PACIFICATION A LA SUITE DES CONFÉRENCES DE LA JAUNAIE
Pendant que les guerriers de la république , vainqueurs au Mans et à Savenay , recevaient de toutes parts, dans les cités , des marques éclatantes d'enthousiasme et d'admiration, les soldats de l'armée catholique , dispersés et affaiblis par les derniers revers, pénétraient dans la Vendée, cherchant un asile au milieu des ruines et des débris, parmi des populations consternées. La Rochejacquelein lui-même, victorieux dans tant de combats , n'échappa à la poursuite des ennemis qu'en s'aventurant presque seul dans les contrées qui avoisinent la Loire : le généralissime vendéen, mourant de faim et de froid , isolé dans ce pays , théâtre de ses triomphes, réduit à implorer l'hospitalité d'un pauvre paysan,
POITOU. 489 allant visiter son château détruit, et ne rencontrant partout que des traces de dévastation et de malheurs , dut .s'abandonner à de tristes et sppibres pressentiments sur l'avenir de la cause royaliste , sur l'issue de la guerre civile à laquelle il s'était dévoué en héros. Les temps heureux de l'insurrection sont passés ; désormais plus de ces batailles que la multitude et le courage des combattants ont rendues mémorables ; plus de ces attaques audacieuses ; plus de ces triomphes éclatants dont la première période de ces guerres avait fourni de si nombreux exemples. Les chefs royalistes, dans les dernières épreuves de leur orageuse résistance , suivirent les inspirations de leur désespoir. Des haines privées , de violentes antipathies , au sein de leurs conseils , détruisirent ce que n'avaient pu ébranler toutes les forces de la république , c'est-à-dire l'enthousiasme et la foi , ces deux sources fécondes d'héroïsme et de victoires.
La basse Vendée devint alors le foyer de l'insurrection , et reconnut pour chef Charrette. Depuis longtemps ce général royaliste s'était ouvertement déclaré contre les diverses expéditions de l'armée du haut Poitou ; il redoutait les batailles décisives , prévoyant bien que tôt ou tard le nombre et la discipline des soldats de la république devaient l'emporter. Aussi cette guerre vendéenne , autrefois si animée et si dramatique avant les désastres d'outre-Loire , fut-elle réduite à des combats partiels , à des escarmouches de peu d'importance : les soldats de Charrette se façonnèrent aux habitudes d'une vie guerroyante , jetant dans les villes républicaines de perpétuelles alarmes, sans pourtant affronter les chances périlleuses d'un engagement général. Pendant que les débris de la grande armée portaient sur un territoire étranger les destinées de la cause royaliste , ce chef habile avait maintenu dans les contrées du bas Poitou une autorité
assez redoutable pour inspirer l'effroi et la crainte aux délégués de la Convention. La conquête de l'île de Noirmouliers fut le début de ses audacieuses expéditions. « Mes amis , » s'était-il écrié au moment de l'attaque , c'est ici qu'il » faut vaincre ou mourir! L'ennemi est surpris, la mer » monte ; point de retraite pour lui ni pour nous ; mar- » chons ! » Malgré la résistance du brave Richer, commandant de l'île , elle tomba promptement en son pouvoir. Le fils du capitaine républicain , voyant son père frappé par le feu de l'ennemi , préféra la mort plutôt que les conditions du vainqueur : « Mon père , dit-il aux Vendéens , vient » d'être massacré par vous en défendant la république ; je » ne ternirai point la gloire d'une si belle mort \ J'abhorre » les rois , j'adore la liberté. » Et il expira glorieusement en prononçant ces paroles. Ce fut à Noirmoutiers que Charrette donna asile à son rival , le généralissime d'Elbée , blessé au combat de Cholet.
Tout semblait présager le dénoûment de l'insurrection vendéenne , et la bravoure du nouveau chef ne paraissait pas pouvoir en raviver l'éclat et l'ardeur. Déjà quelques communes , autrefois insoumises , se préparaient à accepter les conditions des vainqueurs ; à la Convention même, Merlin de Thionville , qui avait coopéré d'une manière active à toutes les expéditions au sein de la Vendée , proposait des plans de pacification , lorsque de nouveaux incidents vinrent rallumer cet incendie à demi éteint, renouveler tous les désastres passés , et mettre à une dernière et plus douloureuse épreuve le courage et l'héroïsme du peuple rebelle , de ces populations déjà mutilées par tant de malheurs. Loin d'accueillir avec joie les paroles de paix et de
' De Beauchamp*.
POITOU. 491 conciliation , les représentants du peuple en mission dans la Vendée signalèrent leurs triomphes par d'épouvantables réactions. La cité de Nantes devint le théâtre de la fureur et des vengeances des mandataires de l'autorité publique ; des milliers de victimes révélèrent le fanatisme froidement atroce des hommes investis de la mission d'anéantir la guerre vendéenne. Si , au milieu des champs de bataille , en présence de périls réciproques, sous les seules inspirations du courage , des flots de sang ont humecté notre territoire ; si chaque ville , chaque bourg , chaque château a été le théâtre de sanglantes catastrophes ; si des bataillons entiers ont péri au sein de la tumultueuse mêlée, dans le choc terrible des armées ennemies ; si des chefs illustres ont expié par une mort glorieuse leur participation à ces combats ; si d'innombrables soldats ont été frappés , jonchant le sol de leurs cadavres ; nous ne pouvions , en déplorant de telles calamités, qu'accuser les malheurs inévitables de la guerre civile ; c'était le sort , le destin des batailles. — Mais de quelle réprobation devons-nous flétrir les sanglantes exécutions qui ont eu pour théâtre la place publique , pour acteurs des juges insensés, iniques , et pour instrument le bourreau? Là point de chances de salut , point de morts glorieuses, point de ces blessures échangées dans le feu du combat , point de résistance possible ; c'est le sacriGce inhumain , atroce ; c'est l'échafaud : plus d'ennemis habiles à combattre , ce sont des femmes , des vieillards , des enfants, victimes immolées aux passions et aux haines politiques. Telle pourtant a été la réaction contre la Vendée ; telles ont été les saturnales sanglantes dont Carrier s'est fait le lugubre héros , épuisant sur ses malheureuses victimes toutes les cruautés que peut enfanter l'imagination farouche d'un Néron populaire.
N'était-ce pas qssez d'avoir triomphé de l'insurrection vendéenne sur les champs de bataille , d'avoir épuisé dans mille rencontres l'activité guerrière des populations , d'avoir transformé en désert une province presque entière? Pourquoi , alors que la Vendée est vaincue , haletante , épuisée , n'avoir pas proclamé les droits de l'humanité? Pourquoi avoir abdiqué le rôle le plus sublime du vainqueur, celui de l'oubli et du pardon ? Le temps n'était-il pas venu d'étendre sur toutes ces contrées les bienfaits de la civilisation , et la faveur d'une généreuse amnistie? Mais non : la haine prévalut ; au lieu de pacificateurs armés de la branche d'olivier , symbole pacifique , la Convention envoya des hommes exaltés , fougueux dans leurs passions , ne cédant qu'à des pensées de vengeance, et invoquant l'office du bourreau comme dernière raison de leur politique fanatique et cruelle. Alors commencèrent ces drames de chaque jour , ces supplices , ces exécutions , dont le souvenir devient affreux et pénible. Aux héros succédèrent des martyrs. Il était dans les destinées vendéennes de reproduire dans toutes leurs phases les calamités des dissensions civiles. L'activité du bourreau ne put suffire aux atroces exigences des délégués conventionnels ; alors ils choisirent pour instruments de supplice les flots de la Loire , dans le sein de laquelle furent ensevelies d'innombrables victimes. Tout cela fut horrible , hideux. Et avant que la justice humaine eût frappé les auteurs de ces épouvantables holocaustes , l'indignation publique les avait déjà flétris , stigmatisés à tout jamais. Loin de notre pensée de vouloir soulever le voile qui enveloppe toutes ces exécutions , de raviver des souvenirs encore poignants; respect au silence de la tombe, alors que les pleurs et les gémissements des familles y retentissent encore ; respect à la douleur , inviolabilité sacrée de ses mystères ;
POITOU. 493 voilà le rôle de l'histoire contemporaine. Mais anathème contre les bourreaux , éternelle flétrissure contre leurs actes de fureur et de vengeance ; voilà sa mission et son devoir.
