‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 51 sur 219 · LA COMPAGNIE FRANÇAISE : DLPLKIX · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE FRANÇAISE : DLPLKIX

« contre cet homme qui se mettait au-dessus des lois ». Puis b* Conseil envoya des délégués à Madras pour signifier ses décisions à La Bourdonnais : son traité avec Morse était cassé; un Conseil provincial était établi au fort Saint-Georges; les délégués de Pondichéry prendraient dans Madras le commandement des troupes et des milices. Dans sa résistance à ces injonctions, La Bourdonnais était soutenu par ses officiers, ceux-ci entendant faire respecter les engagements pris par leur chef. Peu s'en fallut que les troupes de Pondichéry et celles de la flotte n'en vinssent aux mains. D'Kprémesnil, l'un des délégués, parlait de faire arrêter l'amiral : autrement, disait-il, « encore quelques heures et nous serons les prisonniers d'un traître ». A son tour, La Bourdonnais s'emportait en menaces : « Je tiendrai Pondichéry sous mes canons, et je ferai plier l'orgueil de ce marchand (Dupleix). » Il osa un véritable coup d'État contre les délégués de Pondichéry, arrêtant les uns, mettant les autres en fuite. Maintenant il était maître de Madras ; mais alors arrivèrent des ordres de France : il devait y avoir à Madras un Conseil, où le nouveau gouverneur n'aurait que sa voix. La Bourdonnais parut accablé ; il eut dès lors la vision de la Bastille : « J'ai été trop vite, avouait-il; je sens que je me suis trop avancé; mais le vin est tiré, il faut le boire. Mon affaire est sale. J'ai des moyens de m'en tirer; j'espère qu'ils ne me feront pas défaut. »

Il ne se retrouva que lorsque éclata l'ouragan qui sévit du 13 au 14 mars. La flotte était alors dispersée : la plus grande partie, huit vaisseaux, dans le port deMadràs. S'ils y restaient, leur perte était inévitable. Au premier souffle du vent, l'amiral fil couper les amarres, et les vaisseaux, emportés par la tempête vers la haute mer, disparurent dans la nuit. La colonie française, dévorée d'anxiété, ne put qu'apercevoir sur les eaux la lueur des canons d'alarme. Du 14 au 16, on resta sans nouvelles de la flotte; puis la mer, enfin calmée, apporta des épaves et des cadavres qui faisaient pressentir l'étendue du désastre. Sur les huit vaisseaux, quatre avaient coulé, deux revinrent entièrement démâtés et deux autres terriblement avariés, Les flots avaient englouti 1200 hommes, dont tout le contingent de

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Pondichéry et la moitié «le l'artillerie, y compris les gros canons don! le gouverneur s'était démuni en faveur de l'amiral. La Bourdonnais quitta Madras, désespéré, déclarant qu'il « donnerait un h ras pour n'y avoir jamais mis le pied *.

Les dissensions entre les deux chefs avaient coûté cher aux Français : nos forces de terre et de mer s'évanouissaient; il ne pouvait plus être question de prendre Saint-David et de compléter l'expulsion des Anglais; on ne pouvait même garder Madras, en présence du nabab mécontent et devant l'imminence d'un retour de la flotte britannique. C'était dans Pondichérv même qu'on aurait bientôt à se défendre.

Quant à La Bourdonnais, il allait avoir à rendre un compte difficile. Arrivé dans l'Inde pour y détruire la puissance anglaise, il l'avait ménagée, sauvé Madras de la destruction. D'abord acclamé par les Français comme un libérateur, il repartait chargé de leurs malédictions. Il avait amené non seulement la destruction de sa propre escadre, mais celle des ressources de la colonie en artillerie, en approvisionnements, en hommes. En arrivant à l'île de France, il y trouva un successeur déjà installé et l'ordre de révocation. 11 lit voile pour la France afin d'y porter sa justification ; en chemin il fut pris par une croisière anglaise, puis relâché sur parole. A peine eut-il posé le pied sur le sol français qu'il fut enfermé à la Bastille, mis au secret le plus absolu, privé des moyens d'écrire1. Le principal chef d'accusation était d'avoir signé des conventions secrètes avec l'ennemi. Le procès dura trois ans et demi (1748-1751). A la fin La Bourdonnais fut acquitté; mais dans sa prison il avait contracté une maladie mortelle, qui l'emporta le 9 septembre 1753'.

