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TRAITÉS DE LA HAYE ET D'AMSTERDAM 35

l'Espagne et la France n'étaient pas oubliées : à Tune on restituerait l'Italie, à l'autre on donnerait la Belgique. L'Empereur sans doute et le roi George seraient au nombre des mécontents; mais le premier serait occupé chez lui par les Hongrois de Ràkôczy et par les Turcs; contre le second on aurait les jacobites, les Russes entrés en Hanovre, les Suédois débarqués en Ecosse1. C'était donc les deux extrémités de l'Europe, le Nord (Russie, Suède) et le Sud (France, Espagne), qui s'unissaient pour faire la loi à l'Angleterre et à l'Europe centrale. Gœrtz acheta des vaisseaux et des armes en Hollande et en Bretagne; il chargea le chevalier Folard d'embaucher des officiers français et irlandais.

Lord Stanhope, revenu en Angleterre avec George 1er, résolut d'avoir le cœur net de toutes ces menées. Il fit arrêter Gyllenborg, sous prétexte que celui-ci, en conspirant contre le gouvernement auprès duquel il était accrédité, avait luimôme violé le droit des gens (9 février 111"). Il fit saisir ses papiers, les imprima, les répandit, en donna communication, avec une circulaire justificative, au corps diplomatique de Londres. En môme temps il exigea des Hollandais l'arrestation de Gœrtz. Celui-ci eut le temps de quitter Amsterdam, mais fut arrêté à Arnheim. Ses papiers furent également saisis et publiés. La publication des papiers de Gyllenborg émut à tel point le parlement britannique que peu s'en fallut que la guerre ne fût déclarée à la Suède. Tout au moins, comme on apprit dans ces mêmes papiers qu'elle était réduite à une extrême disette de blé, l'importation des blés anglais en Suède fut interdite. On essaya vainement d'obtenir de la Hollande une mesure analogue *.

Charles XIÏ marqua le plus profond dédain pour cette violation du droit des gens en la personne de ses ministres : il se contenta, faisant d'ailleurs une différence entre les deux Puissances maritimes, de retenir prisonnier à Stockholm le ministre anglais Jackson et d'interdire sa cour au ministre hollandais.

I. Tel esl, du moins, le plan exposé dans les Mémoires de d Argeiison, <|ni • tuait lous ces détails «le Hogger, un conlidenl de Charles XII.

± Elle résista, surtout parce que PÈlecteur-roi avait établi de forts péages •ur ses cours d'eau de Hanovre, et que l'Angleterre appuyait trop mollement les revendications ha laves au sujet de la - barrière » belge.

;iO L El KOl'E AL LENDEMAIN DES TRAITES D l TIIEGHT

Le Régent se trouvait assez mal traité «lans les papiers publiés. Gyllenborg avait écrit : « On va ici jusqu'à parier que le jeune roi de France sera dépêché dans un certain temps pour faire place à son oncle. » Le duc d'Orléans se plaignit à la cour d'Angleterre qu'elle eût autorisé la publication de si outrageantes calomnies. Il nia qu'il eût jamais entretenu de relations suspecles avec Sparre, Gyllenborg ou Gu-rtz. Il interdit, à l'exemple des Anglais, l'importation des blés pour la Suède. Alors George, pour en linir avec ce conflit suédois, déclara vouloir accepter la médiation de la France : de pari et d'autre, les ministres arrêtés furent remis en liberté.

Pour le tsar, les révélations n'étaient pas moins désagréables. On y trouvait des lettres de son médecin Areskine, assurant que « Pierre délestait mortellement le roi d'Angleterre, croyait à la légitimité des droits du Prétendant et n'attendait qu'une occasion pour le rétablir sur le trône d'Angleterre ». Le tsar crut devoir protester contre de tels propos, et les ministres anglais tranquillisèrent son envoyé Yessélovski, en l'assurant qu'ils n'avaient jamais cru à ces calomnies. La vérité est que le tsar lui-même avait reçu et écoulé des émissaires jacobiles : à Pélersbourg, Jernegan et Hugh Pattcrson, envoyés du duc d'Ormond; à Uiga, l'Irlandais Loless: à Millau, le chevalier Harry Sterling et le duc d'Ormond: à Amsterdam. Erskine. A La Haye, il avait eu des entrevues avec Gœrtz et, comme Charles XII. l'avait approuvé et encouragé.

Pierre le Grand à Paris (1717). — Pierre trouvait la politique de l'Occident étrangement compliquée. Pour s'en éclaircir, il résolul de visiter en personne cette cour de France qui, depuis les dernières années de Louis XIV, exerçait sur lui une puissante attraction. En ce second voyage d'Occident, il n'était plus le souverain presque asiatique dont le seul exploit avait été la prise d'Azof. 11 était maintenant le vainqueur de Poltava, le maître de la Pologne, l'arbitre de l'Allemagne, le fondateur d'une Russie nouvelle et d'une brillante capitale. A son passage en Hollande, il débuta par s'aboucher avec notre ambassadeur Chàteauneuf. Le Régent autorisa celui-ci à écouter les propositions des plénipotentiaires russes, le chancelier Golovkine,

THAlTÉS DK LA 1IAVK ET irAMSTEnDAM

Cbafirof et Boris Kourakine : mais il lui prescrivit u"ol>server la plus grande réserve en ce qui concernerait les propositions intéressant la politique générale. Apres tous les efforts qu'avait faits le Bégent pour s'assurer l'alliance de George 1", il ne pouvait songer à la compromettre pour un prince dont la puissance semblait encore médiocre et dont l'hostilité contre celui-ci était notoire. La France ne pouvait traiter sérieusement avec la Bussie que sur deux points : 1° un traité de commerce; T l'offre de la médiation française pour assurer à la Suède, notre vieille alliée, la paix la moins désastreuse qu'il serait possible (janvier 1717).

Chàtcauncuf ne fut peut-être pas assez habile pour rucher aux Busses l'intention qu'avait sa cour de « tirer la négociation en longueur ». Le tsar s'impatientait de ces vains pourparlers. En décembre 1710, l'agent qu'il entretenait à Paris sans caractère diplomatique, Conon Zotof, lui fit part d'un propos qu'aurait tenu le duc d'Orléans. Comme on agitait «levant Philippe l'idée d'un mariage entre une de ses filles et le (ils du tsar, il aurait dit : « J'en serais si coulent que je voudrais que cela se fit aujourd'hui. » C'est peut-être ce qui induisit le tsar à penser qu'il pourrait mieux s'arranger avec le Régent lui-mênir qu'avec son ministre à La Haye. Il s'embarqua pour Uunkerque et, de là, se rendit à Paris. Le tsar fut reçu avec les plus grands honneurs. 11 étonna la cour et la ville par ce mélange de grandeur, de barbarie et de génie qui avaient surpris les Occidentaux en 1697. Son intelligente curiosité lui fit apprécier lout ce que les monuments et les industries de Paris pouvaient avoir d'intéressant pour lui. Il visita l'Arsenal, les Invalides, les Gobelins, l'Observatoire, le Jardin du Roi, l'Académie des sciences, la Monnaie, les travaux du Pont-Tournant, les châteaux rovaux des environs, le buste de Richelieu à la Sorbonne, et, à Saint-Cyr, M""' de Maintenon, cette vivante relique du grand règne.