La nomination du général Turreau , comme chef des armées républicaines dans la Vendée , fut une conséquence du système de terreur adopté par le comité de salut public : l'exaltation et le fanatisme étaient ses seuls titres. Aussi lâche , aussi inepte que l'Échelle , il le surpassait encore par la férocité de ses projets. Loin de s'associer les héros des dernières victoires , Kléber et Marceau , il les condamna à l'inaction, les accusa même, et reproduisit contre eux les dénonciations de modérantisme , qui suffisaient à ces époques de désastres pour motiver un arrêt de mort : plus heureux que Westermann , Beyser et Fhilippeaux , ils échappèrent aux proscriptions dont étaient frappés aveuglément tous ceux qui portaient ombrage aux cruels proconsuls de la Vendée , et ils eurent la gloire , bien rare à ces époques de calamités nationales , de combattre avec courage au milieu des champs de bataille , sans souiller par de cruelles réactions leurs victoires sur les populations rebelles.
Le seul fait d'armes des armées républicaines, sous le commandement de Turreau , digne de mention , fut la prise de l'île de Noirmoutiers qu'occupaient les soldats vendéens , au nombre de quinze à dix-huit cents , sous les ordres de Pinau. Déjà , à plusieurs reprises, les généraux républicains avaient formé le projet de cette attaque , lorsqu'ils l'exécutèrent dans les premiers jours du mois de janvier 4794. L'impétuosité de l'attaque provoqua dans les rangs des troupes vendéennes divers mouvements d'hésitation qui assurèrent aux assaillants les chances d'une victoire complète. En effet , après quelques jours d'une lutte violente et acharnée , grâce à la confusion et au découragement qui
régnaient parmi les chefs royalistes , les républicains se rendirent maitres de l'île dè Noirmoutiers , qui , par sa position sur les bords de l'Océan, pouvait servir à établir des communications entre l'Angleterre et les rebelles du continent. Ce triomphe devint pour les vaincus une nouvelle cause de désastres et de malheurs. Non-seulement , au milieu de la mêlée , des chefs illustres succombèrent en combattant avec honneur et gloire , les uns expirant sous le feu de l'ennemi en faisant entendre le cri glorieux de l'insurrection : Le roi ou la mort; d'autres, dans la crainte de tomber au pouvoir des vainqueurs, suivirent les inspirations de leur désespoir 9 laissant leurs cadavres par eux-mêmes mutilés, comme gages de leurs antipathies et de leur héroïsme. Mais d'autres scènes plus lugubres signalèrent cette victoire : malgré les généreuses tentatives du chef républicain Haxo , qui s'efforça de concilier par les effets d'une sage capitulation les droits de l'humanité et les nécessités de la guerre , de sanglantes réactions jetèrent l'épouvante parmi tous les habitants de l'île conquise. LÀ , de nouvelles et de nombreuses victimes, innocentes des désastres passés , expièrent par leur mort le crime de l'insurrection. Un grand nombre de prêtres, de vieillards , de femmes et d'enfants , qui avaient abandonné les contrées théâtre de la guerre , pour chercher à Noirmoutiers un asile de paix et de salut , périrent dans ces immolations cruelles et passionnées.
Parmi toutes ces victimes , l'ancien généralissime d'Elbée, presque mourant des suites de sa blessure et de la douleur que lui inspiraient les derniers événements de la Vendée , attira sur lui l'attention des chefs républicains. Durant plusieurs jours sa condamnation fut retardée. Autour de la tombe de ce chef illustre les partis ennemis ont fait entendre tour à tour leurs paroles accusatrices. Suivant les uns ,
POITOU. 495 d'Elbée expirant , à l'heure de ses derniers instants , aurait eu à subir non-seulement le supplice dont il fut victime , mais encore il eût été , de la part des vainqueurs, l'objet d'outrages et d'injures atroces. Aux dires des autres, le général vendéen, répondant aux diverses interpellations qui lui étaient faites par les chefs républicains , aurait signalé les causes de la guerre civile et les moyens d'y remédier. Cet interrogatoire a été considéré par les premiers comme une dernière et sanglante calomnie jetée sur la mémoire du héros vaincu. Dans cet étrange conflit d'accusations réciproques , où rencontrer les éléments de la vérité ? Pour nous , il est un fait à l'abri de toute discussion , à savoir que d'Elbée mourant a été frappé par suite d'une condamnation militaire ; que sa femme a expié par une mort horrible son dévoûment conjugal ; que celle dont ils avaient reçu les bienfaits de l'hospitalité devint elle - même victime d'un sort semblable. Voilà des faits inexorables , et pour l'explication desquels on invoquera en vain les nécessités fâcheuses des dissensions civiles. Mais quelles ont été les dernières paroles du héros vendéen , alors que le trépas s'offrait à lui , aussi bien par la vengeance de ses ennemis que par les suites d'une blessure mortelle? À-t-il tenu le langage que lui ont prêté les rapports des généraux républicains ? Ou bien , ces derniers ont-ils rédigé de leur plein pouvoir , et en mentant de la sorte à la vérité, cette pièce qui renferme d'utiles enseignements et de sages conseils ? Si la mémoire de d'Elbée pouvait être ternie par ses prétendues réponses , peut-être hésiterions-nous à admettre leur authenticité : mais nous n'y avons rencontré que l'expression vive et sincère de désirs de paix; c'est un homme aux bords de la tombe qui gémit sur les malheurs de sa patrie , et dont les derniers vœux ne respirent que son bonheur et sa tranquillité. D'ail-
leurs , les désastres de la Vendée, vaincue de toutes parts, livrée à toutes sortes de calamités, ne pouvaient-ils pas exciter dans l'âme du vieux guerrier des sentiments d'amertume et de douleur ? Glorieuse avait été sa carrière , glorieuse fut sa mort ; et plus glorieuse encore elle a été à nos yeux, si les paroles de son interrogatoire sont vraies et dignes de foi. Plût au ciel que ses prévisions eussent été suivies , et que dés cette époque on eût travaillé à réparer les maux passés , et à effacer les calamités récentes ! Mais non : la tombe de d'Elbée se ferma, et si ses dernières paroles furent hautement publiées , ce n'était que pour jeter sûr l'ancien chef vendéen des accusations de lâcheté et de mépris. Loin de suivre les inspirations de cet homme placé entre la vie et la mort , dans cet instant solennel où les passions humaines disparaissent pour ne laisser entendre que la voix de la conscience , ses ennemis lancèrent contre sa mémoire d'injustes calomnies; les pensées de l'homme de bien , du citoyen vertueux , du chef catholique, si noblement • exprimées, eurent à subir elles aussi de funestes interprétations , et nous sommes heureux de protester en faveur de leur sincérité, non pas par des dénégations peut-être mal fondées , mais bien par de consciencieuses et de justes réflexions.
Les exécutions qui ensanglantèrent l'île de Noirmoutiers furent le prélude des mesures dont le général en chef Turreau avait annoncé hautement l'épouvantable réalisation. Après avoir laissé sur le territoire récemment conquis des traces de vengeance et de cruautés , les proconsuls conventionnels , puisant dans le vocabulaire politique de l'époque des dénominations conformes à leurs propres passions, donnèrent aux iles de Bouin et de Noirmoutiers les noms de Marat et de la Montagne. Si le temps a effacé cet éphémère
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patronage, il n'a peut-être pas encore fait oublier toutes les catastrophes qui suivirent cette conquête des armées républicaines.
