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DÉMEMBREMENT DE LA POLOGNE ET DE LA TURQUE S

des versements turcs; elle n'avait point fait la guerre pour la défense de son alliée. Cependant elle pouvait alléguer qu'elle avait, par son intervention diplomatique, épargné à la Turquie un démembrement. Elle se crut donc autorisée à réclamer au moins une partie des territoires dont on lui avait promis la cession. Elle obtint la Bukovine, qui lui fut accordée par le traité du 4 mai 1775. Or la Bukovine est un pays roumain, où se trouvent les châteaux et les champs de bataille des anciens princes, Suczava, la capitale primitive, la « Forêt Rouge » d'Etienne le Grand, Pontna, la sépulture royale. Les boïars moldaves et l'hospodar Ghika firent entendre à la Porte d'énergiques protestations, menaçant de « chercher leur salut dans la protection d'une puissance étrangère ». Ils ne furent point écoutés, et ainsi fut accompli « le rapt de la Bukovine », moins aux dépens de la Turquie décrépite que de la vivante nationalité roumaine/ *i

Responsabilité de la France dans les crises orientales. — On prête ce mot à Louis XV, apprenant le démembrement de la Pologne : « Ah! si Ghoiscul était encore là! » Or Choiseul a plus contribué que personne aux infortunés qui accablèrent la Pologne. Toute sa politique orientale n'est qu'un tissu d'erreurs. Autant que Louis XV, il s'était entiché des « libertés polonaises », et ce sont les libertés anarchiques qui préparèrent et hâtèrent la fin de la Pologne. On peut approuver qu'il ait été partisan du candidat saxon contre un amant de la tsarine. Mais à tous les avertissements, à toutes les instances de Kaunilz sollicitant de lui une manifestation quelconque, il répondit que les affaires polonaises n'avaient aucun intérêt pour la France. Un mot de Choiseul eût encouragé l'Autriche, empêché Frédéric de signer le traité de 1764, refréné l'audace de la tsarine. Ce mot, il ne le dit pas. Il ne fit rien de sérieux pour soutenir le candidat saxon. Le roi Stanislas une fois élu, la sagesse ne commandait-elle pas à la France de le reconnaître, pour éviter qu'il ne restât la créature de Catherine II, pour encourager ses essais d'indépendance, pour assurer le succès de l'œuvre réformatrice entreprise par lui et par ses oncles? Au contraire, Choiseul soutint constamment les brouillons et les fanatiques qui, sous le nom de patriotes, étaient les ennemis des réformes

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et de la tolérance religieuse, tour à tour les complices ou les dupes de l'ambition russe. Choiseul eut la main dans tous les projets, dans toutes les tentatives pour détrôner le roi. C'est aux confédérés qu'il envoya de l'argent, des armes, des officiers français. Enfin il commit une faute suprême : par son ambassadeur Vergennes et le baron de Toit, par tous ses agents, il détermina l'intervention armée de la Turquie. Du même coup, il révéla au monde entier la faiblesse réelle des Oltomans cl rendit inévitable le partage de la Pologne, dont le démembrement paya les frais de la guerre orientale. Quand Choiseul tomba (24 décembre 1770), le roi de Pologne était à la discrétion des Russes, les confédérés partout battus, les Turcs écrasés dans l'Archipel et sur le Danube. D'Aiguillon trouva la situation perdue. Il ne put que chercher un éditeur responsable du désastre inévitable : il trouva Louis de Rohan, évèque de Strasbourg, ambassadeur de France à Vienne, qui n'aurait rien su de ce qui se tramait entre les trois cours du Nord ou du moins aurait négligé d'avertir son gouvernement. Rohan, par la suite, n'eut pas de peine à prouver qu'il n'avait rien ignoré et qu'il n'avait pas ménagé les avertissements.

Revanche diplomatique de la France a Stockholm. — Entre le démembrement de la Pologne et celui de la Turquie, on put craindre que ne s'opérât celui de la Suède. En môme temps que les cours de Russie et de Prusse assuraient le maintien de la constitution anarchique de 1*720 qui faisait de la Suède une autre Pologne, elles préparaient à la Suède le sort de la Pologne. Dans cette entreprise elles s'étaient également assurées d'un troisième complice : seulement, au lieu de l'Autriche, c'était le Danemark. Dans le traité de juin 1"7(>2 entre Frédéric II et le tsar Pierre 111, dans le Irai lé d'avril 4"f>4 entre le roi de Prusse et Catherine II, il existe des articles secrets en vertu desquels les puissances contractantes s'engagent à maintenir, même par la force des armes, l'anarchie suédoise. Ces clauses sont renouvelées dans le traité «lu 23 octobre 17G9 : afin de s'opposer plus efficacement au « rétablissement de la souveraineté » en Suède, Frédéric et Catherine prévoient le cas où ils inviteront le roi de Danemark à une coopération

armée. La coopération danoise fut déterminée avec plus de précision dans le traité du 13 décembre 1 76G, conclu entre la llussie et le Danemark : on attribuait à celui-ci foutes les conquêtes qu'il pourrait faire « du coté de la Norvège ». Ainsi la Poméranie à la Prusse, la Finlande à la Russie, une partie de la Suède au Danemark. Sur ce qui resterait de Suède, maintien plus rigoureux de la constitution anarchique. Par le coup d'Etat du 49 août 1772 le jeune roi Gustave III restaura le pouvoir royal et sauva la Suède du démembrement. Dans la préparation de cette révolution salutaire, il fut aidé par les conseils et l'argent de la France. Ce fut la revanche que prirent Louis XV et d'Aiguillon pour les échecs de la diplomatie française en Pologne. Les copartageanls déeus exhalèrent leur dépit : Frédéric II dans des lettres menaçantes à sa sœur, la reine douairière de Suède; Catherine II, dans une curieuse lettre à Voltaire (12 septembre). Ils durent s'en tenir aux paroles, car en 1772 les affaires de Pologne donnaient assez de besogne à tous deux, et, à la seconde en particulier, les affaires d'Orient et Pougatchef. Des trois États qui formaient dans l'Europe orientale le « système français », si la Pologne et la Turquie avaient fléchi, le troisième, la Suède, se relevait tout à coup, imposant le respect à ceux qui avaient conspiré sa perte.

BIBLIOGRAPHIE

I>«M»mt«eiitM. — Voir ci-dessus, p. — Pour F. Martens, r'est cil général le t. Il des séries. — A. Rambaud. Instructions, t. II. — La majeure partie de la coll. de Société Impériale, notain. les séries : Papiers de Cath. Il, édit. Pékarski et Grot, t. VII, X, XIII, XXVII. XXVIII. XUI; sa Correspond, diplomat., édit. Bûhler et Oulanitski, t. XLVIII. LI, LV11. LXVII, LXXXVII; Documents sur la Grande Commission, édil. D. V. Poliénof, 1. IV. VIII, XIV, XXXII, XXXVI. XLHI, LXVIII; Catherine II, Corrcsp. avec Frédéric II, t. XX (voir la Politischc Cnrrrspondenz de Frédéric II) ; le prince Repnine. Papiers relatifs à sou ambassade de Constaiilinople, I. XV; à son ambassade de Varsovie, t. XVI; au congrès de Teselien. t. LXV; Correspond, des agents prussiens (Solms, et en édit. G. Stendtmann, t. XXII, XXXVII, LXXU); Correspondance de Mercy-Argenteau (de 1702), t. XVIII, XL.VI. — Plusieurs volumes de VArchh»' Yorontsof. — Sabatier de Cabre.

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