11 séjourna quarante-trois jours à Paris (du 7 mai au 20 juin 1717). Parmi tant d'excursions instructives, tant de fêtes somptueuses, tant de flatteries délicates, parmi l'empressement des " voyeuses » de la cour, le tsar ne perdit pas de vue un seul

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moment l'objet de sa visite, celui-là même que le duc d'Orléans avait le plus à cœur d'écarter. Les ministres russes, mis en rapport avec le maréchal de Tessé, lui posèrent nettement la question : « La France a perdu ses alliés en Allemagne; la Suède, quasi anéantie, ne peut lui être d'aucun secours; la puissance de l'Empereur s'est infiniment augmentée. Et moi, tsar, je viens m'ofTrir à la France pour lui tenir lieu de la Suède... Je veux vous garantir vos traités. Je vous offre mon alliance, avec celle de la Pologne... Je vois dans l'avenir que la puissance formidable de l'Autriche vous doit alarmer; mettez-moi aux lieu et place de la Suède. » En d'autres termes, le tsar demandait que la France lui payât les subsides jusqu'alors payés à la Suède. Il proposait une autre Triple alliance, composée de la France, de la Kussie et de la Prusse. Tessé, d'après les instructions du maréchal dTIuxclles, dut s'excuser de ne pouvoir abandonner la Suède, à laquelle nous liait le dernier traité d'alliance et de subsides conclu par le feu roi (Versailles. 3 avril 1715). Il lui lit espérer qu'à l'expiration de ce traité et après la tin de la guerre du Xord « des liens encore plus étroits » pourraient se former entre la France et la Russie; mais il refusait de garantir les conquêtes du tsar sur la Suède, tant qu'elles auraient un caractère éventuel, c'est-à-dire ne seraient pas consacrées par un traité entre la Russie et la Suède. Tessé lui-même a reconnu, dans ses Mémoires, que sa cour « n'avait d'autre intention que de faire voltiger et amuser le tsar jusqu'à son départ, sans rien conclure avec lui ».

Le tsar ne l'entendait pas ainsi. Le jour où il prit congé du Régent, il l'entraîna dans la loge du concierge du Palais-Royal et, dans un entretien pressant, lui arracha la -promesse que les négociations pour l'alliance seraient continuées à Amsterdam. Saint-Simon, toujours hostile à la politique anglaise du Régent, lui reproche amèrement « l'ensorcellement » où le tinrent « les funestes charmes de l'Angleterre » et « le fol mépris que nous avons fait de la Russie ». Cependant, comme la France n'entendait ni renoncer à l'alliance anglo-hollandaise, ni abandonner la Suède, pas plus que la Turquie ou la Pologne, on ne pouvait rien conclure de très positif avec la Russie.

THAITÉS DE LA HAYE ET D'AMSTEHDAM

Traité d'Amsterdam : France , Russie , Prusse (1717).

— Du moins le Régent tint sa promesse. Les négociations furent reprises à Amsterdam, entre Chateauneuf, pour la France; (jolovkine, Chafirof, Boris Kourakine, pour la Hussie; Knyphausen, pour la Prusse. Le roi Frédéric-Guillaume Ier, avec lequel nous étions déjà liés par un traité secret d'amitié et de garantie (Berlin, 14-17 septembre 1116), avait tenu à être en tiers dans l'alliance. Le traité fut signé le lo août 1717. Il peut se résumer dans les stipulations suivantes : 1° garantie de la paix d'Utrecht et garantie éventuelle de la paix du Nord; 2° traité de commerce, assurant à la France le traitement de la nation la plus favorisée; 3° réserve des alliances antérieures, celle d'Angleterre et Hollande étant réservée par la France. Comme articles séparés ou secrets : 1° ligue défensive; 2° médiation de la France admise par la Russie et la Prusse dans la paix du Nord, à l'exclusion cependant de tout moyen coercitif à l'égard de la Suède; 3° promesse française de ne point renouveler, lorsqu'il serait expiré, le traité de subsides avec la Suède.

Le traité d'Amsterdam ne pouvait avoir de résultats immédiatement pratiques. Il a cependant son importance en ce qu'il est le premier qui ait été régulièrement signé entre la France et la Russie. Il eut pour effet d'inaugurer entre les deux pays, par des légations désormais permanentes, quelque suite dans les relations1. Enfin dans la médiation française stipulée dans ce traité est en germe la paix du Nord.

Pour achever ce tableau de l'Europe ainsi constituée, ajoutons au groupement du Nord (Russie, Danemark, Prusse), au groupement de La Haye (France, Angleterre, Hollande), au groupement d'Amsterdam (France, Russie, Prusse), une quatrième combinaison produite par l'alliance défensive signée en 1716 entre le roi George et l'Empereur. Il ne restait en dehors de ces diverses fédérations que la Suède, l'Espagne, la maison de Savoie. Encore, entre ces trois Etats, il y avait une entente vague et intermittente.

I. Dès lors se succédèrent, ii Paris, le baron SchleiniU (1117-1721), le prince Vassili Dolgorouki (1721-1722), les princes Boris (1724-1727) et Alexandre Kourakine (1127-1131): à Petersbourp. Campredo 1721-172^ et Magnan (1726-1 7m

00 L'EUHOPK AU LENDEMAIN DES TRAITÉS D ITRECHT

///. — La guerre espagnole.

Le « plan » de George Ier. — Après avoir, par le traité de La Haye, consolidé l'œuvre dT'trecht, George Ier songea, de concert avec ses alliés, à la perfectionner. Elle présentait, en effet, beaucoup de points faibles ou àprement contestés. Ne pouvait-on amener l'Empereur et le roi d'Espagne, par des concessions réciproques, à se résignera cette paix de 1713 dont le reste de l'Europe appréciait le bienfait? A l'époque où, désespérant de la France, le roi George pensait à se rapprocher de l'Espagne, il avait élaboré ce qu'il appelait son « plan ». Ce plan consistait à obtenir de Charles VI qu'il admit le droit éventuel du Régent à la couronne de France et reconnût Philippe V comme roi d'Espagne et des Indes.

Comme il fallait satisfaire l'orgueil de celui-ci et les maternelles convoitises d'Elisabeth Farnèse, George demanderait à l'Empereur que, des deux fiefs impériaux qui allaient vaquer en Italie par l'extinction des Farnèse et des Médicis, c'est-àdire le duché de Parme et le grand-duché de Toscane, le premier fût attribué à don Carlos, l'enfant qu'Elisabeth venait de donner à Philippe V. En échange de ses complaisances, l'Empereur obtiendrait sa propre reconnaissance par Philippe V, la libre disposition de la Toscane, le droit d'échanger l'infertile Sardaigne contre la Sicile, ainsi réunie à son royaume napolitain. Dans ces arrangements, il y avait quelqu'un de lésé : Victor-Amédéc II, qui venait de se faire couronner roi à Palerme, et à qui on proposait de renoncer à la Sicile contre l'octroi de la Sardaigne. Des intérêts de Victor- Amédée II personne, à vrai dire, ne prenait souci : il avait toujours trahi tout le monde et continuait à promener ses intrigues d'une cour à l'autre. Par malheur, il n'était pas le seul mécontent. Philippe V s'indignait qu'on lui offrit Parme eu échange de ses prétentions sur la moitié de l'Italie; pour Elisabeth, Parme n'était d'ailleurs qu'un légitime héritage dans la succession paternelle. D'autre part, l'Empereur n'entendait abandonner ni

LA GUERRE ESPAGNOLE

til

Parme, ni ses prétentions à la totalité de la succession espa gnolc. Il exigeait que Victor-Amédée lui restituât, outre la Sicile, soit le Montferrat, soit les territoires milanais cédés au traité de 1703. De plus le duc devait renoncer aux droits éventuels sur la succession d'Espagne que lui avaient reconnus les traités d'itrechl. A l'égard de l'Espagne, Charles VI se rabattait à demander le Mexique et le Pérou.