Après la victoire de Noirmoutiers, il eût été peut-être facile a Turreau d'anéantir promptement les débris de l'insurrection vendéenne. Qu'aurait pu faire Charrette, suivi de quelques milliers d'hommes, contre toutes les forces ennemies ? Malgré son courage et son habileté , il ne pouvait que succomber dans cette lutte inégale. Devait-il compter, pour le succès de la cause royaliste, sur les efforts des divers chefs isolés , réduits à un petit nombre de combattants ? Cathelineau , Joly , la Rochejacquelein , Stofflet et Marigny , alors même qu'ils eussent concentré sur un seul point toutes les troupes auxquelles ils commandaient, ne pouvaient espérer de vaincre les armées républicaines. Tout semblait donc annoncer le dénoûment de cette triste guerre , et Kléber avait déjà tracé le plan à suivre pour y arriver , lorsque Turreau proclama la nécessité d'exécuter le fameux décret d'extermination. Les représentants eux-mêmes furent effrayés des projets du général en chef, et bientôt ils apprirent qu'entre ses mains seules était placée la souveraine dictature du pays conquis. Il leur écrivait à la date du 1 5 janvier : ce Lorsque j'ai désiré de vous voir réunis prés de » moi , je n'ai point prétendu avoir recours à votre autorité » pour aucun des détails militaires ; mais j'ai voulu que vous » déterminassiez d'une manière précise la conduite que je » devais tenir dans la Vendée à l'égard des personnes et des » propriétés. Mon intention est bien de tout incendier , de » ne réserver que les points nécessaires à établir les canton- » nements propres à l'anéantissement des rebelles ; mais » cette grande mesure doit être prescrite par vous. Vous » devez également prononcer d'avance sur le sort des femmes n. 32
» et des enfants; s'il faut les passer tous au fil de l'épée. »
Effrayés de la responsabilité à laquelle voulait les associer Turreau , les représentants refusèrent de prendre part à l'exécution de ses projets , et sollicitèrent tous leur rappel immédiat.
Malgré cette éclatante improbation , le général républicain n'en persista pas moins à donner le spectacle de la plus épouvantable réaction dont des populations vaincues puissent être victimes*. Douze colonnes furent formées , et destinées à parcourir la Vendée tout entière. « On emploiera , » disait Turreau dans son ordre du jour , tous les moyens de » découvrir les rebelles ; tous seront passés au fil de la » baïonnette ; les villages , métairies, bois , landes , genêts , » et généralement tout ce qui peut être brûlé , seront livrés » aux flammes. — Pour faciliter cette opération, on fera » précéder chaque colonne par quarante ou cinquante » pionniers ou travailleurs , qui feront les abatis néces- » saires dans les bois ou forêts pour propager l'incendie. — » Aucun village ou métairie ne pourra être brûlé qu'on n'en » ait auparavant enlevé tous les grains battus ou en gerbes, » et généralement tous les objets de subsistance ; et , sup- » posant que l'enlèvement de ces objets éprouvât quelque » retard, et empêchât qu'on ne brûlât sur-le-champ les » villages et métairies qu'on doit incendier, les colonnes les » épargneront pour ne pas différer leur marche; mais, quel- » que chose qui arrive , les chefs de chaque colonne ne » pourront se dispenser d'être rendus le 27 janvier au lieu » qui leur sera indiqué. »
Tel était le plan conçu par Turreau ; rien dans le passé de cette guerre ne peut lui être comparé; le décret du 1er
POITOU. 499 août 93 , dont l'exécution n'avait jamais été rigoureuse, plaçait du moins sous sa sauvegarde les femmes , les enfants et les vieillards. Mais, dans la volonté du farouche proconsul, il faut que tout le pays subisse les catastrophes de son exécrable projet; les personnes , quels que soient leur âge , leur sexe , leur position, leurs croyances même, doivent expier le crime de l'insurrection. Le sol lui-même encourt la colère du vainqueur ; pour la satisfaire dans toute son atrocité , il ne lui faut que des ruines, et rien que des ruines. C'est avec le fer et le feu qu'il s'apprête à métamorphoser en désert cette province de l'ancienne France ; pour achever son œuvre d'extermination, il change en bourreaux ses soldats. Notre • pensée n'est pas "de suivre dans leur marche les diverses colonnes , et de raconter les tristes exploits de cette expédition atroce, décorée par son inventeur du nom de promenade militaire. Des villes , des villages , des châteaux , des chaumières en ruines ; des populations immolées sans défense ; des cruautés inouïes sur des femmes et des enfants ; des incendies et des massacres de chaque jour ; des cadavres , du sang , des débris ; des cris de fureur et des plaintes pleines de tristesse; enfin, tous les incidents d'une extermination barbare et atroce , voilà les scènes qu'il nous faudrait raviver par notre récit. Mais l'historien ne peut s'isoler dans de tels crimes ; il lui faut retracer la physionomie des bourreaux et des victimes ; dans cette appréciation se retrouve le drame et l'intérêt. Qu'importe d'énumérer tous les actes de barbarie dont la Vendée a été le théâtre durant l'expédition commandée par Turreau ; les mêmes scènes se renouvellent à chaque instant , en tous lieux ; c'est toujours les mêmes catastrophes de dévastation et de massacre; c'est la même fureur, la même résignation, les mêmes calamités. C'est à peine si nous pouvons . invoquer sur la mémoire de ces
atrocités les justes anathèmes de l'histoire ; tous les faits de ces hommes ont déjà été flétris bien haut. Ces colonnes de soldats destinés aux meurtres , à l'incendie , n'ont-elles pas été stigmatisées de l'épithète d'infernales et d'incendiaires ? Qui pourrait justifier ce déchaînement des passions , et contredire avec chance de succès l'éclatante réprobation dont tous ces faits ont été frappés au nom de l'humanité et de la raison ? Sur tout cela il y a force de chose jugée , et les victimes de ces épouvantables désastres ont pu seules rencontrer dans les temps postérieurs des sympathies , et soulever de bien sincères regrets.
Aussi , loin de condamner l'insurrection , de traiter comme rebelles les nouveaux combattants qui vont surgir de la* Vendée , nous ne pouvons que déplorer les funestes effets des mesures ordonnées par Turreau. N'était-elle pas vaincue, anéantie , cette Vendée des premiers temps? Les populations, loin de provoquer les chances des combats , n'avaient pas d'autres désirs que celui de la paix. Les blessures si profondes des guerres précédentes ne nécessitaient-elles pas le repos et le calme ? Tous , sauf quelques rares combattants , demandaient merci et protection , et ils ne rencontrèrent que soif de sang , de vengeance et de destruction. Si le hasard des batailles a épargné la vie de quelques soldats, si les invasions précédentes ont laissé intactes des villes ou des hameaux ; loin de conserver comme choses précieuses ces débris des orages passés , on lance un décret d'extermination. Oh ! alors l'insurrection devient un droit, un devoir. Que pouvaient ces populations fuyant au milieu des flammes , à travers les débris de leurs demeures , foulant de leurs pieds des cadavres encore palpitants , ayant sous les yeux toutes les horreurs qui les menaçaient , ne pouvant conserver aucune espérance de salut en face d'une mort certaine
POITOU. 501 et cruelle , si ce n'est en appeler de nouveau au sort des armes , afin d'échapper à une inévitable immolation? Voilà le mystère de la dernière insurrection vendéenne. Que la responsabilité de ces désastres retombe de tout son poids sur la tête de ceux qui l'ont provoquée par l'exaltation barbare de leurs mesures sanguinaires.
