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LE-GRAND JUSQU'A CHARLEMAGNE

Lillérature grecque. — Ecole d'Athènes. — Pères de l'Église. — Jean Chrysostôme.

— Synésius. — Historiens ecclésiastiques. — Historiens profanes. — Zosime. — Procope. — Géographes. — Sciences exactes. — Médecine. — Jurisprudence. — Lexicographes. — Poésie païenne et mythologique. — tfpigrammatistes. — Romanciers. — Héliodore. — Longtis. — Littérature latine. — Pères de l'Eglise. — Saint Jérôme. — Saint Augustin. — Autres docteurs en Italie , en Gaule , en Espagne.

— Historiens sacrés et profanes. — Grégoire de Tours. — Gildas. — Béda. — Légendes. — Epislolographes. — Poésie. — Claudien. — Paulin de Noie. — Avitus. — Fortunat. — Philologues et grammairiens. : — Boèce. — Beaux-arts. — Calligraphie. — Musique. — Architecture. — Rotonde de Ravenne. — Église de Sainte-Sophie.

Pendant les deux périodes que nous avons parcourues , la décadence littéraire préparée par la corruption du goût et des mœurs, fut accélérée par l'invasion des Barbares et par la terrible secousse que cette révolution imprima à la société. L'Église, qui contenait les germes puissants de la civilisation nouvelle, recueillit dans son sein les débris de la civilisation antique. Mais le travail de régénération intellectuelle fut progressif et lent, surtout en Occident où il suivit la marche des institutions et fut long-temps entravé par la pénible formation des langues modernes. En Orient, la protection des Césars de Bysance soutint à leur déclin les lettres et les sciences qui trouvèrent dans la ville de Constantin un asile contre la conquête musulmane, et plus tard furent accueillies à Bagdad , quand les Arabes eurent compris qu'un peuple n'est grand qu'à condition d'être éclairé.

Littérature grecque. — - L'école néoplatonicienne d'Alexandrie, héritière des anciennes traditions philosophiques , mais fortement empreinte du mysticisme oriental, avait été fermée par Constantin, rouverte par Julien et menacée de nouveau par Théodose. Le massacre d'Hypatia, en 415, lui porta le dernier coup; et les Platoniciens se retirèrent à Athènes où Syrianus dirigea l'enseignement jusqu'à l'année 450. Après lui, Proclus fondit dans un éclectisme universel tous les systèmes antérieurs et employa les puissantes facultés qui le distinguaient à l'étude

de toutes les branches des connaissances humaines. Mais sa persistance à défendre la cause désormais perdue du polythéisme rendit ses efforts inutiles et son génie impuissant. Il mourut en 485, laissant l'héritage de sa science et de sa doctrine à des disciples distingués, parmi lesquels on remarque Marinus, Hermias, Olympiodore, Simplicius. Ce dernier, connu comme physicien et moraliste, se montra l'ennemi de la magie et des superstitions théurgiques. L'école d'Athènes fut fermée sous le Syrien Damascius, par un édit de Justinien Ier (529). Les Platoniciens dispersés se réfugièrent en Perse auprès de Chosroès Nuschirwan , qui ne leur permit pas de s'établir dans ses États , mais stipula leur rentrée dans l'Empire. Rigoureusement surveillé par Justinien , le Néoplatonisme s'éteignit avec les derniers restes de l'idolâtrie.

L'église chrétienne sentit de bonne heure la nécessité de combattre les erreurs propagées par cette école, et ses docteurs s'illustrèrent en se consacrant à la défense et à l'exposition de la foi qu'ils soutinrent également contre les attaques sans cesse renaissantes de l'hérésie. A la suite des Athanase, des Basile, des deux Grégoire, il faut citer saint Jean-Chrysostôme, appelé sous Arcadius à remplir le siège de Constantinople. L'élévation de son esprit et la fermeté de son caractère lui donnèrent dans l'Empire une immense influence. Il sauva Eutrope de la fureur du peuple et apaisa le farouche Gainas, qui demandait la mort des autres grands officiers du palais : « Je suis le père commun de tous, disait-il en » cette occasion , et je dois penser non-seulement à ceux qui sont debout, » mais encore à ceux qui sont tombés : c'est pour cela que je me suis quel- » que temps éloigné, faisant des voyages, usant de conseils et de prières » pour sauver de la mort les principaux de l'Empire. » Persécuté par l'impératrice Eudoxie , il répondit par ces éloquentes invectives : « Vous » savez, mes amis, la véritable cause de ma perte : c'est que je n'ai point » tendu ma demeure de riches tapisseries : c'est que je n'ai point revêtu » des habits d'or et de soie ; c'est que je n'ai point flatté la mollesse et la » sensualité de certaines gens. Il reste encore quelque chose de la race de v Jézabel. Hérodiade demande encore une fois la tête de Jean, et c'est » pour cela qu'elle danse z. » Exilé, puis rappelé, puis banni de nouveau, il remua tout l'Orient du fond de son exil. On le relégua plus loin encore, il mourut en chemin (407); mais ses ouvrages ont survécu comme les plus beaux modèles de l'éloquence chrétienne. Son style a la splen-

1 M. Villkm mb , De l'éloquence chrétienne dans le quatrième siècle, Nouveaux m*. langes littéraires , p. 283.

dcur du ciel de la Grèce , et l'austère morale est parée chez lui des grâces de la poésie.