Le roi George avait môme à craindre que l'Empereur ne se retournât tout à coup vers Philippe V et Victor-Amédée et, contre la Triple alliance de La Haye, constituât une Triple alliance catholique. Le pape Clément XI y incitait les trois princes, car il en voulait au Régent de son union avec les puissances protestantes et de ses ménagements pour les jansénistes. En somme, Charles VI aurait pu contenter Victor-Amédée en Italie, désintéresser Philippe V de l'Espagne en lui garantissant la régence et la couronne do France. Les trois princes catholiques, disposant alors de la France, auraient pu tourner contre le trône protestant d'Angleterre toutes les forces de l'Occident.

La mort du lils unique de Charles VI, celui qu'il intitulait infant d'Espagne et prince «les Asturies, vint décourager ses ambitions espagnoles (13 mai 1717). D'autre part, le sourd et permament antagonisme entre les maisons de Habsbourg et Hohenzollern, pour l'hégémonie de l'Allemagne, lui fit craindre que le roi de Prusse ne le supplantât dans la quatrième place que lui offrait l'alliance de La Haye. Il se montra donc plus conciliant envers le roi d'Angleterre, mais exigea que tout fût conclu avec lui avant que le roi de Prusse fût admis dans l'alliance. Pour faire pièce au roi George, il avait d'abord admis dans les Pays- Bas les jacobites chassés de France, ouvert ses havres de Nieuport et d'Ostende aux corsaires suédois. Les uns et les autres y liaient devenus fort incommodes pour l'Angleterre. Cela décida le roi George, pour triompher de l'humeur fantasque de l'Empereur, à lui offrir une forte somme (130 000 livres sterling) : elle fut acceptée, le traité de l'année précédente confirmé et complété, les jacobites et leurs complices exclus des Pays-Bas et de tous les Etats autrichiens.

Charles VI consentit également, pour préparer son accession

L'EUROPE Al LENDEMAIN DES TRAITÉS D'iTRECHT

au système de George 1er, à envoyer à Londres le comte Pentenriodter. Désireux d'exclure la Prusse de l'alliance de La Haye, il s'inquiétait qu'elle eût été admise dans celle d'Amsterdam, ignorant à quel point les stipulations de celle-ci étaient inoffensives. Pour faciliter les négociations à Londres, le Régent y remplaça d'Iberville par Dubois (sept. 1717).

Rupture entre l'Espagne et l'Autriche. — C'est vers ce temps qu'Alberoni, après avoir rendu vacant le poste de premier ministre en obligeant le cardinal Del Giudice à s'en démettre (1716), se préparait à l'occuper lui-même (janvier 1717). Les deux hommes d'Etat « nés dans la boue », les deux parvenus d'Église, Dubois et Alberoni, allaient s'affronter sur le terrain des négociations britanniques : l'abbé français travaillant à affermir l'œuvre de La Have, l'abbé italien ne cajolant les Anglais (Bubb, le colonel Stanhope) que pour arriver à dissoudre cette même alliance. Alberoni continuait ses armements. Pour avoir des fonds, il avait gagné le pape en envoyant une escadre qui contribua à la levée du siège de Corfou par les Turcs (août 1716), et, en récompense, il obtint du Saint-Siège la permission de lever sur le clergé d'Espagne et des Indes l'argent de la croisade contre les Infidèles (cruzada); pour lui-même, la promesse du chapeau.

Il était évident que l'argent de la cruzada ne serait pas employé contre les Turcs. Les rapports étaient plus tendus que jamais entre les cours de Madrid et de Vienne. Toutefois Alberoni espérait encore que son maître lui laisserait les quelques années dont il avait besoin pour achever la réorganisation militaire de l'Espagne. Un acte de brutalité maladroite commis par la cour de Vienne vint déjouer ses prudents calculs. L'ambassadeur d'Espagne auprès du pape, le grandinquisiteur José Molinès, un vieillard octogénaire, s'étanl avisé de passer par le Milanais, fut arrêté, enfermé à Milan, avec saisie de ses papiers, sous prétexte qu'il était un sujet déloyal de « Sa Majesté Charles III, roi d'Espagne ». Il mourut en prison.

Sous le coup de cette insulte, la patience échappa au roi Philippe V, à la reine, à la nation espagnole. Seul, le ministre qui avait préparé si soigneusement la guerre s'épuisa en efforts

LA GUERRE ESPAGNOLE

pour l'empêcher d'éclater. Le duc Popoli, son ami personnel, ayant insisté auprès des souverains espagnols pour une descente immédiate en Italie, Alberoni l'en réprimanda vertement : Popoli voulait-il donc « faire croire aux gens sages qu'une poignée d'Italiens, follement passionnés pour leur pays, ont poussé les souverains au dernier degré de la ruine et l'Espagne à sa perte totale?... Etait-il possible de faire des conquêtes en Italie, sans alliés, sans argent, sans troupes, sans chefs capables de les commander,... avec un peuple dépourvu d'énergie, une noblesse mécontente, et, pour achever, l'absence de toute aide divine et humaine? » Le duc Popoli revint sur les conseils qu'il avait imprudemment donnés aux souverains, mais, à son tour, ne put rien obtenir. Le roi et la reine chargèrent le P. Daubenton de menacer Alberoni lui-même d'une disgrâce immédiate. Cependant le pape, persuadé qu'Alberoni n'avait armé que pour la guerre contre les Infidèles, gagné par les instances de Jacques III, qui attendait tout d'Alberoni, venait d'accorder à celui-ci le chapeau tant convoité (12 juillet 171"). Alberoni, n'ayant plus rien à demander au pape, montra dès lors moins de zèle pour la guerre sainte et moins de répugnance pour la guerre italienne. D'ailleurs il était le ministre de souverains absolus : il n'avait, après avoir protesté, qu'à obéir. Forcé de faire la guerre, il s'y donna tout entier.

Invasion des Espagnols en Sar daigne (1717). — LU moment encore il laissa croire que l'armement préparé dans le port do Barcelone, sous le marquis de Lede, était destiné aux mers d'Orient. Or, le 22 août, 12 000 Espagnols débarquaient près de Cagliari. Ils opéraient en deux mois la conquête de la Sardaigne. Le pape se plaignit d'avoir été dupé par Alberoni et parut regretter l'octroi du chapeau. L'Empereur accusa Clément XI d'avoir été de mauvaise foi en concédant au roi d'Espagne la cruzadn, expulsa de Naples le nonce pontitical et saisit les revenus du Saint-Siège dans ce royaume. Le courage de Charles VI fut relevé par l'annonce de la grande victoire remportée à Belgrade sur les Turcs (16 août) : les princes italiens, effrayés de ce succès, se justifiaient à l'envi de toute complicité avec Philippe V ou se dénonçaient mutuellement.

