I. Voir ci-iles^ous, chap. xvn, f 'Éf/tise catholique
16 PREMIÈRES ANNÉES DE LOUIS XV
« métier de roi ». L'expérience lui manqua pour l'acquérir. A l'âge où Louis XIV entendait gronder la Fronde ou revenait assiéger la capitale, son successeur se voyait l'idole des Parisiens. Gâté par la fortune, il se contenta de subir sa royale destinée, sans manifester comme son aïeul l'ambition et la volonté de gouverner. La chasse était son unique passion. Le reste l'ennuyait. Il ne s'attachait à rien ni à personne. Son précepteur Fleury était le seul à qui il s'ouvrit.
Disgrâce du duc de Bourbon. — Le duc de Bourbon, jaloux, voulut communiquer librement avec Louis XV et réussit à le voir chez la reine, qui s'était prêtée à ses desseins. Un jour que le roi et le ministre étaient ensemble, Fleury attendit deux heures sans être introduit. Il quitta la cour et se relira dans sa campagne d'Issy. Louis XV, très contrarié, rappela son précepteur (décembre 1725). Celui-ci exigea Féloignement de Mmo de Prie et de Duverney. N'ayant pu l'obtenir du duc de Bourbon, le roi usa d'autorité. Le 11 juin 1726, le duc reçut l'ordre de se retirer à Chantilly. La marquise fut exilée dans sa terre de Normandie, où elle s'empoisonna en 1729.
Fleury : ses antécédents; son caractère. — Une déclaration publique annonça que le roi n'aurait plus de premier ministre. Fleury se contenta du chapeau de cardinal. En réalité, il dirigea seul le gouvernement. Ce vieillard de soixantedouze ans était parvenu lentement à cette haute fortune, par son habileté, son tact, ses manières insinuantes et « patelines ». Aumônier de la reine, puis de Louis XIV, qui le goûtait peu, il obtint en 1698 l'évêché de Fréjus \ En 1715, le duc et la duchesse du Maine le firent nommer précepteur de Louis XV. Dès lors il se rendit le confident écouté et nécessaire, évitant de se compromettre et affectant de se tenir à l'écart, ayant su, dit Duclos, « apprivoiser l'envie ». Esprit froid et calme, il n'aimait pas les faiseurs de systèmes : « Quand donc, aurait-il dit, nous donnera-t-on du bon sens, en échange de bel esprit? » Arrivé au pouvoir, il sut faire prévaloir sa volonté. Il affranchit les biens ecclésiastiques de l'impôt du cinquantième, qui fut