‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 32 sur 219 · LA GUEHHK SUR LE HHIN ET AIX PAYS-BAS · texte numérisé non relu

LA GUEHHK SUR LE HHIN ET AIX PAYS-BAS

à Versailles, se fit, dans son Poème de Fontenoy et son opéra du Temple de la Gloire, l'interprète du sentiment public plus heureusement que dans ses adulations riméesau roi de Prusse. Le maréchal de Saxe fut dès lors un héros national, digne de toutes les récompenses qui lui échurent depuis, le titre de maréchal général, le château de Chamhord, le couronnement théâtral à l'Opéra (18 mars 1 74f») et entin le mausolée triomphal élevé par Pigalle, trop toi pour la France, dans le temple Saint-Thomas de Strasbourg.

A la suite de cette journée, non seulement la ville et la citadelle de Tournai se rendirent (22 mai-19 juin), mais Gand, Oudenarde, Bruges ouvrirent leurs portes. Louis XV y entra en triomphateur, y tint sa cour comme en terre française et entendit le Te Deum de la Saint-Louis dans la cathédrale d'Ostende. On s'attendait à Londres à une prochaine descente de l'ennemi héréditaire.

Événements d'Allemagne ; François Ier empereur. —

Frédéric II n'avait pas accueilli avec une satisfaction sans mélange la nouvelle de Fonlenoy. Autant vaudrait pour lui, disait-il, une victoire remportée à Pékin ou au Monomotapa. Il avait concentré en avant de Breslau toutes ses forces, laissant celte fois venir à lui, par les défilés des montagnes, les Saxons et les Autrichiens. Les ayant attirés en face de lui le 4 juin à Friedherg, il culbuta les Saxons avant que leurs alliés eussent eu le temps d'entrer en ligne. Puis, par un habile mouvement de conversion, força ceux-ci, pour ne pas perdre leur ligne de retraite, à lui abandonner le champ de bataille. Pour la première fois il avait déployé brillamment, sous le feu de l'ennemi, sa virtuosité tactique et ses grandes qualités d'homme de guerre.

Son succès eût eu de graves conséquences si le prince de Conti, commandant de l'armée française du Rhin, fût venu à sa rencontre à travers l'Allemagne. Le prince, obligé d'envoyer 20 000 hommes en Flandre, se contenta de vaines démonstrations. Frédéric accusa aussitôt Louis XV d'oublier les conditions de l'alliance et, fidèle à son système de bascule, se rapprocha (les vaincus de Fontenoy. H conclut avec eux la

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convention secrète de Hanovre (26 août), qui déclarait à l'avance rétabli le traité de Breslau, et stipulait pour les contractants l'obligation d'en imposer, par un commun accord, la confirmation à l'Autriche.

Marie-Thérèse était alors toute à la joie de l'avènement prochain et cette fois inévitable de son mari à l'Empire. La Diète se réunissait à Francfort pour donner un successeur à Charles VII. Frédéric II, suivi par le Palatin, formula contre certaines circonstances de l'élection et contre le futur élu quelques objections destinées à expliquer son abstention. D'Argenson essaya inutilement, par-dessous main, de susciter la candidature de l'Électeur de Saxe ; mais le prince de Conti n'alla pas plus, celte année-là, montrer son armée aux alentours de la Diète que dans le voisinage du camp prussien; et ce fut au milieu des troupes autrichiennes que le collège électoral élut roi des Romains (15 septembre), puis empereur, sous le nom de François Ier, le grand-duc de Toscane. Marie-Thérèse accourut pour donner au couronnement le signal des acclamations et passer près de Heidelberg la revue de son armée.

Presque en même temps, un « sacre » d'un autre genre avait lieu à Versailles. Mmc de Pompadour était présentée officiellement à la cour. Le règne de « Cotillon II » commençait.

Négociations franco-autrichiennes; paix de Dresde. — La nouvelle impératrice, bien moins touchée par les conquêtes françaises sur l'Escaut que par les conquêtes prussiennes sur l'Oder, tendait alors secrètement la main à Louis XV, pour rester ensuite libre de mettre Frédéric II au ban de l'Empire et de démembrer ses Etats. Deux envoyés autrichien et français, d'Harrach et Vaulgrenant, s'abouchèrent à Dresde, sous le couvert d'Auguste III. Pendant ce temps, le vainqueur de Friedberg s'occupait d'imposer au plus tôt à Marie-Thérèse la ratification de la convention do Hanovre, c'est-à-dire la paix . à son gré. Il fondait sur les Autrichiens à Sarov (Sohr) (Bohème) et, après une journée pleine d'émotions (30 septembre) où son génie militaire le tira avec éclat d'une situation un moment critique, il se replia vers la Silésie, laissant à la médiation complaisante des Anglais le soin de compléter son

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œuvre. Cette médiation échoua encore. Marie-Thérèse, fortifiée par l'autorité que son nouveau titre lui donnait en Allemagne, médilait d'exécuter sa récente convention de Leipzig (17 mai) avec la Saxe, d'envahir le Brandebourg, de pousser jusqu'à Berlin.

