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premier aumônier (13 août 1744). Trois mois après, Louis XV, rétabli, était aux pieds de la duchesse dans son hôtel de la rue de Beaune (44 novembre). Mais l'émotion avait été trop forte et, avant la fin de l'année, une fièvre maligne emportait la seule femme qui eût réussi à tirer le roi de son indolence (8 décembre).

La marquise de Pompadour. — Alors parut une jolie personne, blonde, svelte, élégante, instruite en toute sorte d'arts d'agrément, mais simple bourgeoise, que sa mère, Mœc Poisson, belle et galante femme d'un commis des finances, dressait depuis longtemps, et qu'elle avait, par précaution, mariée à M. d'Eliolles, assez naïf pour s'en éprendre. Après avoir longtemps piqué la curiosité du roi, elle fut introduite à Versailles par le valet de chambre Binet. Elle était, quelques mois après, marquise de Pompadour. L'intronisation de cette robine, préférée aux filles, aux sœurs, aux femmes de tant de hauts seigneurs, déchaîna une tempête de déceptions indignées, de venimeux quolibets. Mais c'était une forte tète que la nouvelle marquise, une tète obstinée, froidement calculatrice et que le cœur ne troublait point. Elle manœuvra si bien qu'elle désarma la reine, conquit Richelieu, s'annexa d'Argenson et Machault, les renvoya quand ils la gênèrent, accapara l'alliance autrichienne, essaya de Bernis, adopta Choiseul, écrasa sans pitié tous ses ennemis. Le secret de son pouvoir fut d'amuser Louis XV. Pour lui, elle inventa le théâtre des petits appartements, y joua en comédienne supérieure, imagina des divertissements toujours nouveaux. Elle dépensa des millions en achats ou en constructions de demeures fastueuses et charmantes : Crécy, La Celle, l'Hermitage et surtout Bellevue, ce chef-d'œuvre d'art et de goût (malheureusement disparu). Elle s'épuisa en excitations artificielles pour plaire à son royal amant. Et, lorsqu'elle se sentit physiquement ruinée, finie pour l'amour, après avoir un instant joué de la dévotion pour obtenir le titre de dame du palais de la reine et pour asseoir sa situation nouvelle (1756), elle ne recula pas devant le double rôle d'amie platonique et de proxénète. Epuisée, crachant le sang, jusqu'au bout elle fut véritablement reine et premier ministre. Elle enchaîna à son char brillant les écrivains et les artistes. Sa punition fut l'ingrati-

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tude du roi, l'impopularité, la honte de sa guerre de Sept ans, dont elle eut du moins le mérite de ne pas se consoler, enfin l'amère conscience d'avoir manqué son but, la gloire. 11 y a pourtant quelque noblesse dans l'attitude toujours correcte, dans l'obstination tragique de cette courtisane d'Etat. Peut-être aussi l'art léger et gracieux qu'elle encouragea sauvera-t-il d'un complet mépris le nom de « la Pompadour ».

Le Parc-aux- Cerfs. — Quant au Parc -aux -Cerfs, il n'eut rien de commun avec la politique, et l'histoire n'en ferait qu'une simple mention s'il n'était utile d'en ramener la légende aux proportions de la réalité. Dès 1751, Louis XV glissait aux amours volages des « petites mailresses ». Le valet de chambre Lebel amenait dans son propre domicile, bientôt surnommé « le trébuchet », non pas des enfants, comme on l'a répété à tort, mais de malheureuses filles vendues par leurs parents. Quelques-unes sont assez bien connues : M"0 Morphy, M,,e de Romans (Mme de Cavanac, mère de l'abbé de Bourbon). En 1755, on fît emplette pour le roi, dans le quartier alors presque désert de l'ancien Parc-aux-Cerfs , rue Saint-Médéric, d'une petite maison qui pouvait loger non pas des pensionnaires, mais une ou deux au plus, avec quelques domestiques. Le roi se cachait pour y venir, se faisait passer pour un prince polonais. Il y avait en outre une maison d'accouchement, une gouvernante, des nourrices, tout un personnel des plaisirs secrets du roi, le tout dirigé par Mmo de Pompadour, que sa femme de chambre Mmc du Hausset trouvait très naturel de seconder. Ce fut une véritable institution (sur laquelle on ne sait presque rien à partir de 1757) qui se perpétua jusqu'à l'avènement de Mœe du Barry en 1768. La maison de la rue Saint-Médéric fut vendue en 1771.

La comtesse du Barry. — Louis XV touchait à la soixantaine. Usé par la débauche, il était arrivé à une sorte d'hébétement. 11 avait de fréquentes absences d'esprit, et l'on croyait qu'il se livrait à la boisson. Par le duc de Richelieu et par "Lebel il fit la connaissance de la comtesse du Barry. Cette fort jolie créature était la fille •naturelle d'une femme de rien, Anne Bécu. Elle avait traîné dans les rues et les tripots de

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Paris. Un petit gentilhomme de Toulouse, Jean du Barry, dont Le métier était de vendre ses maîtresses aux grands soigneurs, lui fabriqua un état civil, la lit épouser à son frère. Le 22 avril 17G9, elle était présentée à la cour. Le scandale fut énorme, bien que le parti dévot, par une étrange complaisance, en fit une nouvelle Esther qui devait délivrer d'Aman (Choisoul) le nouvel Assuérus. Louis XV songeait à faire une lin et à l'épouser. Il y eut môme des négociations entamées par Madame Louise avec le Saint-Siège, pour obtenir l'annulation tlu mariage de la courtisane. Du reste, celle-ci avait appris très vile les grands airs de la cour : elle réservait pour l'amusement personnel du roi ses trivialités et ses folies. Avec cela, bonne fille, ayant la candeur du vice, assez étrangère à la politique, innocente du renvoi de Ghoiseul, assez indifférente à la haine des grands, protectrice infatigable de toute sa triste famille, ni plus ni moins dépensière qu'une autre, elle garde tout au moins le mérite d'avoir fermé le Parc-aux-Cerfs.

