I. Voir ci -<Je>sous, t. VIII, an chapitre hulousfan
L'INDOUSTAX
Khan; le soubab d'Aoude; la plupart des zëmindars du Béhar: un grand nombre de chefs rohillas, djauls, mahrattes, afghans. Seul le nabab Ramna-Raïn, de Patna, hésitait. Il craignait surtout les convoitises que nourrissaient sur Patna le shahzadé (le prince impérial, le futur empereur Alain II) et le nabab d'Aoude. Il finit par demander secours aux Anglais el promit à Clive de se défendre, dans sa capitale, jusqu'à la dernière extrémité. C'est précisément cette coalition du Nord- Ouest qui empêcha Clive de prendre part à la lutte contre Lally- Tollendal et le fit se bornera la conquête de Mazulipatam.
Le danger commun rapprocha le soubab Mir-Djafer el les Anglais. Leurs deux armées marchèrent ensemble à la délivrance de Patna, où Ramna-Raïn se trouvait à bout de forces, une brèche étant déjà pratiquée dans les remparts de la place. Au reste les coalisés se jalousaient autant entre eux qu'ils haïssaient les Anglais : le nabab d'Aoude surprit traîtreusement la ville d'Allahabab et fit périr son allié Mohammed-Kouli- Khan. Cette perfidie amena la dispersion de l'armée confédérée. Resté presque seul, l'héritier du trône du Grand-Mogol entra en négociations avec Clive, lui demanda de l'argent, consentit en échange à évacuer la province de Béhar. Ainsi fut dissipée la première coalition des Etats gangétiques.
Le soubab Mir-Djafer, contre qui cette coalition avait été surtout dirigée, sentait bien qu'il devait aux Anglais la conservation de son trône. Il récompensa Clive en obtenant pour lui de l'empereur Alam-Gir le titre d'émir, en lui concédant en djaguir (fief) la rente que la Compagnie anglaise devait au soubab du Bengale : cette rente valait environ 30 000 livres sterling (750000 francs). Ainsi fut constitué le Clives Jaguu\ qui revient si souvent dans la discussion au parlement britannique de ce temps. Le soubab n'en restait pas moins un allié et un « suzerain » fort peu sûr. Sous main il avait excité les Hollandais de Chinsura à profiter des embarras de Clive. Ils firent alors venir de Batavia 700 soldats européens et 800 Malais. Clive les attaqua, les battit, et mil la main sur Chinsura (1759).
LA DOMINATION ANGLAISE
Batailles de Patna (1761). — Peu de temps après (février 1760), Clive s'embarqua pour l'Europe, laissant le commandement des troupes au major Caillaud, appelé du Carnalic, en attendant l'arrivée du nouveau gouverneur Vansittart. Malgré ses succès diplomatiques et militaires, Clive laissait l'Inde gangétique profondément troublée. Nous avons vu comment périt le vieil empereur Alam-Gir (1759) et comment le shah-zadé lui succéda sous le nom d'Àlam II 1 1759-1806). Revêtu de la puissance impériale, celui-ci devenait sacré pour les Anglais, qui légalement n'étaient que les vassaux d'un de ses vassaux (le soubab du Bengale). Les Anglais avaient toujours manifesté un respect superstitieux de cette puissance souveraine, se demandant parfois s'ils n'agissaient pas « en rebelles » quand ils portaient les armes contre ce prince, alors môme qu'il n'était encore que le fils de l'empereur. Alam II crut qu'il rencontrerait les mômes scrupules cbez Caillaud. Il réorganisa la coalition, conférant le vizirat au nabab d'Aoude, appelant à lui tous les mécontents de l'Inde. A la lète de l'armée confédérée, il reprit le chemin de Patna pour en chasser Ramna-Rain, l'allié des conquérants. Celui-ci avait une assez forte armée indigène, plus 70 Anglais et un bataillon de cipayes que Caillaud avait mis en garnison chez lui, autant pour le surveiller que pour le défendre. Contrairement aux recommandations du chef anglais, Ramna-Raïn livra bataille pour défendre les approches de sa capitale : il fut vaincu, blessé, rejeté dans la ville. Celle-ci eût succombé si l'empereur avait su profiter delà victoire; il perdit son temps à ravager le pays.
