‹ Histoire générale du Poitou (volume 2)Chapitre 37 sur 41 · DÉNOLMEXT DE L'EXPÉDITION D'OUTRE-LOIRE · texte numérisé non relu

DÉNOLMEXT DE L'EXPÉDITION D'OUTRE-LOIRE

Les désastres de l'armée vendéenne sous les murs de Nantes , loin de refroidir l'enthousiasme des insurgés, ne servirent qu'à rendre plus violentes et plus vives encore les hostilités entre les deux partis. Autour de la tombe du paysan Cathelineau , mort des suites de sa blessure, une multitude exaltée fit entendre des cris de vengeance, et, par la contemplation des restes inanimés de l'ancien chef, elle se prépara à de nouveaux combats , plaçant en Dieu l'espoir de nouveaux triomphes. Alors la lutte devint de plus en plus acharnée ; les passions politiques inspirèrent seules les mesures de répression ; dans les deux camps mêmes haines , même fougue. Loin d'attendre l'attaque , les guerriers de la république prirent l'initiative ; ils s'avancèrent à travers le pays de l'insurrection, donnant le signal de ces catastrophes sanglantes dans lesquelles les dévastations , les massacres et les incendies devinrent des incidents de chaque jour. Malheur aux vaincus ! malheur aux populations ! car le même vertige de haine , le même fanatisme de destruction, anime et égare les combattants.

Malgr la sage temporisation du général Biron , un an-

eien aide de camp de Dumouricz, récemment arrivé dans les armées de l'Ouest , résolut de signaler par quelque action d'éclat son intervention dans cette guerre toute nouvelle pour lui. Plein d'ardeur et d'audace, le général Westermann s'avança vers Parthenay occupé par cinq à six mille Vendéens , et à la suite d'une attaque nocturne , malgré les efforts des soldats catholiques commandés par Lescure , il s'empara de la ville et mit en complète déroute l'armée ennemie. Cette victoire devint le prélude des dévastations dont les contrées vendéennes furent le théâtre durant ces époques de calamités nationales. Le village d'Amaillou fut livré aux flammes ainsi que le château de Clisson , propriété patrimoniale du chef royaliste de Lescure. « J'ai fait annoncer dans » tous les villages , écrivait Westermann aux représentants, » que je brûlerais et mettrais au pillage toutes les communes » qui fourniraient aux rebelles des contingents ou autres » secours; cela fait trembler le pavsan. Cet exemple ter- » rible est nécessaire pour arrêter le torrent qui envahirait » la république. » Bientôt les deux armées se rencontrent dans les environs de Chàtillon ; et après deux heures de combat, les Vendéens sous les ordres de la Rochejacquelein et de Lescure prennent la fuite , et abandonnent au vainqueur la cité de Chàtillon. Là Westermann trouva les archives du conseil supérieur, ainsi qu'une quantité immense d'approvisionnements. Le château de la Durbelière, appartenant à la Rochejacquelein , eut le même sort que celui de Clisson , et les flammes qui s'échappaient des vieilles tours féodales apprirent tout à la fois aux insurgés la victoire du général républicain , et la triste réalisation de ses menaces.

Cependant le tocsin appelait à la défense du pays envahi les héros de la première insurrection , et tandis que Westermann, parodiant les mœurs vendéennes, faisait célébrer

ses triomphes par l'évèque constitutionnel de Saint-Maixent, les généraux d'Elbée, Bonchainps et StofTlet accouraient au secours des populations vaincues , à la tète d'une foule considérable de paysans. La lutte fut promptcment engagée , et , après une heure de mêlée, les troupes républicaines cédèrent à l'impétueuse attaque des Vendéens , et abandonnèrent par une fuite précipitée le champ de bataille où elles s'étaient installées la veille. Alors commencèrent d'épouvantables et sanglantes représailles ; le pays fut couvert de cadavres ; les soldats qui échappaient à la poursuite de l'ennemi étaient massacrés par les paysans. Dans la ville de Chàtillon , de semblables atrocités menaçaient la vie des prisonniers , lorsque Lescure arrêta la fureur de ses soldats , arracbant à une mort certaine des milliers de victimes. C'est ainsi que le sang versé, que les réactions furieuses provoquent toujours les mêmes désastres , et appellent sur la tête de leurs auteurs les mêmes catastrophes. Westermann , de retour de son aventureuse expédition , fut arrêté par ordre de la Convention et livré au tribunal militaire de Niort qui le déclara innocent, et donna à sa conduite d'éclatants éloges. Si le courage et la bravoure justifient la témérité des entreprises , il restera du moins comme accusations contre la mémoire de Westermann l'initiative des sanglantes mesures, et cette participation fougueuse dans des guerres où le calme et la prudence devaient être les seules armes à invoquer.

Les triomphes de l'armée vendéenne eurent dans toute la France un immense retentissement , et le conseil supérieur adressa aux habitants des contrées insoumises la proclamation suivante :

(( Français catholiques, sujets fidèles du plus infortuné » des rois, le ciel vient exaucer vos vœux ! Vos ennemis sont » terrassés, la religion triomphe, l'impiété frémit, et la

» victoire n'a pour un instant quitté nos drapeaux , que » pour revenir avec plus d'éclat couronner nos généreux

» efforts

» . Rendez^donc grâces à l'Eternel d'un succès

» si flatteur; niais qu'il ne vous serve pas à vous aveugler » sur les démarches de vos ennemis. Vous connaissez leur » perfidie et leur scélératesse ; il attendent le moment de la » moisson pour fondre de nouveau sur vous. Ils pensent » qu'occupés alors aux travaux utiles de la campagne, vous » négligerez de vous rassembler, et qu'étant divisés, vos » faibles efforts ne les arrêteront pas. Trompez leur attente » perfide ; s'ils osent encore paraître, marchez dès que vous » en serez requis, et montrez-leur qu'un Français qui combat » pour Dieu et son roi , ne connaît ni temps , ni saisons , ni » travaux , quand il s'agit de voler à l'ennemi. »

Loin de puiser dans l'enthousiasme et l'exaltation de leurs doctrines des armes propres à réparer l'échec de Chàtillon , les républicains se livrèrent à de tristes et déplorables récriminations. Parmi les généraux, parmi les représentants, parmi les soldats règne l'anarchie la plus grande; les haines politiques s'y propagent, et à chaque instant de nouvelles victimes attestent leur effervescence par d'horribles catastrophes. C'est ainsi que Biron , mandé à Paris , expia par le même supplice que Marcé et Quetineau le tort de n'avoir pas anéanti l'insurrection vendéenne , et prononça sur l'ëchafaud quelques paroles de sympathie et d'admiration pour les hommes qu'il était destiné à combattre : « J'ai été infidèle à mon Dieu, à mon ordre el à mon roi, s'écria-t-il, je meurs plein de foi et de repentir. » Telle est la fatalité de ces époques révolutionnaires ; tout y est livré à l'égarement des passions ; rien de régulier ni de logique ; c'est le hasard ,

l'imprévu* La vertu de la veille est le crime du lendemain. Pour réprimer les élans de guerre civile , il était de toute nécessité de chercher dans d'autres pensées et dans d'autres sentiments l'inspiration des actes et des décisions. Mais non ; dans le camp républicain , tout est abandonné pour ainsi dire aux caprices d'un destin aveugle.

