‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 53 sur 219 · I. Voir . i.tl. ^ii-. p. ji · texte numérisé non relu

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LA COMPAliNIK FKANÇAISK : IU l'LKlX 21» :i

nord-est do celte ville, à Ahmednagar, s'engagea une de res t batailles d'Egypte » comme celles que devait livrer Bonaparte. L'infanterie française, formée en carrés, avec des intervalles pour le canon, arrêta net les charges de la cavalerie mahratte. Le î> décembre HTA. à onze heures de la nuit, comme le camp de Badji était dans la terreur par suite d'une éclipse de lune, Bussy l'attaqua brusquement, éclairant la nuit de l'éclipsé par les feux de son artillerie : le péshva dut s'enfuir, presque nu, sur un cheval. Les Indous du Xizam, encouragés par les prouesses de leurs alliés, voulurent les imiter : ils s'avancèrent contre les Mahratles, se tirent battre, ne furent sauvés que par Bussy et purent méditer cette double leçon : on ne vainc pas les Français; on ne peut pas vaincre sans eux. L'armée n'était qu'à 20 milles de Pouna; mais qu'eût fait Bussy d'une telle conquête? D'ailleurs le péshva était dompté par sa double défaite. Un armistice suivit, puis la paix (débuts de 17.S2) : après le Carnatic, après le Dekkan, voici que le pays mahratte se rangeait sous le protectorat français. Ce fut le point culminant de la puissance française dans l'Inde : elle y régnait d une mer à l'autre.

Continuation de la guerre du Carnatic. — Dans le pays même d'où elle s'était élancée pour soumettre tout l'In- •loustan péninsulaire, dans le Carnatic et presque aux portes de l'ondichéry, elle restait contestée. Ce qui avait décidé Dupleix à s'engager à fond dans le Dekkan, c'est que Mohammed-Al avait offert de céder la nababie à son rival Chanda, de rendre la place de Tritchinapaly, de se contenter de la restitution des trésors laissés par son père et de quelque apanage que lui laisserait Chanda. Quand Dupleix le somma de s'exécuter, Mohammed-Ali opposa un refus catégorique. Dans l'intervalle, il avait fait alliance avec le radja de Maïssour, le Mahratte Morari- Hâo, les Anglais de Bobert Clive et de Lawrence. Dans Tritchinapaly, les Anglais avaient jeté du renfort : 700 Européens et 1 100 cipayes. Puis ils essayèrent de prendre Volkondapouram, une ville à Chanda, et y perdirent toute l'artillerie qu'ils avaient amenée. Pour sauver Tritchinapaly, Bobert Clive obtint du gouverneur Saunders l'autorisation de faire une diversion sur

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Arcote : grAce à la mollesse de Law de Lauriston, et aussi parce que la place était en ruine, il y entra. Puis il battit les troupes de Chanda, venues pour reprendre sa capitale et renforcées de 100 Français. A son tour, Dupleix dessina une diversion sur Madras : la panique s'y mil, et les Anglais y rappelèrent Clive. Tritchinapaly allait succomber quand Law, toujours malheureux, trouva moyen de se faire battre à Covrebank. Clive put raser Dvpleix-Faty-Abad. Law était harcelé par les Mahrattes, les gens de Tandjaore et du Maïssour. Avec 900 Européens, 2000 cipayes, 30 000 Indous de Chanda, contre 400 Anglais et 1100 cipayes anglais, il perdait la tète, s'enfermait à l'île fluviale de Seringham, dans un camp. Pendant ce temps. Clive et Lawrence agissaient, passaient onze rivières avec un long convoi, ravitaillaient Tritchinapaly, qui devenait imprenable.

D'autres désastres survinrent : d'Autheuil était surpris à Volcondapouram et posait les armes; Law, affamé dans son île de Seringham , se rendait avec 35 officiers , 785 Européens , 2000 cipayes, 41 canons (13 juin 1752); Chanda, s'étant confié à un chef des bandes de Tandjaore, fut décapité et sa tète portée à son rival Mohammed-Ali.

