement avec la Russie. La question de la succession au trône demeura en suspens; Charles-Frédéric dut se contenter de quelques promesses et d une pension; mais un traité formel (1 alliance fut conclu entre la Suède et le tsar (1724)

Le succès même du parti holsteinois devint bientôt la cause de sa chute. Le traité avec la Russie éveilla les défiances des autres puissances et notamment celles de l'Angleterre. Encouragés et soutenus par elle, les adversaires du duc de Holstein se mirent à l'œuvre. Ils parvinrent à reprendre l'avantage, et la diète de 1727, au lieu de décider l'accession de la Suède à

J . Voir ci-dessus, p. i()y.

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l'alliance de Vienne, conclue enlrc la Russie et l'Autriche, décida l'accession à l'alliance de Hanovre, conclue entre la France et les Puissances maritimes'. Cette évolution diplomatique marquait la lin de la prépondérance du parti holsteinois.

Arvid Horn : les Chapeaux et les Bonnets. — Les années qui suivirent furent, au point de vue des luttes intérieures, des années de repos, durant lesquelles la Suède fut, en fait, gouvernée presque uniquement par le président de la chancellerie, Arvid Bernard Horn. Celui-ci était d'ailleurs, à tous égards, à la hauteur de sa luche. Son administration ne fut peut-être pas marquée par des réformes retentissantes, mais elle fut profondément bienfaisante pour le pays. Il suivit une politique étrangère très prudente, évitant de se compromettre avec aucune puissance, afin de permettre à la Suède de reconstituer ses forces. Grâce à lui, les finances se rétablirent peu à peu, le commerce reprit, l'industrie fit des progrès, et, si l'apaisement qui avait suivi la diète de H21 s'était prolongé, la Suède se serait assez rapidement relevée. Mais les luttes de partis recommencèrent bientôt, plus ardentes que jamais.

Les premiers symptômes s'en manifestèrent dès 1731. Il ne s'agissait, d'abord, que de simples questions de personnes. Les rapports entre Ilorn et le roi étaient devenus très tendus, à propos notamment de la liaison du souverain avec Mlle Tauhe, liaison que Horn, très puritain, désapprouvait ouvertement. Un certain nombre d'ambitieux, débris pour la plupart du parti holsteinois, se groupèrent alors autour de la favorite. Peu à peu cette faction prit de la consistance, les influences étrangères s'en mêlèrent, et ce fut bientôt un parti véritable, ayant une signification et un programme. Il était essentiellement belliqueux, hostile à la Russie et favorable à la France. C'est ce parti qui prit plus lard le nom de Chapeaux, par opposition à ses adversaires, affublés, à cause de leur humeur plus calme, du sobriquet de Bonnets (de nuit). Bonnets et Chapeaux devaient subsister, avec des fortunes diverses, jusqu'à la fin du « temps de la liberté ».

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