L'armée vendéenne , voulant mettre à profit ses récentes victoires , chosit pour remplacer Cathelineau un homme dont la piété et l'exaltation religieuse rappelaient d'une manière fidèle aux populations les vertus de l'ancien général ; à la vérité ce n'est plus un plébéien , c'est un noble , et malgré une résistance énergique de la part de quelques chefs, d'Elbée fut reconnu généralissime des troupes insurgées. Peut-être le choix aurait-il pu tomber sur un général plus expérimenté, tels qu'étaient deLescure ou Bonchamps; mais aucun mieux que le nouvel élu ne pouvait soulever dans le cœur des paysans vendéens plus de sympathies et d'attachement. Ainsi que Cathelineau , il leur offrait des garanties certaines de dévoùment aux intérêts de la religion , et à son nom se rattachait cette pieuse vénération inspirée par la sincérité d'une foi fervente. Cette nomination suivit de quelques jours un nouvelle victoire remportée par l'armée vendéenne à Vihiers contre le général républicain la Barolièfe. Ces deux événements , importants pour les destinées de l'insurrection catholique , trouvèrent dans le manifeste du 20 juillet une éloquente manifestation.

« La Providence nous conduit de succès en succès; les » efforts de nos ennemis tournent à leur confusion ; la valeur » de nos troupes anéantit tous leurs projets, et l'Eternel, » vengeur des crimes , appesantit de plus en plus son bras » sur ces destructeurs impies de toute religion et de toute » autorité

» Quel heureux prélude que cette victoire

» éclatante pour l'élection d'un général en chef des armées »> catholiques et royales dans le pays conquis ! C'est au » milieu des chants d'allégresse et de triomphe que nos » braves guerriers , députés des armées , y ont procédé. La » vertu , les exploits , les talents militaires de ces héros ren- » daient seuls le choix difficile. L'invocation solennelle du » Dieu des armées a précédé cette élection si longtemps » désirée. »

Au nom du conseil supérieur , Desessarts adressa au nouveau chef l'allocution suivante : « Nos vœux les plus chers » sont remplis ; la France , succombant sous une affreuse » anarchie, reconnaît enfin la vérité du principe : une foi, un » roi, une toi. Nos propriétés , notre liberté , notre sûreté , » ne reposent qu'à l'abri de l'unité sacrée de l'autel et du » trône. Toute division de pouvoir est un principe de déso- » lation ; l'oracle éternel l'a ainsi prononcé. Qu'il est beau » de voir un si grand nombre de militaires, tout couverts » de lauriers, rendre hommage à cette unité si précieuse, en » étouffant toute envie, toute jalousie et toute ambition! » Ils viennent de remporter aujourd'hui la plus belle vic- » toire qui ait jamais couronné leurs exploits ; ils se sont » vaincus eux-mêmes. Ah ! Monsieur, qu'il est doux , qu'il » est flatteur d'avoir su réunir les suffrages de tant de vail- » lants guerriers ! Mais aussi, pouvaient-ils couronner plus » de courage, plus de talents et plus de vertus? Tous les » vrais Fiançais vont applaudir à ce glorieux choix.

» L'élection d'un chef unique de nos armées

» assure de plus en plus nos succès et nos espérances. Puisse » cette heureuse harmonie d'opinions opérer la résurrection

» de la Franco , renverser le colosse affreux du despotisme » républicain qui l'opprime , et remettre sur le trône le jeune » rejeton de nos rois , pour lequel nous avons tous juré de » sacrifier nos biens et nos vies. C'est sous votre généralat , » Monsieur , que ces grandes merveilles vont s'opérer. » Tous nos cœurs tendent au même but ; tous nos efforts » n'en formeront plus qu'un seid , et il sera invincible. La )> France, surnageant enfin à tous ses malheurs, regarde n déjà votre élection comme le gage de sa délivrance , et » comme l'aurore de son bonheur futur. »

Ces espérances de victoire furent promptement dissipées par des revers et des désastres inattendus. Le général Tu ncq, qui commandait à Luçon , attaqua vivement les ^ endéens dans les contrées voisines de Saint-Philibert et du Pont-Charron. Malgré la courageuse résistance des insurgés, et la bravoure deSapinaud de la Verrie, leur chef, ils furent mis en complète déroute , et ce dernier perdit la vie au milieu de la mêlée; son cadavre fut mis en lambeaux et servit de trophées aux nouveaux vainqueurs. A la nouvelle de la prise de Chantonav , Lescure et d'Elbée se précipitent à la tête des fuyards, les rallient, les ramènent au combat, et viennent provoquer l'armée républicaine jusque sous les murs de Lucon. Après une lutte violente , Tuncqse disposait à battre en retraite , lorsque le hasard lui donne la victoire. En effet , les Vendéens effrayés par le mouvement de l'armée ennemie, et craignant quelque surprise, abandonnent précipitamment le champ de bataille ; la mêlée devient alors déplus en plus acharnée ; la cavalerie royaliste , sous les ordres du prince de Talmont , fait des prodiges de valeur , elle protège la retraite , et lutte avec l'ennemi jusqu'à ce que la victoire resta au général républicain.

Cette alternative de triomphes et de défaites alarme la

Convention nationale sur les suites de l'insurrection vendéenne. Non-seulement elle donne pour successeur à Biron un général plus connu par l'exaltation de son patriotisme que par l'éclat de ses talents militaires ; mais elle prend encore de nouvelles mesures dont les résultats provoquèrent, dans nos contrées d'épouvantables catastrophes. « Cette » guerre devient extraordinaire et inexplicable , disait Bar- » rère à la tribune ; c'est un cancer politique qui creuse » dans l'État une plaie profonde... Elle se compose de petits » succès et de très-grands revers... Votre armée ressemble à m celle du roi de Perse ; elle traîne cent soixante voitures » de bagages , tandis que les brigands marchent avec leur » arme et un morceau de pain noir dans leur sac... Jamais » vous ne parviendrez à la vaincre , tant que vous ne vous » rapprocherez pas de leur manière de combattre... Faites » la récolte des brigands , et portez le feu dans leurs re- » paires. » Quelques jours après , le même orateur poursuivait en ces termes ses diatribes contre la Vendée : « Le » comité , disait-il , a préparé des mesures qui tendent à » exterminer cette race rebelle , à faire disparaître leurs » repaires , à incendier leurs forêts , à couper leurs récoltes. » C'est dans les plaies gangreneuses que la médecine porte » le fer et le feu. C'est à Mortagne , à Cholet , à Chemillé , » que la médecine politique doit employer les mêmes moyens » et les mêmes remèdes ; c'est faire le bien que d'extirper le » mal ; c'est être bienfaisant pour la patrie que de punir les

» révoltés Loin ois fut accusé par l'histoire d'avoir

i> incendié le Palatinat , et Louvois devait être accusé ; il » travaillait pour les tyrans. Le Palatinat de la république, » c'est la Vendée ; détruisez-la , et vous sauvez la patrie ! »

Alors fut promulgué le fameux décret du 1er août qui ordonnait d'amasser autour du territoire insoumis des ma-

tiéres combustibles de toute espèce , pour incendier les villages , les chaumières et les bois. « Les forêts seront abattues, » y est-il dit , les repaires des brigands seront détruits , les » récoltes coupées par les compagnies d'ouvriers pour être » portées sur les derrières de l'armée , et les bestiaux seront » saisis. Les femmes, les enfants et les vieillards seront con- « duits dans l'intérieur. L'armée , à une époque prochaine , » fera un mouvement général sur les rebelles. Aussitôt que » l'armée sera réorganisée , et qu'elle sera prête à marcher » sur la Vendée , les représentants du peuple se concerte- » ront avec les administrations des départements circonvoi- » sins , pour faire sonner le tocsin dans toutes les muni- » cipalités environnantes , et faire marcher sur les rebelles » les citoyens depuis l'âge de seize ans jusqu'à celui de » soixante. »