Ainsi, en quelques jours, deux défaites en rase campagne, deux capitulations honteuses de Français se rendant à un nabab, 900 Européens prisonniers sans compter les cipayes, notre candidat décapité, Arcole et le Carnatic perdus, le prestige des Anglais relevé. Il ne restait, pour garder Pondichérv, que 100 invalides! Et quel effet produit sur le Dekkan, sur les Mahrattes, sur la cour de Dehli! Ajoutons : sur la Compagnie française et sur la cour de Versailles!

Énergie de Dupleix dans les revers. — Le malheur de Dupleix fut, étant un politique, un ingénieur, un diplomate, de n'avoir pas été un militaire. Quand ses lieutenants s'appelaient Paradis, Kerjean ou Bussy, tout allait bien; mais quand ils s'appelaient fiury, Law ou même d'Autheuil, il n'était point en mesure de réparer leurs bévues. En revanche, quel merveilleux diplomate! Dans une situation si désespérée, que de ressources dans l'esprit, et aussi quelle fermeté! Quand Pondichérv ne pouvait pas lui fournir 20 hommes à mettre en

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campagne, il prit la résolulion de ne pas faire de paix au lendemain d'une défaite, de ne pas rappeler du Dekkan l'armée victorieuse de Bussy. D'ailleurs il se rassura par deux considéralions : la France et l'Angleterre étant en paix, les Anglais de l'Inde n'oseraient pas attaquer Pondichéry; la coalition indigène pouvait êlre dissoute si on savait exploiter ses divisions latentes. Or il était évident que les Anglais voudraient garder Tritchinapaly, que les radjas de Maïssour et de Tandjaore convoitaient celte même ville, que le nabab n'entendait la céder ni aux uns ni aux autres. D'aulre part, le soubab du Dekkan, suzerain légal de tout ce monde indigène, avait les forces suffisantes pour les mettre tous à la raison. Dupleix croyait pouvoir compter sur la fidélité du Nizam Salabet et sur l'alliance des Mahratlcs, qui n'avaient aucun intérêt à voir les Anglais devenir prépondérants. Le Dekkan devint dès lors le pivot de toute sa politique. Dupleix faisait, par sa femme, promettre au radja de Maïssour la possession de Tritchinapaly, •sans pour cela décourager le Tandjaore, et à Morari-Râo le Mahratte l'investiture du Carnatic. En attendant, il ne put empêcher les Anglais de prendre Tiravadi; il sentait qu'il ne pourrait les empêcher de prendre Gingi. Les yeux tournés vers la mer, il attendait les voiles qui lui amèneraient des renforts. Or, le 28 juillet 1752, apparurent le Bourbon elle Centaure, qui débarquèrent 500 hommes; il en garda 200 pour le Carnatic et envoya le reste à Bussy. Aux premiers, il ajouta 150 matelots tirés des équipages. Cela lui faisait 350 hommes, dont il confia le commandement à Kerjean. A ce moment, l'armée anglaise était partagée en trois tronçons : à Tiravadi, sous Tritchinapaly, sous Gingi. Ce fut sur les assiégeants de Gingi qu'il lança Kerjean : celui-ci les attaqua de flanc, leur tua 50 hommes avec leur général, Kinneer. Puis il courut harceler Lawrence, qui assiégeait Tritchinapaly, se fit poursuivre par lui, le battit le 6 septembre, mais paya ce succès par la perte de 20 hommes dans une surprise nocturne. Alors le nabab Mohammed-Ali, •jui a nous avait crus morts », se reprit à négocier avec nous.

Dans le Dekkan, la situation devenait également difficile pour Bussy : la soubabie souffrait des maux communs à tous les

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Etats orientaux : anarchie chronique, pénurie du Iresor, mulineries dans les troupes indigènes. De plus elle était menacée d'une nouvelle invasion par le nord, celle de l'Afghan Ganzi- Khan avec 100 000 hommes, qui força le Nizam à évacuer Aurengabad. Là encore Dupleix comptait sur les ressources de la diplomatie orientale : il voulait mettre aux prises lés ambitions de Ganzi et du péshva Badji-Kào, au besoin consentir au partage du Dekkan entre eux et le Nizam. Mais voilà que Ganzi et Badji se coalisaient; le premier faisait son entrée dans Aurengabad. Le Dekkan semblait perdu.