ï,'t L'EUROPE AU LENDEMAIN DES TRAITÉS D'i'TRECHT

Mais contre les Espagnols, maîtres de la Sardaigne, que pouvait Charles VI? Il n'avait pas de marine : il devait solliciter le concours de l'Angleterre et de la France; or Alberoni comptait qu'il serait impossible au Régent d'entraîner la France dans une guerre contre l'Espagne. Le duc d'Orléans lui-môme hésitait : il redoutait le cri de l'opinion; il lui répugnait de sacrifier un roi français à l'insolence de l'Empereur ; il trouvait injuste qu'au moment où l'on proposait d'accroître le lot de celui-ci en Italie. Philippe V fût rigoureusement enfermé dans les stipulations de 1713; il n'estimait pas que ce fût d'une bonne politique de livrer l'Italie entière à l'Autriche. Il se mit donc à plaider auprès de ses alliés la cause de Philippe V, proposant une modification « au plan » de George : l'addition du grand-duché de Toscane au duché de Parme. Philippe et Elisabeth se montrèrent aussi entiers et intransigeants que l'Empereur : ils convoitaient toutes les anciennes provinces espagnoles d'Italie.

Tandis qu'on négociait à Londres, on apprit que la santé de Philippe V était en grand péril. S'il mourait, le trône d'Espagne était dévolu à un enfant de dix ans (plus tard Louis Ier), avec les Parmesans, Elisabeth et Alberoni, pour régents. Philippe d'Orléans résolut de revendiquer pour lui-même la régence espagnole, comme Philippe V avait revendiqué la régence française. A tout hasard, et sous prétexte de surveiller les protestants du Midi, des troupes furent rassemblées en Guyenne, dont Berwiek était gouverneur. D'autre part, Alberoni, effrayé de la maladie de son roi et sentant qu'il lui fallait ménager la France, lit savoir à Saint-Aignan, notre ambassadeur, qu'il s'en remettait au Hégent du soin de procurer la paix (septembre 17 17). En même temps, il essayait de détacher les Hollandais de la Triple alliance et de s'assurer la Savoie, amusant les premiers d'un projet de partage de la Belgique, promettant à Victor-Amédée la Lombardie. De môme il cherchait à endormir les ministres anglais à Madrid. Ce qui l'y aidait beaucoup, c'était l'intraitable orgueil de l'Autriche, enivrée du succès de Belgrade : elle déclarait au représentant britannique que jamais elle ne renoncerait à l'Espagne (lin d'octobre); à Londres, Pentenriedter exigeait que Philippe V donnAt

LA HU EU il E ESPAGNOLE

Minorque à l'Empereur pour l'indemniser de l'agression en Sardaigne. Bref, l'Angleterre, comptant peu sur l'appui de la France et de la Hollande, ne se souciait pas d'intervenir, d'autant moins que l'Empereur avait eu les premiers torts.

Le traité de Quadruple alliance (1718). — Le 3 novembre 1717, à Londres, lord Stanhope et Dubois dressaient un plan d'accommodement qu'ils présentaient à Pentenriedter : la couronne d'Espagne garantie à Philippe V; promesse de Parme pour le fils aîné d'Elisabeth Farnèse; la question de Toscane réservée; la Sicile à l'Empereur en échange de la Sardaigne. Si l'Espagne refusait son adhésion, Parme serait attribué à Victor-Amédée en échange de la Sicile.

Le Régent, séduit par un nouveau mirage, la régence espagnole, retombait sous l'influence du « parti de la vieille cour ». Dubois dut l'avertir sérieusement du danger qu'il courait en entrant dans cette voie. Fallait-il donc sacrifier l'intérêt français à celui des Farnèse? ou même à celui de l'Italie? « Ce serait une gloire mal placée que de vouloir être le libérateur de Fltalie aux dépens du repos et des forces du royaume. » Mais alors Alberoni accablait le Régent de cajoleries et de promesses. Dubois, forcé de revenir à la charge, disait à son maître : « Préparez un ton suppliant, car vous aurez bientôt à demander la paix au cardinal Alberoni. » Enfin le duc d'Orléans lit savoir à Londres qu'il donnait sa préférence à l'alliance anglo-autrichienne, pourvu que l'Espagne fût traitée avec ménagement, que l'Empereur renonçât à cette couronne et que la Toscane fût ajoutée à Parme en faveur de don Carlos. Les Anglais trouvèrent ces propositions raisonnables. Même ils firent entrevoir que, pour rétablir la paix, ils restitueraient Gibraltar à l'Espagne.

Un projet de traité rédigé sur ces bases fut soumis à l'acceptation de la cour de Vienne. Elle se récria, puis finit par céder, parce que la guerre turque était loin d'être finie. Et puis la Sicile était pour elle une acquisition immédiate, tandis que la cession de Parme et Toscane restait subordonnée à l'extinction des deux dynasties encore régnantes (4 avril 1718).

Il restait à persuader l'Espagne. Or en Espagne, tout le

Histoire géxkkale. VII. *,

monde élait maintenant à la guerre, Alberoni comme le couple souverain. Le cardinal annonçait la résolution de « vaincre ou mourir les armes à la main » (février 1718). Quand M. deNancré, envoyé du Régent, apporta les propositions arrêtées à Vienne, elles furent déclarées « informes, indigestes, scandaleuses ». Même l'allusion à Gibraltar ne produisit aucun effet. Alberoni fit connaître ses contre-propositions : le duché de Parme et la Toscane oeccupées, de suite, par les troupes espagnoles; la Sardaigne cédée à l'Espagne; la Savoie dédommagée au moyen du marquisat de Finale, repris à Gênes. C'est à ce moment qu'il fait parvenir aux Turcs des encouragements, qu'il veut soulever la Hongrie par Râkôczy, qu'il propose à la Savoie le Milanais pour prix d'une alliance contre l'Autriche; et, en même temps, il offrait à l'Empereur de l'aider à reprendre sur Victor-Amédée la Sicile, le Montferrat et les cessions milanaises de 1703. Plus que jamais il est engagé dans la conspiration jacobite: il prête l'oreille au Prétendant qui sollicite un subside de 100 000 livres sterling pour armer Charles XII et le tsar : seulement il l'avertit que laplenihtdo temporù n'est pas encore arrivée. L'ambassadeur espagnol à La Haye, Beretli, avait ordre de proposer à son collègue russe Kourakine une alliance formelle : la Russie et la Suède une fois réconciliées, l'Espagne les aiderait de ses subsides, de 30 vaisseaux, de 30 000 hommes : il y aurait un débarquement de Suédois et d'Espagnols dans la Grande- Bretagne, une invasion russe dans l'Empire (mai 1718). Le même Beretti disait que, dans l'alliance qui se prépare, « les Russes seront les jambes du corps dont les Espagnols seront la tête et les bras » (sept. 1718). Alberoni croyait d'ailleurs les ministres whigs et le Régent complètement paralysés par leurs difficultés intérieures.

Or le ministère whig obtenait alors du parlement anglais des fonds pour augmenter les forces navales et commençait un grand armement à Portsmouth. Alberoni osa lui faire demander des explications par l'ambassadeur Monleleon, déclarant qu'il regarderait l'envoi d'une flotte britannique dans la Méditerranée comme un casus bclli et qu'il y répondrait par la saisie des marchandises anglaises dans tout le royaume (avril 1718).

LA GUERRE ESPAGNOLE

La France était moins décidée à l'action. Les hésitations du Régent se compliquaient des perplexités de Dubois. Celui-ci. qui ménageait le pape en vue de la pourpre cardinalice, ne se souciait pas de s'engager trop avant dans les affaires de Parme et de Toscane, pays sur lesquels la suzeraineté papale était en conflit avec celle que revendiquait l'Empire. De cette incertitude dans le pouvoir dirigeant, le « parti de la vieille cour » profitait pour élever de nouvelles difficultés : d'Huxelles, Torcy, Villeroy, s'efforçaient, par des chicanes multipliées, à retarder la conclusion du traité qui transformait la Triple alliance de La Haye en Quadruple alliance (par l'accession de l'Autriche). Il fallut que lord Stanhope vînt à Paris renforcer l'action de Stair. George Ier, sachant les difficultés du Régent avec ses parlements, lui faisait offrir des secours en hommes et en argent. Naturellement, ils ne furent pas acceptés (juin).