Alors les paysans vendéens puisèrent dans leur désespoir de nouvelles inspirations de courage et de révolte ; les bandes armées se grossirent insensiblement de tous ceux qui échappaient aux massacres des bleus; réfugiés au sein des bois, ces nouveaux soldats se précipitaient à l'improviste sur les colonnes ennemies , cherchant ainsi à venger les cruautés dont ils avaient été eux-mêmes les premières victimes. De nombreuses rencontres eurent lieu entre les Vendéens et les républicains; à Tiffauges, à Gesté, la Rochejacquelein soutint avec avantage l'honneur de la cause royaliste. Plusieurs cités suivirent l'impulsion delà révolte; àChemillé, à Beaupreau , à Jallais , les rebelles trouvèrent de vives sympathies. Ce fut dans un de ces combats sans éclat, que le jeune généralissime dés armées de la Vendée trouva une mort glorieuse. Depuis les désastres de l'expédition d'outre-Loire , une sombre mélancolie a succédé à son ancien enthousiasme ; les malheurs de ses compagnons d'armes, de fâcheux pressentiments sur l'issue de cette guerre, dont l'expression douloureuse s'était trahie d'une manière éloquente dans ces paroles prononcées après la défaite du Mans , Que ne suis-je mort au champ d'honneur ! avaient changé en témérité son ancienne et héroïque valeur. Le 28 janvier , près de Cholet, au bourg de Nouaillé qu'il voulait défendre contre l'attaque des républicains, la Rochejacquelein se précipita sur les guerriers ennemis , et au moment où il étendait sur eux une généreuse sauvegarde , il fut frappé d'une balle et expira
quelques instants après. Ses dépouilles mortelles furent ensevelies à la hâte dans un coin obscur, et ses soldats n'emportèrent que le souvenir de sa vaillance, et les regrets douloureux provoqués par cette mort imprévue.
À Stofflet , l'ancien garde-chasse , échut non pas la dignité de généralissime , mais bien le commandement des paysans qui s'étaient associés aux tentatives de résistance contre l'invasion ennemie. Il signala bientôt par une victoire son début dans cette nouvelle carrière. La prise de Cholet , en date du 8 février, ranima les dernières espérances de l'armée vendéenne , et répandit l'alarme parmi les soldats de la république. Le général Moulin qui y commandait, frappé dés les premiers instants du combat et craignant de tomber vif au pouvoir des ennemis, se donna la mort, appelant à sa vengeance ses frères d'armes , qu'un tel spectacle avait consternés. Après quelques heures de paisible occupation, Stofflet lut forcé d'évacuer la ville après avoir donné un libre cours à de sanglantes représailles, et de regagner les contrées qui avoisinent la forêt de Vezin. Si le triomphe du général vendéen fut de courte durée , il n'en provoqua pas moins de violentes récriminations contre la conduite de Turreau. A la Convention , Barrère au nom du comité de salut public , après avoir blâmé les rigueurs du système de répression , fit rendre deux décrets par lesquels Hentz et Garreau furent envoyés à l'armée de l'Ouest avec des pouvoirs illimités , et l'ordre de faire élever à Tiffauges un monument en l'honneur de Moulin.
Cependant l'insurrection faisait d'immenses progrès dans la Vendée ; Stofflet semblait vouloir , par sa fougue et son activité , raviver l'éclat des révoltes passées. A plusieurs reprises il attaqua énergiquement les colonnes républicaines; et s'il fut repoussé à Baupreau par le général Cordelier ,
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dans bien d'autres rencontres il avait donné à ses ennemis un témoignage éclatant de son audace et de son courage, et, par l'évacuation de Cholet ordonnée par Turreau , il devint maître d'une grande partie du territoire de la haute Vendée. « Il ne faut pas s'étonner , disaient les commissaires Hentz » et Garreau dans leurs rapports au comité , si les restes » d'une armée qui fut terrible , si des hommes qui depuis » un an s'aguerrissent parce qu'ils n'ont devant les yeux » qu'une mort inévitable , cherchent à se défendre avec le » courage du désespoir. Ils seront dangereux tant qu'ils » n'auront pas tous péri ; mais il faut du temps pour les » réduire : ils sont dans leur pays, où ils se rassemblent et » se dispersent à volonté , en se jetant sur nos postes qu'ils » égorgent et dont ils enlèvent les armes. »
Dans la basse Vendée , Charrette poursuivit sans relâche ses attaques contre les troupes républicaines. Après la défaite de Machecoul , il se porta sur Saint-Fulgent dont il se rendit mâître , et qu'il n'évacua qu'à la suite d'une longue et courageuse résistance. Le chef vendéen persiste dans son ancienne tactique ; il évite avec soin les luttes générales, et ne cherche à vaincre l'ennemi que dans des escarmouches de peu d'importance. C'est ainsi qu'il échappe aux efforts du général Haxo , digne adversaire du héros vendéen par son activité et son courage. « Ce n'est pas une chose aisée , écrit » ce général , de trouver Charrette, encore moins de le » combattre. Il est aujourd'hui à la tête de dix mille hommes» » et le lendemain il erre avec une vingtaine de soldats; vous » le croyez en face de vous , et il est derrière- vos colonnes ; » il menace tel poste , dont il est bientôt à dix lieues. Habile » à éluder le combat , il ne cherche qu'à nous surprendre » pour égorger nos patrouilles, nos éclaireurs, et enlever nos » convois. Je le poursuivrai sans relâche ; il périra de ma
» main , ou je tombeiai sous ses coups. » La dernière partie de cette prédiction se réalisa. Dans un combat qu'il livra à Charrette au village de Glouzeau prés de la Roche-sur-Yon , emporté par l'ardeur de son courage , exalté par la pensée de combattre enfin un ennemi jusqu'alors presque invisible, il se précipita au milieu des troupes ennemies et trouva sur le champ de bataille une mort glorieuse. Les regrets unanimes dont cette perte fut accueillie , témoignèrent hautement en faveur de la mémoire du malheureux liaxo. Turreau, quoique présent à ce dernier combat, ne put en rien dissiper la confusion et le découragement qui s'étaient emparés des soldats républicains à la nouvelle de la mort de leur général, et laissa à Charrette les . honneurs de cette journée mémorable.
Ces divers succès raniment l'espérance dans le coeur des Vendéens : sur plusieurs points leurs tentatives d'insurrection trouvent des chances heureuses. Dans le centre de la Vendée , Bernard de Marîgny , échappé aux désastres du Mans et de Savenay , se met à la tête des paysans des paroisses qu'avaient commandés Lescure et de la Roehejacquelein. Lui aussi , il a la généreuse ambition de repousser l'invasion des colonnes infernales. Dans les premiers temps, il discipline ses soldats aux habitudes d'une guerre de partisans ; errant au milieu des bois , il cherche par de minutieuses attaques à jeter l'alarme dans les rangs ennemis. La prise de Mortagne fut la seule action d'éclat par laquelle il signala son commandement dans le haut Poitou. Dans cette ville, Bernard de Marigny , d'un caractère fougueux et emporté , vengea par d'horribles représailles les catastrophes dont la Vendée avait été le théâtre.