Un des persécuteurs de Chrysostôme , ce même Théophile , patriarche d'Alexandrie, qui dévasta le Sérapiou, eut du moins la gloire d attirer au christianisme le riche et savant Synésius. Marié et à demi païen, Synésius fut nommé évéque de Ptolémals dans la Cyrénaïque et garda sa femme et ses opinions. Poète et philosophe, il se plut à célébrer dans ses vers majestueux la grandeur de Dieu , sa triple unité, la rédemption des âmes et le commencement d'une loi plus douce pour l'univers. « Une voix harmonieuse vole autour de moi, s'écrie- t-il dans une de ses » hymnes; que va donc enfanter en moi la divine parole? Celui qui est » à soi-même son commencement, le conservateur et le père des êtres , » sur les sommets du ciel couronné d'une gloire immortelle, Dieu repose » inébranlable. Unité des unités, monade primitive, il confond et enfante » les origines premières. De là jaillissant sous sa forme originelle , la » monade mystérieusement répandue reçoit une triple puissance. La » source suprême se couronne de la beauté des enfants qui sortent d'elle >» et roulent autour de ce centre divin ». » Synésius, disciple de Platon, n'en fut pas moins un évéque courageux : il excommunia le cruel Andronicus , préfet de la province , et quand son pays fut envahi par les nomades du désert, il sut par ses exhortations décider les habitants de Ptolémaïs à repousser les Barbares. Mais ceux-ci se rejetèrent sur les autres villes, qui furent dévastées, et Synésius sembla disparaitre au milieu des ruines de la Cyrénaïque. Du moins l'histoire nous laisse ignorer la date précise de sa mort (vers 430.)

Les autres docteurs de l'Église grecque, furent saint Cyrille d'Alexandrie, dont le zèle intolérant causa bien des désordres, les deux Théodoret, l'un de Mopsuète, l'autre de Cyrus, dont les controverses n'offrent pas toute l'orthodoxie désirable, Jean-le-Jeûneur, Jean Philoponus, et saint Jean de Damas, qui fut en Orient le dernier interprète remarquable de la religion. Conseiller du khalife Walid , puis moine de Saint-Sabas à Jérusalem , il appliqua à la démonstration des dogmes chrétiens la philosophie d'Aristote , qui avait prévalu sur celle de Platon , et prépara la scolastique du moyen âge. Comme Origène , il évita difficilement le dangereux écueil qui consiste à expliquer la révélation par la métaphysique profane (mort en 756).

Les principaux historiens ecclésiastiques qui écrivirent en grec pendant

* M. Villemaiw , De l'éloq. chrét. dans le quatrième siècle , Ib'td. p. 305.

cette période, sont Théodoretde Cyrus dont nous avons parlé et Socratele-Scolastique. Tous deux embrassent le laps de temps compris entre l'avènement de Constantin et Tannée 429. Le travail de Socrate fut refondu par Sozomène et continué par un autre avocat, Evagrius, qui suivit la marche des événements jusqu'à la fin du sixième siècle. L'abrégé de Philostorge est utile, bien que cet auteur penche en faveur des Ariens.

Les historiens profanes, Eunapius continuateur de Dexippus, et Olympiodore continuateur d'Eunapius, fournirent des documents à Zosime païen comme eux, et auteur de V Histoire des Empereurs. Celui-ci ne craignit pas d'attribuer la décadence et les maux de l'Empire à l'introduction du nouveau culte, et cette préoccupation chagrine nuit à l'impartialité de ses jugements. La relation faite par Priscus de son voyage auprès d'Attila est à peu près tout ce qui nous reste de V Histoire bysantine qu'il avait composée. On doit aussi regretter de n'avoir que des fragments de l'Ambassade de Nonnosus dans l'Ethiopie et l'Arabie -Heureuse. Le règne de Justinicn trouva un historien éminent dans Procope, secrétaire de Bélisaire, témoin et acteur des événements qu'il raconte. Il s'abaissa cependant à la flatterie dans son travail public, et se dédommagea au contraire par les détails satyriques les plus licencieux, dans ses Mémoires secrets où il attaqua sans ménagement la femme de son souverain et celle de son bienfaiteur. A la suite de Procope, Agathias et Ménandre, quoique loin d'égaler leur modèle, nous ont transmis de précieux détails sur les Perses, les Goths, les Francs, les Huns et les Avares.Théophilacte, continuateur de Ménandre, écrivit une histoire qui se termine à la mort de l'empereur Maurice, dont il déplore librement la destinée malheureuse. Le septième siècle et la première partie du huitième ne comptent pour l'empire Bysantin aucun historien digne de ce nom.

Les travaux des géographes grecs de cette époque ne peuvent guère servir qu'à l'intelligence de leurs devanciers et ne font point avancer la science. Le Périple de Marcien d'Héraclée fait mieux comprendre Strabon et Ptolémée. Les Ethniques d'Etienne de Bysance ne nous sont parvenus qu'abrégés d'une façon maladroite par le grammairien Hermolaùs. Cependant l'Egyptien Cosmas a rassemblé dans sa Cosmographie chrétienne des notions exactes sur la Chine et l'Inde, qu'il avait visitées ; mais il est d'une grande ignorance en astronomie et en physique.

