‹ Histoire générale du moyen-ageChapitre 25 sur 42 · CHAP. XXI · texte numérisé non relu

CHAP. XXI

et des Bataves , et fit son noviciat apostolique sous la direction de Willebrord. Il tourna d'abord ses efforts du côté des Hessois et des Thuringiens, auxquels il persuada d'abjurer l'idolâtrie. Dans un voyage à Rome, en 723, Il fut nommé évéque régionnaire de la Germanie par Grégoire II, et changea son nom anglais pour le nom romain de Boniface , si bien justifié par ses actions. De retour , il continua de travailler à la conversion des Frisons, parmi lesquels la mort de Radbod et l'influence de Charles-Martel rendaient plus faciles les progrès du christianisme. En 732, Boniface reçut le pallium de Grégoire III, avec la permission d'ériger des évêchés dans les pays nouvellement convertis. Il visita alors les églises naissantes de Bavière , qu'il distribua entre quatre évêchés, Saltzbourg, Frisingue , Passau et Ratisbonne, fonda deux autres sièges dans la Hesse et la Thuringe , établit saint Wilbaud à Eischtad , et vint présider en France les conciles de Leptines et de Soissons. Lorsque le pape Zacharie eut rendu à l'église de Mayence la dignité de métropole (746), Boniface fut mis en possession de ce siège important , et exerça pendant quelques années sur toute la Germanie chrétienne une juridiction absolue, comme vicaire des pontifes de Rome, dont il servit aveuglément les intérêts et la politique.

Comblé d'honneurs spirituels et vieilli par les fatigues autant que par les années , il n'en résolut pas moins de se démettre de son siège pour finir sa vie comme il l'avait commencée , par les rudes travaux de l'apostolat. Avant d'exécuter son projet, il écrivit au prêtre Fulrade la lettre suivante : « Je te prie maintenant, au nom du Christ, d'aller trou- » ver en mon nom notre glorieux et aimable roi Pépin, de le remercier » de toutes les œuvres de piété qu'il a faites avec moi , et de lui annon- » cer que je dois vraisemblablement succomber bientôt à mes infirmités » et finir le cours de cette vie temporelle. Aussi je voudrais avant ma » mort savoir quelle récompense il réserve à mes fidèles amis. Je suis » inquiet de leur sort, désirant qu'ils ne soient pas dispersés comme des » brebis sans pasteur , et que les peuples qui habitent la frontière des *> païens ne perdent pas la loi du Christ. Je désirerais que mon fils Lui le » me succédât, s'il plaît au roi, comme docteur et prédicateur des prêtres » et des peuples, et je demande cela surtout parce que mes prêtres » mèuent là une pauvre vie. Ils peuvent se procurer du pain pour raan- » ger, mais non des vêtements pour se couvrir1. » Ses vœux furent exaucés. Lulle fut nommé évéque de Mayence, du consentement du roi

» Ap. D. Bouquet, Script. Franc, tom. V, p. 483.

et du pape, et Pépin promit de veiller au sort des colonies apostoliques.

Libre de ce côté , Boniface retourna simple missionnaire dans les bois et les marais de la Frise païenne, sur les bords du Zuiderzée , pays infécond pour la semence divine, dit son agiographe. II y trouva le martyre. Après avoir établi son campement près de Dorckum , il avait renvoyé ses néophytes, leur donnant rendez- vous pour le jour de leur confirmation. Le matin de ce jour (5 juin 755), une troupe de païens pénétra dans les tentes et massacra l'illustre vieillard avec cinquante de ses compagnons. Son corps d'abord déposé à Utrecht , fut enseveli par Lulle au monastère de Fulde qu'il avait fondé *.

La mort de Boniface fut vengée par les armes de Pépin ; mais la révolution était accomplie. La barbarie germanique s'était ouverte à l'action de la civilisation chrétienne, et dès-lors l'Austrasie pouvait espérer la soumission des tribus saxonnes , qui avaient conservé la liberté et le culte de leurs pères. Déjà les disciples de Willebrord et de Boniface avaient enseigné aux Westphaliens les premiers éléments de la foi. La résistance cependant fut énergique et longue; et il fallut, pour assurer le triomphe des missionnaires, les coups victorieux et répétés de l'épée de Charlemagne.

» Cette école fondée au centre de la barbarie germanique devint la lumière de l'Occident. (Voy. la cbarte de confirmation du monastère de Fulde, op. I). Bouquet, Loc.

citât. )

Page 1