Alors parut la petite armée anglaise, forte de 350 Européens, 1000 cipayes, 6 canons, commandée par Caillaud, et l'armée de Mir-Djafer, forte de 15000 hommes et 27 canons, commandée par Miran, un des généraux du soubab. La première bataille de Patna s'engagea le 22 février 4761 : les Anglais et les cipayes britanniques décidèrent de la victoire; l'armée du soubab n'y fut pour rien. Alam II s'enfuit jusqu'à Réhar, à 10 milles du champ de bataille. Pour la première fois les Anglais avaient osé s'attaquer à l'imposante idole, le Grand-Mongol en personne, le légitime successeur de RAber, la source de toute légitimité et
L'INIMU STAX
de leurs propres droits. Et ils l avaient contraint à la fuite!
Seulement Alain II n'était point un de ces Mongols dégénérés qui, par leur incurie ou leur lâcheté, avaient amené l'empire à sa ruine. A peine arrivé àBéhar, il reforma son armée et conçut le hardi projet de se jeter sur les derrières du vainqueur, de pousser sur Mourchédahad et d'y enlever Mîr-Djafer. Caillaud eut à peine le temps de déjouer cette manœuvre : le i avril, il parvint à opérer sa jonction avec le soubah; le 7, l'empereur dut mettre le feu à son camp et rétrograder dans la direction du nord-ouest. Dans sa retraite il eût pu enlever Patna, qui était alors sans défense; justement Law était arrivé dans ces parages avec sa petite troupe. Alam Ilmanquade résolution : les Anglais et leurs alliés eurent le temps d'envoyer des renforts. Law avait déjà livré deux assauts à la ville quand parut l'armée de secours, sous les ordres de Knox. Elle attaqua les assiégeants et les chassa de leurs ouvrages.
Alain II ne se tint pas pour battu. Il lit appel au Dourani d'Afghanistan ; il provoqua la défection du naïb (gouverneur) de Pourania; mais, avant que celui-ci eût pu faire jonction avec l'empereur, il était attaqué et, quoiqu'il eût 12 000 hommes et 30 canons, dispersé par une poignée d'Européens et un seul bataillon de cipayes. Telle fut la deuxième bataille de Patna. Elle décul toutes les ambitions de l'empereur.
Les soubabs Mlr-Djafer et Mlr-Kassim . — Mir- Djafer avait pu redouter le triomphe des coalisés; celui des Anglais le désespéra. Il se trouvait dans une situation sans issue : les exigences de ses « vassaux » britanniques avaient épuisé son trésor, ruiné son peuple ; son armée, qu'il ne pouvait plus payer, se mutinait et, au retour de la victorieuse campagne de Patna, assiégeait le palais et menaçait de mort le souverain. Au reste, la situation était presque la même dans Calcutta, la capitale britannique : là aussi le trésor était vide et les soldats anglais ou indigènes, non payés, se révoltaient, désertaient, allaient rejoindre les compagnies d'aventuriers. Parmi les membres du Conseil, une opinion se faisait jour : il fallait abandonner Mir-Djafer, vieux, indolent, sans autorité sur ses sujets, toujours prêt à trahir la Compagnie, et embrasser
LA DOMINATION AXIiLAISK
la cause do l'empereur, qui, après tout, était le seul maître légitime. On adopta un moyen terme : ne pas détrôner Mîr- Djafer, mais déférer le pouvoir effectif à un membre de sa famille, à son gendre Mir-Kassim, si riche qu'il pouvait prêter de l'argent à son beau-père. Le 47 septembre 1161, un Iraité secret fut signé entre Mîr-Kassim et la Compagnie. En échange des pouvoirs qu'on lui confiait, Mir-Kassim abandonnait à la compagnie les trois districts de Burdwan, Midnapour, Chittagong, pour payer l'arriéré dû par son beau-père; en outre, il faisait un présent de 5 lacs de roupies (environ 1 250 000 francs) à litre de subside pour la guerre contre les Français dans le Carnatic. En exécution de ce traité, Mourchédabad fut occupé par les troupes anglaises, Mir-Kassim mis en possession du palais, Mir-Djafer invité à se retirer dans Calcutta pour y vivre en simple particulier.
