‹ Histoire générale du PoitouChapitre 10 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

avec son ardeur habituelle ; déjà il a culbuté quelques bataillons républicains , lorsque d'habiles manœuvres , ordonnées par le général Tuncq , arrêtèrent la fougue des combattants vendéens. Après une mêlée de quelques heures, malgré les efforts inouïs des généraux , les colonnes vendéennes furent dispersées par l'artillerie ennemie; le désordre et la confusion se mirent dans leurs rangs, et bientôt le champ de bataille fut couvert des cadavres de ces malheureux paysans. Jamais , depuis les commencements de cette guerre, le désastre n'avait été si grand; l'armée entière aurait succombé sous les coups de la cavalerie républicaine , si la Rochejacquelein , arrivé après le combat , n'eût favorisé la retraite des fuyards. 'La nouvelle de cette victoire éclatante contre les insurgés se répandit bientôt à travers tout le pays , et jeta l'effroi et la terreur parmi les populations qui redoutaient l'exécution du fameux décret. Dans les villes l'enthousiasme fut à son comble , et la commune de Paris écrivit en ces termes au général Rossignol : « La patrie voit » en vous un de ses enfants chéris. Le char de la victoire » vous attend , pour montrer aux rois et aux peuples de » l'Europe comment une nation libre sait triompher des » esclaves , des despotes , des fanatiques religieux et roya~ » listes , et comment , en punissant les traîtres et les lâches , » elle récompense la loyauté et la vaillance de ses défen- » seurs. »

Le conseil supérieur de la Vendée chercha à ranimer l'espoir des paysans vaincus par l'effroi que devaient leur inspirer les menaces de la Convention : « Elle a décidé , leur » disait-il , qu'on ferait contre nous une guerre extraordt- » naire , qui consistera dam l'incendie des bois et des forêts, » la destruction des habitations, l'enlèvement des récoltes, » celui des vieillards , des femmes et des enfants , pour les

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» transférer dans l'intérieur. Elle ordonne , en outre , le » massacre général de tout homme réputé en état de porter » les armes , et la confiscation des biens et des propriétés du » pays conquis, pour les partager entre elle et ses Cdm- » plices. — Habitants du pays conquis , pesez les horribles » conséquences de l'horrible décret porté contre vous : il » vous impose la nécessité de vaincre, puisque la mort » attend aussi bien le lâche qui fuira, que le brave qui s'ex- » pose à périr dans les combats. » Malgré ces paroles de résignation , la défaite de Luçon fut un coup terrible porté à la ligue vendéenne ; de violentes récriminations éclatèrent parmi les chefs ; les rivalités d'amour-propre furent invoquées pour expliquer ce désastre : Charrette surtout reprocha avec amertume aux autres généraux leur conduite passée. C'est ainsi qu'au lieu de s'unir pour réparer l'échec encore récent , ils se livrèrent à des querelles funestes suscitées par de mesquines jalousies.

Dans le camp des vainqueurs l'anarchie était encore plus grande j et , loin de profiter de cette dernière victoire , les généraux républicains donnèrent le triste spectacle d'une coupable désunion et d'hostilités sans cesse renaissantes. Il se forma deux partis entre les chefs chargés de réprimer l'insurrection vendéenne : dans les luttes des deux factions , l'injure et la violeuce furent invoquées de part et d'autre , et la cause nationale se trouva mêlée à des querelles privées et aux emportements de l'ambition et de la haine. Le général Rossignol , malgré la protection dont les représentants Goupilleau et Bourdon entouraient le vainqueur de Luçon, persista à vouloir exécuter l'ordre de révocation qu'avait lancé contre ce vieux guerrier le comité de salut public , et il ne • céda qu'aux ordres émanés de la Convention elle-même. A la suite d'une entrevue des divers chefs républicains, qui eut

lieu à Chantonay , les dissensions éclatèrent avec plus de vivacité encore , et , le 22 août , Goupilleau et Bourdon rendirent contre le général en chef un arrêté de destitution : « Considérant, y disaient-ils , que le premier de nos devoir» » est de ne laisser à la tète de nos armées que des citoyen» » qui , par une conduite sans reproche , se rendent dignes » de la confiance des troupes ; que le citoyen Rossignol , » nommé commandant en chef de cette armée , s'y est con- » duit antérieurement d'une manière qui , loin d'inspirer

» cette confiance , l'en a rendu indigne

» • . arrêtent que Rossignol demeure suspendu de ses » fonctions de général en chef, et qu'il sera tenu de se retirer » à vingt lieues de distance des armées de la république. » Ce coup d'éclat , loin de calmer les passions , ne fit qu'envenimer les animosités ; de toutes parts d'énergiques dénonciations vinrent à l'appui de cette décision , qui fut annulée par un autre arrêté émané de Bourbotte , collègue des deux représentants signataires. La Convention , pour mettre fin à ces scandaleuses divisions , manda à sa barre le général destitué; il y parut au milieu des applaudissements , et obtint facilement la révocation de l'arrêté pris contre lui , ainsi que le rappel de ses deux adversaires*