Frédéric II, suivant son habitude, sut prévenir ses adversaires. Il battit une de leurs armées à Gross-Hennerdorf, tandis que son lieutenant Dessau marchait droit sur Leipzig et sur Dresde, Auguste III s'enfuit à Prague. Les Saxons tentèrent de défendre leur capitale (15 décembre). Ils tinrent d'abord bon derrière leurs retranchements de Kesselsdorf ; mais, en étant sorlis pour attaquer à leur tour, ils se firent refouler et mettre en déroute. Au bruit de leur canon, d'Harrach et Vaulgrenant continuaient à préparer péniblement la réconciliation définitive de leurs souverains. Le premier offrait plusieurs places en Flandre, Parme et Plaisance en Italie, si la France abandonnait ouvertement la Prusse. Faute du consentement de l'Autriche à faire céder à l'Espagne les deux villes d'Alexandrie et de Tor tone appartenant à son allié de Sardaigne, on se sépara sans conclure. Déçue du coté de Versailles, Marie-Thérèse se résigna à accorder au « méchant homme » de Berlin la paix de Dresde décembre). François Ior était reconnu empereur, Frédéric H gardait définitivement ses conquêtes, recevait de la Saxe un million de thalers comme indemnité de guerre, et faisait confirmer son acquisition de la Frise orientale, autorisée par l'Empereur Léopold dès 1694 et opérée après l'extinction (mai 1744) de la maison régnante dans ce pays.

De peur d'attirer de nouveau les Autrichiens sur le Rhin, la France se tint désormais de ce côté sur une stricte défensive et n'agit plus en Allemagne que par les voies diplomatiques. Elle décida la Diète de Ratisbonne à maintenir, malgré les eflbrts de Marie-Thérèse, la neutralité de l'Empire; elle acheta à bon prix celle de divers princes allemands. Enfin d'Argenson négocia avec le tout-puissant favori d'Auguste III, Bruhl, un rapprochement qui, dans sa pensée, devait par contre-coup réconcilier la Saxe et la Prusse. Bruhl, au contraire, uni étroitement à l'Autriche, se voyait déjà médiateur d'une paix générale servant à

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préparer une coalition contre Frédéric II. En dépit de ce malentendu, il y eut, grAce à l'influence de Maurice de Saxe, un traité d'amitié et de subsides entre les deux Etats, consacré par le mariage de Marie-Josèphe, fille d'Auguste III, avec le dauphin, veuf d'une infante (février 1747).

Campagne de 1746; préludes de la paix. — En 1746, la France chercha et trouva aux Pays-Bas la compensation de ses revers en Italie et sur les mers. Au milieu de l'hiver, le maréchal de Saxe investit Bruxelles et le fit capituler au bout de trois semaines (28 janvier-21 février). Puis, profitant de sa supériorité numérique sur les ennemis, par lui-même ou par ses lieutenants le comte de Clcrmont et le prince de Conli, il emporta l'un après l'autre Mons (11 juillet) au sud, Anvers au nord, Huy, Gharleroi, Namur (30 septembre) au centre du pays. Charles-Alexandre, accouru avec une nouvelle armée autrichienne, n'osait risquer contre lui la bataille. 11 dut l'accepter, dans des conditions défavorables, à Rocoux (H octobre) sur la Meuse. La nuit seule préserva les alliés d'une destruction complète.

Marie-Thérèse ne détenait plus que le Luxembourg et le Limbourg, et la Hollande était menacée. L'aristocratie marchande qui gouvernait ce pays n'avait cessé de garder une attitude équivoque entre les passions du petit peuple hostile à la France catholique et ses intérêts propres, inséparables de la paix. Elle avait suivi de mauvaise grâce l'impulsion des Anglais, sans jamais dénoncer formellement les hostilités; et voici qu'en Angleterre même le ministère belliqueux de Cartcret avait fait place à celui des Pelham, émules de Walpole. Dans le camp français, jamais guerre n'avait été conduite avec plus d'entrain, on pourrait même dire plus de gaieté, les ariettes de Favarl et de sa troupe précédant et suivant le bruit des batailles. Jamais la noblesse n'avait plus héroïquement, plus largement payé l'impôt du sang. Pourtant Louis XV et d'Argenson, depuis que les causes primitives de la guerre avaient disparu, ne visaient qu'un but, la conquête de la paix. Louis XV se dit prêta traiter, « non en marchand, mais en roi », aimant mieux, comme le déclare son ministre, être trompé que tromper lui-même Cette

