I. Voir ri-dessus, t. Yl, p
Celle période de 1721-173:; souffre cependant une interruplion : de 172:5 a Beauvallicr de Courehant. Cette interruption fut eausée par un voyage de Lenoir en France, oh il eut à se justifier contre d'iniques accusations.
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travaux de siège et mit à terre 510 hommes, qui dispersèrent les assaillants. Du comptoir ainsi préservé, l'ingénieur Deidier (it une place de guerre. Ainsi la France devient une puissance sur la cote de Malabar : le radja de Bargaret se reconnut notre protégé; le zamorin de Calicut rechercha notre alliance et envoya une ambassade à Louis XV. Depuis la réorganisation de la Compagnie par Law (1723), nos colonies indoues s'enrichissaient par le cabotage « d'Inde en Inde ». Pondichéry, avec ses 80 000 habitants, prenait figure de capitale. Les navires portant pavillon français, de l'île Maurice à Marseille, se multipliaient.
Administration de Dumas. — Le successeur de Lenoir fut Pierre-Benoit Dumas (1735-1741). Né à Paris, dans la paroisse de Saint-Hoch, il était entré à dix-sept ans au service de la Compagnie. Il avait débuté à Pondichéry comme employé, puis gouverné de 1727 à 1728 les deux îles africaines, Bourbon et Maurice (occupé en 1721). Il était destiné à être le précurseur de La Bourdonnais dans Maurice et de Dupleix dans rindouslan. Quand il devint gouverneur de l'Inde française, les circonstances étaient plus favorables qu'elles ne l'avaient jamais été : la dissolution de l'empire mongol s'achevait; sur la cùte de Coromandcl, on n'avait plus affaire qu'aux dynastes locaux, le nabab du Carnatic (capitale Aréole), le soubab du Dekkan, etc. Dumas, avant Dupleix, s'est immiscé hardiment dans la politique indienne. Il se lia d'amitié avec Dost-Mohammed. nabab d'Arcote, obtint de l'empereur mongol, par son intermédiaire , le droit de battre monnaie, de frapper des roupies (173G). Ce Dost-Mohammed avait deux fils, Safter-Ali et Hassan, et deux gendres, Chanda-Sahib et Mortig-Ali.
Chanda, pauvre, ambitieux, énergique, se sentit bien vite attiré vers les Français, prêt à les aider, comptant sur leur appui. En 1730, il fit la conquête du petit Etal indou de Tritchinapaly (la cHétlrs ihhnons tricrphales) : il devenait pour nous un allié puissant et utile. Un autre vint s'olTrir à nous en la personne d'un prince niahratle, Sahodji, possesseur de Tandjaore ou Tchora (c'est ce royaume, très opulent, qui a donné son nom à la cote de Coromandel : Tchora-Mandcl). Chassé de son royaume par un oflicier du Grand-Mongol, Sahodji invoqua le
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secours de Dumas, qui n'hésita pas à signer avec lui le traité «le Chillambaram : en échange de nos secours en argent et on vaisseaux de guerre, il promit de nous céder Karikal, le fort Kirkan- Guerrie et dix villages. Puis il oublia ses promesses; alors humas obtint de Chanda, suzerain de Sahodji, la cession de Karikal. Chanda envova 4000 cavaliers, sous la conduite do l'Espagnol Francesco Peirera; celui-ci entra dans Karikal, enleva d'assaut Kirkan-Guerrie, et fit remise du tout aux Français (14 février 1739). Karikal, aussitôt fortifié par nous, devint notre quatrième établissement militaire dans l'Indoustan.
A ce moment, presque aux portes de Pondichéry, éclatait une grande guerre indigène. Le chef mahratle Ragodji-Bhonsla envahissait brusquement le Carnatic avec oOOOO hommes el, près du défilé de Dameltcherry, livrait une sanglante bataille au nabab Dost-Mohammed : celui-ci resta parmi les morts avec son (ils Hassan (20 mai 1140).