De nouvelles dissensions éclatèrent bientôt entre les deux généraux des armées des côtes de la Rochelle et des côtes de Brest , entre Rossignol et Canclaux, soutenus l'un et l'autre par les divers représentants chargés de la mission de surveillance : ce fut au sujet des bataillons échappés au siège de Mayencc , et qui , après la reddition de cette place, avaient reçu ordre d'aller combattre dans la Vendée. Des projets et des systèmes divers émanèrent des deux factions ; et 9 à la suite de discussions longues et animées , le plan proposé par Canclaux fut adopté par un conseil de guerre

POITOU. 469 tenu à Saumur , grâce à l'activité et an zèle du représentant Philippeaux : il consistait à pénétrer dans le cœur de la Vendée , après avoir fermé aux insurgés l'acoès des côtes de r Océan. Avant de réaliser le projet adopté , Ganclaux , voulant restreindre les dispositions du décret d'extermination du 1er août , fit défendre à tout officier et soldat le pillage et l'incendie , sous quelque cause que ce fût , à peine d'être poursuivi cpmme rebelle à la loi. La sagesse de cette mesure rencontra dans les administrations locales de zélés partisans , qui cherchèrent par tous leurs efforts à remédier aux désastres de cette guerre terrible»

Tous ces préliminaires annonçaient de nouvelles luttes plus violentes que par le passé ; non-seulement la Convention fait transporter en poste les débris de l'armée de Mayence,, concentrant ainsi autour de la Vendée de nombreuses troupes , mais encore elle adresse un appel aux populations dévouées à ses destinées : le tocsin retentit à travers tout le pays environnant ; chaque district envoie des soldats , et bientôt une multitude innombrable accourt pour soutenir la cause de la république, combattre pour la liberté et la patrie , et venger la dernière défaite essuyée à Chantonay par le général Le Comte , qui avait succédé à Tuncq , dont la révocation avait suivi de près la disgrâce de Bourdon et de Goupilleau : les cruautés exercées après cette victoire par les Vendéens , contre le célèbre bataillon le Vengeur, avaient soulevé d'indignation et de colère tous les nouveaux combattants des armées républicaines.

Dès que les bataillons de Mayence eurent opéré leur jonction avec les troupes sous le commandement de Ganclaux 9 ce général commença ses opérations dans la basse Vendée. Son armée était divisée en deux colonnes sous les ordres de Beyser et d'Àubert-Dubayet ; l'avant-garde avait

pour chef le général Kléber, et Haxo dirigeait l'arrièregarde. De nombreux succès signalèrent la marche des troupes républicaines ; Pornic, Bourgneuf et le Port-Saint-Père tombèrent bientôt en leur pouvoir , ainsi que Legé , Montaigu , Machecoul et Clisson. La bravoure des Mayençais , leur habitude des combats , jetèrent l'alarme parmi les Vendéens. Charrette essaya en vain de s'opposer à l'invasion ennemie ; la terreur se répandit dans son armée, et il abandonna par une fuite précipitée son quartier général de Legé pour chercher un refuge à Tiffauges, et y attendre les secours de la grande armée catholique.

Pendant que l'armée de Canclaux traversait victorieusement le pays insurgé , celle de Rossignol éprouva plusieurs revers importants après quelques légers succès. Le général Santerre fut battu à Coron, laissant entre les mains de l'ennemi toute son artillerie; les levées en masse furent dispersées sur plusieurs points* Le lendemain de cette défaite , même victoire des Vendéens contre le général Duhoux. Ces triomphes inespérés ranimèrent le courage des paysans insurgés , et ils répondirent en masse à l'appel du général en chef , afin d'aller protéger les troupes de Charrette contre les attaques victorieuses des Mayençais : « Accourez , pieux » Vendéens! leur disait-il ; levez-vous, courageux royalistes ! » levez-vous pour défendre ce que vous avez de plus cher ! » Votre Dieu , votre roi , vous appellent : venez couronner » vos efforts. » Toutes les forces vendéennes se trouvèrent réunies à Tiffauges , et le 19 septembre les deux armées se trouvèrent en présence l'une de l'autre dans les environs de Torfou. « Camarades, dit Charrette à ses soldats, c'est » ici qu'il faut vaincre ou périr. Sauvez votre pays d'une » entière destruction ; si vous fuyez , tout est perdu et vous » ne me verrez plus à votre tête. » De bruyantes acclama-

