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canon protégeaient son château ; les généraux Menou et Berthier y commandaient. Autour de la ville, de nombreuses redoutes , garnies de soldats , s'élevaient entre L'armée ennemie et la cité assiégée. Malgré ces préparatifs de défense, le 10 juin, les Vendéens se précipitent en trois colonnes vers les forteresses nouvellement élevées ; leur artillerie , dirigée par Bernard de Marignv , renverse les obstacles , et aux cris de vive le roi! toute l'armée s'ébranle, se met en mouvement, et menace la ville de tous côtés. Des prodiges de valeur signalent l'attaque et la défense; catholiques et républicains, tous se battent avec un acharnement aveugle. Lescure , quoique blessé grièvement , rallie et encourage ses soldats ; les avant-postes et les redoutes sont enlevés : c'est en vain que le général républicain Coustard et le colonel Weisser s'efforcent de les défendre ; de tous les côtés les Vendéens triomphent , malgré l'énergie de la résistance ; la Iloehejacquclein , entraîné par son ardeur , franchit le premier l'enceinte de la ville , pénètre dans les rues , suivi seulement de M. de Bcaugé ; isolé au milieu des ennemis , il court les plus grands périls , lorsqu'il arrête , par une audacieuse apostrophe, les bras prêts à frapper. Rendez-vous , s'écrie-t-il aux républicains , ou vous êtes morts. Ceux-ci, croyant la ville envahie, déposent leurs armes à la sommation du jeune héros. Pievenus de cette erreur, ils les reprennent ; un combat s'engage , et sans l'arrivée de ses propres soldats , la Rochejacquelein eût peut-être succombé à cette lutte inégale. Le combat se prolonge durant la nuit , et c'est à la lueur des flambeaux que s'achève la victoire vendéenne. Les républicains évacuent la ville , les soldats du château capitulent , et le lendemain l'armée royale entra solennellement dans la cité conquise ; les églises se remplirent des combattants de la veille , et ces mains encore ensan-
glantées s'élevèrent vers le ciel pour lui rendre des actions de grâces sur l'heureuse issue de cette journée mémorable , dans laquelle avaient figuré de part et d'autre d'illustres et valeureux combattants.
Les Vendéens trouvèrent dans Saumur quatre-vingts pièces do canon, des milliers de fusils, de la poudre, "des vivres en abondance. Douze mille prisonniers traversèrent les rangs des vainqueurs , jurant de ne plus combattre contre eux. La prise de cette place leur ouvrit un passage sur la Loire et des communications faciles avec les contrées voisines , et devint l'exploit le plus glorieux et le plus utile de toute la campagne.
Cbaque triompbe inspira aux Vendéens quelque nouvelle mesure de sûreté et de prévoyance. De même qu'après la conquête de Fontenay ils organisèrent le conseil supérieur d'administration, ils résolurent après celle de Saumur d'élire un généralissime , afin de rallier autour d'un seul homme tous ces chefs indépendants et isolés les uns des autres. Dans une assemblée des principaux officiers , de Lescure , blessé et souffrant, leur adressa ces paroles : « Messieurs, » l'insurrection prend trop d'importance, nos succès ont » été trop grands pour que l'armée continue à rester sans » ordre; il faut nommer un général en chef. Comme tout » le monde n'est pas rassemblé, la nomination ne peut être » que provisoire. Je donne ma voix à Cathelineau. » L'opinion de Lescure fut vivement accueillie par toute l'assemblée, et l'ancien voiturier fut proclamé généralissime de la grande armée. Ils comprirent, tous ces nobles, la pensée populaire de l'insurrection ; c'est au plébéien qu'ils confient la suprême autorité. D'ailleurs Cathelineau était le seul homme peutêtre qui représentât fidèlement les mœurs et les croyances des Vendéens. Non-seulement il est brave soldat , mais
encore habile capitaine; fougueux et calme tout à la fois , il porte dans les combats l'ardeur de son enthousiasme , et l'énergie d'une parole éloquente. C'est le Danton de la Vendée. El puis , aux yeux des populations , il apparaît entouré de tout le prestige de la piété et de la vertu ; c'est l'homme inspiré, vraiment religieux, et à son nom tous ajoutent déjà l'épithète glorieuse de saint.