Cette proscription générale du pays insurgé, révèle à quel point de fanatisme les haines politiques avaient exalté les esprits , égaré les sentiments sacrés de justice et d'humanité. Des populations entières sont mises hors la loi ; coupables ou non , il faut qu'elles subissent l'inexorable rigueur de cette législation barbare ; c'est par le feu , par les flammes , par les massacres , par les ruines , que la Convention veut anéantir l'insurrection vendéenne , en ensevelissant sous les débris de leurs chaumières , dans les cendres de leurs villages incendiés, ces paysans magnanimes, dont le seul crime est de verser leur sang , de sacrifier leur existence pour les intérêts d'institutions détruites , et pour l'appui de la cause royale et catholique. Alors éclata au sein des armées républicaines une profonde scission entre les généraux , entre les représentants , au sujet de l'exécution de ce terrible décret. D'énergiques réclamations furent adressées à la Convention par plusieurs de ses membres envoyés pour pacifier

la Vendée. « Quel affreux exemple , disaient-ils , est réservé » au monde, à la fin du dix-huitième siècle, au nom de la » liberté et de la philosophie, dans l'empire le plus policé » de l'Europe ! Quoi ! nous irions porter la hache et le feu » dans les plus riches provinces de la France! Hélas! plus » de pitié pour des Français égarés ! Faut-il donc aban- » donner tout espoir de les ramener, et ne suffit-il plus de » combattre avec courage et loyauté ; faut-il s'entr' égorger » avec une fureur aussi aveugle que féroce ' ! »

Les Vendéens , loin d'être découragés par les menaces de destruction et d'invasion générale , se disposèrent à venger leur défaite de Luçon. Pour assurer à cette nouvelle expédition toutes les chances de succès , les diverses armées se réunirent ; Charrette lui-même , qui avait refusé de reconnaître l'autorité du général en chef d'Elbée , joignit ses troupes à celles de l'armée centrale , et , le 12 août , la jonction des diverses colonnes eut lieu à Chantonay. Jamais les combattants insurgés n'avaient offert le spectacle d'une multitude armée si nombreuse : le curé de Saint-Laud , Bernier , en parcourt les rangs , provoquant par de fougueuses paroles l'exaltation et le dévoùment. Deux jours après , l'armée tout entière s'avance vers la cité de Luçon , que défendait le général Tuncq à la tête de neuf mille hommes : le même jour , il reçoit un ordre de destitution, et les représentants Goupilleau et Bourdon de l'Oise prennent sur eux de révoquer l'arrêté ministériel. A peine avait-il fait ses préparatifs de défense que l'attaque commença.

L'armée vendéenne était divisée en trois colonnes ; à droite était la Rochejacquelcin , au centre d'Elbée , à gauebe de Lescure et Charrette. Ce dernier se précipita contre l'ennemi

1 Les divers fragments que nous venons de citer sont extraits de l'histoire de M. de Beauchamp, t. I , p. :;i i.

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avec son ardeur habituelle ; déjà il a culbuté quelques bataillons républicains , lorsque d'habiles manœuvres , ordonnées par le général Tuncq , arrêtèrent la fougue des combattants vendéens. Après une mêlée de quelques heures, malgré les efforts inouïs des généraux , les colonnes vendéennes furent dispersées par l'artillerie ennemie; le désordre et la confusion se mirent dans leurs rangs , et bientôt le champ de bataille fut couvert des cadavres de ces malheureux paysans. Jamais , depuis les commencements de cette guerre , le désastre n'avait été si grand ; l'armée entière aurait succombé sous les coups de la cavalerie républicaine, si la Rochejacquelein , arrivé après le combat , n'eût favorisé la retraite des fuyards. La nouvelle de cette victoire éclatante contre les insurgés se répandit bientôt à travers tout le pays , et jeta l'effroi et la terreur parmi les populations qui redoutaient l'exécution du fameux décret. Dans les villes l'enthousiasme fut à son comble , et la commune de Paris écrivit en ces termes au général Rossignol : « La patrie voit » en vous un de ses enfants chéris. Le char de la victoire » vous attend , pour montrer aux rois et aux peuples de » l'Europe comment une nation libre sait triompher des » esclaves , des despotes , des fanatiques religieux et roya- » listes , et comment , en punissant les traîtres et les lâches, » elle récompense la loyauté et la vaillance de ses défen- » seurs. »

Le conseil supérieur de la Vendée chercha à ranimer l'espoir des paysans vaincus par l'effroi que devaient leur inspirer les menaces de la Convention : « Elle a décidé , leur )> disait-il , qu'on ferait contre nous une guerre extraordi- » naire , qui consistera dans l'incendie des bois et des forêts, » la destruction des habitations, 1 enlèvement des récoltes, » celui des vieillards , des femmes et des enfants , pour les

» transférer dans l'intérieur. Elle ordonne, en outre, le » massacre général de tout homme réputé en état de porter » les armes , et la confiscation des biens et des propriétés du » pays conquis , pour les partager entre elle et ses com- » pliccs. — Habitants du pays conquis , pesez les horribles » conséquences de L'horrible décret porté contre vous : il » vous impose la nécessité de vaincre , puisque la mort » attend aussi bien le lâche qui fuira, que le brave qui s'ex- » pose à périr dans les combats. » Malgré ces paroles de résignation , la défaite de Luçon fut un coup terrible porté à la ligue vendéenne ; de violentes récriminations éclatèrent parmi les chefs ; les rivalités d'amour-propre furent invoquées pour expliquer ce désastre : Charrette surtout reprocha avec amertume aux autres généraux leur conduite passée. C'est ainsi qu'au lieu de s'unir pour réparer l'échec encore récent , ils se livrèrent à des querelles funestes suscitées par de mesquines jalousies.

Dans le camp des vainqueurs l'anarchie était encore plus grande ; et , loin de profiter de cette dernière victoire , les généraux républicains donnèrent le triste spectacle d'une coupable désunion et d'hostilités sans cesse renaissantes. Il se forma deux partis entre les chefs chargés de réprimer l'insurrection vendéenne : dans les luttes des deux factions , l'injure et la vjoleuce furent invoquées de part et d'autre , et la cause nationale se trouva mêlée à des querelles privées et aux emportements de l'ambition et de la haine. Le général Rossignol , malgré la protection dont les représentants Goupilleau et Bourdon entouraient le vainqueur de Luçou, persista à vouloir exécuter l'ordre de révocation qu'avait lancé contre ce vieux guerrier le comité de salut public , et il ne céda qu'aux ordres émanés de la Convention elle-même. A la suite d'une entrevue des divers chefs républicains, qui eut

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lieu ii Chantonay , les dissensions éclatèrent avec plus de vivacité encore , et , le 22 août , Goupilleau et Bourdon rendirent contre le général en chef un arrêté de destitution : « Considérant, y disaient-ils , que le premier de nos devoirs » est de ne laisser à la tète de nos armées que des citoyens » qui , par une conduite sans reproche , se rendent dignes )) de la confiance des troupes ; que le citoven Rossignol , m nommé commandant en chef de cette armée , s'y est con- » duit antérieurement dune manière qui , loin d'inspirer

» cette confiance , l'en a rendu indigne

» . . arrêtent que Rossignol demeure suspendu de ses » fonctions de général en chef , et qu'il sera tenu de se retirer » à vingt lieues de distance des armées de la république. » Ce coup d'éclat , loin de calmer les passions , ne fit qu'envenimer les animosités ; de toutes parts d'énergiques dénonciations vinrent à l'appui de cette décision , qui fut aunulée par un autre arrêté émané de Bourbotte , collègue des deux représentants signataires. La Convention , pour mettre fin à ces scandaleuses divisions , manda à sa barre le général destitué ; il y parut au milieu des applaudissements , et obtint facilement la révocation de l'arrêté pris contre lui , ainsi que le rappel de ses deux adversaires.