En effet, les sciences exactes ne sortirent pas du petit cercle des néoplatoniciens parmi lesquels elle paraissent même avoir fait peu de pro-

grès. Hypatia, comme son père Théon, tira parti de la méthode rigoureuse suivie en géométrie, et Diophante inventa, dit-on, les premiers éléments de l'algèbre. Proclus écrivit un Abrégé d'Astronomie, un Traité de la Sphère et des Commentaires sur Euclide et Ptolémée, mais sans attacher son nom à aucune découverte importante. Ànthémius de Tralles, architecte de Sainte-Sophie , fit un Traité sur la Mécanique. La chimie encore dans l'enfance s'entoura du vain prestige des recherches occultes. Etienne d'Alexandrie, médecin du septième siècle, enseigna dans sa Chrysopée le merveilleux secret de faire de l'or et séduisit les imaginations par l'espoir d'obtenir la Pierre philosophai.

Les doctrines de l'école d'Alexandrie influèrent aussi sur la médecine. Priscien publia, au commencement du cinquième siècle, un Traité de Médecine en quatre livres d'après les principes de Galien. Aétius, archiâtre des gardes de Justinien, en fit un autre où abondent les idées chimériques sur la puissance des talismans et des spécifiques secrets. Alexandre de Tralles, auteur d'une Thérapeutique et d'un Mémoire sur les vers intestinaux, préféra souvent les données positives de l'expérience aux opinions toutes faites de ses devanciers, et a mérité d'occuper la troisième place après Hippocrate et Galien. Paul Eginète , mort vers 650, publia un Abrégé des Connaissances Médicales de son temps. Ses recherches en chirurgie et dans l'art des accouchements ont sauvé son nom de Y oubli.

La jurisprudence, comme l'histoire, compte quelques hommes éminents. Théophile, Théodore, Dorothée, Anatolius accomplirent, sous la la direction de Tribonien, les grands travaux de législation qui honorent le règne de Justinien. Mais ces recueils, à l'exception des Novelles, furent rédigés en latin. Théophile écrivit des Commentaires grecs sur les Institutes et les Pandectes. Jean d'Antioche fut chargé de mettre d'accord dans un Piomocanon les décrets des conciles et les constitutions impériales. Sous Justinien II, Rufus publia une collection de lois militaires, et un autre juriconsulte compila les décisions relatives à l'agriculture pour en former un code rural.

A cette période appartiennent les premiers lexicographes presque tous sortis de l'école d'Alexandrie, tels qu'Hésychius , Helladius, Philoxemis, auteurs de Glossaires et de Chrestomathies. La perte du Lexique Technologique qu'avait composé Philémon est regrettable. Aussi doiton remercier le philologue Stobée de nous avoir conservé dans ses Conseils à son fils des extraits variés, tirés de plus de cinq cents auteurs dont les ouvrages ont succombé à l'action du temps ou aux dévastations des hommes.

Mais la langue grecque dont on rassemblait les trésors, ne trouva pas dans une période de près de trois siècles un seul poète de génie qui sut les mettre en œuvre. A part Synésius, qui s'éleva quelquefois à la hauteur des anciens lyriques en peignant les magnificences du christianisme, la poésie de cette époque fut exclusivement païenne et mythologique, mais sans inspiration et sans couleur. Nonnus de Panopolis écrivit sous Arcadius un poème épique en vers hexamètres, sur les exploits de Bacchus, Dionysiaques : Quintus de Smyrne dans ses Paralipomènes continua l'Iliade d'Homère jusqu'à la prise de Troie. Le poème de Hêro et Léandre, ouvrage du grammairien Musée, appartient aussi au cinquième siècle, quoiqu'on ait prétendu l'attribuer au Musée contemporain d'Orphée. L'Égyptien Goluthus et l'obscur Tryphiodore, son compatriote, retracèrent en vers médiocres l'enlèvement d'Hélène et la prise de Troie. Mais les exploits de Bélisaire et de Narsès ne purent réveiller la muse engourdie ou servile de leurs contemporains. Héraclius plus heureux inspira un poème en treize chants à Georges de Pisidie, qui célébra les expéditions contre les Perses et la défaite des Avares.

Le genre épigrammatique , entendu dans le sens général de poésies fugitives, est le seul qui ait été cultivé avec quelque succès. Pallas s'acquit par ce moyen, à la cour d' Arcadius, une réputation facile et éphémère. PauMe-Silentiaire, qui composa en outre quelques poèmes descriptifs, le consul Macédonius, l'historien Agathias, méritent aussi d'être mentionnés. Ce dernier rassembla un grand nombre d'épigrammes qu'il distribua en sept livres, suivant le sujet de chacune de ces pièces de vers1.

La littérature grecque en prose s'enrichit à cette époque d'un genre nouveau inconnu à l'antiquité. Le roman, héritier des fables milésiennes, se plaît à raconter des aventures fictives auxquelles une intrigue amoureuse sert de lien commun. Mais ce genre de composition, qui devait obtenir une si grande importance littéraire au moyen âge et dans les temps modernes , est stérile entre les mains des Grecs, parce qu'on ne trouve pas chez eux la peinture vraie des mœurs et de l'état social. L histoire de Thcagèneet de Chariclée, qui plaisait tant à notre Racine, est l'œuvre du Syrien Héliodore. Cet écrivain vécut sous Théodose-le-

1 C'est ce qu'on appelle le Cycle d' Agathias, qui servit de modèle, dans les siècles postérieurs, à Constantin Képhalas et à Planude , auteurs des deux anthologies grecques que nous possédons. Elles ont été refondues par Brunck sous le litre d'Analec/a veterum poetarum grœcorum.