Ainsi , loin d'anéantir l'insurrection vendéenne , les sanglantes mesures ordonnées par Turreau ne firent qu'exalter
POITOU. 505 et soulever de nouveau ces populations presque détruites. Au milieu des ruines, sur ce sol ensanglanté , l'énergie des rebelles se ravive , éclate , donnant à de nouvelles manifestations , non plus le caractère d'une révolte , mais bien celui d'une légitime défense. Que peuvent opposer les combattants royalistes à la fureur des hordes dévastatrices , si ce n'est une résistance opiniâtre , acharnée , dernier effort de la victime en face de la mort? L'activité de Turreau, quelque effrayante qu'elle nous paraisse , est encore stimulée par les commissaires de la Convention. « Quatre-vingt mille hommes sont » sous tes ordres, lui écrivent-ils, dont plus de quarante » mille en étkt de combattre , et la Vendée existe toujours ; » Charrette et Stofflet ne sont pas poursuivis. Le premier » n'a que six mille hommes , et Stofflet s'est échappé avec » sa fugitive et misérable troupe. Que fait donc notre armée? » Nantes est-il pour ton état-major la Capoue delà Vendée? >i Point de sommeil , point de repos , tant qu'il existera un » seul rassemblement de royalistes. Cette malheureuse guerre » aurait dû ne durer que quinze jours ; ta réponse doit nous » apprendre que Charrette et Stofflet n'ont plus d'armée. » Tout , hormis la victoire , t'expose à une responsabilité » dont tu dois craindrç le danger. » Malgré la vivacité de ces reproches , Turreau eut encore à essuyer plusieurs défaites de la part des Vendéens. A Ghiché, Marigny poursuivit les troupes républicaines jusqu'à Bressuire qu'elles évacuèrent ; Stofflet combattit avec une alternative de succès et de défaites le général Grignon , qui occupait Saint-Florent et Saumur ; à Ghallans , Charrette inquiéta vivement le général Dutruy; à Pouzauges, après trois attaques successives, il triompha des ennemis et sauva les débris de la division de Sapinaud.
Mais ces efforts isolés des généraux vendéens , tout en per-
pétuant la résistance des populations à rencontre de l'armée républicaine , ne pouvaient préserver ces contrées d'une destruction presque complète. Non-seulement ils avaient à combattre des ennemis acharnés, mais encore ils s'abandonnèrent entre eux à des luttes mesquines d'amour-propre et de rivalité. Loin de combiner leurs mouvements , de concerter leurs plans d'attaque et d'agir sous la même impulsion , ils se livrèrent souvent aux aveugles entraînements de l'ambition et de la jalousie ; au milieu de leurs camps , parmi tous ces hommes armés pour la même cause , ayant à défendre leur territoire indignement ravagé , ils provoquèrent d'éclatantes scissions et de médiocres intérêts ; des passions privées fireq£ quelquefois aussi oublier la grandeur et les périls de leur mission. Il est bien vrai que, dans les premiers temps de cette seconde guerre , les trois généraux Stofflet , Charrette et Bernard de Marigny , se réunirent à Gerisay afin de s'entendre sur les mesures à prendre pour faire triompher la cause royaliste. Mais, dès les premiers instants de la conférence, les haines s'envenimèrent, de perfides insinuations suscitèrent entre eux de profondes antipathies. Cependant , malgré ces premiers germes de discordes futures , un plan fut arrêté entre les trois chefs , par lequel ils promirent leur concours réciproque, pour repousser du territoire vendéen toutes les garnisons républicaines, et signèrent solennellement cet acte d'union , appelant sur la tête de celui qui le violerait la vengeance de Dieu et le châtiment des hommes. Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis ces conférences , que de sourdes intrigues arrêtèrent l'exécution du plan concerté. Bernard de Marigny , à la suite de nouvelles discussions à Jallais, fut dépouillé de son commandement, et eut pour successeur Sapinaud , l'un des chefe dévoués à Charrette. Indigné de cette décision, le fougueux Bernard
POITOU. 507 fit entendre des paroles pleines d'amertume , et abandonna avec ses soldats le camp des autres généraux. Alors , au sein de l'armée insurgée, éclata une de ces catastrophes bien propres à révéler l'irritation des divers chefs : dans un conseil de guerre , de Marigny fut condamné comme traître à la peine de mort; et, deux mois après cet arrêt, Stofflet le fit arrêter dans un château non loin de Gerisay , et ordonna l'exécution de la sentence inique qui le frappait. Triste et douloureux dénoûment des coupables passions auxquelles s'abandonnaient les chefs du parti rebelle! Quel fut l'inspirateur de cette sanglante et monstrueuse justice ? Qui provoqua parmi eux ces germes de rivalité coupable? Quelle bouche dicta la sentence de mort? Quelle main arma celle de Stofflet ? Sur la tête de qui faire rejaillir le sang de la victime immolée? Voilà les diverses questions qui ont soulevé de violentes polémiques. Un prêtre, Bernier , curé de Saint-Laud , a été hautement accusé ; ni son caractère sacré, ni sa participation dans les anciennes guerres, n'ont pu éloigner de sa mémoire la responsabilité de cet acte. Quant à nous, ne suivant que l'inspiration des faits , n'écoutant que les seules indications de la réalité , nous ne pouvons que signaler ces accusations sans être en droit de les affirmer comme vraies et irrécusables.
L'union de Stofflet et de Charrette, quoique cimentée par l'horrible exécution de Bernard de Marigny, ne fut ni longue ni heureuse. Dans les environs de Saint-Florent, les armées coalisées furent mises en complète déroute par le général républicain Dusirat. Charrette accusa hautement son rival de l'avoir lâchement abandonné , le laissant ainsi exposé à la merci des ennemis. Dès ce moment la désunion éclata avec plus de violence entre les deux généraux ; leurs haines
de rivalité ne purent être apaisées par les éphémères transactions d'une alliance devenue impossible.
Malgré ces éléments de discorde au sein des armées vendéennes , la pacification du territoire insurgé aurait encore exigé de nombreux sacrifices , ravivant peut-être au milieu de ces contrées les catastrophes des premières guerres , si la Convention n'eût enlevé à Turreau le commandement des armées de l'Ouest, dans le courant du mois de mai 1794. Des plaintes unanimes avaient soulevé contre lui l'universelle réprobation. La cruauté des mesures ordonnées, l'inhabileté de leur exécution, tout avait inspiré contre lui des sentiments d'une violente antipathie. Dans les villes , aussi bien que dans les campagnes incendiées par ses colonnes, des voix éloquentes et énergiques avaient sollicité son rappel , rejetant sur son incapacité et son inhumanité tous les malheurs de la nouvelle insurrection. Enfin justice fut faite, et Vimeux succéda au général révoqué. Alors un nouveau système de pacification fut mis à exécution : on établit dans la Vendée plusieurs points militaires , afin de maintenir les révoltes fréquentes des divers çhefe de l'insurrection. Loin de provoquer par d'inutiles désastres les passions de ces malheureux paysans , des paroles de paix et d'oubli furent hautement proclamées. Mais comment apaiser d'un seul coup tant de douleurs, effacer tant de catastrophes? les haines civiles sont tenaces, et bien plus encore lorsqu'elles éclatent dans le cœur de ceux qui ont tout perdu , au milieu de ces terribles agitations, demeure, famille et patrie, et qui n'ont conservé d'autres sentiments que l'espoir de terribles vengeances et d'un avenir meilleur.
Malgré les tendances pacifiques du nouveau système de répression adopté par Vimeux , les soldats vendéens pour-
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suivirent avec énergie leur guerroyante et intrépide* résistance. Dans le bas Poitou , sous les ordres de Charrette , ils Couronnèrent par de glorieux exploits le dénoûment de cette lutte sanglante. Près de Montaigu , les républicains furent mis en complète déroute , et laissèrent au pouvoir des vainqueurs une grande partie de leurs bagages. Et s'ils furent repoussés à l'attaque de Challans, ils rendirent glorieuse cette défaite par des efforts de courage et de valeur. Ce fut là le dernier combat dans lequel les soldats de Charrette et de Stofflet luttèrent dans les mêmes rangs, sous les mêmes drapeaux, contre les armées de la république. Cette infructueuse expédition fut suivie d'une déplorable catastrophe, qui rappela les souvenirs de la mort tragique de Bernard de Marigny. Un des chefs vendéens , Joly , qui avait maintenu durant toute la guerre une indépendance presque complète, accusé d'avoir , par sa négligence , provoqué la funeste issue de l'attaque de Challans , fut condamné à mort et fusillé à Saint-Laurent-sur-Sèvre. De sourdes rumeurs soulevèrent contre les auteurs de cet acte des sentiments d'unanime indignation. On crut entrevoir dans cette décision, non plus la voix de la justice , mais celle d'une jalousie cruelle et vindicative. C'est ainsi qu'au sein des armées vendéennes se renouvelaient sous d'autres formes , avec d'autres victimes , les réactions dont le gouvernement national donnait le triste spectacle.