Le futur Louis XVI et la dauphine. — Vers 1710, après la mort de la reine, «lu dauphin, de Mmo de Pompadour, aprè* la disgrâce de Ghoiseul, une génération nouvelle apparaît, représentée par le nouveau dauphin, le futur Louis XVI, âgé de seize ans, et par ses frères, le comte de Provence et le comte d'Artois. — Le jeune dauphin avait reçu de son gouverneur, le duc de La Vauguyon, une éducation d'une étroitesse, d une bigoterie outrées. Il n'aimait que la chasse et le travail manuel. C'était un gros garçon, lourd, « mal élevé », aux cheveux en désordre, aux mains noires, qui se battait avee ses frères et chantait faux aux offices. On le maria avec Marie-Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse (16 avril 1770). Il lui témoigna une amitié fraternelle, mais ne parut pas autrement ému tout d'abord de sa fraîche beauté, de sa grâce exquise, et ne marqua aucun empressement à devenir son mari. La dauphine avait une tête futile, mais du caractère et un très bon cœur; ce n'était encore qu'une grande enfant de quinze ans et qui se trouva fort dépaysée à Versailles. Elle était Autrichienne et par \ît suspecte à tous les ennemis de Ghoiseul. Elle eut aussi contre elle la dangereuse M"9 tle

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Marsan, le fourbe La Vauguyon, Mesdames et tous ceux (jui se disputaient l'avantage de gouverner le dauphin, le cercle de Mm'du Barry, le comte de Provence, ambitieux hypocrite et jaloux. Elle déplut moins par son horreur de 1 étiquette (dont le culte était déjà fort entamé) et par son goût pour le plaisir que par la belle insouciance de sa jeunesse, qui parut insolente, el par ses prédilections exclusives pour un petit nombre de favoris et de favorites. On l'épiait : on se flattait de la faire renvoyer à Vienne. Ses familiarités avec le jeune et brillant comte d'Artois, son amitié (1771) pour l'aimable princesse de Lainballe (veuve du fils du duc de Penthièvre), ses dédains pour son froid époux, tout était noté, méchamment interprété. On entamait contre elle une horrible guerre de calomnies et de libelles. Louis XV pourtant l'avait gracieusement accueillie el la traitait bien. Sa mort la fit reine plus tôt qu'il n'aurait fallu.

Mort de Louis XV (1774). — Le vieux monarque était incorrigible. Un dernier caprice, avec la fille d'un menuisier, lui communiqua la petite vérole : il en mourut le 10 mai 1774. « Il reçut d'une manière effrayante la punition de n'avoir rien aimé. » Il n'inspira aucune compassion : son lit de mort fut entouré d'intrigues et de cabales, sa chambre fut envahie comme un spectacle curieux. Si tôt mort, il fut abandonné. Son cadavre empestait. On l'emporta, au grand trot, sans la moindre escorte; il passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller à Saint- Denis; à son passage on entendit crier ; Taïaut! taïaut! comme lorsqu'on voit un cerf.

Influence de la cour sur les mœurs. — L'exemple de la cour de Louis XV eut une influence déplorable sur les mœurs publiques. La conduite privée du monarque, celle de ses familiers indignaient le peuple, qui poursuivit d'une égale haine toutes les favorites. La noblesse se scandalisa moins des désordres de Versailles qu'elle ne les imita. Les liens de famille se relâchèrent. Il fut ridicule pour un mari d'aimer sa femme et de se passer de maîtresse, l'n sensualisme élégant, une aimable sécheresse de cœur envahirent la bonne compagnie. La méchanceté devint aussi à la mode, Maurepas fit école. L'arme redoutable du pamphlet, qui se retournera plus tard

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contre la famille royale, a été forcée d'abord par les proches du roi. On imita la profusion et le jeu effréné de la cour. Mmfl de Pompadour avait coûté en dix-neuf ans plus do 36 millions de dépenses personnelles. Pour une seule fôte, à Bellevue, où elle exigeait que tous ses invités fussent vêtus de pourpre, elle acheta à la manufacture de Sèvres 800 000 livres de fleurs de porcelaine. De même, à Paris et dans la société riche, on prit l'habitude de se ruiner en représentations luxueuses, chasses, bals masqués, concerts, comédies de société, soupers et orgies. Beaucoup de salons devinrent des tripots où le dévorant cnmgnole, sorte de jeu de hasard, ne régnait pas moins qu'à Bellevue ou à Mari y.

Dans la détresse du trésor et la misère universelle, le peuple ne comprenait rien à cette folie dépensière. Il souffrait plus qu'aux pires temps de la féodalité. Peu s'en fallut que l'émeute du 16 mai 1750 ne dégénérât en révolution. Louis XV, pour se rendre à Gompiègne ou à Fontainebleau, dès celte époque, n'osait plus traverser Paris. 11 suivait le chemin de la Révolte.

IL — Le gouvernement et V administration.

Choiseul (1758-1770). — Après Machault, Ghoiscul est à peu près le seul ministre de Louis XV digne de fixer l'attention '. Il est un exemple de l'importance des femmes et de l'efficacité d'une intrigue * à la cour de Louis XV. En janvier 1153, il n'était encore que comte de Stainville, maréchal de camp et gouverneur des Vosges. Quelques mois après cette aventure, il était ambassadeur à Home, puis à Vienne en 175", duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères et pair de France en 1758. Il resta douze ans au pouvoir. Son administra-

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