Grand et devint évéque de Tricca en Thessalie ; et, en admettant qu'il ait composé son livre avant sa conversion, on sent cependant, à une sorte de pureté morale et de réserve délicate, qu'il était déjà initié aux idées chrétiennes. On ne peut en dire autant des amours de Leucippe et de Clitopkon, par l'alexandrin Achille Tatius, dont les tableaux licencieux ont été sévèrement blâmés par le savant Huet. La gracieuse pastorale de Daphnis et Chloé, qui porte le nom de Longus, est d'un style si élégant et si correct qu'il est impossible de la placer à une époque de complète décadence, et que dans l'incertitude où Ton est sur l'existence de Longus, on ne peut descendre plus bas que la fin du cinquième siècle. Cette composition a certainement donné l'idée de Paul et Virginie; mais l'auteur français l'emporte sur l'auteur grec, autant par le naturel du style que parla pureté des sentiments. Les amours aVAbrocome et d'An* Ma, par Xénophon d'Ephèse, offrent aussi une lecture agréable. Ceux de Chérèaset de Callirhocy d'Ismènias et d'Ismène, etc., furent écrits à des époques incertaines, mais dont la date peut se reconnaître à une décadence progressive. A chacun de ces ouvrages, cette admirable littéture grecque dont ils sont le faible et dernier produit semble baisser d'un degré

Littérature Latine. — Les Pères et les Docteurs de l'Église latine se distinguent des écrivains sacrés de l'Orient par une éloquence pleine d'onction et de mélancolie, mais qui n'a point la splendeur et la pompe de la langue grecque. La recherche et le faux goût se font sentir dans leurs ouvrages plus encore que dans ceux des Pères grecs de la même époque. Le fameux saint Ambroise, évêque de Milan, n'est pas exempt de ces défauts, toutes les fois que son éloquence n'est pas inspirée par ces mouvements de l'âme qui prêtaient à sa voix tant de noblesse , lorsqu'il redemandait à Maxime le corps de Gratien, ou interdisait à Théodose coupable l'entrée du temple de Dieu. Le dalmate saint Jérôme, dans une position moins élevée que saint Ambroise, exerça cependant sur son siècle une plus grande influence. Après avoir enseigné la religion à Rome, il voyagea en Orient, et dégoûté des plaisirs mondains s'enfuit dans un désert de la Syrie. II le quitta quelque temps après, fut ordonné prêtre à Antioche , puis retourna dans les sables de la Syrie et de la Judée, changeant sans cesse de solitude et de cellule. Enfin il se fixa à Bethléem, où il partagea son temps entre la traduction des Écritures et l'étude des auteurs profanes, dont le charme l'entraînait malgré lui.

» Voy. Y Essai sur les romans grecs, par M. Villemaiu.

« Homme faible et misérable, • s'écrie-t-il avec anxiété» « je jeûnais » avant de llreCicéron ; après plusieurs nuits passées dans les veilles , » après des larmes abondantes que m'arrachait le souvenir de mes fau- * tes, je prenais Platon. Lorsqu'ensuite revenant à moi, je m'attachais » à lire les prophètes, leurs discours me semblaient rudes et négligés. » Aveugle que j'étais j'accusais la lumière! » Appelé à Rome par le pape Damase, Jérôme y reparut dans toute la maturité de l'âge et du génie; mais lesillustres amitiés qu'il y contracta et l'énergie de ses réprimandes excitèrent contre lui les traits de la calomnie. Il retourna dans sa chère Bethléem et de là remplit l'Occident de sa renommée. Ses controverses ardentes et suivies contre les hérétiques, ses querelles avec Ruffin d'Aquilée lui laissèrent encore le temps décomposer, outre ses Commentaires sur V Écriture sainte et ses nombreux traités, une continuation de ta chronique d'Eu&èbe , une Biographie des auteurs ecclésiastiques et la Vie des Pères du désert. Jérôme prolongea jusqu'en 420 sa laborieuse carrière et expira dans sa retraite à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

Saint Augustin, né à ïagaste, dans la province de Carthage, se laissa d'abord entraîner aux plaisirs des sens et crut trouver la vérité dans la métaphysique subtile et merveilleuse des Manichéens. Converti à Milan par saint Ambroise, il se prépara au baptême par une solitude consacrée à la méditation et à la prière ; puis il retourna en Afrique avec sa famille et ses amis. Elevé à l'évéché d'Hippone, il fut la dernière gloire de cette église d'Afrique qui allait périr sous les coups des Vandales. Pendant qu'il fondait des hôpitaux et des monastères, instituait des distribu tions d'aumôues et prêchait aux païens la parole de Dieu , il combattait sans relâche les Manichéens, les Pélagiens, les Donalistes, portait ses regards et ses travaux sur tout le monde chrétien, retraçait dans ses Confessions les orales de sa jeunesse et les transformations de sa pensée, enfin composait la Cité de Dieu, magnifique exposition de la foi chrétienne qui a servi de modèle à Bossuet. Ce fut les yeux attachés sur cette cité céleste qu'il mourut en 430 pendant le siège d'Hippone par les Vandales.

