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française au Bengale. Les Français du Gange expièrent leur crédulité et la faute qu'ils avaient commise en ne secourant pas le soubab. Celui-ci, du moins, protégea leurs autres comptoirs. Il recueillit les débris de nos garnisons, évadés de Chan- •lernagor ou de notre comptoir de Kassim-Bazar. Law, qui se trouvait avec eux, eût pu lui rendre beaucoup de services. Souradja se laissa persuader d'éloigner la petite troupe française. Chandernagor tombé, c'était au soubab à éprouver la ténacité de la rancune britannique.
Bataille de Plassey : chute de Souradja (1757). — Il ressentit bientôt de l'inquiétude, ne laissa partir Law qu'à regret, puis envoya des diamants à Bussy, le suppliant de le protéger contre Clive, « ce foudre de guerre ». Tour à tour il voulait la guerre et la paix, tantôt déchirant avec colère les lettres de Clive, tantôt lui faisant les réponses les plus scrviles. Clive ne lui cédait guère en duplicité. Le même jour il adressait une lettre caressante au soubab, et promettait à Mir- Djafer, un des officiers qui complotaient le renversement de Souradja, de lui amener 5000 soldats. Son entente avec Mîr- Djafer était complète : on ferait de celui-ci le soubab du Bengale, mais il devait promettre de payer, à son avènement, 56 millions de roupies (140 millions de francs), de supprimer toutes les factoreries françaises, d'exclure les Français du Bengale, de «•éder un grand territoire autour de Calcutta. Telles furent les clauses du traité formellement signé entre Mir-Djafer et Clive. Il fut aussi convenu que les Anglais marcheraient sur Kassim- Bazar et que Mir-Djafer ferait jonction avec eux. Puis le général musulman, comme le général anglais, hésitèrent. Brusquement, «H malgré l'avis de son conseil de guerre, avis auquel il s'était d'abord rangé, Clive marcha sur Plassey, où se campait le soubab, à la tète de 50 000 fantassins, 18 000 cavaliers, 5iO canons. Clive disposait de 900 Anglais, 2200 cipayes et de quelques pièces d'artillerie. On se borna d'abord à une canonnade, qui tua des officiers auprès de Souradja. C'est le moment qu'attendaient les conjurés du camp indou; Mir-Djafer accentua son mouvement de défection; le soubab monta sur un dromadaire et s'enfuit avec seulement 2000 hommes. Telle
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fut la bataille de Plassey (23 juin 1757) : bataille peu sanglante, car les Anglais n'eurent pas plus de 72 hommes hors de combat et les vaincus pas plus de 500; victoire peu glorieuse, car elle fut préparée par une trahison. Mourchédabad fui occupé le lendemain. Souradja, qui s'était caché non loin de là, fut amené prisonnier à Mir-Djafer et égorgé dans la nuit.
Law et sa petite troupe de Français, rappelés quelques jours auparavant par Souradja, avaient fait une marche forcée pour le rejoindre. En chemin ils apprirent sa défaite et sa mort. Ils se retirèrent d'abord à Patna, où le gouverneur Ramna-Raïn méditait de se rendre indépendant, mais n'osa garder ces utiles auxiliaires; puis à Aoude, où le nabab-vizir leur fit un accueil plus décidé. On verra plus loin quelles conséquences eut. pour le Bengale et son nouveau souverain, la bataille de Plassey. Pour le moment elle valut à Clive 6 millions, que lui versa son protégé, et une pairie d'Irlande, avec le titre de baron de Plassey. H nous faut revenir à J'Inde péninsulaire.
L'Inde péninsulaire : arrivée de Lally-Tollendal. — Là, malgré les renonciations de Godeheu, nous n'avions en réalité, sauf les places du Garnatic, rien abandonné. La petite armée de Bussy occupait toujours le Dekkan; elle maintenait dans notre alliance les Mahrattes et le Maïssour. Godeheu repartit au bout d'un an (1755). Son successeur, Leyrit, encore qu'il fût trop imbu des idées de la Compagnie, maintint Bussy dans le Dekkan, protesta contre les empiétements des Anglais et de leur nabab dans le Carnatic, envoya des troupes au secours du radja de Maïssour. Ainsi, avant toute déclaration de guerre, la lutte avait recommencé entre la France et l'Angleterre. Elle continua plus vive après la déclaration. Les Français reprirent beaucoup des places abandonnées, ne laissant aux Anglais qu'Arcote et Tritchinapaly. Dans le Dekkan, Bussy recueillait la petite armée de Law (160 Européens, 600 cipayes, 5 canons) qui, revenant du Bengale, en apportait la nouvelle de Plassey. Bussy, un moment en disgrâce auprès du Nizam Salabet, avait regagné toute la confiance de celui-ci, tous ses honneurs ou revenus, et l'hégémonie du Dekkan.