Vers la même époque , le 26 juin , le général Vimeux exposa dans une proclamation à ses soldats les principes qu'il voulait faire prévaloir dans la répression de la guerre civile : « Mes braves camarades , leur disait-il , vous com- » battrez avec ce courage qui ne s'est jamais démenti les * » rebelles qui s'opposeront en armes à la volonté nationale ; » mais vous ouvrirez les bras aux hommes séduits ou en-
» traînés par la violence , qui ont cédé aux suggestions per- » (ides des prêtres et des nobles , et qui , reconnaissant leur » erreur , rentreront dans leurs foyers avec l'olivier de la » paix à la main , avec le repentir dans le cœur , enfin avec » le ferme désir d'obéir aux lois de la république. Vous » respecterez les propriétés, c'est la base de la société , c'est » la richesse de la nation. Vous protégerez les individus : » l'humanité le commande , notre gloire l'exige. Notre » amour-propre pourrait-il être flatté de la destruction » d'un ennemi qui vient nous rendre ses armes? Vous l'avez » vaincu par votre valeur, vous le vaincrez encore par » votre modération. Si cette seconde victoire est moins écla- » tante que la première , vous en aurez la récompense dans » la conquête précieuse des cœurs de vos frères égarés , que
» vous aurez rendus à la raison et à la patrie J'ordonne
» aux officiers de faire traduire sur-le-champ devant le » tribunal militaire quiconque se permettrait le pillage ou » la violation des personnes , et tout chef qui ne réprime- » rait pas ces désordres et ces violences. »
À ces paroles de paix et de conciliation , les chefs vendéens répondirent par cette proclamation : « Habitants des cités » voisines de cette fameuse et impérissable Vendée , habi- » tants trop faibles et trop crédules des campagnes , ouvrez » donc enfin les yeux ! Quoi ! vos malheurs , votre misère , » votre esclavage, vos villes désertes, vos maris, vos enfants, » qu'un ordre barbare arrache de vos bras , ne feront-ils » aucune impression sur vos esprits aveuglés ? Et qui vous » donne cet ordre barbare? Une poignée d'hommes connus » par leur scélératesse , qui ne sont pas même vos élus , et » qui n'ont pour titre à votre représentation que les crimes » dont ils sont souillés. C'est donc vous, malheureux habi- » tants des campagnes, que l'on va conduire de nouveau à
Googl
POITOU. 511 m la boucherie comme un troupeau de brebis! Nous ne » tous parlons pas de vous , habitants des villes , car » vous n'avez plus de jeunesse dans votre sein. Officiers » municipaux, faites le recensement de vos habitants, » voyez quel vide dans les familles , et frémissez d'horreur... » Où est donc aussi cette brillante jeunesse? Qu'est-elle » devenue ? Tout est dans le tombeau. »
Quelques jours après ils adressaient aux habitants de la Bretagne les mêmes encouragements à l'insurrection : « Réveillez-vous , braves Bretons , » leur disaient-ils , levez-vous en masse , secouez le joug qui » vous opprime, et montrez-vous, comme les habitante de » la Vendée , les défenseurs du trône et de l'autel. Ne vous » laissez point aller aux suggestions perfides des tyrans qui » vous oppriment. Ils viennent inutilement de tenter nos » braves soldats par l'appât d'une prétendue amnistie ; ils » n'auront pas manqué de la publier chez vous , et vous » aurez peut-être cru qu'un grand nombre en a déjà pro- » fité ; détroqipez-vous , chers amis, pas un seul soldat n'a » donné dans le piège. Les habitants de la Vendée tiennent » plus fermement à leur opinion ; rien au monde ne peut » l'ébranler, et ils défendront jusqu'au dernier moment » de leur vie la cause pour laquelle ils ont combattu jus- » qu'ici ; elle est celle de tout bon Français ; c'est la vôtre , » braves Bretons ; joignez vous donc à nous pour la défen- » dre9 et faites de votre côté tous vos efforts pour terrasser » le monstre qui cherche à vous dévorer. »
Dans ces diverses proclamations se révèlent les sentiments qui animent les chefs des deux armées ennemies. Les fauteurs de l'insurrection vendéenne comprirent combien devaient être funestes aux succès de leur cause les tentatives
pacifiques du nouveau général républicain. Tous leurs efforts tendirent donc à affaiblir les impressions favorables qu'elles pourraient provoquer parmi les populations du territoire insurgé. Jamais leur activité ne s'était déployée avec plus d'énergie ; ils régularisèrent leurs troupes, défendant, sous peine de mort , à tous les soldats de ne point abandonner leurs drapeaux. Des recensements et de nombreuses levées furent ordonnés. Mais l'enthousiasme des premiers temps a disparu ; et bien triste devait être le dénoûment de l'insurrection , puisque , par des répressions pénales , on chercha à rétablir des armées détruites , à raviver une foi éteinte , à inspirer le génie des combats à des populations mutilées. Quelques légers succès donnèrent , il est vrai , aux efforts de Charrette les apparences d'une lutte sérieuse ; à l'attaque du camp de la Rouillière se réveilla l'antique énergie des soldats de la Vendée ; d'autres victoires auraient peut-être signalé l'intervention énergique du chef du bas Poitou , si sa rivalité avec Stoffiet n'eût provoqué de nouvelles dissensions , bien plus funestes à la cause royaliste que les tentatives de répression des armées de la république. Des arrêtés contradictoires furent promulgués sous les auspices des deux rivaux. Dans le camp de Baurepaire , centre des forces de Charrette , on attaqua avec violence les mesures prises par Stofflet , assisté de Bernier. De réciproques accusations furent échangées , et donnèrent lieu à de tristes débats , bien propres à affliger ceux qui avaient à cœur les destinées de l'insurrection royaliste. Loin de notre pensée de vouloir interposer notre jugement dans ces discordes privées , de justifier ou d'accuser l'un aux dépens de l'autre , de pénétrer dans les mystères de ces intrigues peu dignes de la mission que s'étaient imposée les généraux de la Vendée , de décider enfin si Stofflet a bien agi en répondant par ces
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paroles à Charrette, qui le sommait de venir s'expliquer devant son conseil : « Élevé par la confiance des peuples à la » dignité de général , je soutiendrai ce titre par les voies » légales. Je repousserai mes ennemis , je punirai les iraî- » très et les artisans de discordes , et je procurerai le bien » public par tous les moyens qui sont en mon pouvoir. »
Telle était la situation de la Vendée lorsqu'éclata au sein de la Convention la catastrophe du 9 thermidor, dont les conséquences donnèrent des chances de succès aux tentatives de pacification projetées dans les provinces de l'Ouest par le général Vimeux. Nous ne voulons pas reproduire tous les incidents de cette réaction , ni rappeler toutes les dénonciations dont furent victimes les généraux républicains , exécuteurs des ordres de Turreau. Le sang versé fut effacé par du sang; les tristes héros des saturnales de Nantes et d'Angers expièrent par leurs supplices les cruautés dont ils avaient ensanglanté notre territoire. Tous ces événements , que semble dominer une étrange fatalité, s'accomplirent au milieu du tumulte des passions et des haines. Quelle que fut la pensée des accusateurs et des juges , les désastres de la Vendée furent hautement vengés , et la justice humaine frappa ces hommes qu'avaient flétris les énergiques réprobations de tous ceux qui étaient sincèrement dévoués à la cause de la révolution, et dont l'unique vœu était de concilier tout à la fois les droits d'une juste répression et les exigences de l'humanité indignement outragée. Mais passons rapidement sur tous ces faits de triste et lugubre mémoire, afin d'arriver au dénoûment de la lutte vendéenne, alors qu'elle ne présente plus de sanglants tableaux , et que, face à face de l'insurrection , se rencontre le génie pacifique d'un homme de bien.