Mir-Kassim réussit d'abord à tenir ses engagements; il paya ses propres troupes et les troupes anglaises; il versa les subsides qui permirent aux Anglais de prendre Pondichéry. Enfin la guerre put continuer contre les coalisés du Nord-Ouest et contre les compagnies d'aventuriers européens.
Combat de Gyah : capture de Law (1761). — L'empereur avait repris les hostilités; mais il ne put réunir qu'une faible armée, dont la compagnie française de Law formait l'élite. Il fut vaincu à Gyah (1764) : l'épisode mémorable de la bataille fut la capture de Law. Voici comme le fait est raconté par l'historien indou Moutakharine . L'empereur avait fui le premier, les Français l'avaient imité. Law, resté seul, se mit à cheval sur un de ses canons et attendit. Les chefs anglais s'approchèrent en le saluant; il leur rendit le salut, et alors ils lui dirent : « Vous avez fait tout ce qu'on pouvait attendre d'un vaillant homme: certainement votre nom sera transmis à la postérité par la plume de l'histoire; maintenant déceignez vos reins de votre épée; venez parmi nous, et abandonnez toute idée de combattre les Anglais. » Law leur répondit : « Me rendre avec le déplaisir de rester sans mon épée, ce serait une honte à laquelle je ne me soumettrai jamais; vous pouvez prendre ma vie si vous n'acceptez celle condilion. » Les Anglais
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consentirent à lui laisser son épée et le tirent monter dans un palanquin, dont le Français, « pour n'être point vu », fit tomber les rideaux. » Ainsi se termina l'héroïque odyssée de Law: commencée à Tritchinapaly, elle se continua par la défense de Kassim-Bazar, l'aide prêtée au soubah du Bengale, au nabali d'Aoude, à l'empereur mongol.
Le traité avec l'empereur. — Après cette défaite, Alam 11, las d'être en la dépendance de vassaux perfides, de rudes chefs barbares, se résolut à accepter les avances, très sincères, que faisaient les Anglais à la majesté impériale. Il fut reçu dans Patna par le major Carnac, avec tous les honneurs dus à un empereur. On lui dressa un trône sur une estrade formée d«« deux tables, et c'est de là haut qu'il octroya l'investiture à Mir- Kassim des trois provinces de Bengale, Béhar et Orissa. En échange, celui-ci promettait un tribut annuel de 24 lacs de roupies (6 millions île francs). Alam II fut ensuite escorta par les troupes anglaises jusqu'à la frontière de ses États. Mir- Kassim profita bientôt de son investiture pour faire prisonnier Ramna-Haïn, avec la connivence des Anglais, et s'emparer de Patna.
Rupture de Mlr-Kassim avec les Anglais : bataille de Gériah (1763). — Bientôt les exigences commerciales et financières des Anglais furent aussi insupportables à Mlr- Kassim qu'elles l'avaient été à Mir-Djafer. D'un caractère plus résolu que son beau-père, il rompit avec la Compagnie, fit partout saisir les Anglais et leurs marchandises, les refoula et les bloqua dans leurs factoreries, pilla celle de Kassim-Bazar. Le conseil de Calcutta se résolut alors à réintégrer l'ancien soubab, Mir-Djafer. Par le traité du il juillet 1763, il confirma aux Anglais les concessions faites par son devancier, les exempta de presque tous les droits, promit de payer les troupes anglaises employées à sa défense, d'entretenir lui-même 12 000 cavaliers et 12 000 fantassins, de verser à la Compagnie 30 lacs de roupies (7 500 000 fr.), d'indemniser les négociants anglais pour les pertes subies, de ne permettre à aucune autre nation étrangère de se fortifier dans le Bengale (cette clause visait surtout les Français). Ainsi, à
LA DOMINATION ANGLAISE
chaque changement de règne, le Bengale tombait plus lourdement sous la domination britannique.