Dupleix livré à ses seules forces : victoire sur l'armée du nabab. — Après le départ de son rival, Dupleix se retrouvait dans une situation très périlleuse. Il n'avait plus

1. Il trouva cependant inoven de f.il i ri<j ur r «le l'encre avec «lu «'afé, une plume avec un vieux sou, (le. et c'est ainsi «ju'il parvint à redij/er «>s cél.-l«ri> Mémoires, publiés seulement en iNi»* par son pelil-lils.

2. Les - iles française* •• qui lui devaient leur prospérité ne furent p«>in' livrâtes envers sa mémoire : en l'an VIII. l'ile «le France, en l'an IX. Tile 'I»' Méuuiou (Bourbon) accordèrent une pension à sa fille. Kn IX.V.», une statu»' f»1 « lev. e. dan* la Henni. »n. a l.a Bourdonnai-.

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tin seul vaisseau, et la flotte britannique était intacte; à Saint- David se maintenait une forte garnison anglaise ; enfin l'année d'Anaverdi devenait très menaçante. Le nabab enjoignit à Dupleix de lui remettre Madras, conformément aux stipulalions d'Arcote. Comme on lui prêtait l'intention de rendre celle ville aux Anglais, encore fallait-il prendre le temps de la démanteler : Dupleix avait prescrit à d'Eprémesnil, qui commandait dans Madras, de se tenir sur la défensive. L'armée du nabab, commandée par son fils Mafiz-Kban, vint alors camper «levant la place. Pour la priver d'eau, elle détourna le cours du Monlaron. D'Eprémesnil fut bien obligé de renoncera la défensive. 11 lit sortir de Madras 400 hommes et 2 canons. Sur la petite troupe se rua une masse énorme de cavalerie indoue : mais à la première décharge, les canons y creusèrent deux trouées sanglantes. A la quatrième décharge, ce fut une complète déroute. Les Français rentrèrent en triomphe dans Madras, sans avoir même un blessé. Dans le même temps, Mafiz apprenait que 230 Kuropéens et 700 cipayes étaient sortis de Pondi- 4'héry sous les ordres de l'ingénieur Paradis. Craignant d'être forcé dans ses lignes par une double attaque des troupes de Madras et de Pondichéry, Mail/, laissa devant Madras un simple rideau de cavalerie et vint avec 10 000 hommes prendre position auprès de San-Thomé, couvert par la rivière de l'Adyar et par «ne ligne d'artillerie. Paradis, qui n'avait pas un canon, «Mit l'audace de franchir la rivière à gué, tandis que les projectiles indous, mal dirigés, passaient au-dessus de la tête de ses hommes. Puis il lit battre la charge et aborda l'ennemi à la haïonnetle. En un instant, toute l'armée de Mafiz est en déroute et se rue dans San-Thomé. La ville est attaquée à la fois par les troupes de Paradis et colles de d'Éprémesnil accourues de Madras. C'est alors une course folle de Maliz et de ses soldais : ils ne s'arrêtent que dans Arcole (i novembre 1710). Ainsi, sous Madras, les Indous avaient été vaincus par l'artillerie; sous San-Thomé, ils le furent quoiqu'ils eussent seuls de l'artillerie. Cette double victoire répandit dans l'Inde entière la terreur du nom français. Elle fut pour les Européens comme pour les Indous la révélation de la faiblesse réelle des potentats indigènes, et le redouté

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prestige de la puissance mongole, qui en imposait encore à Paris et à Londres, s'évanouit pour jamais.

Le premier résultat de la victoire, c'est que le traité Dupleix et le traité La Bourdonnais au sujet de Madras devenaient également caducs : il n'y avait plus à rendre la place ni au nabab ni aux Anglais. Paradis, nommé gouverneur, fit une proclamation qui la déclarait ville française (iO novembre); un délai de quatre jours était imparti aux habitants pour prêter serment au roi de France ou pour émigrer ; dans le second cas, ils pouvaient emporter leur fortune personnelle, mais ils étaient requis de ne pas servir contre la France avant d'avoir été, comme des prisonniers de guerre, échangés. Morse et ses officiers furent conduits à Pondichéry. Quelques-uns, entre autres Robert Clive, étaient parvenus à se réfugier dans Saint-David.

