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CHAPITRE X

L'AMÉRIQUE LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE

Jusqu'à 1783.

/. — L'Amérique depuis le traité d'Utrecht.

Développement rapide des colonies anglaises de 1713 à 1750. — A l'époque de la conclusion de la paix d'Utrecht (1713), la population totale des colonies anglaises s'élevait à 450 000 habitants, dont 400 000 blancs et 50 000 noirs . Le Canada ne faisait aucun progrès, ou du moins son développement était très lent. Il n'y avait pas plus de 20 000 à 30 000 Français établis dans toute la vallée du Saint-Laurent, sur les côtes découpées du nord-est du continent, sur les rives des grands lacs de l'ouest, dans les stations et missions disséminées à travers l'immense bassin du Mississipi jusqu'à l'établissement naissant de la Louisiane. La disproportion des forces était déjà considérable entre les deux colonisations destinées à se disputer la possession exclusive de l'Amérique septentrionale. On pouvait môme douter que le Canada fût en état de lutter contre le seul groupe des établissements de la Nouvelle-Angleterre, qui comptait 160 000 habitants.

Cette inégalité, déjà si forte en 1715, le devint plus encore ■

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au milieu du xvmc siècle, alors que les colonies anglaises, après une longue enfance, firent tout à coup d'étonnants progrès en richesse et en population. La colonie du Canada, entre 1715 et 1750, reçut à peine un accroissement de 20 000 à 25 000 habitants, tandis que la population totale des colonies britanniques passait, de 450 000 en 1715, à un million en 1740, à un million et demi (dont il est vrai 300 000 noirs) en 1755.

L'Angleterre possédait donc, vers 1750, au delà de l'Atlantique, un véritable empire colonial. Les treize colonies, qui devaient, vingt-cinq ans plus tard, s'unir pour leur affranchissement, occupaient toute la cote, sans solution de continuité, du Kennebec au nord à la rivière Sainte-Marie au sud. Les trois établissements les plus puissants et les plus riches étaient la Virginie, le Massachusetts et la Pensylvanie; les plus faibles, le Delaware et la Géorgie, celle-ci tout récemment fondée (1732). Ces groupes de population différaient entre eux par le climat, le genre des cultures, l'origine des populations, les croyances, les conditions d'existence. Le climat du nord était propice à la multiplication des petites fermes, celui du sud au régime des grandes plantations. Le travail libre, personnel, dans le nord, pouvait seul arracher à la terre un produit dont on pùl vivre. Dès le début de la colonisation, le travail des noirs parut, dans le sud, une condition indispensable de succès. L'esprit d'aventure et la défaite de la royauté peuplèrent la Virginie; le Maryland fut d'abord un refuge pour les catholiques; la persécution des puritains créa les républiques de la Nouvelle-Angleterre. Les quakers importèrent en Pensylvanie l'esprit pondéré, les tendances humanitaires, les mœurs simples, le sens des affaires. Le commerce fut la raison d'être du New-York, qui garda longtemps la marque hollandaise et ne l'a pas perdue complètement encore. Dans les autres colonies, les différences d'origine étaient moins tranchées, les races plus mélangées. Les Allemands colonisèrent l'hinterland, les hautes vallées de l lludson, de la Juniala-, du Potomac, les plateaux des Carolines. Les presbytériens d'Kcosse et d'Irlande étaient disséminés partout. Il y eut des calvinistes de France dans les Etats du sud et dans le New- York. C'est dans la Nouvelle-Angleterre que

la race, durant deux cenls ans, subit le moins d'altération du dehors, et cette race devint dès la fin du xviie siècle très envahissante; du temps môme de Berkeley, les puritains étaient nombreux en Virginie.

Commencement d'une histoire générale de ces colonies.— Los mœurs et les institutions étaient démocratiques dans la Nouvelle-Angleterre et en Pensylvanie, aristocratiques dans le haut pays du New- York et dans les colonies du sud. Une certaine uniformité s'était pourtant établie dans l'organisation politique. Il ne restait plus que deux colonies appartenant à des propriétaires, le Maryland et la Pensylvanie, et deux ayant le droit de nommer elles-mêmes leurs gouverneurs, conservant par conséquent leur autonomie avec leur charte, le Connecticut et le Hhode-Island. Toutes les autres étaient des provinces royales, où l'autorité de la couronne était représentée par un gouverneur et un conseil. Toutes possédaient des assemblées élues par la population, votant les taxes, et faisant des lois soumises à la sanction du pouvoir métropolitain.

L'histoire intérieure des colonies, au xvme siècle, est à peu près exclusivement faite des démêlés entre les assemblées coloniales et les gouverneurs royaux, aussi bien dans les établissements du sud, où elles étaient aux mains des grands planteurs, que dans celles du nord, où la représentation était plus populaire. Jusqu'en 1750 cependant, les rapports des colonies entre elles étaient peu fréquents, et si les Anglais chez eux employaient le terme « Américains » pour désigner les colons, ceux-ci ne s'en servaient point pour se désigner eux-mêmes. Il commença à n'en être plus ainsi après 1750, sous la double influence du développement rapide de la population et des efforts communs que durent faire les treize provinces pour lutter contre la colonisation française. Alors commence une histoire générale des établissements anglais d'Amérique.