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répulsion pour ces trafics politiques dont il avait reçu l'exemple de Berlin l'honore, mais le sentiment auquel il obéissait était complexe, fait à la fois de générosité chevaleresque et de lassitude égoïste. De son coté, d'Argenson subissait l'influence de l'esprit philosophique qui pénétrait le gouvernement comme la société. Cet esprit supprimait Richelieu et Louvois dans la politique traditionnelle, pour se rattacher directement à Sully, à celui qui avait dit un siècle auparavant : « La France est assez grande. » Il était uni à son maître par un commun dégoût pour les horreurs de la guerre et une commune pitié pour la misère des peuples : « Le triomphe est la plus belle chose du monde, écrira-t-il après Fontenoy, mais le plancher de tout cela est du sang humain et des lambeaux de chair humaine. » Et Louis XV faisait écho à cette pensée lorsque, dans la tranchée de Menin ou sur le champ de bataille, il donnait à son (ils des leçons de « sensibilité », lorsqu'il disait à un Anglais prisonnier : « Ne vaudrait-il pas mieux songer à la paix que de faire tuer tant de braves gens? »

Durant toute l'année 1746, des tentatives de réconciliation se produisirent de part et d'autre. Le Hollandais \Vassena«;r vint au lendemain de la prise de Bruxelles trouver le roi à son camp devant Lille; le duc de Richelieu, chargé d aller chercher à Dresde la nouvelle dauphine, fit là ter la cour de Vienne par l'entremise d'Auguste III. Des conférences se tinrent à Bréda enlre les représentants de la France et des Puissances maritimes. Sur ces entrefaites survint (janvier 1747) la disgrâce de d'Argenson, due à des intrigues de cour, aux ressentiments de l'Espagne, aux caprices naissants du Secret du roi. 11 eu! Puisicux pour successeur.

Campagne de 1747 : Lawfeldt. — Il fallut de nouveau, au printemps de 1747, chercher la paix les armes à la main. Maurice de Saxe arracha enfin à Louis XV la permission, refusée jusque-là, de franchir la frontière hollandaise. Dans une déclaration solennelle du 17 avril, le roi se disait forcé, sans rompre avec les Provinces-Unies, d'envahir leur territoire et d'occuper leurs forteresses, sauf à les restituer au moment de la paix. C'était prendre fièrement, mais trop géné-

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rcusemcnt peut-être, la revanche des humiliations de Gertruydenherg.

Enfin, le 1er et le 17 mai, les citadelles de l'Écluse, du Sas de Garni, d'Hulst et d'Axel, délabrées et mal défendues, capitulèrent. Comme en 1672, l'invasion provoqua une révolution dans les Provinces-Unies. Un mouvement populaire irrésistible se produisit en faveur du gouvernement personnel, aboli depuis 1702. Guillaume IV de Nassau, petit-neveu du grand Guillaume, gendre de George II, déjà stathouder de trois provinces, fut proclamé stathouder général et héréditaire. Il portait un grand nom, mais il était sans talents militaires. Du moins le pays restait encore couvert par son beau-frère, l'Anglais Cumberland, qu'assistaient sans empressement les Hollandais de Waldeck et les Autrichiens de Baltyani.

Cependant le maréchal de Saxe poussait 120 000 hommes de Tongrcs sur Maastricht, et gagnait en vue de celle ville une nouvelle bataille rangée (2 juillet). Le centre de la résistance était le village fortifié de Lawfeldt; quatre attaques de l'infanterie échouèrent ; deux escadrons de cavalerie chargeant « comme au fourrage » se sacrifièrent et ouvrirent une brèche. Lawfeldt emporté, les Anglais se replièrent derrière la Meuse, où on laissa les Hollandais et les Autrichiens, qui n'avaient pas donné, les rejoindre. Leur présence rendait l'investissement immédiat de Maëstricht impossible. Le vainqueur se rejeta sur l'extrémité opposée de la frontière hollandaise. Son principal lieutenant, Lowendal, assiégea Berg-op-Zoom, qui passait pour imprenable. La ville, enlevée d'assaut (16 septembre), fut livrée à un pillage dont le bruit retentit à travers toute l'Europe.

Intervention de la Russie. — Ce coup porté et reçu, on en revint volontiers de part et d'autre aux négociations. La Hollande était ouverte et désarmée, l'Angleterre fatiguée de soudoyer tous ses alliés; la France payait de l'anéantissement de sa marine militaire et de son commerce le prix de ses victoires. Les avances faites, le soir même de Lawfeldt, par Louis XV au général anglais Ligonior fait prisonnier furent renouvelées par Maurice de Saxe à Cumberland. Puisieux et lord Sandwich se rencontrèrent à Liège et convinrent d'un congrès

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