La terreur se répandit dans le Carnatic : Safter-Ali s'enferma dans Vellore, Chanda-Sahib dans Tritchinapaly, mais après avoir confié leurs familles à la protection de Dumas et des remparts de Pondichéry. Dumas et le Conseil supérieur furent d'avis que l'humanité, l'honneur, la reconnaissance et l'intérêt les obligeaient à accepter ce dépôt : les familles proscrites furent donc reçues dans Pondichéry au bruit des salves d'artillerie. C'était braver la puissante armée des Mahrattcs; mais Pondichéry était alors une autre forteresse qu'au temps de Martin. Dumas, aux 1200 soldats ou marins français dont il disposait, pouvait joindre 5 ou 6000 indigènes dressés à l'européenne : c'est l'origine de nos armées de ci payes (en anglais, $epoy$), Dumas put donc braver les sommations du chef mahratte, ■qui exigeait l'extradition des réfugiés. Rien ne le fit fléchir : ni la défection de Safter, qui fit sa paix avec les envahisseurs, ni la défaite de Chanda, qui dut capituler dans Tritchinapaly, ni les ravages des Mahrattes dans les campagnes el les villes ouvertes. Quand les vainqueurs lui envoyèrent un officier mahratte pour le sommer de rendre Pondichérv, Dumas lui fit voir en détail ses remparts, son artillerie, ses magasins, ses compagnies d'Européens et de cipayes. Comme l'officier, intimidé, se rabat-
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tait à demander le paiement d'un tribut, Dumas lui répondit que son territoire ne produisait ni argent ni or, mais seulement du fer. Pourtant on négocia : Dumas fit parvenir à Ragodji- Bhonsla des bouteilles d'une certaine « liqueur de Nancy ». Bientôt, sans que les Français eussent fait une concession, le siège de Pondichéry fut levé.
Pendant ce temps, Mahé, notre nouvelle place de guerre, avait subi un blocus de huit mois, dont l'arrivée de La Bourdonnais, avec 300 soldats de l'Ile Bourbon, la délivra. Par sa lovaulé envers les alliés, par sa fermeté devant les audacieux pillards du Mabratti, Dumas avait acquis dans l'Inde la réputation d'un héros, l'estime et l'admiration de tous les princes : Saf ter-Ali lui fit don de l'armure de son père, enrichie d'or et de pierreries; le Nizam lui adressa une lettre de félicitations et un kaftan d'honneur ; l'empereur Mohammed lui décerna les dignités de nabab et de mansabdar commandant à 4500 cavaliers. Tous ses « suzerains » indous, du bas en haut de la hiérarchie, se déclaraient satisfaits de sa conduite. C'est Dumas qui, le premier, fit de nos quatre établissements politiques des places imprenables pour les armées indoues, traitant de puissance à puissance avec les potentats de la Péninsule, introduisant la Compagnie française dans la hiérarchie féodale de l'Inde, intervenant dans les guerres entre les princes, montrant le parti qu'on pouvait tirer des soldats indigènes dressés à l'européenne. A son successeur Dupleix il léguait des expériences, des exemples, une situation à la fois prospère et glorieuse.
Les débuts de Dupleix. — Joseph Dupleix était né, le 1er janvier 1697, dans la ville forte de Landrecies. A dix-huit ans, en 1715, il s'embarquait sur un vaisseau de la Compagnie. Il fit plusieurs voyages aux Indes. En 4720, son père, fermier général et gros actionnaire de la Compagnie, et qui d'abord avait repoussé son fils comme coupable d'un goût dépravé pour les sciences, s'étant réconcilié avec lui, obtient de la Compagnie qu'il fût nommé membre du Conseil supérieur et commissaire des guerres. Nous avons déjà vu Dupleix dans le Conseil de Lenoir. En 1730, nous le retrouvons gouverneur de Chandernagor : là régnaient, avant lui, la pauvreté et l'indolence.
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11 attira dans cette ville endormie les marchands de l'Europe et de l'Asie, la mit en relations suivies avec la Chine, le Japon, la Perse, l'Arabie. Au lieu de 4 ou 5 bateaux qui pourrissaient dans le fleuve, on y vit aborder annuellement 72 navires. Il s'y éleva 10 000 maisons. En avril 1741, Dupleix épousa une veuve, Jeanne d'Albert, fille d'un Français et d une Portugaise de la maison de Castro. Née et élevée dans les Indes, elle en savait lous les dialectes, connaissait les intérêts de Ions les princes. De son génie naturel elle doubla celui de son mari : elle devait être un jour son ministre des affaires étrangères, et, comme il fui presque un empereur, être presque une impératrice : la Bcgum Joauna, comme l'appelèrent les Indous. Les merveilles réalisées à Chandernagor par Dupleix excitèrent l'admiration de l lnde et de la France : quand Dumas prit sa retraite, on n'imagina pas qu'il pût avoir un autre successeur.