Échec sous le fort Saint-David ; traité avec Anaverdi. — Ce fort était situé à environ 12 milles au sud de Pondichéry et à 60 au sud de Madras. Après la prise de celte dernière ville, il était devenu le siège du gouvernement britannique. Il était défendu par 200 Européens, 100 cipayes, 100 irréguliers indigènes, et par l'alliance du nabab. Dupleix, ayant réuni toutes ses forces, disposait de 6 pièces de campagne, 6 mortiers, 1600 hommes, dont 900 Européens, 600 cipayes et 100 Africains. Par malheur il confia cette force à l'indolent De Bury, parce qu'il était le plus ancien de ses officiers. A trois kilomètres de Saint-David, les soldats se reposant près des fusils en faisceaux, Bury se laissa surprendre par l'armée du nabab, forte de 6000 cavaliers et 3000 fantassins. Il réussit à la repousser grâce à son artillerie, lui tua 2000 hommes, mais, ayant perdu quelques mousquets, n'osa attaquer Saint-David.

Le nabab ne se fit pas d'illusion sur ce prétendu succès. 11 appréciait la faiblesse des Anglais et la force des Français. Il se rapprocha de ceux-ci et chargea Mafiz de faire la paix avec eux dans Pondichéry. Par ce traité, le nabab renonçait à revendiquer Madras, nous confirmait toutes nos possessions et abandonnait l'alliance britannique (février 16i7).

Les Anglais de Saint-David se trouvaient maintenant réduits à leurs 100 hommes. Le 14 mars, Paradis fut chargé de

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reprendre les opérations contre le fort. Puis le siège fui tout à coup levé sur une grande nouvelle : la Holte anglaise, sous l'amiral Griffin, apparaissait devant Madras. La situation élait renversée, car maintenant les Anglais disposaient de 2000 marins ou soldais d'Europe. Toutefois l'année 174" s'écoula sans" qu'ils entreprissent rien de sérieux.

Siège de Pondichéry : triomphe de Dupleix. — Ce fui seulement en 1748 que l'Angleterre se résolut à un grand effort pour reprendre la suprématie dans le Goromandel. Tandis que rien n'arrivait de France pour Dupleix, ni hommes, ni argent, l'amiral Boscawen, un petit-neveu de Marlborough, réunissant le commandement de la flotte et de l'armée anglaises, disposait de 3000 Européens, dont 1200 Hollandais de j\égapatam, el de 3000 soldais indigènes. C'était le plus grand armement que l'Inde eût encore vu. Parmi ses lieutenants, Robert Clive el Stringer Lawrence.

Négligeant Madras, Boscawen dirigea ses forces de terre el de mer sur Pondichéry. Le 19 août 1748, les Anglais attaquaient Ariancopan, le boulevard de Pondichéry, fortifié par Paradis el défendu par Law de Lauriston. Celui-ci canonna l'ennemi au passage de la rivière Chouaubark, puis, au pied même de ses remparts, les accueillit par un feu roulant qui leur abattit li)0 hommes. Le 27, Paradis faisait une brillante sortie et bouleversait leurs retranchements; mais, le 30, l'explosion d'une poudrière rendait la position intenable : les Français firent sauter ce qui restait de leurs ouvrages et rentrèrent dans Pondichéry.

Le 6 septembre, la ville fut attaquée par le nord-ouest. Dans une sortie, Paradis fut blessé mortellement : Dupleix perdait en lui son plus brave lieutenant et le seul ingénieur de la défense. Alors il devint son propre ingénieur, s étudiant à opposer partout aux feux des Anglais des feux doubles, canonnant leurs parapets et leurs navires, impassible sous les projectiles. Une bombe éclate presque à ses pieds sans le blesser : « Vous voyez bien, mes enfants, dit-il aux soldats, que cela ne fait pas de mal. » Le siège durait depuis cinq semaines, 20 000 projectiles étaient tombés dans la ville, lorsque Boscawen perdit cou-

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rage. Le 14 octobre, il commence à démolir ses batteries; le 17, il fait retraite en désordre sur Saint-David. Il avait perdu 1065 hommes par le feu ou les maladies. L'héroïque défense de Pondichéry avait racheté les fautes et les divisions de 1146. L'Inde fut éblouie : le nabab d'Arcote, le Nizam, le Grand- Mogol adressèrent au vainqueur des félicitations et des présents.