De nouvelles dissensions éclatèrent bientôt entre les deux généraux des armées des côtes de la Rochelle et des côtes de Brest, entre Rossignol etCanclaux, soutenus l'un et l'autre par les divers représentants chargés de la mission de surveillance : ce fut au sujet des bataillons échappés au siège de Mavence , et qui , après la reddition de cette place, avaient reçu ordre d'aller combattre dans la Vendée. Des projets et des svstèmes divers émanèrent des deux factions ; et, à la suite de discussions longnes et animées, le plan proposé par Canclaux fut adopté par un conseil de guerre

tenu à Saumur , grâce à l'activité et au zèle du représentant Philippeaux : il consistait à pénétrer dans le cœur de la Vendée , après avoir fermé aux insurgés l'accès des côtes de l'Océan. Avant de réaliser le projet adopté , Canclaux , voulant restreindre les dispositions du décret d'extermination du 1er août , fit défendre à tout officier et soldat le pillage et l'incendie , sous quelque cause que ce fût , à peine d'être poursuivi comme rebelle à la loi. La sagesse de cette mesure rencontra dans les administrations locales de zélés partisans , qui cherchèrent par tous leurs efforts à remédier aux désastres de cette guerre terrible.

Tous ces préliminaires annonçaient de nouvelles luttes plus violentes que par le passé ; non-seulement la Convention fait transporter en poste les débris de l'armée de Mayence , concentrant ainsi autour de la Vendée de nombreuses troupes , mais encore elle adresse un appel aux populations dévouées à ses destinées : le tocsin retentit à travers tout le pays environnant ; chaque district envoie des soldats , et bientôt une multitude innombrable accourt pour soutenir la cause de la république, combattre pour la liberté et la patrie , et venger la dernière défaite essuyée à Chantonay par le général Le Comte , qui avait succédé à Tuncq , dont la révocation avait suivi de prés la disgrâce de Bourdon et de Goupilleau : les cruautés exercées après cette victoire par les Vendéens, contre le célèbre bataillon le Vengeur, avaient soulevé d'indignation et de colère tous les nouveaux combattants des armées républicaines.

Dès que les bataillons de Mayence eurent opéré leur jonction avec les troupes sous le commandement de Canclaux , ce général commença ses opérations dans la basse Vendée. Son armée était divisée en deux colonnes sous les ordres de Beyser et d'Aubcrt-DuIjayct ; l'avant-garde avait

pour chef le général Kléber, et Haxo dirigeait l'arrièregarde. De nombreux succès signalèrent la marche des troupes républicaines ; Pornic , Bourgneuf et le Port-Saint-Père tombèrent bientôt en leur pouvoir , ainsi que Legé , Montaigu , Machecoul et Clisson. La bravoure des Mavençais , leur habitude des combats, jetèrent l'alarme parmi les Vendéens. Charrette essaya en vain de s'opposer à l'invasion ennemie ; la terreur se répandit dans son armée, et il abandonna par une fuite précipitée son quartier général de Legé pour chercher un refuge à Tiffauges , et y attendre les secours de la grande armée catholique.

Pendant que l'armée de Canclaux traversait victorieusement le pays insurgé , celle de Rossignol éprouva plusieurs revers importants après quelques légers succès. Le général Santerre fut battu à Coron , laissant entre les mains de l'ennemi toute son artillerie ; les levées en masse furent dispersées sur plusieurs points. Le lendemain de cette défaite , même victoire des Vendéens contre le général Duboux. Ces triomphes inespérés ranimèrent le courage des paysans insurgés , et ils répondirent en masse à l'appel du général en chef, afin d'aller protéger les troupes de Cbarrette contre les attaques victorieuses des Mayençais : « Accourez , pieux » ^ endéens! leur disait-il ; levez-vous, courageux royalistes ! m levez-vous pour défendre ce que vous avez de plus cher ! » Votre Dieu , votre roi, vous appellent : venez couronner » vos efforts. » Toutes les forces vendéennes se trouvèrent réunies à Tiffauges, et le 19 septembre les deux armées se trouvèrent en présence l'une de l'autre dans les environs de Torfou. <( Camarades, dit Cbarrette à ses soldats, c'est « ici qu'il faut vaincre ou périr. Sauvez votre pays d'une » entière destruction ; si vous fuvez , tout est perdu et vous » ne me verrez plus à votre tète. » De bruyantes acclama-

tions accueillent ces paroles d'enthousiasme ; les paysans , effrayés au premier choc à la vue de ces terribles Mayençais commandés par Kléber , se dispersaient déjà abandonnant le champ de bataille , lorsque l'arrivée de nouveaux renforts leur rendit toute leur énergie. La mêlée devient alors plus acharnée. « Les deux armées au milieu des incendies étaient renfermées dans un cercle de flammes qui embrasaient, l'horizon ; c'était comme une bataille aux enfers. L'impétuosité des paysans royalistes l'emporte sur la valeur disciplinée : les Mayençais , contraints de céder le terrain , se retirent en bon ordre '. » Kléber, quoique blessé , dirigea avec une rare habileté -la retraite de ses soldats vaincus. La victoire de Torfou fut suivie par la prise de Montaigu , où le général Beyser , malgré des avis réitérés , se laissa surprendre par l'armée vendéenne. Malgré la courageuse résistance de quelques régiments , tout le corps d'armée , composé de six mille hommes , essuya une défaite complète ; poursuivi avec acharnement par Charrette , Beyser ramena jusque sous les murs de Nantes les débris de ses bataillons. Là , l'intrépide Bonchamps accourut pour détruire complètement les troupes républicaines, et, sans l'activité de Canclaux, peut-être aurait-il anéanti toute cette armée sur laquelle reposaient tant d'espérances de victoires.

De son côté , Charrette , secondé par de Lescure , attaquait à Saint-Fulgent la division commandée par le général Mieszkowsky, qui, d'après le plan arrêté à Saumur , devait rejoindre à Mortagne l'armée de Mayence. Surpris à l'improviste , le chef républicain opposa une vive résistance ; pendant six heures , au milieu des ténèbres de la nuit , à travers une mêlée confuse , les Vendéens et les soldats de la

1 Chateaubriand.

république combattirent avec acharnement : le nombre des premiers l'emporta enûn ; Mieszkowsky opéra sa retraite sur Chantonay , et rentra bientôt à Luçon.

Ainsi la cause royaliste triomphait des efforts de la Convention , rencontrant sur tous les champs de bataille d'éclatants triomphes. Les soldats vendéens rentrèrent dans leurs foyers , fiers, ajuste titre, de leurs dernières victoires.