L'Ile de France : La Bourdonnais. — A l'autre bout du champ d'activité ouvert à la Compagnie se révélait un futur collaborateur et un futur rival de Dupleix. De deux ans plus jeune que celui-ci, Mahé de La Bourdonnais était né à Saint- Malo (1699), la cité des négriers, des corsaires et des héros. Il avait dix ans (4709) quand il s'embarqua pour les colonies. De 1713 à 1718, il voyage sur toutes les mers, celles de l'indouslan et de l'Extrême-Orient, celles du Nord et celles du Levant. A vingt ans (1719), il entre au service de la Compagnie comme lieutenant en second; à vingt-trois ans (1722), il est lieutenant en premier et accomplit son troisième voyage dans l'Inde. C'est à bord qu'il comble les lacunes de son éducation première, étudiant l'art nautique, l'artillerie, la fortification, la construction navale, rédigeant un traité de mathématiques et un traité sur la mâture des vaisseaux. En même temps se révèle en lui un caractère hardi, entreprenant, énergique, mais entêté : nous verrons aux prises le Breton La Bourdonnais avec le Wallon Dupleix. En 1724, il est capitaine et prend part à la conquête de Mahé. En 1735, il est nommé gouverneur de l'Ile de Fi ance (Maurice), dont Bourbon commençait à n'être plus qu'une annexe. Dans Mauricce, il tire, pour ainsi dire, tout du néant. 11 fait choix de la meilleure des deux rades pour y fonder Port-Louis.
HlSTOIHE r.r.*f.it\LE. VU.
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rouvert, «latis l'îlot «les Tonneliers, par une batterie formidable. Il forme cinq compagnies d'infanterie, dont deux à Bourbon. 11 orée des ateliers, où travaillent des ouvriers nègres sous des contremaîtres européens. En 1739, il met à flot un briganlin; en 1 140, plusieurs vaisseaux, dont un de 500 tonneaux. Bientôt il a toute une flotte de commerce et toute une Hotte de guerre. Le ministre Machault lui prend celle-ci : a vertes seules ressources de l'île, La Bourdonnais en refait une autre : c'est elle qui prendra Madras. Il n'est pas seulement un créateur de flottes et d'armées. Son génie est universel : le massif, jusqu'alors impénétrable, de l'île de France se perce Je roules, se couvre de cultures : les unes pour l'exportation (canne à sucre, indigo, café); les autres toutes « vivrières » (blé, maïs, tapioca, manioc). De France, il importe les arbres fruitiers el les vaches^ bretonnes; de l'Arabie, des chameaux et des chevaux; de Chiraz, des vignes ; de la Chine, des orangers. Il commerce avec la Perse, l'Abyssinie, le Mozambique, Madagascar. Il envoie (17 12) Lazare Pécaut reconnaître les îles Ainirantes. longtemps appelées « îles Mahé ». Il crée jusqu'à la population de la colonie, demandant en France les enfants trouvés, les faux-sauniers, appelant de Madagascar des Malgaches, améliorant le sort des esclaves nègres dans les deux îles. Il bâtit des hôpitaux el des églises (comme celle de Pamplemousse) en même temps que des casernes. Dans l'Ile Bourbon, il transfère le chef-lieu de Saint-Paul à Saint-Denis, y fait construire l'hôtel du gouvernement cl un pont suspendu de l'JO pieds de long. Dans l'île de France, il crée une capitale, où les maisons remplacent les huttes, où un canal de :JG00 toises amène l'eau potable, où les rues sont plantées d'arbres. — C'est la môme année llil que Dupleix inaugure son gouvernement dans Pondichéry el que La Bourdonnais, après avoir été confondre en France ses calomniateurs, rentre triomphant dans ses îles, si petites en comparaison de l'Inde française, mais dont elles sont comme la citadelle.
La première guerre anglaise : les idées de Dupleix.
— C'est aus.si en celle année-là que s'allume en Europe la guerre de la succession d'Autriche; dans l'Inde, elle aura pour
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contre-coup notre première guerre anglaise; car jusque-là, au moins directement, nous n'avions eu à y combattre qu'une seule nation européenne : les Hollandais.
