PROGRÈS DU CHRISTIANISME DURANT CETTE PERIODE
État du nestorianisme en Perse. — -, Propagation du christianisme en Tartarie et en Chine. — Puissance de l'Église nestorienne. — État des monophysites de Syrie et
d'Égypte Séparation des Jacobites et des Grecs. —Établissement du christianisme
en Nubie et en Abyssinie. — Mission d'Augustin et de ses compagnons dans le royaume de Kent. — Conversion d'Éthelbert. — Organisation ecclésiastique. — Résistance des Gallois à la suprématie romaine. — Laurentius ramène Eadbald à la foi. — Conversion du Northumberland et des autres royaumes de l'Heptarchie saxonne. — Les deux Coluroban. — Soumission des Gallois. — Conversion des Bavarois , des Uelvétiens , des Franconiens. — Travaux de saint "Villebrord chez les Frisons. — Saint Boniface. — Sa lettre à Pépiu-le-Bref. — Son martyre.
Les efforts tentés par Justinien et les deux .Tustins pour encourager la prédication du christianisme en Orient, n'eurent pour résultat que la conversion précaire des peuples sauvages, qui habitaient le Caucase et la côte orientale du Pont-Euxin. Mais la persécution dont ils frappèrent les dissidents jeta ces derniers dans un monde nouveau où ils pouvaient espérer la liberté et aspirer à des conquêtes. En Perse, le nestorianisme devint, dès le commencement du sixième siècle, le culte dominant pour tous les chrétiens sujets de Pérozès. Les Nestoriens remplacèrent les cloîtres par des maisons de charité, qui prirent soin de l'éducation des orphelins et des enfants trouvés. Ils dédaignèrent la loi du célibat si fortement recommandée aux Grecs et aux Latins, et le patriarche donna l'exemple du mariage aux évêques et aux prêtres. Les rigueurs impolitiques de Justinien augmentèrent le nombre des sujets de l'Empire qui formaieut la colonie chrétienne de la Perse et qui secondèrent puissamment les armes de Nushirwan et de son petit- fils. Cependant la tranquillité apparente des Nestoriens fut souvent troublée, et ils partagèrent les maux qu'entraîne avec lui le despotisme oriental. Leur inimitié coutre Rome ne suffit pas toujours pour faire tolérer leur attachement à l'évangile ; et une colonie de .trois cent mille Jacobites, faits prisonniers à Apamée et a Antioche, eut la permission d'élever ses
SECONDE PÉRIODE. — CHAP. XXI. [289 autels ennemis à la vue du catholique de Babylone 1 et sous l'influence protectrice de la cour. Toutefois les chrétiens de la Perse conservèrent assez de ferveur et de constance pour propager la religion à l'orient, au nord et au midi de l'Asie.
Si l'on en croit Cosmas Indicopleustes , le christianisme fut prêché avec succès dans le sixième siècle aux Bactriens, aux Huns, aux Indiens, aux Persarméniens, aux Mèdes et aux Élamites. Le nombre des églises établies depuis le golfe Persique jusqu'à la mer Caspienne était incroyable. Elles se multiplièrent dans les îles de Socotora et de Ceylan et sur la côte du Malabar, où saint Thomas, selon la tradition, avait porté l'Évangile à l'époque de la dispersion des apôtres. Le zèle des Nestoriens dépassa les bornes où s'était arrêtée l'ambition des Grecs et des Persans. Les missionnaires de Balk et de Saraarcande pénétrèrent dans les vallées de l'Imaûs et sur les rives du Selinga. Un des chefs des pâtres tartares reçut de leurs mains le baptême et même l'ordination, et la réputation du prêtre Jean, nom qui doit s'appliquer au khan des Kéraïtes, a long-temps amusé la crédulité de l'Europe. L'intrépide Olopen et ses compagnons allèrent jusqu'en Chine où ils entrèrent par le port de Canton. Malgré l'opposition des Mandarins et l'horreur des Chinois pour toute innovation venue d'un peuple étranger, l'empereur Taï-Tsong accorda aux Nestoriens l'exercice de leur religion à Siang-Tcheou *, capitale de son empire (636). Dans plusieurs missions subséquentes, les Nestoriens gagnèrent des prosélytes parmi les Chinois septentrionaux, et il parait certain qu'une suite de métropolitains envoyés de la Perse résida au Catay pendant plusieurs siècles.
