I.Sur l'éducation «le Louis XV; voir ci-<lessus, p. ir
LOUIS XV
qu'il ressentit d'émotions, se plaisait à pénétrer les secrets d'autrui, ne dédaignait pas d'écouter aux portes, de regarder par les lucarnes de ses petits escaliers. Il était timide, balbutiait dans les réceptions d'ambassadeurs; mais, dans le cercle de ses courtisans, sa grâce naturelle charmait, sa politesse était parfaite, surtout avec les dames; son langage, moins correcl. laissait échapper des vulgarités empruntées sans doute à ses commérages avec ses valets.
Il inspira des attachements passionnés. Aima-t-il? Rarement, et par accès, ou faiblement, et par habitude. Il avait le sentiment ou plutôt l'instinct de la famille et il se plaisait dans la société de « Mesdames » ses filles. Mais, sauf un petit nombre d'exceptions, il considéra d'un œil sec la mort de ses amis ou de ses maîtresses. Il pleuvait quand on emporta de Versailles le corps de Mmo de Pompadour. « Madame la marquise, remarqua-t-il, aura aujourd'hui bien mauvais temps pour son voyage. » Quant à l'amour, ce ne fut guère pour lui que la satisfaction d'un tempérament morbide en sa brutalité. On sait à quelle abjection il roula, à partir de sa quarantième année. Il n'avait connu, ni son père, le sage duc de Bourgogne, ni sa mère, l'aimable princesse de Savoie; il avait eu pour gouverneur le plus vain* des hommes, Villeroy; il s'était cru menacé de poison ; il avait eu pour exemples les turpitudes de la Régence ; il avait subi la déprimante influence de Fleury, écouté les plates familiarités de ses domestiques, recherché plus tard les propos pervers d'un Richelieu ou d'un Maurepas. Horrible éducation. Au fond il n'aimait que lui. Ce monstrueux égoïsme, à peine tempéré par un étroit bon sens, mais qui n'avait point comme chez Louis XIV pour contrepoids une dignité altière ni un profond sentiment de ses devoirs de roi, cet égoïsme inquiet est la clé de son caractère. Il explique son indifférence pour tout ce qui ne touchait ni à sa santé, ni à son plaisir : ses débordements et ses crises de bigoterie, son horreur pour toute application suivie, sa faiblesse, son indolence de roi fainéant. Il explique surtout son ennui, cet inguérissable ennui qui décelait le vide de son àme et le dégoût amer d'être perpétuellement à soi-même sa propre idole.