Au général Canclaux fut confiée la mission de mettre fin il. 33
à cette guerre civile. Son frère d'armes Dumas, qui succéda à Vimeux, ne fit qu'apparaître quelques instants au milieu de la Vendée , et contribua pourtant à tracer la nouvelle marche à suivre : « Vous le savez , citoyens , écrivait-il aux représentants , la Vendée a été traitée comme une ville d'assaut; tout y a été saccagé , pillé , brûlé. » En face des ruines de ces contrées , le vieux soldat ne put retenir un vif sentiment d'émotion ; et répondant au général Savary , qui lui demandait quelle eût été sa conduite , s'il avait reçu l'ordre de porter la flamme dans ce pays : a Si je m'y étais cru obligé , je me serais brûlé la cervelle. » Dans ces paroles énergiques se rencontre la condamnation de tous ceux qui invoquèrent pour leur propre justification les devoirs impérieux de l'obéissance passive.
Dès les premiers jours du mois de décembre 1 794 , la Convention adressa la proclamation suivante à tous ceux qui avaient pris part aux révoltes de la Vendée : « Depuis deux » ans vos contrées sont eu proie aux horreurs de la guerre. » Ces climats fertiles , que la nature semblait avoir destinés » pour être le séjour du bonheur , sont devenus des lieux » de proscription et de carnage ; le courage des enfants de » la patrie s'est tourné contre elle-même ; la flamme a dé- » voré les habitations , et la terre , couverte de ruines , » refuse à ceux qui survivent les subsistances dont elle était » prodigue. Telles sont, ô Français! les plaies douloureuses » qu'ont faites à la patrie l'orgueil et l'imposture. Des » fourbes ont abusé de votre inexpérience ; c'est au nom » d'un ciel juste qu'ils armaient vos mains du fer parricide ; » c'est au nom de l'humanité qu'ils dévouaient à la mort » des milliers de victimes ; c'est au nom de la vertu qu'ils » attiraient chez vous des scélérats de toutes les parties de la « France , qu'ils faisaient de votre pays le réceptacle de tous
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h les monstres vomis du sein des nations étrangères. Que h vos yeux se dessillent enfin : n'est-il pas temps de mettre m un terme à tant de calamités? Affaiblis par des pertes » multipliées , désunis errants par bandes ëparses , sans » autre ressource que celle du désespoir , il vous reste » encore un asile dans la générosité nationale. Oui, vos m frères 9 le peuple français tout entier veut vous croire plus » égarés que coupables ; ses bras vous sont tendus , et la » Convention nationale vous pardonne en son nom , si vous » posez les armes, si le repentir, si l'amitié sincère vous » ramènent à lui. Sa parole est sacrée ; et si d'infidèles dé- » légués ont abusé de sa confiance et de la vôtre , il en sera ,» fait justice, » Comme consécration de ces paroles de paix et d'amnistie, le décret suivant fut rendu : « Toutes les per- » sonnes connues dans les arrondissements de l'Ouest , des » cotes de Brest et des côtes de Cherbourg , sous le nom » de rebelles de la Vendée et de chouans , qui déposeront h leurs armes dans le mois qui suivra le jour de la publi- » cation du présent décret , ne seront ni inquiétées , ni re- » cherchées dans la suite pour le fait de leur révolte. » L'exécution de cette mesure fut confiée à onze commissaires choisis parmi les hommes modérés de la Convention. Les prisons furent ouvertes, et des milliers de victimes échappées à la fureur des terroristes rendues à la liberté ; on annula les arrêts qui frappaient de mort les prisonniers vendéens , et la veuve de l'illustre Bonchamps ne dut la vie qu'à cette décision pleine de justice et d'humanité.
Alors d'activés négociations eurent lieu entre les représentants de la Convention et Charrette : mieux qu'aucun autre , ce dernier s'était convaincu des chances funestes ré* servées à l'insurrection ; partout il avait rencontré l'épuisement et un insatiable désir de repos ; il n'avait plus l'espoir
de ranimer dans le cœur des populations vendéennes des sentiments de haine et de vengeance contre ces hommes qui ne leur adressaient que des paroles de paix et d'oubli. « Le j> décret d'amnistie en faveur des rebelles , écrivait le re- » présentant Ruelle , a excité dans la Vendée des transports » de joie difficiles à peindre. Chacun donne un libre essor » aux sentiments d'humanité qui avaient été comprimés sous » le régime de la terreur. » Grâce à l'activité de ce représentant, secondé par la sœur même de Charrette, et de quelques autres intermédiaires , plusieurs conférences s'établirent entre eux , et tout annonça l'issue favorable des projets de pacification. Mais, dès les premières entrevues des officiers de Charrette et des mandataires conventionnels, Stofflet,^ soit qu'il considérât la soumission comme une lâcheté, soit qu'il fût irrité de ne pas être compris comme son rival dans le mystère des négociations , publia l'adresse suivante : « Français égarés , vous nous annoncez des paroles de paix ! » ce vœu est celui de nos cœurs ; mais de quel droit nous •> offrez-vous un pardon qu'il n'appartient qu'à nous de de- » mander? Teints du sang de nos rois , souillés par le mas- » sacre d'un million de victimes , par l'incendie et la dévasd tation de nos propriétés , quels sont vos titres pour inspirer » la confiance et la sécurité ? — Serait-ce le supplice des » Robespierre et des Carrier ? Mais la nature indignée s'éle- » vait contre ces monstres ; le cri de la vengeance publique » les dévouait à la mort. En les proscrivant, vous n'avez » fait qu'obéir à la nécessité ; une faction a remplacé l'autre, » et bientôt peut-être le même sort attend celle qui domine » aujourd'hui. — Seraient-cc vos prétendues victoires ? Mais » ne savons-nous pas que le mensonge préside à la rédaction » de vos feuilles , et qu'en éprouvant les plus terribles dé- » faites, pour en imposer aux peuples séduits , vous prenez
POITÔU. 517 » encore le ton fastueux des vainqueurs de l'Europe. — » Serait-ce la relaxation de nos frères emprisonnés? Mais la » justice ne leur devait-elle pas une liberté que la tyrannie » avait pu seule leur ravir ? Et quand vous les gardez au » milieu de vous sans armes et sans défense, n'avons-nous » pas à craindre que cette relaxation momentanée ne soit » un piège adroitement tendu pour nous envelopper dans » les mêmes malheurs ? Hélas ! si nous pouvions y croire , du » sein de leurs tombeaux nos amis égorgés se lèveraient pour » nous dire : Défiez-vous du venin caché sous ces dehors. Cest » en nous promettant le salut et la vie qu*on nous égorgea. Le » même sort peut-être vous attend; le corps qui dominait alors » règne encore aujourd'hui ; son esprit est le même , il tend » encore au même but > et nfa fait que changer d'agents et de i) moyens. »
Malgré cette fougueuse protestation de Stofflet , de nouvelles conférences s'établirent entre Charrette et les délégués de la Convention , et , à la suite de nombreuses discussions, il fut convenu que le chef vendéen , assisté de ses principaux officiers , se rendrait au château de la Jaunaie, près de Nantes , pour y conférer avec les représentants. Le 12 février l'entrevue eut lieu ; Cormatin , au nom des insurgés de Bretagne, présenta ainsi que Charrette les propositions de paix : elles embrassaient tout à la fois le passé et l'avenir ; divers articles étaient relatifs à la liberté des opinions religieuses, à la restitution des biens confisqués, à des indemnités, à l'exemption d'impôts durant dix années. Si ces conditions étaient adoptées , les habitants de la Vendée s'engageaient, sur l'honneur , à ne jamais porter les armes contre la république. Tous ces articles furent l'objet de vives discussions , et on convint de se réunir de nouveau le \ 7 , pour la solution des diverses difficultés qu'ils soulevaient.