A ce moment la situation prenait une gravité nouvelle. Le bruit courait que la paix était faite entre Charles XII et le tsar, que celui-là armait une flotte, que celui-ci avait fait passer l'Oder à ses troupes. Ce qui était certain, c'est qu'à Rarcelone une grande Armada espagnole s'organisait. Le 18 juin, elle mit à la voile pour une destination encore inconnue. Alberoni se vantait de tailler, l'hiver suivant, assez de besogne, chez euxmêmes, au roi d'Angleterre et au régent de France pour qu'ils ne pussent intervenir.

La conclusion du traité de Quadruple alliance continuait à se dérober. D'Huxelles, ne voulant pas se compromettre en le signant, avait fait envoyer les pièces à Dubois, qui se trouvait alors à Londres; pour la même raison, Dubois les renvoyait à Paris. D'Huxelles déclara qu'il « se ferait plutôt couper la main que de signer ». Le Régent, poussé à bout, lui fît savoir qu'il eût à signer dans les vingt-quatre heures ou à quitter son poste (12 juillet). D'Huxelles promit de signer. Puis il éleva de nouvelles difficultés : il consentait bien à signer la Quadruple alliance (articles patente), mais il refusait de signer les articles secrets sans l'autorisation du Conseil de régence, car il ne pouvait y avoir de secret pour celui-ci. Alors le Régent, harcelé par les Anglais, fit un coup d'audace : il convoqua le Conseil de

L Et RUl'K Al LENDEMAIN DU TRAITE lï'UTttECIIT

régence cl lui soumit toutes les pièces. Le projet ne fut combattu ouvertement que par le duc du Maine; le duc de Bourbon et Villeroy réclamèrent un ajournement; tous les autres, mémo d'Huxclles, Torey, Saint-Simon, se déclarèrent consentants (17 juillet). Le lendemain le Régent, assisté de Chevernv, signa le traité avec les lords Slair et Slanhope. Ce traité, accepté enfin par l'Autriche, devint le traité de Cockpit (2 août 1718).

En réalité, il comprend trois actes : 1° un projet de traité entre l'Empereur et le roi d'Espagne ; 2" un projet de traité entre l'Empereur et le duc de Savoie (les deux projets devaient être acceptés, sans modification, par l'Espagne et par la Savoie); 3" un traité entre l'Empereur, la France, l'Angleterre, la Hollande : celui-ci est proprement le traité delà Quadruple alliance. L'Empereur devait échanger la Sardaigne (donnée à la Savoie) contre la Sicile. Les États de Parme et de Toscane, à l'extinction de leurs dvnasties, devaient être attribués . comme fiefs [ impériaux, à l'infant don Carlos, auquel son père remettrait également Porto-Lougone et l'île d'Elbe. Six mille Suisses, à la solde des trois puissances médiatrices (France, Angleterre, Hollande), devaient occuper, dès maintenant, les places de Parme et Toscane. D'autres clauses concernaient la séparai ion perpétuelle des couronnes de France el d'Espagne, les reconnaissances el renonciations mutuelles de Charles VI et de Philippe V, la garantie de l'ordre de succession en France el en Angleterre, le refus de lout asile et loul secours au Prétendant, etc. Venaient ensuite douze articles secrels organisant les moyens de coercition, soit conlre le souverain de Savoie, soil conlre le roi d'Espagne, dans le cas où ils refuseraient d'accepter les projets de traité qui les concernaient. Lu délai de trois mois leur était fixé pour déclarer leur acceptation. En cas de refus, la France, l'Angleterre et la Hollande joindraient leurs forces à celles de l'Empereur pour contraindre les récalcilranls. Toutefois le roi de France était aulorisé à fournir, au lieu de troupes, des subsides en argent. Si l'un des deux princes (Savoie ou Espagne) donnait son acceptation, il devait joindre ses forces, pour contraindre le récalcitrant, à celles des quatre puissances. En cas de résistance, la Savoie

LA «11ERRE ESPAGNOLE

serait dépouillée du Montferrat et des cessions milanaises de 1103, l'infant d'Espagne serait déehu de l'expectative parmesane et toscane. Le Montferrat, la Toscane, Marine, ne pourraient cependant être réunis' aux domaines autrichiens : les quatre puissances s'entendraient sur la manière d'en disposer *.

Invasion des Espagnols en Sicile (1718). — Pendant que ces négociations s'élaboraient péniblement, le lo juin la Hotte anglaise avait quitté l'ortsmouth, et le 18 la flotte espagnole avait quitté Barcelone. Sur le rôle qu'allaient jouer l'une et l'autre, une incertitude planait. Alberoni avait su garder le secret sur la destination de son Armada, (lelle de la flotte anglaise était subordonnée aux incertitudes île la diplomatie. Le duc d'Orléans avait fini par se familiariser avec l'idée qu'elle >erait employée contre les Espagnols. Dubois, beaucoup plus décidé, écrivait à son maître qu'il n'y avait aucune occasion où il ne dût être ravi dans le cœur que les forces maritimes de l'Espagne fussent ruinées, et il déclarait vouloir s'y employer »2 août). Les Anglais s'enhardirent devant ces dispositions de nos gouvernants : les premières instructions de l'amiral Byng l'autorisaient seulement à empêcher le débarquement des Espagnols dans l'Italie continentale; elles furent complétées en ce sens qu'il devrait également s'opposer à un débarquement en Sicile. Bien plus, les lords Stair et Stanhope obtinrent du duc d'Orléans une promesse écrite que, dans le cas où des hostilités auraient lieu dans ces parages, il ferait cause commune avec les Anglais et déclarerait la guerre à l'Espagne (U août).

Puis lord Stanhope était parti pour Madrid, afin d'y faire accepter les stipulations de Cockpit. U ne doutait pas que les ifouvernants espagnols ne les acceptassent : ne leur apportait-il pas la reconnaissance de leur royauté par l'Autriche, l'expectative de deux États italiens, et enfin la restitution de Gibraltar "? On va voir comme il fut reçu.

1. Il est à remarquer même que, dans celui de-, textes de ee traité qui était réservé aux Anglais, le roi d'Angleterre ne prend plus (c'est pour la première fois, le titre de roi de France, que Louis XV reprend ee titre et qu'il est nommraxant George l".

2. Voici ce que le secrétaire Oaggs écrivait à Stanhope (Whitehall. :!> juillet 1718» : - J'ai ordre de Sa Majesté de vous faire «avoir qu'elle approuve

70 L'EUUOPE AL LENDEMAIN lit TUAITÉ D LTHEOHT

Déjà l'amiral Byng, passant avec sa flotte au large du cap Saint-Vincent, avait fait parvenir à l'autre Stanhope, le colonel, ministre à Madrid, la copie de ses premières instructions, afin qu'il en donnât connaissance au cardinal. Celui-ci les lut et répondit : « Les Espagnols ne sont pas gens à se laisser intimider; et je m'en lie tellement à la bravoure de notre flotte que, si votre amiral jugeait à propos de l'attaquer, je ne serais pas en peine du résultat ». Le colonel lui remit alors la liste des vaisseaux de la flotte anglaise, très supérieurs aux vaisseaux espagnols. Le cardinal mit la liste en pièces et trépigna sur les morceaux. Neuf jours après, il rendit au colonel le papier de Byng avec cette annotation : « Sa Majesté Catholique m'a fait l'honneur de me dire que le chevalier Byng est libre d'exécuter les ordres qu'il a reçus de son maître » (18 juillet).