Le traité d'Aix-la-Chapelle dans l'Inde. — En janvier 1749, Dupleix, ayant reçu de l'Ile de France un renfort de 200 hommes, se disposait à reprendre l'offensive contre Saint- David; mais alors arrivèrent les nouvelles d'Europe. Le 30 avril 1748 avaient été signés les préliminaires d'Aix-la-Chapelle; dès le 11 mai les hostilités avaient été suspendues en Europe; le 18 octobre la paix avait été conclue. C'était donc en pleine paix européenne qu'on avait continué à se battre dans l'Inde. Louis XV, qui faisait la paix « en roi et non en marchand », restituait aux Anglais ce Madras « acquis avec tant d'audace, conservé avec tant de vigilance ». (T. Hamont.)

Toutefois la première « guerre anglaise » de l'Indoustan avait eu des résultats incalculables : c'en était fait du prestige mongol, de l'Inde brahmanique ou impériale; il ne restait en présence que deux Compagnies de marchands européens, et ces deux Compagnies étaient devenues deux puissances qui avaient livré des batailles, pris des forteresses, dispersé des armées. Maintenant c'étaient vraiment la France et l'Angleterre qui, sur les trônes indigènes ébranlés, restaient seules en présence, se disputant le sceptre du Grand-Mogol. L'Inde serait-elle française ou anglaise? En 1 7 i8, toutes les apparences étaient en faveur de la première hypothèse.

La nababie du Garnatic et la soubabie du Dekkan.

— Deux Etats surtout intéressaient la politique de Dupleix. Le premier était la nababie du Carnatic, avec Arcote, sa capitale, avec ses forteresses de Vellore, Gingi, Trilchinapaly, Chillambaram, Volkondapouram, Tiravadi, Chinglepet, avec la royauté vassale de Maïssour (Mysore), avec celle de Tandjaore. qui avait elle-même pour vassaux, autour de Madoura, les princes Polygars. La population de la nababie était surtout de race

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dravidienne, de langue lamoule,. et, sauf une aristocratie de musulmans, professait la religion brahmanique. Son souverain était Anaverdi-Khan, investi en 17 43 par le Nizani du Dekkan, puissance suzeraine.

La soubabie du Dekkan avait été constituée en État presque indépendant par le célèbre Nizam-ul-Mulk. Elle s'étendait d«> la côte de Malabar à celle de Coromandel. Elle avait pour capitale Ilaïderabad, pour villes principales Aurengabad, Bidjapour, Golconde, Bangalore, Mangalore, qui étaient d'anciennes capilales de royaumes. Outre le nabab de Carnatic, elle comptait parmi ses vassaux les nababs de Kanaoul, Kadapa, Savanore, le zamorin de Calicut, le radja de Bargaret, les Gircars, et, au-dessous de princes puissants comme des rois, toute une féodalité de principicules musulmans ou indous retranchés dans leurs chAteaux forts. La population de cette sorte d'empire était de race dravidienne. Elle parlait des dialectes dravidiens : le lamoul, de Madras au cap Comorin; le malayalais, du cap (lomorin à Cananore; le télinga autour de Haïderabad; le loulou autour de Mangalore; le canarais de Mangalore à Bidjapour. Sauf les chrétiens dits de Sainf-Tliomns dans le sud, et des musulmans dans les cours et à la tète des armées, elle professait des cultes brahmaniques. L'unité de langue et de religion faisait de l'Inde méridionale presque une nation, dont l'existence était dissimulée par les régimes issus de la conquête mongole.

Deux guerres de succession : l'Intervention de Dupleix. — Dupleix ne pouvait espérer agrandir sa « nababie » de Pondichéry tant que vivraient ses deux puissants suzerains, le nabab Anaverdi et le soubab Nizam-ul-Mulk. Mais c'étaient deux vieillards : celui-ci avait cent ans, celui-là cent sept ans. En prévision des imminents conflits de succession, Dupleix tenait ses forces sur un bon pied : 2000 Européens, 3 ou 4000 cipayes, une imposante artillerie.

Or, en cette année i 7 18, notre ancien allié Chanda-Sahib, prisonnier des Mahrattes depuis 1741, faisait savoir à Dupleix qu'il avait signé une alliance avec eux et qu'à la tôle d une immense armée fournie par eux, il se proposait de revendiquer ses droits sur le (larnalie, contre Anaverdi et contre le Nizam.

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Presque en môme temps mourait le vieux Nizam. Il laissait cinq fils; il avait déshérité l'aîné, Nazir-Singh, comme rebelle, et désigné pour son successeur Mouzafer-Singh, né d'une de ses filles et alors gouverneur de Bidjapour. Le (ils déshérité prolesta, leva une armée et chassa Mouzafer.