L'invasion des Arabes , l'oppression lente et habilement calculée des Musulmans dut arrêter l'essor du christianisme dans la Haute- Asie , en obligeant les Nestoriens à soutenir une lutte perpétuelle. Toutefois leur religion sous le règne des khalifes s'étendait encore de la Chine à Jérusalem et en Chypre , et un historien des Croisades calcule que le nombre des églises nestoriennes et jacobites surpassait celui des églises grecques et
1 C'était le nom du patriarche nestorien , et le mot de Babylone doit être considéré comme une dénomination vague donnée successivement aux résidences royales de Séleucie , de Ctésiphon et de Bagdad.
» Nommé aussi Sigan-Fou , dans la province de Chcn-Si. Le monument authentique découvert dans cette ville et qui fait connaître l'état de l'Eglise nestorienne depuis 636 jusqu'en 781 , date de l'inscription , a vainement été attaqué par La Croze et par Voltaire. On peut même prolonger jusqu'au treizième siècle l'existence du christianisme à la Chine.
latines. Vingt-cinq métropolitains ou archevêques composaient leur hiérarchie, et ceux qui, à raison de la distance ou des dangers du voyage, étaient dispensés de se présenter en personne au catholique de Babylone, devaient lui fournir tous les six ans un témoignage de leur obéissance' et un symbole de leur communauté de foi.
Les Mouophysites, malgré le service signalé que Jacques Baradée avait rendu à leur secte , n'obtinrent jamais une somme d'influence comparable à celle des INestoriens , et sous la domination des sectateurs de Mahomet, les Jacobites de Syrie se virent réduits à quelques diocèses sur l'Euphrate et le Tigre , gouvernés par un niaphrian qui résidait à Mossoul. Mais en Egypte, l'hérésie monophysite jeta des racines profondes. Lorsque le patriarche Théodose, disciple de Sévère , eut été déposé par Narsès, lieutenant de Justinien (538), le peuple d'Alexandrie refusa de reconnaître son successeur Paul de Tanis, et les sanglantes exécutions ordonnées par Apollinaire ne firent qu'augmenter l'exaspération des dissidents. La douceur d'Eulogius et la bienfaisance de Jeau l'Aumônier (580-606) ne purent ramener des esprits aigris. Soutenus secrètement par l'impératrice Théodora, les Mouophysites se perpétuèrent dans les monastères de la Thébaïde. La loi qui excluait les naturels du pays des honneurs et des emplois de l'État, fit d'une question religieuse une question nationale. Les Égyptiens abjurèrent les mœurs et la langue des Grecs, et le prince qui régnait à Constantinopie ne parvint à faire exécuter ses ordres à Alexandrie, qu'au moyen de la force militaire. Les armes de Chosroès H dépeuplèrent l'Egypte ; mais les Cophtcs virent en lui un maitre dont l'indifférence leur promettait quelques moments de repos. La victoire d'Héraclius renouvela el augmenta la persécution (625). Aussi en fuyant dans le désert, le patriarche jacobite Benjamin crut entendre une voix qui lui ordonnait d'attendre après dix ans le secours d'une nation étrangère, soumise ainsi que les Égyptiens à l'ancienne loi de la circoncision. Ainsi s'expliquent les rapides succès des Arabes et la facilité de leur établissement sur les bords du Nil.
