LA GUEKHE EN ALLEMAGNE ET EN BOHÈME
atteignit Egra, c'est-à-dire la porte de la Bavière : 1200 hommes avaient péri de froid, tous les transports avaient dû être abandonnés; mais on n'avait perdu ni un canon, ni un étendard pris les armes à la main. Chevert, resté dans Prague avec 1800 soldats et 4000 malades ou convalescents, menaça de mettre le feu aux quatre coins do la ville si on ne lui accordait une capitulation honorable, et l'obtint (26 décembre). Il rejoignit Belle-Isle quelques jours après. On se consola en France en comparant cette retraite à celle des Dix mille!
Charles VII était resté pendant toute cette année à Francfort, attendant que la fortune revint à son puissant allié; il avait cru la ressaisir un moment lui-même, le général de ses propres troupes, Seckendorf, étant rentré quelques jours à Munich. Ses dernières espérances s'évanouirent lorsque Belle-Isle, rappelé en France, vint l'avertir que la France ne pourrait plus le secourir, et l'autoriser, l'exhorter même à faire sa paix avec Marie-Thérèse.
Mort de Fleury; la France en 1743. — Ce fut là le
dernier mot de Fleury. La longue agonie, physique et morale, de ce ministre finit le 29 janvier 1743. Cette mort amena une crise dans le gouvernement. Louis XV annonçait son intention de prendre en main le pouvoir, et, en effet, il se passa de ministre des affaires étrangères pendant près de deux ans; mais son caractère le rendait incapable de maîtriser les influences contradictoires qui grandissaient autour de lui. Belle-Isle, discrédité dans l'esprit du roi comme dans l'opinion publique par l'échec de ses plans politiques et militaires, se retirait momentanément de la scène. Les conseillers du jour, le cardinal de Tencin, les comtes de Maurepas et d'Argenson, n'étaient que des puissants du jour et de l'heure, courtisans autant qu'hommes
d'Etat. Une nouvelle favorite, M™' de La Tournelle, créée depuis duchesse de Châteauroux, poussait le roi aux résolutions hardies, par désir de trôner dans les carrosses où Louis XIV, en Flandre, avait promené MUo de La Vallière. Un personnage de bon conseil, neveu de Mm0 de Maintenon, le vieux maréchal de Noailles, et un adroit courtisan, le duc de Richelieu, secondaient ses instances et exhortaient Louis XV à agir par lui-même.
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11 était en eflet plus que jamais besoin, pour diriger la politique extérieure, d'une main ferme et d'une pensée suivie. L'opinion était déconcertée : on peut en constater le désarroi dans les Journaux de l'avocat Barbier, du duc de Luvnes, du marquis d'Argenson, échos plus ou moins passifs des bruils de la cour et de la ville. On était parti en guerre avec l'espoir de ruiner la maison d'Autriche et de dominer l'Allemagne, el maintenant la France, menacée sur ses propres frontières, était livrée aux hasards d'une lutte dont elle ne pouvait calculer ni les sacrifices ni les conséquences. Comme à la fin du précédent règne, les traitants redevenaient des hommes influents, nécessaires. Dès 1743 il fallut recourir au tirage au sort et à la levée des milices. Aussi bon nombre de gens à Paris se laissaient qualifier d' « Autrichiens », et colportaient avec un empressement suspect les mauvaises nouvelles. Du moins, aux vieux maréchaux qui avaient cessé d'être heureux, à Coigny, à Broglie, venaient se joindre deux capitaines de premier ordre, étrangers et protestants, deux héros parmi ces aventuriers heureux, hùtes de toutes les armées d'alors, dont la série commence à Schulenburg et finit à Nassau-Siegen : le comte Maurice de Saxe, nommé maréchal (mars 1711), el le comte de Lowendal.
Les Anglais en Allemagne : Dettingen. — A coté de l'Autriche, les Puissances maritimes entraient en ligne. En Angleterre, aux souscriptions particulières, aux subsides officiels, aux démarches diplomatiques en faveur de la reine de Hongrie allait se joindre l'action des flottes et des armées. Au pacifique Walpole avait succédé (février 1712) Carteref, ennemi déclaré de la France, et jugeant l'offensive contre elle opportune sur le continent, dès qu'il eût vu la paix rétablie en lie l'Autriche et la Prusse. En Hollande, les Etals Généraux, jusquelà retenus par la crainte d'attirer leurs puissants voisins sur les champs de bataille des Flandres, commençaient à accueillir les excitations de l'envoyé anglais lord Stairs et se laissaient arracher (mai 1713) la promesse d'un contingent. Enfin George II, rompant sa neutralité comme Electeur, vint aux Pays-Bas se mettre à la tète d'une armée dite pragmatique, composée d'Anglais, d'Allemands soldés par l'Angleterre, et de Hanovriens.