Ainsi deux guerres de succession allaient s'ouvrir à la fois, l'une dans le Garnatic, l'autre dans le Dekkan. Chanda-Sahih, actif, brave, très bon militaire, plein d'admiration pour les Français, se rapprocha de Mouzafer qu'il rencontra dans Surate, lui désigna comme protecteurs naturels Dupleix et les Mahrattes, promit de l'aider à reconquérir la soubabie s'il consentait «à l'investir de la nabahie du Carnatie. C'est sur ces bases que fut conclu, entre le futur nabab et le futur soubab, le traité de Surate. Tous deux s'adressèrent à la cour de Dehli et obtinrent un paravana qui reconnaissait Mouzafer comme Nizam légitime et confirmait l'investiture du Carnatie à Chanda. Puis ils se tournèrent vers Dupleix, et, en échange de son appui, promirent de céder à la Compagnie, en toute propriété, les villes et territoires de Valdaour, Villcnour et Bahour.

Cette proposition était de nature à faire réfléchir Dupleix. 11 connaissait les idées de la Compagnie : pas de conquêtes, jamais de guerres. D'autre part, si, contrairement à ses propres idées, il déclinait la proposition des deux prétendants, il les rejetait dans l'alliance anglaise. Alors ses « suzerains », le nabab et le soubab, n'eussent plus été que les agents des rancunes britanniques. A brève échéance, c'était une coalition formidable de la Compagnie anglaise et des plus puissants dynastes contre l'existence «le Pondichéry. Précisément Dupleix avait intercepté une lettre de Saunders, gouverneur de Madras, offrant à Mouzafer le concours de 2000 « soldats à chapeau », à la condition que le nouveau soubab donnerait Pondichérv et San-Thomé à la Compagnie anglaise. D'autre part, à supposer que Dupleix fût contraint d'intervenir, pouvait-il le faire en faveur de Nazir. qui ne lui demandait rien et qui était un usurpateur? Deux raisons surtout déterminèrent le sens de son intervention : la croyance à la légitimité de Mouzafer, la vieille amitié pour Chanda.

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Il accepta donc le Irailé proposé par eux. Il forma un corps •le 400 Français, 1200 cipayes, 6 canons, le plaça sous le commandement du comte d'Autheuil et donna l'ordre de départ en juillet 1749.

Guerre du Carnatic. — A dix lieues d'Arcote, d'Autheuil fil sa jonction avec les deux prétendants, qui amenaient 1200 guerriers. Le *) août, on rencontra l'armée d'Anaverdi, postée près du village d'Amljour, couverte par une rivière marécageuse, par une ligne de tranchées, enfin par une nombreuse artillerie que servaient des Européens. D'Autheuil, sous une grêle de projectiles, lança sa petite colonne à l'assaut. 11 fut blessé a la cuisse. Alors Bussy prit le commandement, escalada les parapets, frayant la roule aux Indous de Chanda. Dans la déroute de son armée, le vieil Anaverdi fut tué. Mouzafer, qui, d'abord, à la vue du petit nombre des Français, avait douté du succès, fut émerveillé quand il les vit enlever avec tant d'entrain une telle, position, tandis que lui-même avec son contingent restait spectateur du combat. Il déclara qu'avec de pareils soldats il irait affronter le Grand-Mogol dans Dehli. Quelques jours après, les vainqueurs firent leur entrée dans Arcotc : Mouzafer s'y proclama soubab du Dekkan et déclara ('ham)a nabab du Carnatic. Pour qu'il fût visible à l'Inde entière que c'était la France qui avait tout fait dans cette double révolution, les deux prétendants durent venir à Pondichéry, où Duplcix, porté dans un palanquin, escorté de soldats et d'éléphants, les reçut au bruit des salves d'artillerie. Il leur (il comprendre qu'avant de rien tenter dans le Dekkan, il fallait consolider la conquête du Carnalic. Mohammed-Ali, fils d'Anaverdi, gardait la forteresse de Gingi et s'était enfermé dans celle île Tritchinapaly. Pour continuer celle guerre, il fallait de l'argent. Malgré la résistance de Dupleix, les deux prétendants s'obstinèrent à l'aller chercher dans Tandjaore, dont la légendaire richesse les tentait. Dupleix dut céder : il chargea Duquesne d'enlever d'assaut Tandjaore : ce qui fut exécuté le 26 décembre 1749. Le radja, qui était alors Pertab-Singh, versa aux prétendants 7 millions de roupies (17 millions et demi) et céda aux Français un territoire près de Karikal. Pendant les

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