Cependant cette Église jacobite, aujourd'hui réduite à la plus profonde misère par les progrès de la servitude et de l'apostasie , a la gloire d'avoir jeté les premières semences de la foi chrétienne dans la Nubie et l'Abyssinie. Théodose, durant son exil à Constantinopie, recommanda à sa protectrice la conversion des peuplades noires de la Nubie, .lustinien soupçonna le dessein de sa femme, et fit partir un missionnaire orthodoxe, concurremment au missionnaire jacobite. Théodora fut mieux obéie, et le présideut de la Thébaïde retint le prêtre melchiste,
tandis que le roi nubien et sa cour étaient baptisés dans la communion de Dioscore. Le néophyte nègre reçut avec honneur l'envoyé de Justiuien , mais refusa de modifier la croyance qu'il venait d'embrasser. Pendant plusieurs générations le patriarche d'Alexandrie nomma et ordonna les évéques de la Nubie; le christianisme y domina jusqu'au douzième siècle, et on en retrouve encore des vestiges dans les bourgades de Sennaar et de Dongoia. Ce fut aussi Théodora qui l'emporta en Abyssiuie : on vit une église chrétienne se former dans ce pays lointain; un synode composé de sept évéques y régla la doctrine et le culte ; mais dans la suite Yabuna ou chef des prêtres 1 concentra dans ses mains toutes les fonctions épiscopales , et son influence s'établit si fortement, par une possession longue et incontestée, qu'à une époque assez rapprochée de nous, il eut le crédit de faire chasser les Jésuites portugais , qui avaient apporté en Abyssinie la liturgie de Rome et la doctrine des deux natures.
La propagation du christianisme en Occident présente plus d'intérêt ; car si elle embrasse une étendue de territoire beaucoup moins vaste , elle a du moins des résultats plus ûxes et plus durables, parce que leur principe est puisé dans l'unité catholique. Ce fut en effet de Rome même que partirent les missionnaires auxquels les Saxons de la Grande-Bretagne durent leur conversion ; et la foi chrétienne, telle qu'elle était enseignée par les successeurs des apôtres, fut ensuite portée dans la Bavière, la Franconie, laThuringe et la Frise.
Les conquérants germains de la Grande-Bretagne, ignorant la langue erse que parlaient les Irlandais, et détestant la religion que professaient les Cambriens du pays de Galles, étaient encore plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie à la fin du sixième siècle , lorsque le pape saint Grégoire Ier entreprit de les convertir. Ayant remarqué des esclaves exposés en vente dans les marchés de Rome, il fut frappé de la noblesse de leurs traits, et en apprenant qu'ils appartenaient à la nation des Angles : « S'ils étaient chrétiens, s'écria-t-il , ce ne seraient pas des Angles, » mais des anges. » Alors il fit acheter plusieurs de ces esclaves, les fit instruire dans les doctrines de la foi catholique , et les renvoya dans
» L'abuna fut toujours nommé par le patriarche Cophte qui exagérait à dessein la puissance des priuces nubiens et abyssins. A entendre les Jacobites,ces rois pouvaient mettre eu campagne cent mille cavaliers et autant de chameaux ; ils étaient les mailres de répandre ou d'arrêter les eaux du Nil ; en sorte que la paix et l'abondance de l'Égypte dépendaient de l'intervention du patriarche. (Renaudot, Hist* pttriarch. alex. p. 211, 222. — EtMAcm , Hist, Saracen. p. 9». )
leur pays pour qu'ils instruisissent à leur tour leurs compatriotes. Mais il paraît que ces néophytes répondirent mal aux soins et aux vues du pontife; car l'année suivante (596), Grégoire fit partir pour l'Angleterre le moine Augustin, avec quarante missionnaires romains comme lui. Arrivés à Aix, ceux-ci s'effrayèrent des difficultés de l'entreprise ; ils persévérèrent pourtant , se présentèrent à Brunehaut et à ses deux petits-fils Thierry et Théodebert, et furent accueillis avec respect. Clotaire II, roi de Neustrie, leur permit d'emmener des hommes de nation franque, qui devaient leur servir d'interprètes auprès des Saxons.
Augustin et ses compagnons abordèrent à l'île de Thanet, qui devint le berceau de la conquête spirituelle, après avoir été celui de l'invasion anglo-saxonne. Le roi de Kent , Ethelbert , qui avait épousé , comme nous l'avons vu , une princesse franque et catholique, les reçut avec bienveillance , leur fournit des provisions et des logements, et leur permit de prêcher leur doctrine à Cantorbéry. Ils entrèrent dans cette ville portant une grande croix d'argent et l'image du Christ , firent quelques prosélytes , célébrèrent la messe dans une vieille église bâtie par les Bretons , et frappèrent l'imagination des hommes par leurs austérités et leurs miracles. Ethelbert lui-même donna l'exemple et reçut le baptême , mais sans vouloir contraindre personne à adopter la foi nouvelle (601 ). Cependant elle fit de rapides progrès et se répandit même chez les Saxons orientaux, dont le roi Sisebert embrassa le christianisme. Bientôt Augustin écrivit au pape que la moisson était grande et que les travailleurs n'y suffisaient plus.