Pendant que des cris de joie retentissaient dans toute la ^ endée , le général Canelaux songeait à réparer ses désastres récents par de nouvelles tentatives d'invasion dans le pavs insurgé. « Son plan consistait à former deux masses de combattants qui devaient marcher , l'une de Nantes , et l'autre de la Châteigneraie , pénétrer dans la Vendée , et y faire leur jonction. » Déjà il avait commencé l'exécution de ce nouveau projet par la prise de Clisson et de Montaigu , lorsque de nouvelles hostilités éclatèrent entre les généraux et les représentants ; les deux factions s'imputèrent les malheurs passés; des paroles pleines d'amertume et de violence furent encore échangées ; et pour mettre fin à des débats si funestes aux intérêts de la république, le comité de salut public, déjà effrayé par les succès des Vendéens , ordonna de nombreux changements dans l'état-major des deux armées, et réunit sous le même commandement militaire tout le pays compris entre la Rochelle et Mantes, mettant à la tète de cette armée, qui prit le nom d'armée de l'Ouest, le général l'Echelle. Ces deux mesures furent sanctionnées par la Convention , qui adressa aux guerriers républicains , en même temps que ce nouveau décret , la proclamation suivante : « Soldats de la » liberté, il faut que les brigands de la Vendée soient ex- » terminés avant la fin du mois d'octobre; le salut de la » patrie l'exige ; l'impatience du peuple français le com- » mande, son courage doit l'accomplir. La reconnaissance

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» nationale attend , à cette époque , tous ceux dont la valeur » et le patriotisme auront affermi sans retour la liberté et » la république. »

Malgré cette réaction contre certains généraux , Canclaux et Kléber poursuivirent avec opiniâtreté et courage la réalisation de leur plan ; les Mayencais et les troupes vendéennes se rencontrèrent de nouveau près de Montaigu au village des Trois-Septiers. Les vaincus de Torfou ont à cœur de réparer leurs défaites passées ; encouragés par l'héroïque valeur de Kléber, ils affrontèrent avec courage le eboe de plus de trente mille combattants sous les ordres de d'Elbée et de Bonchamps. « Allons reprendre les canons que nous » avons été forcés d'abandonner à Torfou , » s'écria-t-il au commencement du combat. L'impétuosité de l'attaque assura, la victoire aux guerriers républicains , et après quelques beures d'une lutte acbarnée, les Vendéens prirent la fuite, laissant au pouvoir des vainqueurs une nombreuse artillerie. Au moment où ils s'apprêtaient à célébrer ce triompbe inattendu, Canclaux et Dubayet reçurent l'ordre de leur révocation , et furent contraints d'abandonner une armée dont les nouveaux efforts semblaient devoir être couronnés par de nombreux succès.

Le eboix sanctionné par la Convention ne présageait rien d'beureux pour les destinées de la république dans les contrées de l'Ouest. Le nouveau général l'Echelle, inconnu jusqu'alors, justifia par son ineptie la mauvaise foi du parti exalté qui l'avait fait nommer comme successeur au brave Canclaux. « Il était le plus lâche des soldats, le plus mauvais » des officiers , et le plus ignorant des chefs qu'on eût jamais » vus. )> Heureusement que la réaction qui frappa l'état— major des armées de l'Ouest, ne comprit point le général Kléber, dont l'activité, la bravoure et les talents, sup-

pléèrent à l'inexpérience et à la lâcheté de son général en chef. Grâce à l'énergique intervention de Kléber , les armées républicaines remportèrent d'éclatantes victoires , et cette Vendée , si intrépide, si féconde en combattants , eut à subir toutes les chances de la fortune contraire. Dans un conseil de guerre réuni à Montaigu , il fut décidé que l'on mettrait à exécution le plan du général Canclaux ; lui-même, avant d'abandonner son poste , avait donné tous les éclaircissements nécessaires pour en faciliter la réussite.

Dès le 9 octobre, la division sous les ordres de Chalbos, se dirigeant sur Bressuire , vint attaquer quelques troupes vendéennes réunies dans les environs de Chàtillon. Son passage à travers le pays insurgé fut signalé par des dévastations et des incendies. Presque tous les chefs royalistes accoururent pour repousser cette nouvelle invasion ; et bientôt la lutte s'engagea vers les hauteurs du moulin du Boisaux-Chèvres, non loin des Aubiers. La victoire semblait pencher du côté de l'armée royale, lorsque Chalbos étant parvenu à rétablir l'ordre parmi ses troupes , se précipita sur l'aile gauche des Vendéens, et la dispersa complètement malgré les efforts de la Rochejacquelein et de Lescure. Dès le début du combat, le brave commandant Chambon, frappé mortellement , s'était écrié en tombant au milieu de ses compagnons d'armes : Vive la république ! je meurs pour ma patrie !

A la nouvelle du succès de Chalbos , une nouvelle colonne républicaine, sous les ordres du général Bard, s'avança à travers la Vendée , s'empara de Mortagne qu'avaient évacué les insurgés, et continua sa marche vers Cholet où elle devait opérer sa jonction avec les autres divisions de l'armée de l'Ouest. A peine avait-elle abandonné Mortagne, qu'elle fut vivement attaquée par les troupes vendéennes,

postées au village de la Tremblayc jusque sur les hauteurs de Saint-Christophe-du-Bois. La division commandée par Lescure entama le combat. En avant , mes amis ! s'était écrié son chef en donnant le signal , et au même instant il tombait frappé à la tête par une balle. Ses soldats suivent l'impulsion donnée; ils se précipitent sur les républicains avec leur acharnement habituel , et s'aperçoivent bientôt du malheur arrivé à Lescure. Leur enthousiasme se ralentit ; la mêlée devient moins bruyante ; elle se ranime par la présence de Bonchamps : déjà les républicains cèdent à la violence de l'attaque ; leur général succombe ainsi que Lescure ; Marceau lui succède , et cherche à rallier les troupes dont la déroute était complète sans l'arrivée du général Beaupuy à la tète de quelques milliers de combattants , et celle de Kléber suivi des terribles Mayençais. Alors le combat se rallume avec plus de fureur , et après trois heures de lutte, les Vendéens désespérés de la blessure de leur chef, dispersés par la vivacité des attaques , prennent la fuite vers Cholet , laissant au pouvoir des vainqueurs plusieurs pièces de canon.

Le lendemain , l'armée victorieuse pénétra dans Cholet qu'avaient abandonné les chefs vendéens , et y opéra sa jonction avec les troupes de Chalbos. Ce fut dans les environs de cette cité que les généraux royalistes, après de longues et animées discussions , décidèrent de venir offrir un dernier combat aux troupes républicaines. Le 17 octobre, dès la pointe du jour , d'Elbée et Bonchamps , dans l'espoir de surprendre l'ennemi , sortirent précipitamment de Beaupreau à la tête d'une multitude considérable de combattants, et s'avancèrent contre les soldats de la république, décidés à vaincre ou à mourir. Prévenu de cette attaque, Kléber avait ordonné toutes les dispositions propres à les repousser avec