« On ne trouve pas dans saint Augustin , dit M. Villemain , ce beau » langage et ces grâces éloquentes de l'Asie chrétienne. II ne parle pas » pour Antioche et pour Césarée , il est plus sérieux et plus inculte ; » souvent il est barbare sans être simple, parce que la barbarie d'un » peuple en décadence a quelque chose de subtil et de contourné. Mais » son âme est inépuisable en émotions neuves et pénétrantes. C'est par » la qu'il ravissait les cœurs, qu'il faisait tomber les armes des mains

» à des hommes féroces, accoutumés à s'entre-déchirer. Nul art, nulle » méthode ne règne dans ses discours. Ils diffèrent autant des belles ho- » mélies de Chrysostôme , que les mœurs rudes des marins d'Hippone » s'éloignaient des arts et du luxe de Gonstantinople1. »

Au milieu du chaos des invasions barbares , les grands génies disparaissent; mais on recueille encore un assez grand nombre de noms distingués. Tels sont en Italie, Pierre Chrysologue, évéque de Ravenne, auteur de sermons précis et même élégants, Maxime de Turin, orateur sacré, et le pape saint Léon dont l'éloquence toucha le cœur d'Attila. Au règne de Théodoric se rattachent Ennodius, évéque de Pavie, orateur et controversiste qui n'a point laissé d'ouvrages remarquables , Boèce, qui se servit des armes d'Aristote pour défendre la trinité et les deux natures de Jésus-Christ , Cassiodore, auteur de Vinstitulion des divines Écritures, qui se consacra dans sa retraite à instruire les religieux confiés à sa direction. On doit citer aussi Benoit de Nursia, fondateur du célèbre monastère du Mont-Cassin et de l'ordre qui porte son nom, le Scythe Denys-le-Petit qui, transplanté dans un couveut de Rome, fixa le premier la chronologie d'après Tannée de l'Incarnation, et créa la jurisprudence ecclésiastique en recueillant les canons et les décrétâtes des pontifes romains 2 ; enfin le pape saint Grégoire- le- Grand qui, outre ses lettres et ses sermons, écrivit une règle pastorale et une exposition du livre de Job.

La Gaule s'honore d'avoir donné naissance à Cassien, fondateur du monastère de Lérins en Provence, à Claudianus Mamertus de Vienne, qui combattit Faustus, évéque de Riez , et établit sur des raisons solides la spiritualité de l'âme ; à Salvien qui né à Trêves s'appropria les défauts et les qualités des hommes du Midi dans son fameux traité du gouvernement de Dieu. De l'école de Vienne sortit cet Avitus qui illustra son épiscopat par la conversion des Bourguignons au catholicisme. Le style de ses épitres et de ses homélies est moins pur que celui de ses poèmes.

En Espagne , le pannonien Martin, évéque de Braga, qui convertit

également les Suèves, composa plusieurs traités moraux où 11 imita as-

' M. ViLLBMAur , De l'Éloquence chrétienne dans le quatrième siècle, p. 443.

' Les décrétâtes authentiques ne commencent qu'au pontificat de saint Sirice. Mais au commencement du neuvième siècle le faux Isidore fabriqua des décrélales qu'il attribua aux premiers successeurs de saint Pierre et dans lesquelles il avança des principes qui avaient pour but d'étendre les droits de la primauté romaine et de ménager aux papes un pouvoir jusqu'alors inconnu dans l'Eglise. Ces décrétâtes, longtemps reçues comme, vraies daus plusieurs recueils de canons, ont été démoutrées fausses par Blondellu» , Febronius et le P. Coustaut.

sez heureusement le style et la manière de Séncquc. Dans le septième siècle Isidore de Carthagène, archevêque de Séville, dicta les décisions de plusieurs conciles, réforma la liturgie mosarabique et s'occupa avec succès de commentaires sur la Bible et de traités sur la discipline.

Il est difficile de séparer parmi les Occidentaux l'histoire ecclésiastique de l'histoire profane, parce que la seconde, même dans les chroniqueurs de cet âge, est comme le corollaire de la première. Ruffin d'Aquilée traduisit en latin V Histoire ecclésiastique de l'évêque de Césarée ; Gennadius continua jusqu'à la fin du cinquième siècle les Hommes illustres de saint Jérôme; Orosede Tarragone, dans son Abrégé de V histoire du monde y se proposa pour modèle la Cité de Dieu de saint Augustin ; Sulpice Sévère écrivit la biographie de saint Martin de Tours et une Histoire sacrée préférable à l'Historia tripartita qu'Epiphane-le-Scolastique compila par l'ordre de Cassiodore ; Prosper d'Aquitaine résuma sous forme d'Annuaire les chroniques d'Eusèbe et de saint Jérôme qu'il mena jusqu'à la prise de Rome par Genseric; Idace, évéque de Lemica, dont la chronique s'arrête à l'an 477, est le seul qui nous ait transmis quelques indications positives sur l'invasion des Goths et des Suèves en Espagne ; Victor l'Africain, Marius d'Avenche et, à la fia dusixième siècle, Jean de Biclaro, complétèrent les chroniques de Prosper et d' ldace. Dans le siècle suivant Isidore de Séville continua l'histoire des Goths , et publia une Chronique universelle. Cassiodore avait aussi écrit l'histoire des Goths, mais nous ne pouvons la juger que par l'abrégé déclamatoire de Jornandès.