Or, le 23 juin, l'Armada espagnole, forte de 29 vaisseaux et de nombreux transports chargés de 35 000 soldats, étant arrivée à Cagliari (Sardaigne), ses chefs, l'amiral Castaneta et le marquis de Lede, ouvrirent leurs ordres cachetés et y trouvèrent l'injonction de cingler sur la Sicile. Le 1er juillet, les Espagnols débarquaient à la baie de Solanto, un peu à l'est de Païenne. En trois jours ils forçaient à capituler la garnison piémontaise de celte place, et Philippe V était proclamé roi «le Sicile. Puis ils conquirent l'île presque entière, sauf les places de Trapani, Melazzo, Syracuse, Messine. Le vice-roi piémonlais. Mafl'ei, s'était enfermé dans Syracuse. Le marquis de Lede se porta sur Messine, entra dans la ville sans coup férir, aux acclamations du sénat et du peuple, et commença aussitôt le siège de la citadelle (31 juillet).

C'est peu de jours après que lord Stanhope arrivai! à Madrid (12 août). Le cardinal, qui avait montré tant de hauteur avec le colonel, se montra très doux avec le lord. Il lui protesta qu'il s'était toujours opposé à cette guerre, estimant que l'Espagne

votre proposition relative à Gibraltar : cl. en cas tju«- Voir»* Excellence trouve que ce soit le moyen de tout conclure et de tout terminer, nous êtes autorise par la présente à faire cette offre quand vous le trouverez convenable. - An reste, â ce moment, quand les Anglais étaient encore maîtres de l'orl-Mahon (Minorque). Gibraltar n'avait pa- encore l'importance qu'il a prise depuis, el l'on s'effrayait à Londres de ce que routeraient |,.^ travaux, destiné* a le rendre \ l ainient redoutable.

LA GUERRE ESPAGNOLE

serait bien plus forte si elle se concentrait sur son propre sol et se bornait à administrer ses vastes colonies; personnellement, il ne faisait nul cas des provinces italiennes et leur préférerait Oran ; mais le roi et la reine tenaient à l'Italie ; en cela ils servaient moins leur intérêt que celui de l'équilibre européen. Le lendemain, jour fixé pour l'audience du roi et de la reine, arriva la nouvelle de la prise de Messine. Àlberoni conduisit lord Stanhope à l'audience, et ce fut le roi qui signifia au lord anglais le rejet du projet austro-espagnol (18 août). Le soir même de ce jour parvint à Stanhope le texte définitif du traité de Quadruple alliance (du 2 août). Il en donna lecture, le lendemain, au cardinal, insistant sur les voies et moyens prévus par les articles secrets. Le cardinal déplora l'imminente rupture, mais se déclara impuissant à la prévenir. Il laissa entendre qu'il attendait une importante diversion dans le nord de l'Europe. Stanhope dut prendre congé des obstinés souverains, puis du cardinal, qui versa des larmes, peut-ôtre sincères (27 août).

Bataille navale de Syracuse : destruction de la flotte espagnole. — La veille même de ce départ un grand désastre venait d'atteindre la flotte espagnole de Sicile. L'amiral Byng avait reçu de nouvelles instructions : il ne devait attaquer cette flotte qu'autant qu'il serait certain de la détruire. Or les 20 vaisseaux de Byng, montés par l'élite de la marine anglaise, ne pouvaient manquer de vaincre une flotte, un peu plus nombreuse, mais improvisée, et qu'Alberoni n'avait pu encore équiper que de marins novices. D'abord il se rendit à Naples, pour s'entendre avec le vice-roi autrichien, le comte Daun. Ensuite il fit offrir au marquis de Lede la médiation britannique pour accommoder le différend entre l'Espagne et ses adversaires, offre qui fut, naturellement, déclinée. Enfin il se mit à épier la flotte de Castaneta. 11 la surprit au moment où, très en désordre, allongée en une immense colonne, encombrée de ses transports, ses gros vaisseaux étant remorqués par des galères, elle se dirigeait de Messine sur le Sud. Le H août, à la hauteur de Syracuse et du cap Passaro, il l'attaqua brusquement, se jetant à travers les galères, les brûlots, les transports, les prenant, les brûlant, les jetant à la côte ; puis il aborda les

VI LKUHUPB Al LENDEMAIN DU TKAITE D L'TRECHT

vaisseaux de guerre et, en quelques instants, les contraignit à amener le pavillon. Toutefois, craignant d'avoir dépassé ses instructions et engagé son gouvernement plus que celui-ci n'aurait voulu, il s'excusa dans une lettre au marquis de Lede, qualiliant le désastre de simple accident, qui ne pouvait entraîner la rupture entre les deux nations. Il remit en liberté l'amiral Castaûela, les officiers, les équipages, à l'exception des marins d'élite, qui durent l'aider à conduire ses prises à Port-Mahon. Il se déclarait prêt à restituer les vaisseaux capturés si les Espagnols consentaient à évacuer la Sicile, offrant même le concours de sa flotte pour hâter cette opération. Le marquis de Lede repoussa toute proposition : il continua le siège de Messine, et. six semaines après, il s'en rendit maître (fin de septembre).

Déclaration de guerre à l'Espagne. — En Angleterre, on se réjouit de cette catastrophe ; en France, l'affliction fut presque générale : seuls, le Régent et Dubois, l'un dans une lettre au roi George, l'autre dans une lettre à Craggs, le premier avec quelque mesure, le second avec l'absence de dignité qui le caractérisait, exprimèrent leur satisfaction. A Madrid, ce fut M. de Nancré qui, les larmes aux yeux, fit part au cardinal des détails du désastre, le conjurant de ne pas refuser la paix. Alberoni montra, sous ce coup accablant, qui était la ruine de ses créations maritimes, une certaine grandeur d'àme. Le colonel Stanhope démêla bien vite que celte défaite ne ferait que confirmer la cour d'Espagne en son obstination : car jusqu'alors elle ne craignait que pour sa flotte, et cette flotte n'existait plus. Les représailles espagnoles sur le commerce britannique ne se firent pas attendre : Alberoni mit le séquestre sur les navires et les marchandises, expulsa les consuls, délivra des lettres de marque aux corsaires. Toutefois il épargna le commerce français et hollandais. Ce qui met en lumière le mélange de stoïcisme et de démonstration théâtrale qui était dans son caractère, c'est qu'il fit publier à son décaisse, dans les rues de Madrid, défense de parler du désastre sicilien.

Privée de marine, l'Espagne n'avait plus rien à craindre de l'Angleterre, et rien de l'Empereur, qui n'avait pas de vaisseaux. Ramassée dans sa péninsule, à l'extrémité sud-ouest de

LA (iUEKHK BSPAI1X0LK

l'Europe, on ne pouvait plus l'atteindre que par la main de la France. La situation était la même pour la Quadruple alliance en 1718 qu'elle le fut pour la Sainte-Alliance en 1823. Or les Anglais et les Autrichiens pouvaient-ils compter sur la France dans une guerre contre un petit-fils de Louis XIV?