L'homme que Louis XV avait désigné pour soutenir la guerre
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anglaise dans l'Indoustan était l'Irlandais Lally-Tollendal. Diplomate aventureux, il avait été chargé de missions secrètes en Angleterre et en Russie; vaillant officier, plusieurs fois blessé, il s'était distingué aux sièges de Kchl et Philippsbourg, aux batailles de Dettingen, de Fontenov, de Lawfeldl, aux sièges de Berg-op-Zoom et de Maastricht. Il était instruit, savait Ihistoire, les sciences, les langues mortes et vivantes. Par malheur, il ne savait rien de l'Inde, au moment où il arrivait pour diriger ses destinées. II manquait de souplesse et d'ouverture d'esprit. Il était impérieux, tracassier, tèlu. On venait de le nommer lieutenant général, grand-croix de Saint-Louis, gouverneur général de l'Inde française avec des pouvoirs extraordinaires sur les directeurs et les gouverneurs. Dans 1 etat-major qui l'accompagnait, de brillants officiers : Crillon, d'Estaing, Conflans, La Tour du Pin, La Fare, Montmorency. La flotte étail commandée par d'Aché.
Prise de Gondelour et de Saint-David. — A peine débarqué à Pondichéry (avril 1758), Lally décida l'attaque de Gondelour et de Saint-David. Presque en môme temps apparaissait la flotte anglaise, qui livrait bataille à d'Aché. Sans allendre les nouvelles de cette bataille, Lally entama le siège de Gondelour : le 3 mai, la place capitulait. Or, la flotte française, après une bataille sanglante, acharnée, indécise, était revenue sous le canon de Pondichéry. Tout de suite Lally attaqua Saint-David, réputée la place la plus forte de l'Inde, et qui avait bravé tous les efforts de Dupleix. Trois sur quatre des forts détachés furent enlevés d'assaut; le quatrième fut évacué en désordre par les Anglais. Le 2 juin, le corps de place capitulait. Le 3 juin, tombait Dévicolta. De leurs possessions propres, il ne restait plus aux Anglais que Madras. Le renom des succès de Lally ramena aux Français les sympathies et les offres de service des princes de l'Inde. Mais Lally, fort différent de Dupleix, méprisait ces « misérables noirs ». Dans sa marche précipitée sur Saint-David, on l'avait vu, faute de bêtes de trait, atteler à ses canons, pèle-môle, des Indous de toute caste réquisitionnés dans Pondichéry, le soudra à côté du brahmane, le hchfitnja à côté du paria : « c'était comme si un gouverneur
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de Paris se fût avisé d'atteler un duc et pair avec le vaiet du bourreau pour les employer à la démolition de Notre-Dame. • (B. de Penhoën.) Lally s'écartait encore des traces de Dupleix, quand il enjoignait à Bussy d'évacuer le Dekkan. Des lors commença la mésintelligence entre les deux hommes : c'était surtout l'opposition de deux politiques. Pour des raisons analogues, Lally eut bientôt contre lui le gouverneur Leyril. d'Aché, le Conseil, et à peu près tout le monde.
Expédition dans le Tandjaore. — Pour son expédition contre Madras, Lally manquait d'argent. Il employa, pour s'en procurer, l'expédient dont Dupleix avait essayé de détourner ses protégés de 1748 : une expédition contre l'opulent royaume de Tandjaore. Elle fut aussi rude que l'eût été l'expédition immédiate contre Madras. Il s'y commit des actions déshonorantes; Lally, pour 500 000 francs, mit en adjudication le pillage de la petite ville de Naour. A Kivelour, il saccagea une pagode vénérée, faisant fondre les statues d'or, attachant les brahmanes à la bouche de ses canons. Tout le pays était déjà soulevé contre lui quand il arriva devant Tandjaore. Après un échange de coups de canon, le radja entra en négociations, amusa Lally, jusqu'à ce que la famine eût contraint l'agresseur à la retraite. La retraite fut désastreuse; les populations exaspérées harcelaient les Français; des fanatiques, pour venger la pagode de Kivelour, se ruèrent de nuit dans le camp français, faillirent enlever Lally, firent sauter un caisson. L'armée revint enfin à Karikal, épuisée, affamée, ayant perdu lous ses chevaux, traînant à bras les canons.