Il est bon de rappeler quelle est à ce moment, dans l'Inde, la situation respective des diverses nations européennes. Négligeons les Danois, qui ont Tranquebar; les Portugais, qui conservent Diu et Goa; les Hollandais, maîtres à Cochin, Xégapaiam, Chinsura, San-Thomé, avec le littoral do Ceylan. Ce qui importe, ce sont les deux Compagnies qui vont se disputer l'empire des Indes. Les Français ont quatre établissements podiit/ves (Ghandernagor, Pondichéry, Mahé, Karikal), plus un certain nombre de comptoirs (Mazulipatam, Calicut, Surate). Les Anglais ont Bombay, Madras avec le fort Saint-David, Calcutta, et des comptoirs (les mêmes que les Français, plus Houglv). I n avantage des Français, c'est que leur route d'Europe à l'Indoustan est jalonnée par nos îles de l'Afrique orientale, tandis que, sur celte même route qu'ils occuperont un jour si fortement, les Anglais n'ont encore aucun poste (ni l'Ile de France, qui est aux Français, ni le Cap, qui est aux Hollandais). Une supériorité plus décisive, c'est que les Français ont déjà eu dans l'Inde des Martin, des Lenoir, des Dumas, des Dupleix, tandis que les Anglais n'ont aucun nom à opposer à ceux-là, et que les idées maîtresses à l'aide desquelles l'Inde sera un jour conquise à la domination européenne n'ont germé encore que ■lans des tètes françaises. Dans l'Inde, Français et Anglais ont seulement ceci de commun -.c'est que ni la Compagnie française ni la Compagnie anglaise ne se soucient de sortir de leurs attributions commerciales ; elles n'ont-envie ni de former des années, ni de faire ou défaire des rois, ni d'annexer des royaumes; elles n'ont cure que des dividendes à distribuer à leurs actionnaires. Xi Tune ni l'autre ne se doutent encore que la force des choses les transformera, de simples associations de commerce, en puissances conquérantes. C'est malgré elle que la première sera entraînée dans cette voie par Dupleix; c'est malgré elle que la seconde y suivra les Français, ne fût-ce que pour les supplanter. Pas plus à Londres qu'à Versailles on n'a formé le dessein de se substituer au Grand-Mogol ; et l'on y verra éclater de belles
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colères contre ceux, gouverneurs français ou anglais, «jui engageront leur métropole dans cette aventureuse politique. Notons seulement que ce sont les gouverneurs français qui marquèrent le but et qui inventèrent les moyens pour l'atteindre.
Dupleix peut s'expliquer par ses devanciers : de la Haye, Martin, Lenoir, Dumas. Mais il agit avec des vues plus nettes et avec plus d'énergie, précisément parce que la dissolution «le l'empire mongol était plus avancée; qu'il pénétra mieux la faiblesse réelle des potentats indous sous leurs fastueuses apparences; qu'il devina le parti qu'on pourrait tirer d'une politique qui les opposerait l'un à l'autre et profiterait de leurs divisions ; qu'il entrevit que, vu la rareté des soldats et mercenaires blancs, ce serait avec des soldats indous qu'on pourrait conquérir l'Indouslan. Dès son arrivée au gouvernement il se prépara au rôle qu'un avenir très prochain lui réservait. Pour ce rôle, il lui fallait de bonnes finances, de bonnes troupes, de bonnes fortifications. Dès 1*741, nous le voyons sévir contre les abus, réduire les dépenses, activer le commerce; et, en même temps, rompre à la discipline ses soldats blancs, enrôler et dresser des cipayes, développer les ouvrages de Pondichéry.
Pondichéry menacé. — La guerre vint l'interrompre dans une œuvre où les instructions de la Compagnie et du roi n'avaient cessé de l'entraver. A Paris, en 1741. on ne croyait pas à la guerre avec l'Angleterre : en 1743, on enjoignait à Dupleix de « réduire absolument les dépenses de moitié », de suspendre toutes les constructions de navires et de fortifications. Puis, quand la guerre anglaise éclata en Europe, on priva Dupleix des vaisseaux de La Bourdonnais, que celui-ci reçut l'ordre d'envoyer en France; on lui enjoignit de négocier avec la Compagnie britannique la neutralité de l'Inde. Dupleix se vil donc abandonné dans Pondichéry, avec des remparts inachevés, pour toute marine un petit navire, pour toute armée 4'M Européens, avec si peu de blé qu'il fallut commencer le rationnement même avant le siège. Il dut se résigner à entreren négociation avec Morse, gouverneur de Madras. Celui-ci repoussa orgueilleusement toute proposition de neutralité.