Dans une tente préparée dans la plaine de Jaunaie , les représentants et les chefs vendéens reprirent leurs conférences au jour indiqué. Après de nouveaux débats, les droits et les prétentions de ces derniers furent stipulés par cinq arrêtés concernant l'exercice du culte , l'amnistie do passé , et les secours à fournir aux insurgés rentrés dans le sein de la république. Les événements qui suivirent cette pacifique transaction ont soulevé de violentes récriminations entre les divers partis. Lorsque cette paix éphémère fut violée , et que les Vendéens en appelèrent de nouveau aux armes et à l'insurrection, tous s'adressèrent de réciproques accusations de mauvaise foi et de violation de la parole jurée. Alors les mystères des conférences de Jaunaie devinrent le texte de toutes les interprétations, et, loin déconsidérer comme sérieuse et sincère la paix conclue le 1 7 février , les deux partis firent entendre des reproches de trahison* Quelle qu'ait été la pensée intime des négociateurs , le pays tout entier accueillit avec joie ces préliminaires de paix et de tranquillité. Ce fut en vain qu'au sein de l'armée de Charrette T Delaunay chercha à provoquer contre ce chef des sentiments d'indignation, et à faire considérer sa conduite comme empreinte de lâcheté et de coupable défection. La déclaration de» chefs vendéens , publiée dans tout le territoire insurgé , éclaira promptement ceux qu'auraient pu égarer ces étranges accusations. « Le représentant Ruelle, y disaient-ils, ami » de l'humanité et des lois , est venu parmi nous apporter » des paroles de paix. Réunis sous la même tente avec les » représentants du peuple , nous avons senti plus fortement » encore , s'il est possible , que nous étions Français , que le » bien général de notre patrie devait seul nous animer. Et » c'est dans ces sentiments que nous déclarons solennelle- » ment à la Convention nationale et à la France entière nous
POITOU. 519 » soumettre à la république française, une et indivisible; » que nous reconnaissons ses lois, et que nous prenons l'en- )) gageaient formel de n'y porter aucune atteinte. » Charrette adressa aux paysans de la basse Vendée la proclamation suivante: « Braves habitants, de vils séducteurs , d'infâmes » intrigants, des hommes ambitieux et pervers, qui fondent » leurs jouissances et leur bonheur sur les débris de la for- » tune publique , et qui sacrifieraient sans remords à la » réussite de leurs coupables desseins la vie et les biens de » leurs semblables , cherchent aujourd'hui à vous égarer. » Us prêtent à nos démarches des motifs déshonorants , ils » dénaturent nos intentions bienfaisantes , et présentent le » traité que nous avons conclu sous des couleurs fausses et » perfides. Ils répandent impudemment des bruits capables » de semer dans tous les cœurs la défiance , la terreur et la » division. » Comme gage de sa sincérité, Charrette entra dans la ville de Nantes entouré de ses officiers, et reçut partout des témoignages d'admiration. Les soldats de la république et de la Vendée , si acharnés dans les combats , se pressent dans les mêmes rues , participent aux mêmes joies , et font entendre les mêmes acclamations. Sous l'inspiration de cette allégresse générale , les passions semblent disparaître ; et cette même cité , théâtre d'épouvantables catastrophes , devient également celui de la paix et de la conciliation. Les haines sont oubliées ; aucuns ne songent à l'avenir, tant grandes sont les illusions et les espérances. Est-il possible de croire à la mauvaise foi de ces hommes , au mensonge de leur enthousiasme? Ne vaut-il pas mille fois mieux ne pas jeter sur ces jours bien éphémères de fêtes et de réjouissances nationales , le reflet d'un avenir peu éloigné ? Pourquoi montrerait-on au triomphateur vendéen , alors qu'il parcourt les rues et les places publiques de Nantes ,
celle qui doit être le théâtre de son supplice ? Loin de nous ces lugubres prophéties ; il faut croire à la sincérité des paroles et des actes , surtout lorsque le doute ne peut chercher sa justification que dans les événements postérieurs.
Pendant que les représentants pacificateurs exposent solennellement au sein de la Convention les résultats de leur mission , Stofflet , malgré la défection de ses principaux officiers, proteste de nouveau contre les transactions de la Jaunaie. « Le voile est déchiré, s'écrie-t-il ; la vérité paraît » dans tout son jour; les traîtres sont connus; leur main » criminelle a signé sans frémir Karrêt déshonorant qui » détruit parmi nous la religion, le trône et la noblesse. Vos » chefs , vos vrais amis , ne sont plus aux yeux des nouveaux » républicains que de vils séducteurs. ......
Malgré la véhémence de cette proclamation , les paysans n'ayant plus à redouter ni massacres, ni incendies, résistèrent à toute tentative de soulèvement , et Stofflet put à peine réunir cinq à six mille combattants à la tête desquels il vint attaquer Saint-Florent. Repoussé avec vigueur par les colonnes républicaines , il accepta lui-même la pacification dont il avait fait un crime à Charrette. Le traité fut signé à Varades par le curé de Saint-Laud ; de fortes indemnités pécuniaires en furent la base ; et le fougueux Stofflet, dont les paroles d'indignation retentissaient encore dans la Vendée , chercha à expliquer sa tardive soumission par diverses proclamations. « Français, disait-il , les jours de » deuil et d'oppression se sont écoulés ; le flambeau des » discordes civiles est éteint parmi nous ; la sécurité règne » au milieu des campagnes. L'industrieux cultivateur n'aura » plus à craindre de se voir arracher avec la vie le fruit de » ses sueurs et le prix de ses travaux. La mère éplorée ne
POITOU. 521 » tremblera plus pour les jours de ses tendres enfants ; les » vieillards fugitifs ne chercheront plus un sombre asile au » sein des forêts. La Vendée renaîtra de ses cendres ; et » cet heureux changement nous le devons à la paix. »
C'est ainsi que se termina la seconde période des guerres de la Vendée. Au milieu de tous ces incidents, il est difficile de préciser les causes mystérieuses de chaque événement , de pénétrer dans les intimes pensées de ces hommes qui , après avoir coopéré avec tant d'éclat aux combats de l'insurrection, acceptèrent les conditions du vainqueur , et se soumirent à une forme de gouvernement contre laquelle ils avaient soulevé les populations vendéennes. Enfin, tels sont les faits; nous les avons racontés , puisant dans les paroles de chaque acteur, dans les discussions de chaque parti, les éléments de notre récit. Par quelle étrange destinée , cette pacification de la Jaunaie et de Saint-Florent n'a-t-elle pas mis un terme définitif aux catastrophes dont notre province avait été si longtemps le théâtre? Pourquoi ne pouvons-nous assister à leur dénoûmentau milieu de l'enthousiasme qu'elle provoqua? Pourquoi les drapeaux vendéens , offerts en hommage à la Convention par Charrette lui-même , ont-ils été remplacés par de nouveaux étendards destinés , ainsi que les premiers , à guider les soldats de l'insurrection royaliste , leur offrant encore comme champ de bataille notre territoire, et comme ennemis les mêmes hommes que par le passé ? Voilà les mystères que soulèvent les dissensions civiles , et dont la solution ne peut jamais offrir des garanties de certitude et de sincérité.
HOCHE , GÉNÉRAL EN CHEF DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE. NOUVELLE INSURRECTION DANS LA VENDÉE.
SUPPLICES DE STOFFLET ET DE CHARRETTE. — SOUMISSION DES VENDÉENS» NOUVELLE PACIFICATION.