La situation devenait donc chaque jour plus critique : de la Compagnie Dupleix recevait un blâme pour s'être mêlé des affaires du Dekkan; et elle ignorait encore les dernières défaites! Dupleix essayait de s'appuyer sur Louis XV, sur les ministres, envoyait d'Autheuil en France avec mission « d'éclairer le roi ». La Beyum Joanna adressait de riches présents à la marquise de Pompadour.

Tout à coup une éclaircie se fit : l'envahisseur Ganzi mourut empoisonné par sa belle-mère; Badji-Rào, demeuré seul, protesta de son amour pour la paix; le Dekkan était sauvé. De ce succès innattendu Dupleix sut habilement profiter pour dissoudre la coalition : il prit au service de la France Morari- Râo, moyennant un subside de 125 000 roupies par mois; il gagna le radja de Maïssour, ses soldats, ses subsides, moyennant la promesse du parnmna pour Tritchinapaly; il noua plus étroitement l'alliance avec le Nizam et le péshva; il put alors appeler dans le Carnatic Bussy et le Nizam, avec toutes les forces dont ils disposaient. Une mutinerie dans cette armée ne permit pas de l'employer utilement; puis, l'anarchie et les intrigues anglaises ayant recommencé dans le Dekkan, il fallut y renvoyer le Nizam et Bussy.

Avec les troupes médiocres qui lui restaient, ce <« ramassis de la plus vile canaille » que la Compagnie lui recrutait dans les villes de France, Dupleix recommença le blocus de Tiravadi et de Tritchinapaly. Bientôt Tiravadi fut repris, puis Chillambaramet d'autres forteresses. Mais il était écrit que sur les murs de Tritchinapaly ne s'arborerait pas le drapeau blanc fleur-

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delisc : tous les assauts manquèrent ; presque toutes les tentatives pour surprendre les convois dont Lawrence ravitaillait la place échouèrent. Sauf ce point noir» la situation de l'Inde française était prospère : Pondichéry et nos autres ports étaient inattaquables; le Carnatic, sauf une seule ville, était entre nos mains; on avait sauvé le Dekkan d'une double invasion, acquis Mazulipatam, Yanaon, les Circars, ramené à notre alliance le Maïssour, resserré nos liens avec les Mahrattes. On avait essuyé des défaites; mais on n'avait perdu aucune province. Lawrence lui-même, voyant décimer ses beaux grenadiers anglais, allemands, suisses, se lassait de la lutte. Il eût suffi «l'un renfort de ">00 hommes pour la terminer glorieusement.

L'opinion a Paris : négociations avec Londres. — Ce n'étaient ni des Anglais de l'Inde, ni des Etats de la Péninsule, que devait venir le coup qui abattit en même temps Dupleix et la puissance française. A Paris, le public n'entendait rien à cette politique flottante et compliquée de l'Indoustan; ces faits d'armes aux noms barbares, Tritchinapaly, Chillambaram, Volkondapouram, la laissaient indifférente; le projet de conquérir l'Indoustan avec 7 ou 800 Français semblait une ridicule utopie. Voltaire, un des meneurs de l'opinion, était hostile à Dupleix, par amitié pour La Bourdonnais. A la cour, il n'y avait que pusillanimité, frivolité : on n'y comprenait pas plus l'Indoustan que l'Amérique. Dupleix ennuyait; ses guerres en pleine paix semblaient un scandale intolérable. Plus hostile encore était le sentiment de la Compagnie : des aventures, des dépenses, plus <lc bénéfices, un gouverneur qui se faisait porter en palanquin et s'intitulait nabab! Le brave d'Autheuil, en arrivant à Paris, se heurtait à une véritable émeute d'actionnaires. Comment faire comprendre à ces gens la grandeur de notre épopée indoue. Ambour, Gingi, la conquête du Dekkan, les escadrons mahrattes arrêtés sur la pointe des baïonnettes! D'Autheuil parlait gloire, avenir de la France, honneur du roi; on lui répondait argent, commerce, dividendes. Pour en finir avec ce scandale de Dupleix, la Compagnie envoya Duvelaerà Londres pour y négocier de concert avec notre ambassadeur Mirepoix. Ils furent bien accueillis des Anglais, s'entendirent à merveille avec eux. On