avantage. Secondé par les généraux Haxo , Beaupuy , Chalbos , Marceau, Vimeux et Dambarère , il attendit de pied ferme le choc des Vendéens. « Bientôt les deux armées en vinrent à une action générale , l'une des plus décisives de toute la guerre '. » Les chefs de l'armée catholique, étonnés d'une résistance, d'un ordre qu'ils n'avaient pas prévu, n'en donnèrent pas moins le signal du combat. L'impétuosité et le courage de leurs soldats donnent, dès les débuts de la lutte, des présages certains de victoire. La colonne de Chalbos est culbutée ; le général Bard , quoique blessé , s'efforce en vain de la rallier. Tout cède aux efforts et à l'intrépidité de la Bochejacquelein et de Stohlet, lorsqu'une habile manœuvre du général Haxo change la physionomie du combat ; les républicains reprennent courage à la voix de leurs chefs ; la mêlée devient plus sanglante ; les Vendéens se dispersent à leur tour ; rien ne peut arrêter la confusion et l'effroi qui régnent dans leurs rangs , ni l'exemple d'une héroïque bravoure , ni les énergiques allocutions de leurs chefs : alors , voyant l'imminence du péril, d'Elbée, Bonchamps et la Bochejacquelein , inspirés par le désespoir , rassemblent autour d'eux les débris épars de leurs troupes , et s'élancent de nouveau à travers les bataillons républicains. Jamais combat plus terrible n'avait ensanglanté le sol vendéen ; la fureur est à son comble ; les ennemis s'entrechoquent, luttent corps à corps ; le carnage devient épouvantable ; d'Elbée et Bonchamps sont renversés : « Les rebelles combattirent comme » des tigres et nos soldats comme des lions , » a dit Kléber dans un de ses rapports. Enfin , épuisés de fatigues , marchant à travers les cadavres de leurs compagnons d'armes , les Vendéens , dispersés par l'artillerie républicaine , font

1 Bcauchamp.

entendre des eiïs de détresse, et bientôt ils se dispersent , se précipitent vers Beaupreau , laissant sur le champ de bataille plus de dix mille morts.

Kléber, voulant achever son triomphe, ordonna à la division de Beaupuy de poursuivre à outrance l'ennemi. Le général se dirigea immédiatement vers Beaupreau , accompagné de Westermann , Ilaxo , Chabot , Bloss et Savary. Quelques soldats épuisés , haletants de fatigue , faisaient entendre des murmures et se plaignaient vivement de n'avoir plus de cartouches, n N'avéi-vous pas des baïonnettes ? leur répliqua Beaupuy ; des grenadiers ont-Us besoin d'une autre arme?» Après une pénible marche au milieu des ténèbres de la nuit , les guerriers républicains envahirent Beaupreau , qu'évacuèrent après de légères escarmouches les troupes vendéennes. Ainsi se termina l'éclatante victoire de Cholet ; le courage et la bonne discipline des colonnes républicaines en assurèrent le succès.

Dans le camp des vaincus , tous les combattants se livrèrent au désespoir, et se précipitèrent à la hâte sur le chemin de Saint-Florent. Alors des scènes de désolation éclatent de toutes parts; une multitude de femmes, d'enfants, de vieillards et de blessés se pressent sur les bords de la Loire, cherchant un refuge et un abri au milieu des débris de l'armée royale. Des cris d'alarmes retentissent parmi ces malheureux paysans ; leur douleur devient plus grande encore à la vue de Bonchamps et de Lescure qu'on emportait mourants; les larmes et les gémissements accueillent ces deux héros. Mais leur désespoir se change en fureur lorsqu'ils aperçoivent les prisonniers républicains ; déjà des cris de vengeance se font entendre. Tuons-les ! massacrons-les .'voilà les tristes échos qui retentissent de toutes parts; le sang de Leurs frères, les blessures mortellesde leurs chefs se présentent

à leurs esprits égarés. De nouvelles victimes allaient succomber , lorsque Bonchamps fait rassembler autour de son lit de mort tous les officiers de l'armée , et donnant l'exemple d'un dévoùment héroïque , il les supplie de ne point souiller la sainteté de leur cause par d'atroces représailles. <c 0 mes » amis , leur dit-il , ne désbonorons pas la cause pour la- » quelle nous combattons ! Dieu et le roi fut notre devise : » ebrétiens , sovons dignes de ce Dieu , dont la croix brille m sur notre poitrine , et pardonnons comme lui ; royalistes , » épargnons nos frères égarés : tels sont mes derniers vœux ; » portez-les à mes compagnons d'armes ; je connais les Ven-

» déens , ma voix mourante sera par eux respectée »

Ces paroles de clémence prononcées par le général mourant sont recueillies avec enthousiasme ; aux cris de rage succèdent des acclamations de paix. Grâce! grâce! sauvons les prisonniers, Bonchamps le veut, Bonchamps l'ordonne ! C est ainsi qu'expira le héros chrétien ; sur sa tombe à demi fermée , des paroles d'une reconnaissance exaltée émanent de la bouche des prisonniers arrachés par lui à une mort certaine , et lui assurent à jamais une mémorable illustration. C'est bien là l'homme religieux , sincère dans sa foi , miséricordieux envers ses ennemis , et couronnant sa sainte et pieuse existence par une action noble et sublime.

Les dernières défaites de l'armée royale n'anéantirent point l'insurrection ; rassemblés sur les bords de la Loire , en face de leur pays livré aux dévastations et aux flammes , les Vendéens furent saisis de terreur. C'est en vain que plusieurs de leurs chefs veulent ranimer leur enthousiasme , et relever par un nouveau combat les destinées chancelantes de l'insurrection. La Rochejacquelein , surtout, se fait remarquer par la magnanimité de son désespoir ; les yeux pleins de larmes, il supplie ses soldats de ne point abandonner les

contrées qui furent jadis le théâtre de leurs exploits. Ces paroles d'enthousiasme , ces espérances d'un avenir meilleur, ne peuvent dissiper la consternation générale ; au lieu d'affronter par de nouveaux périls les chances des comhats , ils se décident à traverser le fleuve , et à aller chercher sur une terre lointaine des secours et un asile. Bientôt quelques barques transportent sur l'autre rive les débris de la grande armée ; à Varades et à Saint-Florent s'arrêtent les embar -à cations de ces malheureux fugitifs. Lescure et la Rochejacquelein suivent malgré eux cette multitude nomade, poursuivant jusqu'à la fin la mission qu'ils avaient acceptée.

Peut-être devrions-nous ne pas suivre dans leur marche aventureuse les populations vendéennes ; peut-être devrionsnous restreindre notre récit aux limites géographiques de notre province, et raconter uniquement les faits dont elle a été le théâtre. Mais quand , par un de ces accidents à jamais mémorables, un peuple presque tout entier abandonne sa patrie , émigré sur un sol étranger , n'empof te-t-il pas avec lui tous les souvenirs de son passé, ainsi que toutes les espérances de son avenir? Ne sont-ce pas encore nos paysans de la Vendée , dont l'enthousiasme emporte sur d'autres champs de bataille les destinées de l'insurrection royaliste , et par conséquent les éléments de son histoire? D'ailleurs, que nous resterait-il à raconter dans ce pays désert ? Tout y est calme , tout y est silencieux. « Une solitude profonde » règne actuellement dans les contrées qu'occupaient les » rebelles. On ferait beaucoup de chemin sans y rencontrer » un homme et une chaumière , » disaient les vainqueurs dans leurs rapports à la Convention. Si d'un côté nous avons à reproduire les cris de triomphe des guerriers républicains, n'aurons-nous pas aussi à nous attrister sur les malheurs de nos populations proscrites et vaincues? Ces

