DÉMEMBREMENT DE LA POLOGNE ET DE LA TLUOLIK !H
plus vastes de l'Europe. Du coté de la Prusse et de la Russie, il avait perdu surtout des territoires contestés, cause de conflits et de faiblesse pour lui. Repoussé des rivages de la seule mer qu'il affleurât, la Baltique, du moins, grâce à Dantzig et Thoru, il se maintenait sur la basse Vistule.
Au point de vue européen, le partage de la Pologne créait entre les trois cours du Nord une complicité qui les fit pour longtemps solidaires. C'est ce que comprenait le roi de Prusse quand il écrivait (9 avril \~12) au prince Henri : « Cela réunira les trois religions grecque, catholique et calviniste (c'est-à-dire la Russie, l'Autriche, la Prusse), car nous communions d'un même corps eucharistique qui est la Pologne, et si ce n'est pas pour le bien de nos Ames, ce sera sûrement un grand objet pour le bien de nos Etats. » A quoi le prince répondait : « Si tout cela conduit à une alliance durable des Irois puissances, celte alliance fera la loi à l'Europe. »
Enfin, un tel attentat contre un des plus anciens Étals du continent, et qui tant de fois avait protégé l'Occident contre les invasions barbares, jeta dans la conscience européenne un trouble profond. Le droit du plus fort s'était ouvertement substitué à l'ancien droit des gens. On avait ainsi créé un droit révolutionnaire; on autorisait d'avance toutes les conquêtes de la Convention, du Directoire, de Napoléon.
Le démembrement de la Turquie : traité de Kaïnardji (1774). — Le démembrement de la Pologne, en satisfaisant d'âpres convoitises, permit de réduire les proportions qu'avait menacé de prendre celui de la Turquie. Catherine II ayant dû abandonner la majeure partie de ses prétentions, l'œuvre de pacification, qui avait échoué aux congrès de Focsiani et de Bucarest (1172), put réussir à celui de Koutchouk- Kaïnardji. La Turquie y fut représentée par le réïs-eflendi Munib et Resmi-Ahmed ; la Russie par Repnine. Le danger que courait leur armée de Choumla rendit les Turcs très conciliants. Tout fut conclu en sept heures (21 juillet mi). Le traité de Kaïnardji comprenait les stipulations suivantes: 1° les Talars de Crimée, Kouban, Boudjak, lédissan, etc., étaient déclarés indépendants de la Porte: toutefois le sultan reslait
CATHKWNE II
leur chef religieux, leur khalife; ils auraient la libre élection de leurs khans; la tsarine ni le sultan ne pourraient entretenir dans leur pays ni armée ni fonctionnaires; 2" pourtant, sur les rivages tatars, la Russie acquérait les forteresses de Kertch, lénikalé, Azof; >\° elle acquérait Kinbourn et les deux Kabardics; 4° elle évacuait la Géorgie, la Mingrélie ; 5° elle restituait les îles de l'Archipel, mais en stipulant pour les Grecs l'amnistie, le libre exercice de leur culte, la remise des impôts arriérés et une exemption d'impôts pour deux ans; 6° elle restituait les deux Roumaines ; mais elle stipulait, pour ces pays, outre les mêmes conditions que pour les Grecs, la restitution de leurs biens aux monastères, les mêmes avantages que sous Mohammed IV « d'heureuse mémoire » , l'autorisation pour les hospodars d'entretenir des chargés d'affaires à la Porte, et enlin pour la Russie le droit de « parler en leur faveur » ; 7° les Russes obtenaient la liberté de commercer dans tous les ports turcs, le droit d'avoir des consuls et vice-consuls où ils le « jugeront nécessaire », le libre exercice de leur religion dans l'empire, le libre accès aux Lieux-Saints de Palestine; il y aurait une église russe à Galala; 8° le souverain russe était reconnu padisliah et prendrait rang immédiatement après l'autre empereur d'Europe; 0° la Turquie paierait une indemnité de guerre, de 4 millions et demi de roubles, en trois termes.
L'empire turc semblait perdre fort peu de territoire (quelques forteresses et quelques campements de hordes). On l'entamait surtout par la reconnaissance de l'autonomie des Tatars. Si la tsarine restituait à la Porte les deux Rou manies, les privilèges et avantages qu'elle stipulait en leur faveur, surtout son droit d'intercession étaient l'acheminement au protectorat. Le libre exercice du culte russe, les consulats, les stipulations en faveur des Grecs, la question des Lieux-Saints ouvraient la porte à d'autres litiges.
L'Autriche et le rapt de la Bukovine (1774). — Le seul territoire européen qu'ail alors perdu la Turquie, ce fut l'Autriche, aussi heureuse en Orient qu'en Pologne, qui se l'appropria. Elle n'avait pas ralilîé le traité austro-turc de juillet 1771; elle s'était contentée de toucher le premier terme