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mit sur la même sellette Dupleix et Saundcrs, ces deux perturbateurs. Les Anglais proposèrent qu'on les rappelât tous deux: Duvelaer et Mirepoix en référèrent à Machault. Celui-ci, affamé de paix, craignant par-dessus tout une guerre avec la Grande- Bretagne, écrivit à Mirepoix : « Vous pouvez assurer, Monsieur, que l'on ne projetle ici ni d'avoir dans l'Inde des possessions plus vastes que l'Angleterre, ni de s'y faire neuf millions de rente, ni de se conserver le commerce? exclusif de Golconde, encore moins celui «le toute la côte de Coromandel. Nous envisageons nous-mêmes ces projets comme des chimères et des visions. » Il fut convenu avec les Anglais qu'on enverrait dans l'Inde deux commissaires, un pour chaque nation, « chargés d'établir les affaires sur un pied qui rendit la guerre impossible rntre les deux Compagnies tant que les gouvernements des deux pays seraient en paix ».

Mission de Godeheu dans l'Inde. — Le commissaire désigné par la France fut Godeheu. 11 reçut un ordre signé du roi (22 octobre 1723) lui prescrivant de « faire arrêter le sieur Dupleix... H de le faire embarquer sur le premier vaisseau qui partira pour France ». Les instructions de Machault portaient qu'on « s'assurerait en même temps de la dame et de la demoiselle Dupleix, pour le danger qu'il y aurait à laisser en liberté deux personnes aussi immensément riches ». On appréciera d'autant mieux laperlidie de Godeheu quand, de l'île de France, il écrivait à Dupleix, son ancien ami : « Je vais hâter notre relâche, pour avoir plus tôt le plaisir de vous voir, ainsi que Madame Dupleix et Mademoiselle sa fille » (31 mai 1754). Dupleix, qui n'était point au courant du complot tramé contre lui, fut tout heureux de l'arrivée d'un ami qui amenait dans l'Inde des renforts imposants. Le 2 août, sur la plage de Pondichéry, avait lieu l'entrevue entre les deux hommes : empressement joyeux de Dupleix; politesse froide et revêche de Godeheu. Celui-ci remit à Dupleix un premier papier : ordre de rappel, mais Justifié sur la nécessité de « mettre la Compagnie à portée de ses lumières ». Puis un second papier : la révocation royale. Puis un troisième, signé Godeheu : demande d'un rapport détaillé sur la situation. Dupleix pAlit et dit seulement « qu'il

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ne saurait qu'obéir au roi et se soumettra à tout ». Godeheu demanda la eonvocation du Conseil et v donna 1er turc de ses papiers. Ce fut une stupeur dans rassemblée. Dupleix rompit ce silence glacial en criant : « Vive le roi! » Le 3 août, Godeheu se lit reconnaître par les troupes comme gouverneur, prit les clés de la place et donna le mot d'ordre. Il n'avait qu'un regret, c'est que la prudence de Dupleix l'eût empêché de faire « un coup d'autorité ». Du moins, il lit arrêter Papiapoulé, l'homme de confiance de Dupleix, mit la main sur les revenus de celui-ci, quoique la Compagnie fût sa débitrice pour une somme de 450 000 livres.

Dupleix chassé de l'Inde. — Godeheu avait amené 2000 soldats, deux fois plus que Dupleix ou Bussy n'eussent demandé pour achever la conquête de l'Inde. 11 ne songea qu'à négocier avec les Anglais. Dupleix s'étant permis une observation sur les conditions, réputées « honorables », dont se contentait la Compagnie française, Godeheu le lit embarquer (12 octobre).