ruines , ce sang versé , ces cadavres dont le sol est jonché , ne peuvent qu'attrister nos récits : « Nous n'avons laissé » derrière nous , disaient encore les guerriers de la républi- » que , que des cendres et des monceaux de cadavres. » Quel rôle l'histoire doit-elle embrasser dans ces catastrophes terribles ? N'a-t-elle pas aussi bien à reproduire les douleurs et les désastres , qu'à répéter les chants du triomphe ? D'ailleurs , ce pays ravagé , ces victimes tombées , ces villages incendiés , ces populations mutilées , quel que soit le motif de la lutte , rébellion ou légitime défense , fanatisme ou enthousiasme éclairé , tout cela , c'était notre territoire , notre patrie, nos aïeux. Alors les causes du combat disparaissent et laissent à l'esprit toute liberté pour plaindre le sort des vaincus, et s'apitoyer sur leurs tristes destinées. Ainsi , pendant que les républicains accueillent avec enthousiasme les paroles du comité de salut public, les royalistes cherchent à réparer par de nouveaux exploits leurs désastres passés. « Soldats républicains ! s'écriaient les délégués de la Con- » vention , les mânes de vos frères égorgés vous implorent , » la gloire vous appelle, la patrie vous regarde, les repré- » sentants de la nation vous encouragent et vous guident : » marchez, frappez; que dans un mois le peuple français » soit vengé , la liberté affermie , la république triomphante; » que les tyrans et les esclaves disparaissent de la terre; » qu'il n'y reste plus que la justice , le bonheur et la vertu. » « — Il n'y a plus de Vendée, avait dit Barrère à la tribune » de la Convention ; les combattants sont semblables à ce » géant fabuleux qui n'était invincible que quand il touchait m la terre. Il faut les soulever, les chasser de leur propre » terrain pour les abattre. » Oui, il n'y a plus de Vendée, c'est vrai ; leur territoire est désert partout , il révèle les traces sanglantes des combats , le silence effrayant de la mort;

niais il reste des Vendéens , encore pleins d'ardeur, de foi el d'espérance. Adviennent de nouveaux combats , et les paroles prophétiques de Barrère seront solennellement démenties. Suivons donc jusqu'à son dernier dénoùment le cours de cette lutte magnanime entre les soldats de la république et les paysans de la Vendée , car elle doit encore nous offrir une alternative de triomphes et de défaites , de malheurs et de catastrophes.

A peine les débris de l'armée royale avaient-ils traversé la Loire , que les chefs choisirent pour remplacer d'Elbée que l'on avait transporté mourant dans l'île de ÎNoirmoutiers, l'intrépide la Rochejacquelein ; il était à peine âgé de vingt et un ans , mais il avait déjà donné , dans un grand nombre de combats , des garanties infaillibles de sa bravoure et de son dévoùment aux intérêts de la cause vendéenne. Le jeune héros, plus remarquable par l'énergie de ses résolutions , par l'ardeur de son courage, que par ses talents militaires, rallia l'armée fugitive, et forma le projet de s'emparer de Laval. Au milieu des rangs vendéens , à travers la multitude de femmes, d'enfants et de vieillards , est porté Lescure mourant; sa résignation au moment de la mort anime encore ces soldats qu'il avait tant de fois conduits à la victoire. Tout est triste dans cette marche de l'armée royale , à travers un pays inconnu , sans asile , sans patrie , et n'ayant plus d'espérance que dans la sincérité de sa foi et de son enthousiasme.

Elle fut bientôt poursuivie par les troupes républicaines , et , après un grand nombre d'escarmouches de peu d'impor tance, la Rochejacquelein s'empara de Chàteau-Gonfliier Là, d'épouvantables représailles eurent lieu de la part des Vendéens ; plusieurs patriotes furent massacrés , et de Ma rigny tua lui-même, sur la place publique, le juge de paix qui lui avait été dénoncé comme un républicain exalte. Le il. 31

482 !. WCIEiN

magnanime Bonchamps n'était plus là pour arrêter les élans de fureur et de cruauté. Lescure , protégé par l'arrièregarde, n'arriva lui-même cpie le lendemain de ces affreuses exécutions. La prise de Laval permit aux ^ endéens de prendre quelques jours de repos. En poursuivant les bleus devant cette ville , la Rochejacquelein se trouva seul, dans un chemin creux , aux prises avec un fantassin ; il le saisit au collet de la main gauche , et gouverna si hien son cheval , que cet homme ne put lui faire aucun mal. « Retourne vers m les répuhlicains , lui dit-il en le protégeant contre ses « propres soldats , dis-leur (pie tu t'es trouvé seul avec le. » général des brigands , qui n'a qu'une main et point » d'armes , et que tu n'as pu le tuer '. »

Deux jours après leur entrée à Laval , les \ endéens, renforcés par sept mille pavsans du Maine et de la Bretagne, avant appris l'approche des républicains, s'avancèrent à leur rencontre , et attaquèrent dans les landes de la Croixde-Bataille leur avant-garde commandée par Westermann; l'imprudence de ce dernier et le courage des catholiques leur assurèrent un triomphe vaillamment conquis. Les Mayencais battirent en retraite , attendant l'arrivée du corps de l'armée. Cette escarmouche ne fut que le prélude d'un combat plus sérieux. Dès l'arrivée des troupes républicaines, une nouvelle bataille s'engagea entre Laval et Entrâmes. Là, comme dans les régions de la Vendée, l'acharnement ne céda en rien à celui des luttes passées. La Rochejacquelein dirige ses soldats avec le sang-froid d un habile capitaine ; le général en chef semble avoir abdiqué la fougue du simple combattant pour ne suivre que les conseils de l'expérience et de la tactique militaire. Lescure , quoique mortellement

1 Mémoires de M">« de la Rochrjacquelein.

poitou. 483

Messe , parcourt les rangs , anime les Vendéens, et se précipite même au milieu de la mêlée. Leur choc violent disperse la colonne de Chalbos ; l'Echelle donne lui-même l'exemple d'une fuite honteuse. Marceau , Bloss et Beaupuy soutiennent avec courage l'attaque. Ce dernier, frappé d'une balle, s'écrie à ceux qui voulaient le transporter loin du champ de bataille : Qu'on me laisse ici, et que l'on présente ma chemise sanglante à mes grenadiers. Bientôt toute l'armée est mise en complète déroute, malgré les efforts de Kléber, et le combat se termine au milieu des ténèbres, par une tumultueuse et épouvantable mêlée. Ainsi , ces Vendéens fugitifs venaient encore une fois de remporter un succès éclatant, forçant les ennemis à chercher un refuge au Lion-d'Angers, à cinq lieues du champ de bataille, après leur avoir enlevé presque tous les bagages et leur artillerie. Quant aux prisonniers , l'histoire contemporaine n'en a point conservé le souvenir, et la violence de la lutte atteste bien haut le sort qui leur fut réservé.

La victoire de Laval jeta l'épouvante jusqu'au sein de la Convention. Elle rendit les cités responsables des triomphes de l'armée vendéenne par son décret du 1" novembre. '< Toute ville de la république qui recevra dans son sein des » brigands , ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les » aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est ca- » pable , sera punie comme ville rebelle, et en conséquence » elle sera rasée, et les biens de ses habitants seront con- » lisqués au profit de la république. » Au nom du comité de salut public, Barrère attaqua avec violence les mesures prises par les généraux , parles représentants , par les administrations locales, (t II approche le jour terrible, s'écriait-il à la » tribune , où le flambeau de la vérité viendra éclairer » toutes les profondeurs de ces repaires de la Vendée; ce

» jour où, d'une main assurée, nous déchirerons le bandeau » épais qui couvre encore toutes ces manœuvres locales, » toutes ces trahisons militaires, ces ambitions diverses des » chefs. » Ainsi l'organe du pouvoir , au lieu de flétrir le seul lâche qui se fût rencontré parmi les républicains , rejetait sur toute l'armée la honte de la défaite. El pourtant un seul homme pouvait mériter ajuste titre cette solennelle improbation. Ses soldats se chargèrent de cette triste mission : au moment où le général en chef parcourait leurs rangs, le lendemain de sa fuite honteuse, cause première de la déroule , des cris d'indignation et de menace se firent entendre contre l'indigne élu de la Convention ; et , grâce à cette manifestation de mépris et de haine, il fut contraint par les représentants d'abandonner son armée , et il alla mourir à Nantes , ne pouvant pas même expier par une mort sur le champ de bataille , sa lâcheté durant le combat de Laval.