Alors une mission auxiliaire arriva sous la conduite de Mellitus et de Laurentius, qui apportèrent à Augustin de sages instructions sur le parti qu'on pouvait tirer des pratiques païennes , en les accommodant aux exigences du christianisme. Les nouveaux venus remirent aussi à Augustin le pallium, insigne du haut épiscopat , et lui firent part du plan d'organisation ecclésiastique que Grégoire avait arrêté dans son esprit. Un siège métropolitain devait être établi à Londres, avec douze évêchés pour suffragants, et un autre à York, quand cette ville serait chrétienne, pareillement avec douze autres. Ce dernier siège, sous les successeurs d'Augustin, ne devait relever que de Rome seule. Mais Augustin crut plus prudent de fixer le premier siège métropolitain de l'Angleterre à Cantorbéry, et demeura dans le palais même d'Ethelbert pour surveiller de plus près le roi nouveau chrétien.
Après avoir ordonné Justus évêque à Rochester, et avoir envoyé Mellitus avec la même qualité à Londres , dans le pays des Saxons
orientaux, il entreprit d'entraîner dans l'obéissance au pape de Borne l'Église semi-schismatique du pays de Galles. Sauf leurs opinions sur la grâce , les Cambriens ne s'éloignaient pas, quant aux dogmes, de la foi catholique ; mais ils observaient des formalités religieuses particulières; leurs évêques n'avaient point de sièges fixes, et leur archevêque, indépendant de toute autorité étrangère , siégait indifféremment à Caérleon ou à Saint-David. Dans deux entrevues successives sur les bords de la Saverne , Augustin somma le clergé breton de le reconnaître pour primat, et de l'aider à convertir les Germains de nie. Les évêques gallois répliquèrent qu'ils ne voulaient avoir aucun rapport avec les envahisseurs de leur pays , ni se soumettre à un homme qui n'était que leur égal. Augustin, en les quittant, leur laissa pour adieu une prédiction menaçante, qui ne tarda pas à s'accomplir. Quelque temps après, un chef païen du Northumberland envahit la province de Powis, dispersa l'armée cambrienne, massacra les religieux de Bangor, et détruisit le monastère lui-même (607). Cet événement eut pour résultat de rendre plus vive encore l'antipathie des deux Eglises.
A la mort d'Augustin , le romain Laurentius prit le titre d'archevêque ; mais il eut à lutter contre l'indifférence et les dispositions hostiles d'Eadbald, fils d'Ethelbert. En même temps Mellitus, chassé de Londres par les lils de Sisebert, vint retrouver Laurentius et Justus dans le pays de Kent, et tous résolurent de repasser en Gaule. Cependant Laurentius voulut faire une dernière tentative sur l'esprit d'Eadbald. La veille de son départ , il fit dresser son lit dans l'église de Saint-Pierre. Le matin il en sortit meurtri de coups, blessé et tout couvert de sang. Dans cet état, il se rendit auprès du roi : « Vois, lui dit-il, ce que m'a » fait l'apôtre Pierre pour me punir d'avoir songé à quitter son trou- » peau. » Le Saxon fut frappé de ce spectacle , et craignit d'encourir lui-même la vengeance du saint qui châtiait si durement ses amis «. Il rendit sa confiance à Laurentius , et promit de ramener ceux qui comme lui étaient retombés dans l'idolâtrie. 11 tint parole ; la foi se ranima dans le royaume de Kent , tandis que Sigebert relevait le christianisme dans le royaume d'Essex (616-620).