Quand Dupleix débarqua sur le quai de Lorient, la population lui fit un accueil enthousiaste. A la cour, celui de Machault, de M— fie Pompadour, fut meilleur qu'on n'eût pu l'espérer. Ce que faisait alors Godeheu dans l'Inde causait «à tout le monde un sentiment d'humiliation, surtout quand on vit que tant de sacrifices au maintien de la paix n'avaient empêché ni l'assassinat de Jumonville, ni les pirateries de Boscawen, ni enfin la guerre déclarée. Puis on oublia le traité Godeheu et même Dupleix. Pendant neuf ans le conquérant de l'Inde s'épuisa soit à se défendre contre les libelles des calomniateurs, soit à réclamer devant les tribunaux la restitution de sa fortune (évaluée à 13 millions) et le remboursement de sa créance par la Compagnie. La liegum Joannn mourut en -11;» G. Un mariage d'inclination que fit Dupleix en 1158 ne put qu'accroître ses embarras d'argent. Sa débitrice la Compagnie ne le payait pas, mais ses créanciers le poursuivaient àprement. On vendit sa maison pour 1200 livres, on saisit ses meubles, on le jeta sur le pavé, on le menaça «le la prison pour dettes. Il mourut dans la nuit du 10 au 11 novembre 1163, dans la profonde indifférence de la cour et du

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public. Ce sont les Anglais, héritiers de ses grandes idées sur l'Indoustan, qui lui rendirent les premiers justice : son buste ligure à Calcutta parmi ceux des grands Européens de l'Inde. Un historien anglais a dit de lui : « Les rivaux auxquels ;» profilé sa disgrâce le placent sur un piédestal à peine moins élevé que ceux où se dressent Clive, Warren Hastings et Wellesley » (colonel Malleson).

///. — L'Indoustan perdu pour les Français.

Le traité Godeheu (1754). — Le départ de Dupleix- Jiahadour eut dans l'Inde, parmi nos alliés, un retentissement désastreux : le Nizam Sababet en parut terrifié ; Morari-Kâc» et le radja de Maïssour abandonnèrent les lignes d'investissement devant Tritchinapaly , que Lawrence s'empressa de ravitailler; le radja de Vellore, Mortig-Ali, se renferma dan.«« cette place et fit sa paix avec Mohammed-Ali. C'était de bien mauvaises conditions pour négocier avec Saunders. Celui-ci. après avoir fait d'abord la sourde oreille, consentit à une trêve et à l'ouverture de conférences à Sadras. Dans l'intervalle étaient arrivées de France, où l'on savait un peu mieux la vérité, des instructions un peu plus lières. Il ne s'agissait plus, comme dans les premières, de la « défense de se mêler du gouvernement mongol >; elles prescrivaient, au contraire, de cultiver les relations avec les princes indigènes, d'en entretenir de plus intimes avec le soubab; elles faisaient pressentir à Godeheu la rupture imminente avec l'Angleterre et l'attaque probable par une flotle britannique. Il n'en montra que plus de hâte à traiter, et, disposant de 3000 soldats européens, accepta les honteuses propositions que lui transmit Saunders : 1" « le^ deux Compagnies renonceraient à jamais à toutes dignités indigènes et ne se mêleraient jamais des différends qui pourraient survenir entre les princes du pays ; 2° toutes les places, excepté celles qui étaient nommées dans le traité définitif, seraient rendues aux princes indigènes. » Outre que Godeheu mécon-

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naissait ses nouvelles instructions, qui ne voit que, sous <*eth* apparence d'uu renoncement commun aux deux Compagnies, la France seule était soumise à restitution? Elle seule possédait des « dignités indigènes », comme la « nababie » du Carnalic; l'Angleterre, aucune. La France avait des alliés indigènes qui s'appelaient le soubab du Dekkan, le péshva des Mahrattes, le radja de Maïssour; l'Angleterre ne pouvait mentionner que le nabab détrôné du Carnatic et le radja île Tandjaorc. L'Angleterre, sur la cote de Coromandel, n'occupait, outre Madras, le fort Saint-David, Dévicotta, que la place «le Trilchinapaly; les Français, outre Pondichérv et Karikal, qu'on voulait bien leur reconnaître, détenaient les places fortes de Gingi, Vellore, Aréole, tout le Dekkan et tous les Circars. Un dernier article déclarait Divy el Mazulipatam indivis entre les deux nations. Tel fut le traité (iodeheu, signé à Sadras, le 20 décembre 17î>i. Le colonel Malleson déclare ces « conditions non seulement désavantageuses aux intérêts français, mais dégradantes pour l'honneur de la France ». L'Anglais Mill dit ironiquement : « On conviendra que peu de nations ont jamais fait à l'amour de la paix des sacrifices d'une importance aussi considérable. » El pour l'amour de quelle paix? L'année 1751 est celle de l'assassinat de Jumonville.