État social et intellectuel. — A celte époque, quelques industries s'étaient fondées dans le nord ; les marins de la Nouvelle-Angleterre étaient engagés dans un commerce actif de cabotage, et des bateaux de Boston trafiquaient avec les Indes Occidentales et même avec quelques pays d'Europe. L'agricul

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turc cependant restait la principale occupation. Le riz et l'indigo étaient encore les productions maîtresses des trois colonies du sud, le tabac et le maïs celles de la Virginie et du Maryland. Le code noir sévissait dans toute sa rigueur à Charleston, avec moins de rudesse dans la région du Potomac; des voix, bien timides, s'élevaient en Pensylvanie contre l'esclavage. Les provinces septentrionales possédaient un système encore informe d'écoles publiques pour l'enseignement primaire; l'éducation, très négligée au sud de la Pensylvanie, faisait au contraire de grands progrès dans cette province, grâce aux efforts de Benjamin Franklin, dont le nom devenait familier au monde de la science en tout pays par ses expériences d'électricité, qui datent de 1751. Des centres importants d'instruction supérieure avaient été fondés sur divers points : collège Harvard (1636) à Cambridge (Massachusetts); collège William and Mary (1692) à Williamsburg (Virginie); collège de Yale (1701-1716) à Saybrook d'abord, puis à New-Haven (Connecticut); King's Collège (plus tard Columbia Collège) à New- York (1744). L'Académie de Philadelphie et le collège de Princeton (New-Jersey) furent institués en 1755 et 1757.

La colonisation au Canada; la Louisiane. — Ce qui pouvait faire illusion sur les chances de succès de la domination française dans l'Amérique du Nord, dans une lutte éventuelle contre l'empire colonial britannique en voie de formation, c'est l'immensité des territoires occupés, au moins nominalement, par les colons français, comparée à l'étroitessc de la bande côtière où s'étageaient les treize colonies anglaises, enfermées entre la mer et les monts Alleghanys. Un historien yankec fait remarquer que presque tout le romanesque de l'histoire coloniale américaine a son origine dans les établissements français. Grâce à ses missionnaires et à ses aventuriers, la France a donné leur nom au Mississipi comme au Saint-Laurent, aux Carolines comme à la Louisiane, aux Iroquois sur le lac Ontario, aux Gros-Ventres sur le flanc occidental des Montagnes Rocheuses, au « portage », à la « prairie ».

Le Canadien d'Iberville avait repris la tAche de Cavelier de La Salle, mort assassiné en 1687 dans les déserts du Texas.

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Plus heureux que lui, d'Iberville retrouva l'embouchure du fleuve (1699) et fonda le petit établissement de Biloxi, bientôt abandonné pour celui de Mobile (1702). Dès lors missionnaires et marchands remontèrent et descendirent le Mississipi, explorant les rives, fondant çà et là quelques établissements, depuis Détroit sur les lacs et Kaskaskia sur l'Illinois jusqu'au fort Rosalie chez les Natchez. Cependant la Louisiane (et on entendait sous ce nom toute la vallée du Mississipi) ne comptait encore que 300 habitants blancs, lorsqu'elle fui concédée par le gouvernement français (1712), avec un monopole commercial, à Crozat, qui ne réussit pas. Elle en avait 700 lorsque la concession passa à la Compagnie d'Occident que dirigeait le financier Law, et qui envoya quelques milliers de colons. Bienville, gouverneur, fonda la Nouvelle-Orléans (1718). Les Natchez, hostiles, furent détruits (1732), et la paix conclue avec les Chickasaws (1740).

Guerre anglo-espagnole (1738-1740). — Au traité d'Utrecht (1713), l'Espagne avait dû céder à une compagnie anglaise ïasiento ou monopole de l'introduction des noirs d'Afrique dans les colonies espagnoles et le vaisseau dit de per miss ion '.

Uasicnto servit aux Anglais à ouvrir un vaste commerce de contrebande, où le mélange d'aventures dangereuses et de perspectives de grands bénéfices attira les derniers survivants des boucaniers, flibustiers et pirates de toutes catégories qui avaient si longtemps infesté les mers des Antilles *. Les agents de ïasiento, nommés par le gouvernement anglais, avaient le droit d'entrer dans les ports de l'Amérique espagnole et d'y installer des magasins; la compagnie envoyait chaque année aux Antilles un navire de cinq cents tonnes, le vaisseau de pernu's-

\. Voir ci-dessus, l. VI. p|>. "M, "OS. Lorsque la compagnie anglaise «les mers «lu Sud se constitua pour l'exploitation du monopole, le roi d'Kspagnc fournil un quart «lu capital, la reine Anne un second quarl, des sujets anglais l'autre moitié. Les souverains de Madrid et de Londres devinrent ainsi les plus grands marchands d'esclaves du inonde entier. La compagnie s'engageait en elTel à introduire dans l'Amérique espagnole is00 nègres par an pendant trente ans. soit eu tout I i l 000 nègres, en payant pour chacun d'eux un droit d'importation de 'Xi dollars, le droit s'a baissa ni à t»i dollars par tète pour toute quantité excédant le minimum annuel.

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