Mir-Kassim était décidé à résister. Il ne conservait que la moindre partie de son armée indigène; mais c'était la meilleure, celle qui était dressée à l'européenne. Déjà il avait pris à son service la compagnie de Sombre, renforcée des soldats de Law. Le 2 août 1763, auprès de Gériah, il engagea la bataille. Elle dura quatre heures : « ce fut le plus dur combat que les Anglais eussent encore soutenu dans l'Inde » (Mill). D'abord les lignes de ceux-ci furent rompues par les troupes européennes du souhab : le 84e d'infanterie les contint par sa ténacité, mais fut cruellement décimé. Mir-Kassim, contraint de se retirer, emmena du moins deux canons anglais et beaucoup de prisonniers. Il arrêta l'ennemi tout un mois devant les retranchements de l'Oudwa; quand ils furent enfin enlevés (5 septembre), quand par surcroît il apprit la chute de sa forteresse de Monghir, il entra en fureur et ordonna le massacre des prisonniers. Sombre se chargea de l'exécution. Ce fut comme une seconde édition du « Trou Noir ». Un seul descaptifs fut épargné : le chirurgien Fullerton. Puis Mir-Kassim fit retraite sur Aoude, laissant une garnison dans Patna. Après une résistance héroïque, la place fut emportée d'assaut (6 novembre).
Bataille de Buxar (1764). — Mir-Kassim fut d'abord l'hôte du nabab d'Aoude, puis de l'empereur Alam. Il offrit à celui-ci de lui conquérir, avec ses soldats européens, le Bundelkhand. La terreur de son approche suffît à soumettre ce pays. Les coalisés marchèrent ensuite d'Allahabad sur Bénarès. L'armée britannique s'étant retirée sur Patna, ils l'attaquèrent non loin de cette ville (3 mai 1764). Les réguliers de Sombre et la cavalerie chargèrent de front les Anglais, tandis que le gros de l'armée se portait sur leurs derrières. Ainsi entourés, les Anglais et leurs cipayes montrèrent une telle ténacité, profongeant la bataille jusqu'au soir, que l'ennemi dut se retirer. Telle fut la troisième bataille de Patna.
Le 23 octobre 1764, le major Munro livra celle de Buxar, au nord-est du Bénarès. Elle fut très disputée, dura de neuf heures du matin jusqu'à midi, se termina par la déroute des coalisés.
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La victoire de IMassey avait livré le Bengale aux Anglais ; Buxar leur livra le Gange supérieur. Elle brisa les forces du seul souverain qui pût encore leur résister : le nabab d'Aoude. Celui-ci reprit alors les négociations avec les Anglais. Comme conditions préliminaires, ils exigeaient qu'il leur livrât Mir- Kassim et Sombre, auquel ils ne pardonnaient pas le massacre des prisonniers. Le nabab consentait seulement à délaisser la cause de l'un, à faire sabrer l'autre dans un guet-apens. Les Anglais insistaient pour qu'ils fussent livrés. Tendant les pourparlers, Mir-Kassim réussit à s'échapper et à se réfugier chez les Rohillas ; Sombre parvint à faire retraite avec sa petite troupe. Après mainte aventure, il s'établit à 60 kilomètres au nord-est de Delhi, dans la province de Sirdannah, entre le Gang»' et la Djamna, et y fonda une nababie autonome.