Dupleix ne vit de salut pour la colonie française que dans
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l'appui que pourraient lui prêter ses « suzerains » indous. Une nouvelle invasion mahratte venait d'emporter nos amis Safter-Ali et Chanda; puis leur suzerain, le Nizam, était intervenu, avait chassé les Mahrattes, et placé sur le trône d'Arcote Anaverdi-Khan (Anvar-ud-Din-Khan), qui aimait la famille de ses prédécesseurs, aimait les Français pour la protêt lion qu'elle avait trouvée auprès d eux. Dupleix n'eut pas de peine à plaider sa cause auprès de lui : les Français étaient, assurait-il, gens pacifiques; ils avaient proposé la neutralité aux Anglais; c'étaient ceux-ci, turbulents et belliqueux, qui l'avaient repoussée. Dupleix lui-même, ayant hérité de Dumas les dignités de nabab et manmbdtir, était un officier de l'empereur : l'attaquer, c'était une insulte au trône de Dehli. Anaverdi, flatté dans son orgueil, s'empressa de notifier aux deux Compagnies qu'il interdisait toute attaque de l'une contre l'autre. Tel était encore le prestige de la puissance mongole, que le conseil métropolitain de la Compagnie anglaise s'effraya ■ hi cette intervention et enjoignit à Morse de se tenir en repos.
Dupleix n'était point dupe du fantôme d'empire mongol dont il terrifiait ses adversaires. Dans l'intervention si efficace du nabab, il ne voyait qu'un répit, qui donnerait aux secours de France et de l'île de France le temps d'arriver. Il expédia son unique vaisseau à La Bourdonnais pour l'aviser d'une situation aussi critique. Puis il tomba malade. Or, le 23 avril 1"4(>, il apprenait l'arrivée de La Bourdonnais avec une flotte : il ne sentit plus son mal et s'élança de son lit pour préparer le ravitaillement de ces vaisseaux. C'était la nouvelle Hotte que venait d'improviser La Bourdonnais, pressant l'achèvement «les navires en chantier, retenant ceux qui venaient jeter l'ancre à l'Ile de France, renforçant de Malgaches et de nègres ses équipages européens. Enfin il avait pu faire voile avec 10 vaisseaux, portant 3342 hommes et un peu d'artillerie. Assailli par une tempête dans la baie d'Antongil (Madagascar), il avait réparé ses avaries avec les bois des forêts vierges, lieparli le 1er juin, il avait appris la présence d'une flotte anglaise, sous l'amiral Peyton, dans les eaux de Négapalam. Il courut l'y cbercher, lui livra une bataille inégale, car il n'avait que des
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canons do 8 el 12 contre des canons de 24. Tous ses navires furent démâtés; lui-môme, sur Y Achille, de 70 canons, se lançant au plus épais, supporta presque tout le poids de la bataille. La nuit survint; mais on pouvait s'attendre, dès le lever du jour, à la destruction totale de la flotte française; ce fut pourtant Peylon qui, inquiet de ses avaries, fit voile vers le sud, laissant la mer libre aux Français (6 juillet). Le lendemain, La Bourdonnais arrivait à Pondichéry. Dupleix l'embrassa en versant des larmes de joie, l'assurant « que tout l'honneur du succès lui appartiendrait ».
Le plan proposé par Dupleix fut aussitôt accepté par La Bourdonnais : d'abord détruire la flotte de Peylon avec le gros canon que Dupleix allait fournir à La Bourdonnais; puis prendre Madras et le fort Saint-David; raser ces places et chasser les Anglais de la côte de Coromandel. Restait la question du nabab : après avoir obtenu l'intervention si efficace d'Anaverdi, il fallait obtenir sa neutralité. Dupleix y parvint à force de diplomatie, de caresses et de présents. La Bourdonnais mit alors à la voile pour chercher Peylon à Ceylan ; mais Peylon se déroba, s'enfonça dans le sud; beaucoup de temps fut ainsi perdu. Alors on se rabattit sur le deuxième article du plan. La Bourdonnais débarqua 1*700 hommes sous Madras: les Anglais essayèrent vainement de négocier la neutralité : après une courte canonnade, ils capitulèrent (21 septembre).
Ici commencèrent les divergences entre Dupleix et La Bourdonnais. Le premier, pour désarmer Anaverdi qui redevenait hostile, eut l'idée de lui remettre Madras, mais après en avoir rasé les fortifications et en avoir expulsé les Anglais : telles furent les conditions du traité d'Arcote, accepté par le nabab. De son côté, La Bourdonnais avait fait son traité avec Morso : Madras resterait aux Anglais, qui paieraient une rançon de 1 100 000 pagodes (environ 10 millions). Ce traité, il n'avait pas le droit de le conclure : 1° il n'était que chef de l'escadre, par conséquent subordonné au gouverneur Dupleix ; 2° les Anglais s'élant rendus à discrétion, il n'avait même pas à négocier avec eux; 3° Dupleix avait pris soin de l'aviser du traité d'Arcote. L'irritation fut grande à Pondichéry : on y signa une pétition