LA GUERRE SUR LE RHIN ET AUX PAYS-BAS
à réunir, en vue de la paix, dans la ville impériale et neutre d'Aix-la-Chapelle.
Un nouveau belligérant s'annonçait pour la campagne suivante, la Russie. Depuis 1740 les successeurs de Pierre Ier, qui tenaient surtout à avoir les mains libres en Pologne, restaient, sans être indifférents, spectateurs des événements. Sous le règne nominal d'Ivan, Munich avait laissé faire le roi de Prusse. La duchesse de Brunswick avait paru pencher du coté de Marie-Thérèse. Élisabeth, dominée par La Chétardic, avait d'abord semblé favorable à Louis XV; puis l'aide accordée par Louis XV aux Suédois ses ennemis la mit en défiance et, après avoir de nouveau donné accès aux influences françaises ou prussiennes en laissant La Chétardie reparaître à la cour et Frédéric II négocier le mariage de son héritier avec Catherine d'Anhalt-Zerbst, après avoir offert sa médiation entre les belligérants, elle céda en définitive à son chancelier Bestoujef, stipendié par les Anglais. Elle se porta garante contre le roi de Prusse de l'intégrité des Etats d'Auguste III. D'autre part, elle vit surgir la candidature éventuelle du prince de Conli au tronc de Pologne et comprit que le succès de cette candidature séparerait la Russie de l'Autriche et la rejetterait hors des limites politiques de l'Europe. Il y eut enfin entre Élisabeth et Marie- Thérèse un traité d'alliance et de défense réciproques (26 juillet 1*746), qui devint effectif lorsque l'Angleterre et la Hollande eurent promis (juillet-décembre 1747) de solder un corps auxiliaire russe de 25 000 hommes. Cette nouvelle armée parut au cœur de l'Allemagne, en Franconic, sans que Frédéric II eût fait le moindre effort pour l'arrêter au passage. Après les Pandours, les Kosaks menaçaient le Rhin.
Paix d'Aix-la-Chapelle. — Au printemps de 1748, pendant les préparatifs d'une nouvelle campagne, les Anglais, irrités contre les Hollandais, qui refusaient de prendre part à la solde des auxiliaires russes, prirent l'initiative de propositions de paix. Marie-Thérèse, outrée des manèges du roi de Sardaigne, en fit autant de son côté. Le plénipotentiaire français San- Severino (Saint-Séverin) se trouvait donc l'arbitre de la situation, en arrivant à Aix-la-Chapelle. Il eut à poursuivre une
double série tle pourparlers avec le Morave Kounic (Kaunitz), plénipotentiaire autrichien, et lord Sandwich, plénipotentiaire anglais, pendant que Maurice de Saxe, rouvrant les hostilités, investissait Maastricht. Jusqu'au dernier moment, Saint-Séverin parut près de s'entendre avec Kauniiz, puis, s'avisant que l'Angleterre seule était en état de continuer la lutte au moins sur mer et d'offrir, par ses conquêtes coloniales, des compensations pour les restitutions annoncées par la France, il se décida soudainement à traiter avec elle, et le congrès se réduisit à quelques heures de tôte-à-tète entre lui et Sandwich. Les préliminaires de paix furent rédigés en hâte et signés par eux le 11 avril. Il fallut six mois pour les transformer en traité définitif. L'Espagne et la Sardaigne, qui n'étaient qu'à demi satisfaites dans leurs espérances, sans trop se plaindre, ajournèrent longtemps leur adhésion (20 octobre-20 novembre). Quant à l'Autriche, elle résista activement et longtemps, car elle perdait l'occasion d'échapper à la servitude de la Barrière, . se voyait encore amoindrie en Italie et surtout devait subir la garantie donnée par l'Europe à Frédéric II pour la Silésie; elle céda enfin (8 novembre) devant l'accord constant des plénipotentiaires anglais et français.
La paix générale fut rétablie le 30 octobre, aux conditions suivantes :
En Allemagne, la Pragmatique-Sanction était confirmée et François Ier reconnu empereur par tous les belligérants. Le roi de Prusse conservait la Silésie et le comté de Glatz. En Italie, l'infant don Philippe, le mari de la fille préférée de Louis XV, devenait souverain des duchés de Parme, Plaisance et Guastalla. Le roi de Sardaigne recevait, aux dépens du Milanais, tout ce (jue lui avait promis le traité de Worms (sauf le duché de Plaisance), c'est-à-dire le Haut-Navarais, le Vigevanasque, une partie du Pavesan, le comté d'Anghiera, de telle sorte que le Tessin formait sa limite, du lac Majeur au Pô. Le duc de Modène rentrait en possession de ses Etats. Gènes recouvrait le marquisat de Finale et la garantie de son indépendance.
Aux Pays-Bas comme sur les Alpes, le roi de France restituait toutes les places prises, tous les pays occupés par ses armes.