La Begum Sombre- — C'est là qu'il mourut en 1 "778, laissant pour héritière de sa principauté et de son armée une femme qu'il avait épousée en 1772. Suivant une tradition, elle était une bayadère arabe, Zeïboul-Xyssa. Convertie au catholicisme, elle prit le nom de Jeanne. Elle est plus connue sous celui-ci : la licyum Sombre. Elle fut une lidèle alliée de l'empereur Alain et plus d'une fois mena bravement sa troupe au combat. Toutefois c'était une rude tache que de conduire ces rudes mercenaires. En 1793, comme elle avait épousé un officier français, Le Vaisseau (ou Levassoult), un autre de ses lieutenants qui avait brigué sa main, l'Irlandais George Thomas, se mit, avec l'Anglais Dyce, à la tôle d'une rébellion militaire. La Begum fut blessée. Le Vaisseau se lit sauter la cervelle. Puis la paix se rétablit dans la petite armée, grâce au mariage de George Thomas avec une tille d'honneur de la princesse. Du service de l'empereur, la Begum passa, eu 1800, à celui du Sindhia, et lutta vaillamment contre Wellesley, le futur Wellington. En 1804, elle fit sa paix avec les Anglais, qui lui con Armèrent sa principauté. En 1825, à soixante-quatorze ans. elle les accompagna au siège de Bharlpour. Elle mourut en 1836, laissant la Compagnie anglaise héritière de ses Etals.
L*Inde à la discrétion des Anglais. — Après la bataille de Buxar, l'empereur Alam dut faire sa soumission. Il céda aux
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Anglais Ghazipour et tout le djayuir de Bénarès; en revanche ils lui assuraient Allahabad et lui promettaient les Étals du nabab d'Aoude.
Dans l'Inde péninsulaire, le nabab d'Arcote, le vieil allié des Anglais, Dost-Mohammed, s'aperçut bien vite qu'ils n'avaient pas fait la guerre uniquement à son profit. Il subit presque les mêmes exigences que le souverain du Bengale. Dans le Dekkan, l'ancien protégé de Dupleix et de Bussy, Salabel, quoique formellement reconnu par un traité conclu avec Clive et même par Je traité de Paris (10 février 1763), fut détrôné par un de ses rivaux et péril en prison. Son meurtrier, NizamAli, lui succéda, essaya de lutter contre les Anglais et envahit le Carnatic ( 1 705). Les Anglais de Madras s'exagéraient sans doute sa puissance, car ils firent avec lui un traité qui l'indemnisait de la suzeraineté perdue sur le Carnatic et mettait les troupes anglaises à sa disposition.
Au Bengale, la mort de Mir-Djafer (janvier 1765) n'améliora point la situation du pays. La Compagnie britannique lui donna pour successeur son fils Nedjem-ed-Daoula, Agé de vingt ans. Par le traité de février 1765, il lui abandonna lout le soin de sa défense et lout le pouvoir militaire; il ne réservait que les troupes de police ou de parade; il s'engageait à ne nommer naibs (gouverneurs) que les candidats agréés par les Anglais. C'était le protectorat à la fois militaire et civil. D'autres clauses stipulaient la confirmation de toutes les concessions antérieures et un subside mensuel de 500 000 roupies tant que durerait la guerre contre le nabab d'Aoude, ou, pour mieux dire, tant que les Anglais le jugeraient nécessaire.
En mai 1765, Clive, fait lord et baron de Plasscy, reparut dans l'Inde avec des pouvoirs les plus étendus que la Compagnie eut jamais conférés à un de ses agents : à la fois gouverneur, commandant des troupes, président du Conseil. Dans le Conseil, il n'avait pas des collègues, mais des subordonnés, au nombre de quatre. Il signa les traités qui complétèrent l'asservissement de l'Inde gangétique. Le soubab du Bengale dut subir non pas même un traité, mais un règlement encore plus dur qu'auparavant; il dut abandonner à la Compagnie la tola-
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lité de ses revenus en échange d'une pension de 5 300 000 roupies, et encore les fonds de cette pension étaient-ils administrés par trois ministres indigènes que choisissait la Compagnie. De suzerain de celle-ci, l'héritier du terrible Souradja était tombé au rang de pensionnaire. Quand il mourut en mai 4766 et qu'on lui donna pour successeur un de ses frères âgé de quatorze ans, à peine si l'événement mérita d'être noté. Désormais le changement d'un soubab du Bengale n'avait pas plus d'importance que celui d'un chef de factorerie britannique.