Conformément au plan de Grégoire, Laurentius chargea un prêtre romain nommé Paulin, d'accompagner une sœur d'Eadbald, qui allait épouser Edwin, roi du Northumberland, et le consacra d'avance archevêque d'York. L'arrivée de cet étranger au visage brun et maigre surprit
» M. Aug. Thierry, H'ut. de la conquête del'Jnglet terre, tom. Ier, p. 77.
les Northumbriens. Edwin consentit à faire baptiser le fils que lui donna sa nouvelle épouse; mais il résista aux conseils de Paulin, jusqu'au jour où celui-ci, par une apparition mystérieuse, agit si fortement sur l'imagination du roi barbare, qu'il se fit chrétien aussitôt. L'adoption de la foi nouvelle fut mise en délibération dans le wittenagemot ou grand conseil national , et cette assemblée décréta l'abolition de l'ancien culte, dont elle reconnut la vanité et l'impuissance (627). Le grand-prêtre renversa les idoles de sa main : Paulin prit possession de son siège, puis parcourut les contrées de Deire et de Bernicie, baptisant dans les eaux de la Glen et de la Swale tous ceux qui s'empressaient d'obéir à la décision de Y assemblée des sages.
La conversion du Northumberland entraîna celle de l'Estanglie. Ce pays avait déjà reçu quelques prédications des évêques romains ; mais les deux religions s'y maintenaient avec une égale influence , lorsqu'Earpwold se prononça en faveur du christianisme (629). Dans l'État de Wessex, la foi du Christ embrassée par Cynegile, en 635, fut affermie sur des bases plus solides par la conversion tardive de Cen— walch. Le royaume de Mercie, qui s'étendait alors de l'Humber à la Tamise, dut sa conversion à une princesse northumbrienne, épouse do roi Péada(655). Les derniers Anglo-Saxons qui gardèrent leur ancien culte furent ceux des côtes du sud ( Sussex) ; ils n'y renoncèrent rju'à la fin du septième siècle.
Les missionnaires romains avaient essayé à plusieurs reprises de faire reconnaître par l'Église d'Irlande les prétentions que les Gallois avaient repoussées ; mais ils trouvèrent la même résistance. Depuis les prédications de saint Patrick , les Irlandais avaient fait de tels progrès dans la civilisation chrétienne , que leur île avait été surnommée l'Ile des saints. Le fameux Colum ou Colomban, né en 521 , après avoir fondé plusieurs monastères, établit sur un rocher des Hébrides, à Hy ou Iona », une communauté d'hommes, pauvres et laborieux comme lui, qui devint bientôt aussi célèbre que celle de Bangor. De là, traversant sur son bateau d'osier les détroits de la Bretagne septentrionale, il prêcha trente ans l'Évangile aux Pietés et aux Scots. Un autre Colomban, né en Irlande vers 559 », alla étudier à Bangor, puis passa dans
« Hy-Colura-Kill ou île de la cellule de Colum. Elle servit long-temps de sépulture aux anciens rois d'Écosse.
2 Des historiens éclairés d'ailleurs ont confondu les deux Irlandais de ce nom et attribué, mais à tort, les prédications en Ecosse au fondateur dcLuxeuil. (Voy. Usser, De A tu iq. Britanu.)
la Gaule, où il fonda les abbayes de Luxeuil et de Fontaine; il excita contre lui la haine de Brunehaut, par les réprimandes sévères qu'il adressait à Thierry sur la licence de 6es mœurs ; et quand un concile de prélats eut condamné au bannissement le courageux irlandais , les évéques de la Bretagne saxonne, entraînés par un zèle plus politique que charitable, applaudirent à cette injuste sentence. À leurs yeux , le christianisme des Irlandais était d'une nature suspecte , parce que ce peuple ne se soumettait pas à la suprématie de l'Eglise de Rome.
Aussi les successeurs de Laurentius usèrent de leur ascendant sur les rois anglo-saxons pour contraindre les Gallois, que leur position rendait plus accessibles que les Irlandais aux armes spirituelles et temporelles. Telle était la répugnance de ces derniers, qu'ils aimaient mieux s'adresser à l'Eglise de Constantiuople pour prendre conseil sur les difficultés théologiques. Mais peu à peu cet esprit de liberté devint moins vif. Vers le milieu du huitième siècle , un évêque gallois se mit à célébrer la fête de Pâques au jour prescrit par les conciles catholiques. Les autres protestèrent, puis suivirent son exemple, et enfin la fierté nationale s'accoutuma à une dépendance, qui pourtant ne fut jamais aussi complète que celle de l'Angleterre.