Prise d'Arcote. — Sans se décourager, Lally résolut de prendre A rco te. Mais pour qui? Par quel prétendant supplanter le nabab anglophile Mohammed-Ali? Lally lit choix d'un lils de Chanda, Kadja-Sahib. 11 lui promit la nababie en échange d'un tribut égal à celui que payait le nabab, plus une rente de 140 000 francs à la Compagnie. Arcote fut enlevé; mais le trésor du nabab comme celui du prétendant se trouvèrent également vides. Une attaque sur la place de Chinglcpet échoua par manque d'argent et la révolte de soldats non payés : on devait à l'armée 1 500 000 francs de solde arriérée. Rien n'arrivait
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plus, ni de France, ni de l'île de France. Au contraire, depuis que les Anglais étaient maîtres du Bengale, Madras nageait dans l'abondance. D'Aché, indolent et timide, refusait la coopération de sa flotte : il préférait stationner à l'île de France, arrèlant au passage les secours que la métropole envoyait à Lall y.
Attaque sur Madras. — Pour une entreprise sur Madras, Lally manquait de vaisseaux, d'argent, de vivres, de transports. H résolut de s'en passer, et, avant l'arrivée des renforts attendus par les Anglais, de brusquer l'attaque. Madras se composait de deux villes : la ville noire, protégée seulement par un fossé et une muraille démantelée; la ville blanche, située entre la plage et le petit fleuve Montaron, munie d'une enceinte bastionnée, où faisait saillie le vieux fort Saint-Georges. Madras était défendu par Lawrence, alors colonel, et par l'ingénieur John Call. Le général français résolut de se loger dans la ville noire, puis d'attaquer la ville blanche par le bastion sud-est. La ville noire fut aisément conquise ; comme les Anglais avaient négligé de faire sauter les ponts du Montaron, le fleuve fut aisément franchi. Mais, pendant la nuit, nos troupes affamées se ruèrent sur les provisions que renfermait la ville abandonnée, s'enivrèrent, commirent tous les excès, jusqu'à mettre le feu aux maisons. Lawrence résolut de mettre à profit leur désordre : le major Draper passa en silence le Montaron, surprit la ville noire, massacra beaucoup des nôtres, fit d'Estaing prisonnier et manqua de prendre Bussy. Celui-ci, ayant rallié Lally et Crillon, rentra avec eux dans la ville, assaillit à la baïonnette les grenadiers de Draper et les rejeta en désordre sur les ponts ou dans les flots du Montaron (14 décembre 1758). Plus difficile était d'enlever la ville blanche : on n'avait que 300 projectiles et presque pas de poudre. Enfin un navire apporta un renfort de H hommes, plus un million. Le siège put continuer, mais n'avançait pas. Lally ne disposait que d'un mauvais ingénieur contre l'habile John Call. Comme les Anglais n'affectaient pas le même mépris que lui pour les « misérables noirs », leurs alliés indigènes, joints à la garnison anglaise de Chinglepet, vinrent fdoquer le camp français et lui coupèrent tous les arrivages. La
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famine sévit parmi les assiégeants : les soldats désertèrent par bandes. Les malveillants répétaient que Lally voulait faire périr l'armée. Bussy, plusieurs fois rebuté, gardait un silence hostile. Lally s'obstina, renforça les batteries, disant qu'il brûlerait la ville, s'il ne pouvait la prendre. Il essaya d'un assaut de nuit (du 13 au 14 février 1759) : l'assaut fut repoussé. Lally en préparait un second, lorsque la flotte anglaise apparut. 11 fallut lever le siège (16 février) et faire retraite sur Pondichéry.