Le nabab-vizir d'Aoude, qui avait jusqu'alors refusé de faire sa soumission, voyant ses places enlevées coup sur coup par les Anglais, s'empressa d'adresser au général Carnac une lettre très humble, accourut à Patna pour conférer avec lord Clive, s'en remettant à lui pour les conditions du traité à intervenir. Ce fut un véritable traité de protectorat. Il recouvrait tous ses États, mais restituait à l'empereur Allahabad et Korah; la Compagnie se chargeait de le défendre, mais il soldait les troupes employées à sa défense; il payait 5 millions de roupies à titre de frais de guerre; il s'engageait à n'employer ni Mir-Kassim ni Sombre. Sur un seul point il résista : les Anglais lui avaient demandé le libre trafic à travers ses Etats; mais il savait que cette question avait suffi pour anéantir l'indépendance du Bengale. Toutefois lord Clive pouvait se féliciter d'avoir placé sous son protectorat un État puissant, qui formerait du côté de l'Ouest un boulevard pour les territoires de la Compagnie, tiendrait en respect l'empereur, les Mahrattes, les Afghans.
Si Clive faisait restituer à l'empereur ses provinces d'Allalmbad et Korah, il n'entendait pas que ce fût à titre gratuit. Par le traité du 12 août 1765, Alam II dut confirmer à la Compagnie les concessions de territoires faites par lui ou par ses vassaux aux Anglais, y compris le Clive s Jaghir; il lui faisait remise de tout le tribut arriéré, à raison de 2 500 000 roupies par an, mais à la condition qu'elle le paierait exactement à l'avenir; enfin il lui accordait la divanie, c'est-à-dire l'administration financière des trois provinces qui appartenaient naguère au soubab du bas Gange (Bengale, Béhar, Orissa). Cette clause était fort importante : elle consacrait l'asservissement de la soubabie à l'Angle-
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terre. Enfin, par un firman impérial qui concédait à celle-ci les Circars, Clive assura la continuité du littoral britannique entre l'Orissa et le Carnatic.
On parlera plus loin de l'administration intérieure de Clive, ainsi que du gouvernement de ses successeurs : Verelst (1767- 1769), Cartier (1769-1772), et enfin Warren Hastings (1772- 1785) ». C'est en janvier 1767 que, pour des raisons de santé, Clive se rembarqua pourrAngleterre.il y vécut dans l'opulence, avec une maison à Londres, un château dans le Shropshire, un autre à Claremont. Il était en Angleterre le type de ces « nababs » que l'Inde renvoyait chargés d'or dans la mère patrie. Il subit les inconvénients de celte situation, en butte aux attaques des pamphlétaires, mis en accusation devant le parlement britannique. La chambre des Communes, tout en reconnaissant que les serviteurs de l'Etat ne doivent rien s approprier et que cependant lord Clive avait reçu des potentats indous d'immenses richesses, n'osa tirer la conclusion de ces prémisses. Clive fut plus heureux que notre Duplcix et notre Lally, plus heureux même que Warren Hastings. Toutefois comme il était de nature mélancolique, que l'inaction lui pesait, que les attaques l'irritaient et l'attristaient, et qu'enfin il abusait de l'opium, il se tua le 21 novembre 1774. Ainsi périt le héros de Saint-David, d'Arcote et de Plassey. Ses contemporains l'ont épargné; ses nationaux l'ont glorifié. Macaulay, si dur pour Warren Hastings, a comparé Clive à Alexandre, à Condé, à Napoléon, à Traj an, etc. Il suffit de le comparer à notre Dupleix. Clive fut vraiment ce que Dupleix n'eut pas la fortune de devenir : un créateur d'empire. Il laissait la Compagnie propriétaire de toute la région du Gange inférieur, suzeraine de potentats comme le souverain de l'Aoude, le nabab du Carnatic, le soubab du Dekkan, le Grand-Mogol, et victorieuse de tous ses rivaux européens. L'empire britannique de l'Inde était fondé.