LA r.rKUKE Sl'K LK Ml IX ET MX PAYS-BAS
Sur les réclamations du maréchal de Saxe, il fut convenu, en dehors du traité, que Maastricht, alors assiégé, serait ouvert aux troupes françaises, pour être rendu avec le reste.
Dans Tlndoustan, la France restituait Madras. En Amérique, elle recouvrait Louisbourg et le cap Breton. L'Angleterre reprenait pour quatre ans le droit d'importer des nègres et le vaisseau de perm ission dans les colonies espagnoles. La question des limites de l'Acadie, indécise depuis 1713, restait confiée à des commissaires spéciaux, c'est-à-dire en suspens. Les Anglais obtenaient enfin, sur deux points qui leur tenaient fort à cœur, le renouvellement des stipulations d'Ulrecht, c'est-à-dire la démolition des défenses maritimes de Dunkerque et l'expulsion de France des Stuarts.
L'Europe en 1748. — L'Europe, au dire de Voltaire, ne connut pas de plus belles années que celles qui suivirent la paix de 1748. Ce furent, au contraire, après les premiers jours de satisfaction et même d'allégresse, des années de malaise général, car personne n'était satisfait et chacun attribuait ses mécomptes à l'infidélité de ses alliés. De plus, deux grandes puissances, la veille ennemies irréconciliables, sortaient matériellement amoindries et moralement humiliées de la lutte.
La première est l'Autriche et, avec elle, la vieille Allemagne. L'Autriche avait perdu, au profit de l'Elecleur-roi de Brandebourg, la plus riche dépendance du royaume de Bohême, la « perle de l'Empire ». Aussi Marie-Thérèse coupait-elle court aux félicitations de l'ambassadeur anglais sur le retour de la paix et se flattait-elle d'une revanche prochaine, « dut-elle y perdre son cotillon ». Elle ne pouvait se dissimuler, en effet, qu'entre la maison de Bavière et la maison de Saxe, trompées dans leurs espérances et refoulées au second rang, les Ilohenzollern étaient devenus en fait les égaux des Lorraine-Habsbourg"; bien mieux, ils étaient leurs rivaux depuis que s'était décidé l'être hybride de l'État prussien, jusque-là indécis entre la monarchie et l'électorat. Dès 1750, un ordre donné aux consistoires supprimait dans les églises prussiennes la prière pour l'Empereur. Au dualisme religieux introduit en Allemagne par
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Luther se joignait, pour un siècle, le dualisme politique. Amis et ennemis avaient en somme « travaillé pour le roi de Prusse ».
La seconde était la France. La ville de Paris eut beau élever au roi une statue en face des Tuileries, Mme de Pompadour le représenter sur un char de triomphe, délaissant les attributs de Mars pour ceux de Thémis. Un dicton courut sur toutes les lèvres : « Béte comme la paix ». Ainsi la voix populaire qualifiait un traité insignifiant quant à ses résultats, humiliant quant aux détails de son exécution, qui relirait bénévolement et simultanément le drapeau français de Chambéry et de Fribourg, de Bruxelles et de Maastricht, qui ne reprenait même pas au Piémont la partie du Dauphiné cédée en 1713; si bien que les Pays- Bas et l'Italie allaient être fermés à la France jusqu'à l'expansion victorieuse des soldats de Fleurus et d'Arcole, jusqu'aux revanches diplomatiques de Léoben et de Campo-Formio. Le blAme tourna à l'indignation, quand on vit Charles-Edouard publiquement arrêté, garrotté, conduit à Yincennes, puis jeté hors des frontières.
Est-il dès lors étonnant qu'entre *lcux gouvernements, l'un dupe de l'alllianct* anglaise, Tau li e dupe de l'alliance prussienne, — le premier inquiet, malgré tout, des progrès de la Prusse sur le continent et de l'Angleterre aux Indes, le second irrité de la perte de la Silésie, mais fort encore par le dévouement de ses sujets hongrois ou slaves et par son entente croissante avec la Russie, — un rapprochement sérieux, presque intime, se soit produit après deux siècles de lutte sans merci? Ainsi s'expliquent certaines avances réciproques de la France et de l'Autriche, durant le cours de laguerreet pendant les négociations d'Aix-la-Chapelle, certaines vues déjà développées sur la possibilité d'une ligue catholique à opposer aux puissances protestantes. Ainsi se préparent, sur la même scène politique, mais dans un sens tout nouveau, les grands événements diplomatiques et militaires qui vont suivre.
ciKime de la sixcession d'ai thichk
BIBLIOGRAPHIE
Voir sur les Ktats qui prirent part à la guerre tic la succession d'Autriche la bibliographie générale des chapitres vu, vin, xvui, xix, xxi, xxn. A signaler seulement ici d'Arneth, Gesehichte Maria-Theresia's. t. I à III, et Droysen, Gesehichte der preussischen Politik, t. XI à XII.
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(i L'ERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE
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