Ruine de la domination française. — Pendant ce temps, les Anglais du Bengale avaient fait la conquête des Circars. Le Nizam Salabet, découragé dans sa fidélité à la France, avail signé un traité avec nos rivaux : il leur cédait Mazulipatam el les Circars, s'engageait à expulser, dans les quinze jours, tous les Français du Dekkan, à ne plus nous accorder aucun secours. Il acceptait la protection britannique. C'en était fait de l'œuvre gigantesque édifiée par Dupleix et Bussy. Nous avions tout perdu : le Carnatic, les Circars, Mazulipatam, le protectorat du Dekkan, du Maïssour, de Tandjaorc, l'alliance des Mahrattes. Bussy, auquel Lally désespéré essaya de se confier, déclina la tâche, désormais impossible, de nous ramener les anciens alliés. Il ne se rendit que sur un ordre formel auprès de Salabet, et échoua dans sa mission. Lally était à ce point irrité contre Bussy que, cclui-ri ayant battu les Anglais à Vandavachy, où il leur tua iOO hommes et leur prit 4 canons, le gouverneur général n'eut que blâme pour ce beau fait d'armes. Dans ses lettres au ministère, il dépeignait Bussy comme « l'homme le plus faux, le plus menteur, le plus pillard.... Il a l'astuce maure et il est, comme Médée, versé dans l'art de trahison. » Il le comparait aux « plus grands malfaiteurs condamnés à la roue depuis cent ans ». Il n'était guère plus satisfait de d'Aehé : celui-ci, arrivé le 15 septembre, déclara qu'il repartirait le I". On le relint presque de force; le 27, il se trouvait en présence de la flotte anglaise; mais, quoiqu'il lui fut supérieur de toule manière, en présence de toute la population de Pondichéry massée sur les toits, il déclina la bataille et cingla vers le sud.
Deuxième bataille de Vandavaehy. — La situation de la colonie devenait efîrayanlc : on avait contre soi toutes les
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puissances de l'Inde; les meilleurs régiments, comme celui de Lorraine, se mutinaient faute de solde. Les Anglais profitèrent de ce désarroi pour prendre Vandavachy, dont l'occupation inaugurait le blocus de Pondichéry. Lally reprit la ville, mais échoua devant le fort. Alors il essaya de concentrer ses troupes, rappelant môme le corps de Bussy. Il avait 2300 Européens, des cipayes, 1000 cavaliers mahrattes, que Noronha. évèque d'Halicarnasse, la croix pastorale sur la poitrine et le sabre à la main, conduisait au combat. Quand parurent les Anglais commandés par Cootc, ils furent chargés par l'évèque el ses Mahrattes, mais les arrêtèrent par un feu de mousqueterie et les firent se retirer à deux lieues. La cavalerie européenne •le Lally refusa d'abord de charger, puis tourna bride au premier coup de mitraille. Lally resta presque seul à vingt pas des grenadiers anglais, l'habit criblé de balles. « Vous êtes blessé? » lui demandèrent ses officiers. — « Plût à Dieu! » répondit-il. Le régiment de Lorraine, sans ordre, s'ébranla, abandonnant d'excellentes positions pour foncer sur les Anglais : il fut obligé de reculer devant l'afflux de leurs réserves. Une redoute, que défendaient bravement nos marins, sauta par l'explosion d'un chariot de munitions. Vainement Bussy, à trois reprises, chargea les Anglais à la baïonnette : il fut blessé et pris. Lally ne put que rallier son armée derrière une digue et opérer en assez bon ordre la retraite sur Pondichéry (22 janvier 1*760). Coote profita de sa victoire pour enlever Arcote, Chatoupet, Time ri, Dévicotla, Karikal, Val- «laour. 11 ne nous restait plus, dans le Garnatic, que Gingi et Pondichéry.
Chute de Pondichéry et de Mahe. — En septembre 17*50, Coote reçut des renforts : il disposait de 5000 Européens et cipayes; Lally n'avait plus que 1200 hommes à lui opposer. Le général anglais commença par resserrer le blocus autour de Pondichéry en enlevant le fort d'Ariancoupan et celui d'Oulgari. Lally, pour dissimuler aux ennemis la faiblesse de sa garnison, avait voulu faire prendre l'uniforme aux civils : les employés de la Compagnie s'y refusèrent. Il n'osa sévir. Malgré les consciencieux efforts de Leyrit, mais gr;\ee aux excitations
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du F. Lavaur, la discorde régnait dans la ville et dans le Conseil. Lally setait fait haïr à tel point qu'on se réjouissait de ses insuccès. On parla de le mettre en état d'arrestation, on essaya de l'empoisonner. Le blocus durait depuis cinq mois : il ne restait plus en magasin que 4 livres de riz par tète de soldât. Lally invita Leyrit à convoquer le Conseil : celui-ci refusait do « capituler », mais proposait de a demander une suspension d'armes». Comme si Coote eut été disposé à nourrir la ville pendant cet armistice! Il fallut se rendre à l'évidence de la situation. Le I*. Lavaur et l'ingénieur Dure furent envoyés au camp britannique. Coote exigea la reddition pure et simple : la garnison et les habitants seraient prisonniers de guerre: Pigot, gouverneur de Madras, avait ordonné que la ville fùl rasée. C'est à ces dures conditions que fut signée la capitulation du 18 janvier 1761 .