Cathelineau n'exerça pas longtemps sa nouvelle dignité. Ayant proposé dans le conseil de s'avancer sur Angers et Nantes , ne croyant pas qu'il fût prudent d'entraîner loin de leur pays les soldats vendéens, pour réaliser la gigantesque entreprise de la Roehejacquelein, qui voulait marcher vers Tours , c'est-à-dire vers le centre de la France révolutionnaire , son avis fut adopté à l'unanimité. De nouveaux renforts vinrent grossir l'armée royale ; le prince de Talmont , le descendant des la Trémouille , échappé aux périls d'une longue captivité, fut proclamé général de la cavelerie, en remplacement de M. de Dommaigné , et il eut pour second le fils d'un cordonnier, du nom de Forestier, qui avait acquis ses titres , ainsi que Cathelineau , au milieu des combats.
Dans cette nouvelle expédition , Charrette seconda les efforts du généralissime, sans pourtant reconnaître son autorité. Vainqueur à Machecoul , il s'avança vers Nantes de concert avec les chefs de la haute Vendée. Le 24 juin, Cathelineau expédia dans cette ville deux parlementaires porteurs d'une sommation adressée au maire Baco. Loin d'accéder aux conditions qui lui étaient faites , ce magistrat républicain ordonna d'amener devant lui les messagers : « Voici ma réponse, leur dit-il; nous périrons tous ou ta liberté triomphera. » La cité fut déclarée en état de siège ; tous les habitants se préparèrent à une énergique défense, s'apprêtant à combattre près des soldats républicains commandés par Canclaux et
-toi L'ANCIEN
Beyser. Ce dernier, plein d'enthousiasme, leur adressa ces paroles : « Si, par l'effet de la trahison ou de la fatalité , » Nantes tombait au pouvoir des ennemis , je jure qu'elle » deviendrait leur tombeau et le nôtre , et que nous don- » nerions à l'univers un grand et terrible exemple de ce » que peut inspirer l'amour de la liberté , la haine de la » tyrannie. » Une proclamation fut envoyée aux départements voisins : « Descendants des anciens Bretons , y est-il » dit , dont Tacite disait qu'ils ne voulaient pas même que » leurs regards fussent souillés par l'aspect de l'esclavage , » rappelez-vous la gloire de vos ancêtres. Les Romains ne » purent vous soumettre , et des esclaves vous apportent » le joug! Baisserez-vous la tète? Non, non; aux armes! » levez-vous tous , pressez la terre , volez ! Ce n'est qu'en » nous levant en masse que nous sauverons la liberté. » La ville fut attaquée le 29 juin par près de cinquante mille Vendéens. Tous les chefs s'y étaient donné rendez-vous ; ils débouchèrent de toutes parts ; Cathelineau et d'Elbée par Ancenis , Fleuriot et d'Autichamp du côté de l'Erdre ; Charrette du côté des landes de Ragon , dans la direction du Pont-Rousseau. Effrayés par cette multitude d'ennemis , on proposa l'évacuation de la ville. Canclaux s'y opposa avec fermeté , et en appela au courage des habitants.
Dès le lendemain matin , Charrette commence l'attaque , et bientôt son exemple est suivi par les diverses colonnes vendéennes. La ville est cernée de toutes parts ; des combats partiels s'engagent ; la mêlée devient terrible. Les assiégés rivalisent de bravoure ; habilement dirigés , ils soutiennent avec avantage le choc tumultueux de l'armée ennemie. Charrette traverse la Loire et vient assaillir les républicains jusque dans les prés de Mauves ; les portes de Vannes , de luîmes et de Paris deviennent le théâtre de luttes partielles.
Après une lultc de dix-huit heures , Cathelineau , voyant s'ébranler les troupes vendéennes , veut ranimer leur zèle par un coup d'éclat ; il s'élance à la tète des siens pour enlever les canons ennemis; dans ce moment il est frappé mortellement ; il tombe , et avec lui tous ceux qui l'ont accompagné. La nouvelle de ce malheur se répand à travers tous les rangs ; le désespoir et la confusion s'emparent des Vendéens. C'est en vain que d'Elbée , d'Autichamp et les autres chefs veulent ramener au combat les soldats découragés. Tous se ressentent de la perte douloureuse de leur général ; la pensée et l'audace du saine n'animent plus cette multitude armée ; une déroute complète est le dénoùment de cette aventureuse expédition.
Tels furent pendant les premiers mois les triomphes et les défaites de l'armée vendéenne ; nous avons suivi l'insurrection dans toutes ses phases , à travers tous ses incidents ; nous avons vu s'émouvoir tout ce peuple des campagnes sous l'inspiration de pensées religieuses ; rien n'a manqué au drame de ces événements , ni les victimes ni les héros ; et alors que Cathelineau expire, la cause de la Vendée, malgré l'écbec de Nantes, a rencontré d'ardents prosélytes et soulevé dans tout le pays de profondes sympathies.
D'ELDÉE , GÉNÉRAL EX CHEF DES AHMÉES CATH0L1QFES.