Grégoire, évêque de Tours, éleva un monument plus durable. Malgré sa crédulité et la rudesse de son stylé, l'exactitude et la bonhomie recommandent son Histoire ecclésiastique des Francs. Ce travail, si précieux pour nous, embrasse sans ordre et sans méthode le sacré et le profane. A côté du récit d'une bataille, c'est une discussion de moines. Ce qu'il prodigue le plus, ce sont les miracles et les légendes merveilleuses qui ont pourtant leur intérêt comme expression des idées de l'époque. Grâce à lui, nous connaissons nos anciennes annales depuis Clovisjusqu'àlamort de Gontran en 593. Son continuateur Frédégaire, qui ajoute aux défauts de Grégoire de Tours une sécheresse fastidieuse, s'arrêta à l'année 641 , et d'autres continuateurs, la plupart anonymes, conduisirent le récit des faits jusqu'à l'avènement de Charlemagne. Ce que nous savons de plus curieux sur la conquête anglo-saxonne est dû à un moine de Dumbritton nommé Gildas, qui se réfugia dans l'Armorique et y écrivit son livre De excidio Britanniœ. On pardonne à l'exagé-

ration du style en faveur de la douleur patriotique et légitime qui emporte l'écrivain. Dans la première moitié du huitième siècle, Beda-le- Vénérable, élevé à l'abbaye de Weymouth, cultiva les lettres sacrées et profanes. Son histoire, assez exacte pour les faits comtemporains, n'est dépourvue ni de clarté ni de précision. Ses ouvrages dogmatiques annoncent plus de lecture et d'érudition que de discernement et de critique.

En général, les compositions historiques obtinrent une réputation moins prompte et un succès moins certain que les légendes dont les actes des Martyrs et la Vie des Pères du désert avaient donné l'idée. Les agiographes altérèrent sans scrupule la vérité pour donner plus de relief aux pieux personnages qu'ils mettaient en scène. Toutefois ces petits drames ont une grande valeur pour la peinture des mœurs, au sixième, septième et huitième siècle. Une source plus utile pour l'histoire se trouve dans les relations épistolaires entre les personnages influents qui sont ordinairement revêtus de hautes dignités ecclésiastiques. C'est ainsi que Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, nous fait connaître l'état de la Gaule méridionale sous les Visigoths, et que l'administration de Théodoric revit dans les épîtres de son ministre Cassiodore. Les lettres d'Avitus, évêque de Vienne , de Didier, évêque de Cahors, nous initient aux événements politiques auxquels ils se trouvèrent mêlés , et celles du pape saint Grégoire montrent le siège apostolique préludant à sa victorieuse influence.

La décadence littéraire en Occident est moins sensible dans la poésie ' que dans l'histoire. Claudien d'Alexandrie qui écrivit ses premiers vers latins , l'année même de la mort de Théodose , fit revivre l'antiquité païenne à la cour dévote d'Honorius, et célébra les exploits de Stilicon son bienfaiteur. Si l'on cherche en vain dans ses poèmes l'invention heureuse, la conduite ingénieuse d'une fable attachante, la peinture des caractères et des situations de la vie réelle, il faut louer son coloris brillant et doux, sa versification toujours abondante et harmonieuse. L'espagnol Prudence, mort après l'an 405, consacra sa muse à des sujets chrétiens ; mais l'orthodoxie dans ses vers n'est pas toujours mieux observée que la mesure. Le gaulois Rutilius Numatianus, qui écrivit sous Honorius, semble appartenir aux beaux temps de la langue latine. Il chanta son retour dans sa patrie par un petit poème intitulé Itinéraire, plein de verve et de sensibilité. Paulin de Bordeaux, qui devint évêque de Noie aux mêmes conditions que Synésius à Ptolémaïs, fut le disciple et l'ami d'Ausone. Ses vers se distinguent par un spiritualisme

élevé et gracieux1. Sédulius, Martianus Capella, Prosper d'Aquitaine, Marius Victor, Paulin de Périgueux sont connus à des titres divers. Mais YEucharisticon de Paulin est un poème froid et triste à côté des œuvres de Sidoine Apollinaire.

En effet les Panégyriques de l'évoque de Clermont, malgré leur adu-^ lation obligée, offrent des pensées fines renfermées dans un style concis et élégant. Avitus, évéque de Vienne, a plus de naturel et de sentiment poétique. Sa Mosaïque contient des parties descriptives très-estimables a, et son petit poème de Laude virginitati$y respire une douceur chaste et affectueuse digne d'un frère et d'un chrétien. Un poète de l'époque de Théodoric nommé Maximianus est l'auteur de six élégies sur les inconvénients de la vieillesse, dont on fit long-temps honneur à Cornélius GaVlus. Priscien de Constantinople écrivit en latin, vers 550, trois poèmes didactiques destinés à l'instruction de la jeunesse. L'Africain Corippus adressa a Justin II une épltre adulatoire qui n'a de valeur que par les détails qu'elle donne sur les usages de la cour Bysantine. Dans le même siècle, Venantius Fortunatus jouit d'un grand crédit auprès des princes mérovingiens et surtout de Chilpéric Ier. Ce poète lauréat mit au moins de la variété dans ses flatteries, et son style, tout barbare qu'il est, accuse une sensibilité vraie et une singulière tendresse de cœur3. Onze

1 « Tant que je serai retenu dans ce corps , écrit Paulin à Ausone, quelle que soit la distance qui nous sépare , je te porterai dans le fond de mon cœur. Partout', présent pour moi , je te verrai par la pensée , je t'embrasserai par Pâme , et lorsque délivré de cette prison du corps , je m'envolerai de la terre , dans quelque astre du ciel que me place le père commun , là , je te porterai en esprit , et le dernier moment qui m'affranchira de la terre ne m'ôtera pas la tendresse que j'ai pour toi. Car cette âme qui survivant à nos organes détruits se soutient par sa céleste origine , il faut bieu qu'elle conserve ses affections comme elle garde son existence. Pleine de vie et de mémoire , elle ne peut oublier non plus que mourir. »{Sanct. Paulin, oper. tom. II, p. 137, traduction de M. Yillemain.