Pendant que Kléber réorganise activement dans la cité d'Angers son armée à demi détruite , attendant des secours du général en chef de celle de Cherbourg et de Tribout, qui commandait à Brest, les Vendéens, après avoir longtemps délibéré sur la direction à suivre , s'avancèrent vers Granville , dans l'espoir d'établir une communication avec l'Angleterre. Après avoir triomphé de divers obstacles , ils pénétrèrent dans la ville de Fougères, où de nombreux combattants se joignirent à eux. Là , l'ancien bénédictin Jagault chercha à inspirer à la multitude réunie des sentiments de sympathie pour la cause royaliste ; il rappela avec éloquence les malheurs passés , et exalta les présages des dernières victoires : « Fidèles et courageux Bretons! s'écriait-il, si vous » voulez vous réunir à nous, il faudra vous arracher à tout » ce qui vous est cher , faire à Dieu le sacrifice de cette vie

» périssable ; cl peut-être celui qui suscite et arrête les » tempêtes , touché un jour de votre généreux dévoùment , » opposera une digue à ce débordement de malheurs et de » crimes qui inonde la France. Réunis alors dans ses teni- » pies , nous pourrons le remercier d'avoir soutenu par sa » haute sagesse les confesseurs de la foi catholique , et » rappelé par sa miséricorde les fidèles égarés '. » Ce fut encore à Fougères que Lescure succomba à sa blessure , et il mourut en prononçant ces paroles : « J'ai servi Dieu et mon roi ; mon âme est tranquille, » Si cette perte attrista douloureusement l'armée vendéenne, elle accueillit avec une joie bien vive l'arrivée du jeune Georges Cadoudal , qui vint se joindre à elle amenant avec lui plusieurs paysans bretons.

Après avoir traversé Dol, Pontorson et Avranches, l'armée catholique vint assiéger la ville forte de Granville , et ses chefs envoyèrent aux babil ants une sommation conçue en ces termes : « Ouvrez vos portes sans résistance; un peuple » d'amis entrera dans vos murs avec la branche d'olivier , » pour y faire régner, à l'ombre de l'autorité royale, la » paix et le bonheur que vos tyrans vous promettent en » vain. Evitez les malheurs d'une résistance inutile ; songez » qu'un feu vengeur arme nos bras ; songez que les indomp- » tables habitants de la Vendée , vainqueurs et destructeurs » des Mayençais, sont là, et qu'ils peuvent s'ouvrir un pas- » sage par le fer et par le feu. » A ces menaces, la garnison de Granville répondit par une vive canonnade. Malgré l'insuffisance de leurs moyens , les Vendéens se précipitèrent à l'assaut, et supportèrent dînant trente-six heures le feu de l'ennemi. Le combat s'engagea au milieu des flammes , et

1 De Beaucliamps.

les soldats, animes par l'exemple de leurs chefs, envahirent à plusieurs reprises les fortifications , et ne cédèrent, qu'après d'héroïques efforts à la résistance des assiégés et aux difficultés de l'assaut. De retour à Avranches, des cris de menaces et d'imprécation se firent entendre contre les moteurs de l'expédition ; les paysans vendéens voulaient à tout prix regagner leur patrie. Le tumulte devint plus violent , lorsqu'ils apprirent que plusieurs des chefs étaient sur le point de s'embarquer, et, sans l'énergique intervention de Stolllet , des catastrophes sanglantes auraient éclaté au sein de l'armée royale. Mais si de tels désastres n'advinrent point , les causes qui avaient provoqué cette insurrection jetèrent dans tous les esprits des sentiments de défiance et de désespoir : la foi vive et exaltée est anéantie, le souvenir des souffrances n'est plus effacé par l'espoir de futurs triomphes. Ces pensées de doute et de terreur deviennent de tristes présages pour les destinées de la cause royaliste.

« A peine les royalistes étaient-ils rentrés à Dol ' , que trois armées républicaines fondent sur eux. Là se donne une des plus furieuses batailles qui aient jamais été livrées entre Français ; elle dura deux jours ; commencée dans les faubourgs de Dol, elle ne finit que dans les mursd'Antrain. Douze mille républicains tués ou blessés restèrent sur le champ de bataille. Ce fut à la fois la plus grande et la dernière victoire de ces Vendéens qu'avaient commandés Cathelineau, d'Elbée, Lescure et la Rocbejacquelein. — La Vendée retournait comme un lion à son antre : les républicains n'osaient plus lui barrer le chemin; ils se contentaient de l'attendre derrière les remparts. Parvenus sous les murs

' Récit de M. de Chàt^autriand.

d'Angers , les royalistes , repoussés comme à Granville , ne peuvent passer la Loire ; l'armée se rabat sur Beaugé , emporte la Flèche , se retire au Mans , où elle doit trouver son tombeau. Des réquisitionnaires , conduits par des représentants du peuple , viennent troubler ses derniers moments ; elle se lève, les chasse et se repose. Arrive enfin une armée régulière , composée des débris de toutes les armées vaincues par les Vendéens. L'affaire s'engage : le géant de la Vendée se débat, écrasé sous le poids de la France révolutionnaire; il ébranle encore de ses mains le monstrueux monument de l'athéisme et du régicide. Mais la victoire échappait aux Macbabées , et le moment du sacrifice était venu. On s'était battu tout le jour aux environs de la ville ; malgré la nuit , on continuait de se battre dans les rues à la lueur des amorces et du canon. »

La victoire de Dol et les désastres du Mans furent les derniers incidents de l'expédition d'outre-Loire. Les débris de l'armée vendéenne franchirent le fleuve au milieu de mille dangers, laissant sur l'autre rive une multitude de femmes, d'enfants , de vieillards et de blessés. Poursuivis par les guerriers républicains , c'est à peine s'ils peuvent rentrer dans leur patrie , après avoir subi toutes les chances de l'adversité. Jamais plus de désolations, plus de souffrances, n'avaient assailli des populations vaincues ; jamais plus de combats n'avaient été soutenus avec autant de vaillance; jamais de si nombreuses victimes n'étaient tombées plus douloureusement. Leur retour dans la Vendée fut encore plus triste cpje leur départ; épuisés de fatigues et de maux de toute espèce , ayant tous à pleurer un frère , un ami , nu parent , ils viennent chercher au milieu des ruines de leur patrie un refuge après les orages de leur aventureuse expédition à travers un pavs inconnu. La prophétie de Bar-

rère semble devoir se réaliser; et pourtant, malgré tous ces désastres , malgré toutes ces catastrophes, la Vendée reparait encore avec son enthousiasme , avec ses ardeurs de combat ; ses immenses pertes , ses douloureux souvenirs , rien n'y fait. La guerre se renouvelle sous d'autres faces; il n'y a de changé que le théâtre et les combattants. Voilà le perpétuel spectacle des dissensions civiles.

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