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IV. — La domination anglaise

État de l'Inde gangétique — Les Français n'avaient peut-être pas choisi la meilleure partie de l'Indoustan pour y porter leur effort : l'Inde gangétique est infiniment plus riche que l'Inde péninsulaire. Tandis que, dans le duel entre Pondichéry cl Madras, nous usions le génie de Dupleix et l'ardeur de Lally-Tollendal, les Anglais, avec beaucoup moins de labeur, s'implantaient dans le Bengale et le Bébar, pays où la population dépasse en densité celle d'Europe, où le sol se prête à toutes les cultures de luxe, où le trésor dos princes regorgeait d'or et de joyaux.

Au lendemain de la désastreuse paix de Paris (1163), voici quelle était la géographie politique de l'Inde gangétique. Sur le Bengale, avec Mourchédabab pour capitale, régnait le soubab Mir-Djafer, la créature et le protégé des Anglais. Le Bébar obéissait au nabab llamna-Kaïn. Le zémindarat de Bénarès, vassal d'Aoude, avait pour chef-lieu Gazipour. L'Aoude, capitale Aoude, ville principale Luknow, formait une soubabie, sous le nabab-vizir Shoudja-ud-Daoula. Les Etats «lu Grand-Mogol étaient réduits au Doab, avec Dehli pour capitale, et Agra, Korah, Allababad. Encore cette dernière ville avait été usurpée sur l'empereur Alam-Gir (1754-1759) par le gouverneur Mohammed-Kouli-Khan. Ce reste d'empire mongol était, de toute part, ravagé ou envahi par les Afghans, par les Hohillas, par les Sikhs, par les Mahratlcs.

Telles étaient les puissances indigènes, les puissances établies et assises, de l'Inde gangétique. Il leur fallait compter avec ces puissances mobiles et presque nomades que constituaient les compagnies d'aventuriers militaires européens. Un peu avant le siège de Pondichéry, une poignée de Français ou 600 hommes) avait été expédiée par le Conseil de la colonie sur Ganjam (cote de l'Orissa;, pour y former le noyau d'une armée de secours qu'on espérait constituer avec le secours des princes indigènes et s'emparer ensuite de Mazulipalam. Elle trouva celle dernière ville occupée déjà par les

LA NOMINATION ANliLAISK

Anglais (1159). Les débris tic la petite troupe, décimée par le feu ou les privations, revinrent dans le Carnatic, y apprirent la chute de Pondichérv (1761), contribuèrent à la défense de Gingi, puis y subirent une capitulation. 105 Français de la garnison, contraints par les misères d'une rude captivité, prirent du service, avec le sergent Madcc, dans un parti anglais, commandé par Martin Lion. Dès lors se formèrent ces compagnies errantes mêlées d'Anglais, d'Irlandais, d'Allemands, de Suisses, mais où dominait l'élément français, qui, conduites par des chefs énergiques et peu scrupuleux, passèrent tour à tour, au gré de leurs intérêts, du service de la Compagnie britannique à celui des potentats indigènes. Les principaux chefs furent Gentil, René Madcc de Quimper-Corentin, qui ensuite devint nabab, surtout le Suisse Waller Reinhardt, plus connu sous le sobriquet de Sombre. En outre, après la choie de Chandcrnagor (14 mars 1751), une autre poignée de soldats français, sous le capitaine Law de Laurislon, évacuant notre factorerie de Kassim-Bazar, entra au service du soubab du Bengale, le cruel Souradja-ud-Daoula, et courut les aventures qu'on a déjà racontées. Après la capture de son chef par les Anglais, au combat de G) ah (17G1), elle passa au service du soubab Mir-Kassim, et finit par se fondre avec la compagnie de Sombre. Celle-ci comprenait parmi ses officiers l'Allemand Pauly, l'Irlandais George Thomas, l'Anglais Dvce. Les compagnies d'aventuriers européens jetteront leur dernier éclat avec le Savoisien Benoit de Boignc (1783-1797)'.

Coalitions des États gangétiques contre les Anglais : l'empereur Alam H. — Depuis la bataille de Plassey (1757), le Bengale était à la discrétion des Anglais. Le nouveau soubab, Mir-Djafer, n'avait d'autre rôle que de pressurer ses sujets à leur profit. 11 s'en lassa bien vile, et, dès 1758, s'évada de Mourchédabab pour tenir la campagne, l ue vaste coalition s'organisait dans l'Inde gangétique contre les conquérants britanniques : elle comprenait le prince Alam, fils aîné de l'empereur Alani-Gir; le gouverneur d'Allahabad, Mohammed-Kouli-

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