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Par le Palatinat, elle devait joindre sur le Mein Lobkowitz et Charles de Lorraine arrivant de Bohème et d'Autriche. La Prusse, intéressée à retarder le triomphe de Marie-Thérèse, s'inquiétait de cette intervention, mais se borna à des menaces.
Pendant que les Franco-Bavarois de Broglie et de Seekendorf battaient en retraite à travers la Bavière, le maréchal de Nouilles conduisait une nouvelle armée sur le Mein, en vue d'arrêter les Anglais. Il se heurta contre eux à Dettingen, le 27 juin. Ses dispositions étaient bien prises; il avait enfermé ses ennemis dans une plaine étroite dont il gardait les abords et les avait acculés à la rivière. Une charge soudaine et intempestive de son neveu le duc de Gramont compromit tout, obligea l'artillerie à se taire et aboutit, malgré l'héroïsme de la noblesse et la bonne tenue de la maison du roi, à une mêlée confuse, puis à une retraite, qui permit aux Anglais de s'ouvrir un passage. Ce fut là toute leur victoire : leur roi avait failli être pris; ils abandonnaient leurs malades, leurs blessés de la journée et leurs positions de la veille. Mais, de son coté, Broglie continuait à reculer; Charles VII rentrait éperdu à Francfort comme dans un suprême asile; on dut, devant les Autrichiens, se replier jusqu'au Khin et à la Lauter, Noailles se cantonnant dans la Basse-Alsace, Coigny remplaçant Broglie, dans la Haute-Alsace. Deux mois après ("7 septembre), le place d'Egra, la dernière que les Français tinssent en Allemagne, succombait.
Projets de Marie-Thérèse. - A ce moment, Marie-Thérèse MUIlblail triompher de tous côtés. Elle avait été couronnée à Prague [i% mai : elle avait puni par l'exil et la confiscation la défection de certaines grandes familles de la Bohème et enlevé
•e royaume une partie «1- ses privilèges. Elle rejetait dédaigneusement les propositions que Charles VII lui faisait faire par le canal «les Anglais et qui eussent impliqué la reconnaissance de ce prince comme empereur. File obligeait les Bavaroti à lui prêter serment de fidélité, avec l'intention de s'indemniser en Bavière 'le la perte de la Silésie. On la soupçonnait de préparer, non seulement la rupture du traité de Breslau, mais le démembrement «les Etats prussiens à son profit comme .t celui «le la Saxe et «lu Hanovre. Les rescrits de sa chancel-
lcrie, répandus à travers l'Allemagne, tendaient a réveiller, sous sa forme la plus exaltée, le patriotisme germanique. Il ne s'agissait rien moins que de reprendre les anciennes terres d'Empire, l'Alsace et la Lorraine. Ce sera au cri de Maria Thrresia, comme signe de ralliement, que les Autrichiens, en octobre 1793, emporteront les lignes de Wissembourg. Dès lors, le Croate Menzcl, parvenu avec ses bandes aux bords du Rhin, lançait des proclamations où il menaçait les Lorrains des derniers traitements s'ils n'accouraient pas au-devant de leurs anciens et légitimes maîtres. On se disait même en Europe que celte offensive menaçante visait en outre les Trois-Evêchés, la Franche-Comté et la Bourgogne. A Londres, on proclamait ouvertement que le moment était venu de ramener la France au temps de la paix des Pyrénées; l'Angleterre s'adjugeait déjà Dunkerque et le Canada. Autant annoncer que c'était la succession des Bourbons, et non celle des Habsbourg, qui était ouverte.
Guerre générale. — Jusque-là, la paix avait officiellement régné entre Louis XV et George II. Le 15 mars 1744, le premier envoya une déclaration de guerre au second, se fondant sur la violation de la neutralité hanovrienne et les pirateries des vaisseaux anglais. Le 26 avril, il en fit de même à l'égard de l'Autriche, alléguant les tentatives pour reprendre l'Alsace et la Lorraine.
Contre ces deux grands ennemis, des alliances étaient nécessaires. Celle du conquérant de la Silésie semblait la plus populaire, la plus précieuse. Voltaire, chargé de sonder les intentions du roi de Prusse (septembre 1743), fut aimablement accueilli à Berlin, mais réduit au silence dès qu'il voulait hasarder un mot de politique. Frédéric n'en était pas moins déterminé à reprendre les armes : les liaisons de la reine de Hongrie, devenues plus étroites tant avec la Saxe qu'avec la Sardaigne, lui semblaient menaçantes pour la durée de sa nouvelle conquête. Il eut d'abord quelques hésitations à faire des avances à la France : Louis XV pourrait-il lui pardonner sa défection de 1743? Se souvenant, d'autre part, qu'il avait à Paris des amis quand même, d'Argcnson dans le gouvernement, Voltaire à la