Lally était mourant : cela ne désarma point la haine de ses administrés. Quand les Anglais voulurent le conduire à Madras, ils durent empêcher qu'il ne fût assommé par les émeutiers de Pondichéry. Cette ville évacuée, le gouverneur Pigot s'y transporta pour surveiller l'œuvre de destruction. A chaque coup de pioche il disait : « Ainsi les Français ont ruiné Saint-David! » L'anéantissement de la puissance française fut complété par la chute de Mahé (13 février 1761). Le traité de Paris nous restitua bien les cinq villes de l'Inde, mais démantelées, avec des territoires restreints et morcelés, afin qu'aucun ouvrage de défense n'y pût être établi.
Procès de Lally -Tollendal. — Les membres du Conseil de Pondichéry avaient pu sauver leurs richesses. Quand ils arrivèrent à Paris, ils furent accueillis comme des victimes. On leur communiqua les accusations lancées contre eux par Lally. Dès lors, ils ne cherchèrent plus qu'à charger leur accusateur, ameutant l'opinion, publiant des mémoires injurieux. Les plus acharnés contre lui furent le conseiller Lenoir et le P. Lavaur ; même Bussy et le gouverneur Leyrit ne l'épargnèrent pas. Le malheureux général était accusé, non pas seulement de maladresse et d'incapacité, mais de malversations et de trahison. Lenoir affirmait qu'il avait vendu Madras « à ses chers Anglais »
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et touché l'argent qui « était prêt depuis longtemps ». Lally obtint des Anglais sa mise en liberté sur parole, vint à Paris et demanda des juges. D'abord on les lui refusa. Puis, sous la pression des conseillers de Madras, il fut mis en accusation et enfermé à la Bastille (novembre 1761). Le procès traîna dixhuit mois sans que Lally eût été interrogé, les magistrats du Parlement acceptant des pamphlets comme des preuves, refusant d'écouter les témoins à décharge. Telle était leur ignorance des choses de l'Inde qu'ils prenaient « dix mille cipayes • pour une somme d'argent. Lally fut mis sur la sellette comme un voleur; on lui arracha sa plaque de Saint-Louis; Pasquier le menaça de le faire rouer. Le 6 mai 176G, l'arrêt fut rendu dans la Grand'Chambre. Lally était convaincu : 1° d'avoir trahi les intérêts de l'Etat et de la Compagnie ; 2° d'avoir exercé des vexalions contre les sujets du roi et les étrangers. Un juge avait opiné pour la roue; on se contenta de la décapitation en place de Grève. L'exécution eut lieu le 9 mai, précédée et accompagnée de raffinements de barbarie : un des geôliers de Lally, à la Conciergerie, l'avait renversé d'un coup de genou dans le ventre pour lui voler sa montre; on le conduisit à la place de Grève dans un tombereau, les menottes aux mains, un bâillon sur la bouche, un bandeau sur les yeux. Certes il avait commis des fautes, donné des preuves d'un caractère jaloux et violent; mais s'il eut des crimes à expier, ce n'étaient pas les siens : ce furent l'étroitesse de vue et l'avarice de la Compagnie, les voleries des conseillers de Madras, le mauvais recrutement des soldats, l'ineptie ou la pusillanimité de d'Aché, par-dessus tout l'incapacité, le gaspillage, l'absence de patriotisme qui caractérisaient le roi, la cour et tout le régime de ce temps. C'est aveuglément, dans un mouvement inouï de férocité, que l'opinion se déchaîna contre lui, depuis l'élégante M,n0 du DefFand, qui décrit avec tant de complaisance les indignités qui aggravèrent le supplice de « cet enragé », jusqu'aux cochers de Paris qui fouettaient leur cheval en criant : « Hue donc! Lally ï » Sur cet odieux épisode se termine l'histoire de l'Inde française. Après le grabat de Dupleix. le tombereau de Lally î
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