Là, les rois établirent le denier de saint Pierre, fondèrent de nombreux couvents selon la règle de Saint-Benoît, les dotèrent avec munificence et convoquèrent les thanes , les évéques, les comtes à la consécration des monastères, comme à une solennité nationale. Pendant plus de deux cents ans, l'Église d'Angleterre se distingua par son dévouement au Saint-Siège, et la cour romaine transforma par degrés sa primauté religieuse en suzeraineté politique. Aussi quand elle vit cette soumission s'affaiblir, ces liens si étroits se relâcher , quand le clergé saxon, lui-même, prétendit n'être plus soumis envers la papauté qu'à ces devoirs de respect, que le clergé breton avait offert de rendre au pontife romain , des censures redoutables punirent la désobéissance de ces fils égarés, et de nouveaux conquérants, armés de l'étendard de saint Pierre, vinrent prendre possession du sol anglais.
La conversion des peuples barbares de la Germanie offrit de plus grandes difficultés que celle des Anglo-Saxons. Les Bavarois, qui dès le temps de Thierry Ier, fils de Clovis, 'avaient embrassé le christianisme, étaient retombés dans leur idolâtrie, à la faveur des dissensions qui divisaient les Mérovingiens. A la fin du septième siècle, une fille de Ghildebert III convertit son mari Théodon III, duc de Bavière, qui fut baptisé , dit-on , par un prélat issu du sang royal , Rupert, évôque de
Worms. Rupert ayant renoncé à son siège pour répandre parmi les Gentils la parole divine» s'arrêta à Juv<wia> depuis nommé Saltzbourg, et y fonda une église métropolitaine. Après la mort de ce saint homme, que les Bavarois reconnaissent pour leur apôtre (718), l'irlandais Virgile continua son œuvre de prédication. Nommé malgré lui évêque de Saltzbourg, il dédia une église à saint Rupert, et eut la gloire de convertir les Carinthiens.
Ce fut aussi l'irlandais Colomban, dont nous avons parlé plus haut, qui enseigna le premier la foi chrétienne aux montagnards de l'Helvétie^ Conduit à Nantes par l'ordre de Brunehaut, il fut rejeté sur les côtes par la tempête, gagna les États de Théodebert II , roi d'Austrasie, alors en guerre avec son frère, détruisit les restes du paganisme sur la rive gauche du Rhin, et apprit aux habitants de l'autre bord à pratiquer la vraie foi et à cultiver la terre. Aidé de ses disciples Maug et Gall , il prêcha l'évangile aux Suèves qui habitaient autour du lac de Genève ; il consacra à Jésus-Christ un temple élevé sur les ruines de Bregentz, et où les Allemanni adoraient Wodan, planta des jardins et fonda des couvents, qui plus tard devinrent des villes. Lorsque Théodebert eut été vaincu et tué par Thierry, Colomban privé de ce puissant protecteur passa en Italie, et bâtit au pied de l'Apennin l'abbaye de Bobbio, où il mourut en Cl 5. Un autre Irlandais, Kilian, baptisa un grand nombre de néophytes dans la Franconie, vers 686, et un demi-siècle plus tard, saint Boniface établit dans ce pays, en faveur de Burchard, l'église épiscopale de Wurtzbourg ( Herbipolis ).
Les prédicateurs anglo-saxons, tels que saint Wigbert, premier abbé de Fritzlar, mort en 747, saint Wilfrid, archevêque d'York, qui travailla à la conversion des pécheurs de la Frise, méritent sans doute la reconnaissance des peuples germains ; mais leur gloire est surpassée par la juste renommée de saint Willebrord et de saint Boniface. Le Northumbrien Willebrord, après s'être instruit à l'abbaye de Rippon et dans les monastères d'Irlande, passa dans la Frise en 690 ; soutenu par la'protection des Héristal , il lutta avec persévérance contre i'obsti-
de prosélytes. Investi du pallium par le pape Sergius, il fonda l'évêché d'Utrecht, explora toute la côte germanique jusqu'à la Chersonèse danoise , porta la parole de Dieu parmi les Saxons de l'embouchure de l'Elbe, et expira après quarante ans de fatigues et d'apostolat (730). Son disciple Winfrid, né dans le Devoushire, passa sa jeunesse dans l'école d'Exeter : ordonné prêtre à trente ans , il se voua au salut des Frisons •