Toute nouvelle était la situation. Les Anglais comprirent qu'ils ne parviendraient à fixer la volonté incertaine du Régent qu'en assurant en France la situation politique de Dubois. Le maréchal d'Huxelles était toujours président du Conseil des affaires étrangères. Stair écrivait à Craggs : « Pour le débusquer, on aura besoin de l'abbé Dubois au plus tôt. » L'abbé se prêta volontiers aux vues de ses alliés, vues qui tendaient à l'imposer à son maître. Seulement il fallait procéder avec lactet prudence, le duc étant très jaloux de son autorité. Stair se chargea de cette tâche délicate; mais ce fut seulement après la suppression des Conseils et leur remplacement par les anciens ministères (24 septembre) que les vues britanniques triomphèrent. Dubois fut alors nommé secrétaire d'Etat «les affaires étrangères. On souhaiterait qu'il eût été plus retenu dans l'expression de sa reconnaissance envers les Anglais. Il charge Craggs de remercier le roi George a de la place dont Monseigneur le Régent m'a gratifié ». A lord Stanhopc il écrit : « Je vous dois jusqu'à la place que j'occupe » ; il promet d'en faire usage « pour le service de Sa Majesté britannique, dont les intérêts me sont sacrés ».

Le Régent et Dubois, débarrassés de la Polysynodie el d'Huxelles, purent donner une direction plus énergique à la politique adoptée. Victor- Amédée , après toute sorte de manèges, s'était soumis. Son adhésion à la Quadruple alliance fut consacrée par le traité du 9 novembre H 18, « le premier auquel la maison de Savoie n'eût rien gagné » (Wiesener). Le délai fatal de trois mois (fixé au 2 novembre) allait se clore pour l'Espagne. Passé ce délai, le Régent et Dubois s'étaient engagés à lui déclarer la guerre, et il était convenu que le 2 novembre Saint-Aignan, Nancré et le colonel Slanhope quitteraient ensemble Madrid. Déjà la noblesse française, malgré ses répugnances à combattre le petit-fils de Louis XIV, se laissait gagner à la séduction d'une guerre : même îles opposants.

~t L'EUROPE AU LENDEMAIN DU TRAITÉ D'UTRECHT

comme Villeroy et Rohai), sollicitaient pour que leurs fils fussent employés. Le maréchal île Berwick avait accepté le. commandement. Mais alors des scrupules retenaient Dubois : il songeait à son futur chapeau de cardinal; il craignait une révolte trop vive de l'opinion française. Les Anglais s'étonnaient de le trouver si hérissé de difficultés et d'aternoiements. Ils finirent par poser nettement la question : le roi George était décidé à déclarer la guerre le 19 décembre; quand la France voulaitelle la déclarer?

Une imprudence de la cour d'Espagne et des « Espagnols » de France vint à propos tirer d'embarras le gouvernement. L'ambassadeur de Philippe V à Paris, Cellamare, était dès longtemps en rapport avec les mécontents, notamment avec la cour de Sceaux, c'est-à-dire le duc et la duchesse du Maine. On comptait qu'une armée espagnole entrant en France, avec le petit-fils de Louis XIV à sa tète, provoquerait un soulèvement général et la chute du Régent. Dès le 30 juillet 1718, Cellamare croyait pouvoir proposer à son roi, non pas de prendre la régence de France, mais de la confier à un conseil de princes; le 20 août, Alberoni exprimait sa préférence pour une convocation des Etats généraux. Après la bataille de Syracuse, on résolut d'agir. Les conjurés de France rédigèrent pour Philippe Y quatre écrits, dont la publication par la cour de Madrid devait précéder et justifier l'entrée en France de Philippe Y. C'étaient : 1° une requête des Français au Roi Catholique demandant la convocation des Etats généraux 1 ; 2° une lettre de ce prince au jeune roi Louis XV; 3° une circulaire à tous les parlements de France ; 4° un manifeste ordonnant la convocation des Etats généraux. Telle était l'imprudence des conjurés qu'ils chargèrent Buvat, un écrivain de la Bibliothèque Royale, d'en dresser les copies. Effrayé de la complicité où on l'entraînait, il alla tout révéler à Dubois. Celui-ci lui enjoignit d'exécuter ses

I. On y disait à Philippe Y : « Si vous entriez en France a\ec 10 OUI) hommes et que le «lue «l'Orléans voulût vous en opposer 60 000, vous pouvez être sûr «pie les troupes dans lesquelles il a mis toute sa confiance seraient très disposées ii vous obéir... Choisissez : on vous recevra, ou comme tuteur, ou comme récent, ou conme un prince qui rétablit avec honneur le testament de son autiste praml-pere. -

LA GUERRK ESPAGNOLK

copies. Deux jeunes gens, l'abbé Porto-Carrero et le fils du marquis de Monteleon, furent ensuite chargés de les porter à Madrid. C'était à ce point de la trame que Dubois attendait les conjurés. Il lit suivre les deux émissaires qui, le 5 décembre, à Poitiers, furent arrêtés; leurs papiers arrivaient le 8 sous les yeux de Dubois et du Régent '. Le prince de Cellamare était arrêté et acheminé (13 décembre) sur la frontière d'Espagne. La duchesse du Maine était enfermée au château de Dijon, le duc du Maine à Doullens, le cardinal de Polignac dans une abbaye de Flandre; d'autres exilés ou écroués à la Conciergerie, à la Bastille, à Vincennes Le gouvernement lit grand éclat du complot, sur lequel il fil rédiger une circulaire au corps diplomatique ; et celte tentative puérile, qui donnait aux conspirateurs un air d'entente avec l'étranger, suscita comme une révolte du sentiment français et donna au gouvernement une popularité de quelques jours.

Au reste, le 13 décembre, c'est-à-dire le jour même où Cellamare était expulsé de Paris, à Madrid le duc et la duchesse de Sainl-Aignan, qui étaient restés après le départ de Nancré et de Slanhope, furent enlevés par un détachement de la garde royale et mis en chaise de poste. Alberoni n'avait donc rien à reprocher à Dubois. Le 25, Philippe V publiait un violent manifeste, qui fut répandu à Paris et dans toute la France.

Cependant les appuis sur lesquels Alberoni avait compté se brisaient coup sur coup sous sa main : le 21 juillet, les Turcs signaient la paix à Passarovitz; le 2 août, la Quadruple alliance élait conclue ; le 1 1 , la flotte espagnole était anéantie ; en octobre, le tsar proposait à George I" un traité d'alliance offensive el défensive; le 8 décembre, s'évanouissait le complot espagnol de France; le 11, Charles XII était tué sous Frédérikshall ; enfin, le 28, la guerre contre l'Espagne était votée au parlement

1. Le 14 décembre, le maréchal «le Berwiek saisissait à Bordeaux un iiie-si^e «l'Alberoni aux conjurés : • Ne partez pas de Paris avant d'avoir mis le feu » toutes 1«'S mines. » Ce papier ne parvint à Paris que lorsque Cellamare l'avail déjà quitté.

II» furent relâchés assez prompteiuent, et il n \ eut pas d'exécution capitale. Ku revanche, quand éclata le complot des gentilshommes bretons qui devaient ouvrir leur pays à un débarquement espagnol, quatre «les plus compromis furent décapités (Conjuration de Pnnlcall.c tltm.

7«i L'EUIOPE AC L EN DEM AIN M: TRAITE D ITHECHT

britannique. Il fallait que la Franco se décidât. La déclaration île guerre fut résolue au Conseil de régence (3 janvier 1719) ol publiée six jours après (9 janvier).