* Voy. la description du paradis et du déluge dans le poème de Mosaic. histor. gest. publié par Sirmond. Citons quelques vers extraits de l'éloge de la virginité : ■ Ton cou n'est pas orné, à ma sœur, d'un collier de perles : tu n'es point revêtue de la pour, pre de Sidon ni de robes tissues en fils d'or. Ou n'a point percé tes oreilles pour y suspendre des pierres précieuses qui flottent sur les joues. Mais une blanche étole te voile avec décence. La candeur virginale brille sur ton visage et la pudeur se mêle aux fleurs de la jeunesse pour embellir ton front. » (Jp. Sirmond , oper. -var. tom. II.)

3 Né aux environs de Trévise et élevé à Kavenue, Fortunat était venu en Gaule vers l'an 565 pour acquitter un vœu de dévotion au monastère de Saint-Martin. Les agréments de son voyage, l'accueil brillant qu'il reçut partout, le décidèrent à se fixer dans ce pays, et bientôt l'amitié de Radegonde , veuve de Clotaire Ier, qui avait fondé le monastère de Poitiers, devint la plus douce et la plus honorable affection do sa vie. M. Aug. Thierry a indiqué, avec son talent ordinaire, l'existence paisible de Fortunat qui con-

livres de mélanges et une traduction en vers de la vie de saint Martin, par Sulpice Sévère, placent Fortunat au premier rang des versificateurs de son siècle. Le mari de Frédégonde, comme son frère Caribert, ambitionna la gloire d'être grammairien et poète. Il essaya d'accommoder L'alphabet romain aux rudes inflexions du langage teutonique et composa des vers prétentieux , objets d'une admiration intéressée. Vers le même temps le roi des Visigoths, Sisebut, interrompait ses conquêtes pour chanter les phénomènes célestes et les merveilles de l'Espagne, Mais, malgré la protection de quelques rois germains, la poésie latine se réfugia dans les cloîtres où elle acheva de s'éteindre. Il y eut pour les muses une longue période de ténèbres, jusqu'au jour où on commença à célébrer en langue nationale, les exploits de Roland et de Renaud de Montauban.

Cependant, au milieu du dépérissement des lettres, quelques hommes se consacrèrent à l'explication des chefs-d'œuvre de l'antiquité et à l'en* seignement d'une langue qui dégénérait en un idiôme barbare. Macrobe, chambellan sous Honorius, écrivit ses Saturnales dans le goût des nuits attiques d'Aulu-Gelle. Cette compilation curieuse pour le fond des cho* ses, manque de goût et de méthode. Par son commentaire sur le songe de Scipion, il sauva long- temps de la destruction cette belle prosopopée extraite du traité de Cicéron sur la république1, Macrobe avait aussi composé un ouvrage de pure philologie dont nous ne possédons qu'un

venait si bieu à la nature de son esprit. {Récits des temps me'rov. tom. II, p. 425 et suiv.) Il a choisi dans les vers de Fortunat ceux qui retracent le mieux les confidences mélancoliques delà fille des rois tburingiens. ■ J'ai vu , dit Radegonde, les femmes* traînées

• en esclavage, les mains liées et les cheveux épars : Tune marchait no-pieds dans le » sang de son mari ; l'autre passait sur le cadavre de son frère. Chacun a eu son sujet de » larmes et moi j'ai pleuré pour lous. J'ai pleuré mes parents morts, et il faut aussi que je » pleure ceux qui sont restés en vie. Quand mes larmes cessent de couler, quand mes - soupirs se taisent , mon chagrin ne se tarit pas. I orsque lèvent murmure , j'écoute s'il > m'apporte quelque nouvelle ; mais l'ombre d'aucun de mes proches ne se présente à » moi. Tout un monde me sépare de ceux que j'aime le plus. En quels lieux sont-ils ? je » le demande au vent qui siffle ? je le demande aux nuages qui passent ? je voudrais que ■ quelque oiseau vint me donner de leurs nouvelles. Ah ! si je n'étais retenue par la m clôture sacrée de ce monastère , ils me verraient arriver près d'eux au moment où ils

• m'attendraient le moins. Je m'embarquerais par le gros temps , je voguerais avec joie

• dans la tempête , les matelots trembleraient : et moi je n'aurais aucune peur. Si le » vaisseau se brisait , je m'attacherais à une planche et je continuerais ma route ; et si » je ne pouvais saisir aucun débris , j'irais jusqu'à eux en nageant. »

• On sait que le livre de RepMca nous a été en partie rendu par la découverte du manuscrit palimpseste que le cardinal Angelo Maï a publié au commencement de ce siècle.