Les Anglais au Bengale : le nabab Souradja-ud- Daoula — Au moment où les Anglais nous faisaient ainsi pratiquer la vertu de renoncement, en nous expulsant de l'Inde péninsulaire, ils commençaient l'asservissement de l'Inde gangétique. C'est au moment précis où notre Compagnie affectait de se renfermer dans son rôle commercial que la leur devenait, au Bengale, une puissance conquérante.

Le Bengale, déjà pleinement détaché du domaine impérial, avait déjà eu, sous le nom de nababs ou soitftabs. quatre souverains : Djafer-Khan, aventurier de race latare ou turque, qui mourut en 1725; son lils Shoudja-Khan, qui lit ajouter à ses

Ktats le Béhar (Béhar, Patna), et mourut en 1739; le lils de celui-ci, Séréfraz, qui ne régna qu'un instant; l'usurpateur (de même race) Aliverdi-Khan, qui eut à lutter contre les Mahrattes, fMM'dil l'Orissa el mourut en I7o(>. Le cinquième souverain est

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un neveu du précédent, le fameux Souradja-ud-Daoula (Siradjud-Daula). Dans l'Etat du Bengale et ses annexes, les Anglais possédaient Calcutta et les factoreries de Palna, Kassim-Bazaret Hougly; les Français, Chandernagor et les comptoirs; les Hollandais, Chinsura. Us y étaient tous à titre assez précaire, car le soubab du Bengale était un prince puissant et beaucoup moin> endurant que ceux de l'Inde péninsulaire. Souradja-ud-Daoula. le neveu de l'usurpateur tatar, avait reçu l'éducation perverse des despotes indous : élevé en héritier du trône, il était ignorant, ivrogne, débauché, avec un caractère irascible cl lèlu. Il était cruel, avec un dédaigneux mépris de la vie humaine : « Ses propres peines ou plaisirs avaient à ses yeux une importance immense; les peines ou plaisirs des autres hommes n'en avaient aucune » (Mill). Son premier soin fut de dépouiller ses cousins et même la fille «le son bienfaiteur Alaverdi.

Prise de Calcutta par le soubab : le « Trou Noir » • — Il haïssait d'instinct les Anglais, plus puissants en celle région que les autres Européens. Les Anglais de Calcutta ayant donné asile au trésorier et aux trésors d'un de ses malheureux cousins, ce coup porté à son avarice acheva d'envenimer sa haine. Un prétendu ambassadeur qu'il envoya dans la ville ayant été emprisonné comme espion, puis le gouverneur anglais ayant, en vue de la prochaine guerre française, augmenté les fortifications de Calcutta, l'orgueil du soubab fut à son tour froissé. Souradja saisit la factorerie anglaise de Kassim- Bazar et retint prisonnier son chef, un certain Watts. Alors la Présidence anglaise s'effraya, offrit au soubab toutes les satisfaction possibles, suspendit même les travaux de fortification de Calcutta. Il en profila pour surprendre la ville, et, dans la fuite précipitée des Anglais, en lit prisonniers 140. Tous furent enfermés, pour la nuit, dans le célèbre « Trou Noir », un cachot de vingt pieds carrés, où, dans la chaleur étouffante, l'air respirable leur manqua. Ceux de leurs geôliers qui auraient voulu les secourir n'osèrent troubler le sommeil du soubab pour lui demander des ordres. Macaulav nous a laisse un récit émouvant de l'effroyable tragédie : au matin, quand le soubab daigna enfin s'éveiller, sur les 140 prisonniers. f2*i

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élaient morts (nuit du 19 au 20 juin 175b). Ce fut l'horreur soulevée par cette alrorité qui força les Anglais à devenir les conquérants du Bengale. La nouvelle du pillage de Kassim- Bazar parvint à Madras le 15 juillet : celle du désastre de Calcutta, le 5 août. Le Conseil de Madras résolut d'en tirer une éclatante vengeance, et chargea de celle-ci Bobert Clive.