L'exécution contre l'Espagne (1719). — Le 10 mars, le duc d'Ormond sortit du port de Cadix avec six vaisseaux portant 0000 bommes à destination de l'Ecosse. Sa petite escadre fut dispersée à la hauteur du cap Finistère : 2 vaisseaux et 300 hommes seulement abordèrent à Kinlail. Leur approche fit accourir 2000 Ecossais; ils furent enveloppés cl capturés. Philippe V quitta Madrid le 2"» avril. Son armée était partagée en trois divisions, commandées la première par l<i roi, la seconde par la reine, la troisième par Alberoni, qui jouait ainsi au Ximénès. Le roi comptait si bien voir l'armée française, à son approche, abandonner ses étendards qu'il avait pris soin de désigner ceux de ses régiments où seraient incorporés les transfuges. Il voulait même s'avancer au-devant des Français avec une petite escorte, comptant la grossir aussitôt de toute leur armée. Alberoni l'en empêcha Le roi fut trompé, comme furent trompés les constitutionnels espagnols de 1823. Les Français le prévinrent. En avril 1719, une de leurs divisions franchit la Bidassoa, enleva les petits forts de la frontière ol occupa le port du Passage : il y avait là six vaisseaux de guerre en construction et un immense matériel ; tout fut incendié. Le gros de l'armée, 40 000 hommes, sous le maréchal de Berwick, vint mettre le siège sous Fontarabie, qui en deux jours fui réduite à capituler (18 juin), malgré le voisinage des forces espagnoles et du roi Philippe. Celui-ci, qui d'ailleurs n'avait pas plus de 15 000 hommes, se replia sur Pampelune, puis revint à Madrid. Berwick attaqua Saint-Sébastien : la ville succomba le 1er avril, et la citadelle le 19. Puis, se croyant hors d'état de prendre Pampelune, et se transportant à l'autre extrémité des Pyrénées, Berwick pénétra dans la Cerdagne espagnole, prit Urgel (12 octobre) ; mais, une tempête ayant dispersé les tartanes qui apportaient l'artillerie pour le siège de Koses, il rentra eu Koussillon.

Pendant ce temps la flotte anglaise fouillait minutieusement tous les ports de la cote espagnole. Le Vigo. Pontevedra, etc..

LA (iL'ERKE ESPAGNOLK 77

détruisant vaisseaux, chantiers, fortifications, anéantissant dans son germe le relèvement de la marine espagnole. A Santona. on employa les troupes françaises à détruire trois vaisseaux de lijrne et des matériaux pour sept. Berwiek écrivait au Régent : « Le gouvernement de l'Angleterre pourra faire voir au parlement prochain que l'on n'a rien négligé pour diminuer la marine d'Espagne. » L'armée espagnole de Sicile, accablée par les forces supérieures que l'Empereur, libre du côté des Turcs, put faire passer dans l'Ile, fut obligée de se renfermer dans 1rs places fortes. Enfin les Anglais se préparaient à porter la guerre dans les colonies espagnoles d'Amérique.

Chute d'Alberoni et soumission de Philippe V. — Alberoni joua sa dernière carte en sollicitant, par Heretti, la médiation des Hollandais, et en faisant pari de cette démarche à Philippe d'Orléans, par le marquis Scolli, agent de Panne. Le plan qu'il proposait comprenait la cession de Gibraltar et de Minorque à l'Espagne, l'expectative de Panne et Toscane pour l'infant don Carlos, la restitution au duché de Parme de Castro et Ronciglionc (autrefois enlevés aux Farnèse par le pape), etc. Semblables propositions furent portées à Londres. Il était trop lard : l'Europe coalisée ne voulait plus traiter avec Alberoni. Contre lui, Dubois sut gagner le confesseur Daubenton, qui lit craindre à la reine Elisabeth la perle définitive de Parme et de la Toscane. Scotli fut séduit par un présent de 50 000 écus : il fut renvoyé de Paris à Madrid, avec mission d'en chasser Alberoni. On fit lire aux deux souverains des lettres où Alberoni. avec sa familiarité d'Italien, s'était exprimé sur leur compte avec une liberté excessive. Même les abbés siciliens, Plalania vi Caraccioli, même l'ancien renégat lliperda, même la nourrice de la reine furent lancés contre le cardinal. Trahi par les Parmesans, la reine Elisabeth et Scolli, trahi par celte Farnèse pour laquelle il avait lout fait, Alberoni fui sacrifié par Philippe V au salut de la monarchie. 11 fut expulsé d'Espagne (."> décembre 1719), dépouillé de tous ses titres et dignités, de son riche archevêché de Malaga. Quand il eut gagné l'Italie, on chercha même à le dépouiller de la pourpre, et le pape, harcelé par Philippe Y et mécontent d'avoir été dupé en IHG dans

78 L'El-ROPK AI LKNDEMA1N lll TRAITÉ D LTHECHT

l'affaire de la criizatla, fît commencer une procédure à cel effet. Le Farnèse de Parme fut aussi ingrat que la Farnèse de Madrid : il refusa un asile au proscrit. Réfugié à Sestri de Levante, localité du territoire de Gènes, Alberoni apprit que son extradition était demandée à la république : sa liberté fut alors sauvée parle sénateur génois Orimaldi, sa fortune par le marquis Monti '.

Alberoni chassé, Philippe V et sa femme n'eurent pas honte, devant l'envoyé anglais, de rejeter sur lui toute la faute, répétant les leçons que leur avaient faites les émissaires de Dubois, affirmant que le cardinal leur avait toujours caché la vérité, qu'il avait commis des faux, qu'il était capable de tous les crimes, y compris l'empoisonnement et l'assassinat. Toutefois Philippe V se débattit longtemps contre les conditions qu'on entendait lui imposer, accablant les médiateurs hollandais de prétentions aussi excessives que celles d'Alberoni, les impatientant à tel point qu'ils lui fixèrent un délai, passé lequel ils joindraient leurs forces à celles des coalisés (ils avaient jusqu'alors refusé de déclarer la guerre à l'Espagne et n'avaient pris aucune part aux hostilités). La crainte de perdre les duchés italiens décida enfin la reine, qui décida son mari. Le 26 janvier 1 "720, Philippe V annonçait son adhésion à la Quadruple alliance. Encore demandait-il qu'outre les avantages en Italie on lui accordât Gibraltar; les Anglais lui répondirent que depuis leurs premières offres les circonstances avaient par trop changé. Le 1er février 1720, son ambassadeur Monteleon signa donc le traité de Cockpit. Nous en connaissons déjà les conditions.

L'orgueil espagnol se consola de ses déconvenues en dirigeant, en l'année 1720, une expédition en Afrique. Les Marocains, qui étaient sur le point de prendre Ceuta, furent battus par le marquis de Lede, rejetés sur Alger et Tétouan. On célébra

1. Pendant quelque temps il séjourna en Suisse, ii Lugano. Rentré en grâce auprès «lu Saint-Siège en 17-21. il vécut à Rome, souvent consulté par les papes Innocent XIII, Benoit XIII. Clément XII, Benoit XIV. En 1727, nous le voyou» s'employer, par ordre «lu pape, à réconcilier Jacques III avec sa femme. De 17X> a 1 710, il administra la province «le Ravenne: de 1710 à I7»3, celle de Bologne: c'est alors qu'il essaya d'impo».fr à la petite république de Saint-Marin la domination papale. Il vécut jusqu'à l'âge de >»* ans if I".'i2), ass«r. longtemps pour avnjp vu des infants Farnèse établis sur les l runes de Naples et de Farine et. par eux, l'Italie péninsulaire échappant à la domination autrichienne.

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