fragment. Servius, contemporain de Macrobe, outre ses célèbres commentaires sur Virgile, a laissé un traité de versification et divers opuscules. Priscien fit un traité sur les huit parties du discours qui est l'ouvrage le plus complet de philologie ancienne. Cassiodore s'occupa également de la grammaire et de l'orthographe. Son travail sur les sept arts libéraux fut revu et publié par Alcuin-a l'usage des écoles établies par Charlemagne. Enfin Isidore de Séville consacra à la grammaire et à la rhétorique, les deux premiers livres de ses Origines. Mais comme érudit et philosophe, nous ne trouvons en Occident, pendant ces trois siècles, qu'un seul nom à citer. Boèce dont on a vu le rôle politique sous Théodoric, traduisit l'arithmétique de Nicomaque, la géométrie d'Euclide, plusieurs traités d'Archimède, de Platon et d' Aristote. 11 s'attacha surtout à commenter le Stagyrite , et ses interprétations exercèrent depuis une grande influence sur la scholastique du moyen âge. Nous avons parlé ailleurs du chef-d'œuvre de Boèce, la Consolation de la Philosophie. Ce livre acquiert plus de valeur encore aux yeux de la critique par les circonstances dans lesquelles il fut composé. Ecrit au fond d'une prison, en face de la torture, il semble par sa tristesse mâle et résignée une dernière protestation de la* civilisation qui succombe contre la barbarie qui triomphe.

Bbaux-Abts. — Les arts, déjà en pleine décadence au temps de Constantin, eurent presque autant à souffrir du zèle aveugle des premiers chrétiens que des invasions des Germains, des Perses et des Arabes. Plus tard, d'autres causes de ruine parmi lesquelles il faut compter les fureurs des Iconoclastes, vinrent augmenter le nombre de nos pertes. Le peu de statues en marbre et en airain qui nous sont parvenues peuvent encore, avec les bas-reliefs du Parthenon et de la colonne Trajane, nous donner une idée de ce qu'était la sculpture chez les Grecs et les Romains; mais à part les fresques d'HercuIanum et des Catacombes , nous ne connaissons les monuments de la peinture ancienne que par la tradition.

La sculpture, un moment ranimée par la protection de Théodoric et de Justinien , ne peut avoir d'historien parce que ses œuvres ont péri. Pour la peinture, durant la même période, on est réduit à la mosaïque et à la miniature. La mosaïque , qui a plus besoin de patience que de génie, et qui manque nécessairement d'une touche moelleuse et nuancée, nous a seulement transmis la représentation des mœurs et des costumes. En ce sens elle est plus utile à l'archéologie qu'à l'art proprement dit. L'usage d'enrichir les manuscrits de dessins , déjà pratiqué au temps d'Auguste, donna aux Copistes l'idée d'appeler la peinture à leur aide pour orner les titres, les initiales et les marges. Julienne, fille d'Oly-

brius, et l'empereur Théodose II, se sont fait un renom en calligraphie. Le sixième siècle produisit dans ce genre des compositions assez remarquables, et la miniature devint une des occupations favorites du cloître.

La musique et l'architecture furent les deux arts qui gagnèrent le plus h la victoire du christianisme , ceux du moins qui éprouvèrent les premiers l'action salutaire de la pensée chrétienne; en effet, l'un servait à chanter les louanges de Dieu , l'autre à lui élever des temples. Saint Ambroise réforma la musique ancienne en réunissant les deux tétracordes pour former la gamme, en choisissant parmi les modes grecs les quatre qui lui parurent les plus propres à la majesté du chant et à l'étendue de la voix , en supprimant un grand nombre de rhythmes. Après lui le pape saint Grégoire compléta la révolution musicale. S'il abolit complètement le rhythme pour spiritualiser le chant, en donnant aux notes une égale durée , il ajouta aux quatre tons authentiques de saint Ambroise, quatre tous qu'il nomma plagaux et qui furent destinés à donner à la musique moins de monotonie. Les essais d'harmonie fondés sur le principe de la simultanéité des sons ne datent que du dixième siècle.

L'architecture civile ne compte pas un seul monument digne d'être cité. Les travaux de Théodoric et de Narsès en Italie furent plutôt des réparations que des constructions nouvelles ; mais l'architecture appliquée aux besoins du culte chrétien produisit une foule d'églises, dont plusieurs subsistent pour témoigner du passage de l'art ancien à l'art nouveau. Théodoric et Justinien , attachèrent leur nom aux deux basiliques les plus importantes de cette période. La rotonde de Ravenne a un caractère de simplicité et de grandeur digne de celui qui la fit construire. Sa coupole est formée d'un bloc énorme taillé dans les carrières de l'Istrie. Mais le défaut de proportions, l'imitation grossière des ornemens anciens , annoncent les premiers pas de cette architecture romane qui viola souvent les règles élémentaires de l'art. L'église de Sainte- Sophie à Gonstantinople , élevée sur les plans d'Ànthémius de Tralles et d'Isidore de Milet, est bâtie en forme de croix grecque, et sa voûte centrale s'arrondit en dôme majestueux. Ce monument, qui a de nombreux rapports avec les Thermes romains, clot dignement l'antiquité. Le style bysantin qui prévalut plus tard dans l'Orient et dans l'Italie grecque y est à peine indiqué. Ce ne fut qu'au onzième siècle que le style bysantin absorba le style roman pour se fondre ensuite avec l'architecture arabe, et produire par cette association le genre si mal à propos appelé gothique.

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