Robert Clive : ses débuts- — Il était né en Angleterre, à Market-Drayton , dans le comté de Shrop, en 1725. d'une famille ancienne et noble. Ses parents, ne pouvant faire façon de son caractère farouche et impérieux, l'engagèrent à dix-huit ans (1743), comme simple scribe, dans le service de la Compagnie. En 1716, nous l'avons vu, réfugié à Saint-David, contribuer à la défense «le ce fort. En 1751, c'est lui qui prend Ah-ote, puis défend celte ville contre Chanda-Sahib. Il fut vainqueur à Coverbank, dans les combats sons Trilchina- |»aly, etc. De 1754 à 1755, le « mauvais sujet » séjourne en Angleterre, se réconcilie avec ses parents, est présenté à Fox, qui lui trouve un bourg pourri et l'envoie siéger aux Communes; mais son élection ayant été invalidée, il se dégoûta de la politique. 11 retourna dans l'Inde, nommé lieutenant-colonel par le roi, qualifié de général par la Compagnie et désigné comme gouverneur du fort Saint-David. C'est là que vint le trouver la mission de venger ses compatriotes du Bengale. On lui confia 900 Anglais, 1500 cipayes, avec pouvoirs indépendants de la Présidence de Calcutta et l'injonction d'être de retour en avril pour la guerre française.

Campagne de Clive contre le soubab du Bengale. — Le soubah, rentré dans sa capitale (Mourchédabad), était dans un étal d'àine singulier. Fort ignorant, il n'imaginait pas que les Anglais osassent envoyer des troupes contre lui, encore moins qu'ils le pussent. Même, depuis que ses revenus diminuaient, il regrettait « ses Anglais » de Calcutta et prêtait I oreille à ses ministres qui faisaient de discrètes allusions à la poule aux «eufs d'or. Bref, il était tout prêt à restituer aux blancs leurs comptoirs. Il fut donc étrangement surpris quand il apprit l'arrivée d'une armée anglaise sous Calcutta; toutefois il se hata de réunir la sienne à Mourchédabad. Clive commença

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lui enlever le fort de Budgebudge, puis chassa de Calcutta U garnison bengalaise : on y retrouva intactes les marchandises anglaises, car le soubab se les était réservées. A 30 milles en remontant le fleuve, il fallut enlever d'assaut la place Je Hougly. Quand arrivèrent les nouvelles de la guerre déclarée en Europe, les Anglais, redoutant une alliance du soubab avec les Français de Chandernagor, se montrèrent plus disposés à traiter avec lui. Le soubab, furieux de la prise de Hougly, refusait tout accommodement. Le Conseil français de Chandernagor fut moins sage (pie lui : il sollicita des Anglais une convention de neutralité pour le Bengale. Clive l'amusa, bien déridé à refuser, ne visant qu'à retirer au soubab le secours des Français. Le 3 février, Souradja-ud-Daoula tenta de surprendre Calcutta à la faveur d'un brouillard; Clive combina ses dispositions pour le surprendre lui-même. Le coup manqua, mais le soubab fut si effrayé du danger couru que, le 9 février, il signa un traité : restitution aux Anglais de toutes leurs factoreries et privilèges; permission de fortifier Calcutta: indemnité pour les marchandises pillées. Il fut si content de cette solution qu'il proposa ensuite aux Anglais un traité défensif et offensif : Hs acceptèrent avec joie.

Chute de Chandernagor. — Les Anglais le sondèrent ensuite pour savoir s'il leur permettrait d'attaquer Chandernagor. Il fit d'abord une réponse évasive; puis, apprenant que Clive marchait sur celle ville, il signilia une défense formelle. Les Anglais se rabattirent alors sur le traité de neutralité que leur avaient offert les Français. Tout à coup le soubab apprit l'invasion du Dourani dans les Etats de l'empereur1; calculant que, contre l'envahisseur, il aurait besoin des Anglais, il leur octroya permission d'attaquer Chandernagor. Dès lors il ne fui plus question de « neutralité » et le sort de la ville française se trouva réglé. Le li mars, Clive attaqua Chandernagor : les Français montrèrent de la bravoure; mais la supériorité de l'artillerie britannique dompta leur résistance. La chute de eelte ville marque la tin de la domination ou de l'inlluenee

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