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lions accueillent ces paroles d'enthousiasme ; les paysans , effrayés au premier choc à la vue de ces terribles Mayençare commandés par Kléber , se dispersaient déjà abandonnant le champ de bataille , lorsque l'arrivée de nouveaux renforts leur rendit toute leur énergie. La mêlée devient alors plus acharnée, ce Les deux armées au milieu des incendies étaient renfermées dans un cercle de flammes qui embrasaient l'horizon ; c'était comme une bataille aux enfers. L'impétuosité des paysans royalistes l'emporte sur la valeur disciplinée : les Mayençais , contraints de céder le terrain , se retirent en bon ordre » Kléber, quoique blessé , dirigea avec une rare habileté la retraite de ses soldats vaincus. La victoire de Torfou fut suivie par la prise de M ontaigu , où le général Beyser , malgré des avis réitérés , se laissa surprendre par l'armée vendéenne. Malgré la courageuse résistance de quelques régiments , tout le corps «l'armée , composé de six mille hommes , essuya une défaite complète ; poursuivi avec acharnement par Charrette, Beyser ramena jusque sous les murs de Nantes les débris de ses bataillons. Là, l'intrépide Bonchamps accourut pour détruire complètement les troupes républicaines, et, sans l'activité de Canclaux , peut-être aurait-il anéanti toute cette armée sur laquelle reposaient tant d'espérances de victoires.

De son côté, Charrette, secondé par de Lescure, attaquait à Saint-Fulgent la division commandée par le général Mieszkowsky, qui, d'après le plan arrêté à Saumur , devait rejoindre à Mortagne l'armée de Mayence. Surpris à l'improviste, le chef républicain opposa une vive résistance; pendant six heures , au milieu des ténèbres de la nuit , à travers une mêlée confuse , les Vendéens et les soldats de la

1 Chàteaubriaftd.

république combattirent arec acharnement : le nombre des premiers l'emporta enfin ; Mieszkowsky opéra sa retraite sur Chantonay , et rentra bientôt à Luçon.

Ainsi la cause royaliste triomphait des efforts de la Convention , rencontrant sur-tous les champs de bataille d'éclatants triomphes. Les soldats vendéens rentrèrent dans leurs foyers , fiers , à juste titre , de leurs dernières victoires»

Pendant que des cris de joie retentissaient dans toute la Vendée , le général Canclaux songeait à réparer ses désastres récents par de nouvelles tentatives d'invasion dans le pays insurgé. « Son plan consistait à former deux masses de combattants qui devaient marcher , l'une de Nantes , et l'autre de la Châteigneraie , pénétrer dans la Vendée , et y faire leur jonction. » Déjà il avait commencé l'exécution de ce nouveau projet par la prise de Glisson et de Montaigu , lorsque de nouvelles hostilités éclatèrent entre les généraux et les représentants ; les deux factions s'imputèrent les malheurs passés; des paroles pleines d'amertume et de violence furent encore échangées ; et pour mettre fin à des débats si funestes aux intérêts de la république , le comité de salut public , déjà effrayé par les succès des Vendéens, ordonna de nombreux changements dans l'état-major des deux armées, et réunit sous le même commandement militaire tout le pays compris entre la Rochelle et Nantes, mettant à la tête de cette armée, qui prit le nom d'armée de l'Ouest, le général l'Echelle. Ces deux mesures furent sanctionnées par la Convention , qui adressa aux guerriers républicains , en même temps que ce nouveau décret , la proclamation suivante : « Soldats de la » liberté, il faut que les brigands de la Vendée soient* ex- » terminés avant la fin du mois d'octobre; le salut de la » patrie l'exige ; l'impatience du peuple français le corn- » mande, son courage doit l'accomplir. La reconnaissance

POITOU. 473 » nationale attend , à cette époque , tous ceux dont la valeur » et le patriotisme auront affermi sans retour la liberté et » la république. »

Malgré cette réaction contre certains généraux , Canclaux et Kléber poursuivirent avec opiniâtreté et courage la réalisation de leur plan; les Mayençais et les troupes vendéennes se rencontrèrent de nouveau près de Montaigu au village des Trois-Septiers. Les vaincus de Torfou ont à cœur de réparer leurs défaites passées ; encouragés par l'héroïque valeur de Kléber , ils affrontèrent avec courage le choc de plus de trente mille combattants sous les ordres de d'Elbée et de Bonchamps. a Allons reprendre les canons que nous » avons été forcés d'abandonner à Torfou , » s'écria-t-il au commencement du combat. L'impétuosité de l'attaque assura la victoire aux guerriers républicains, et après quelques heures d'une lutte acharnée, les Vendéens prirent la fuite, laissant au pouvoir des vainqueurs une nombreuse artillerie. Au moment où ils s'apprêtaient à célébrer ce triomphe inattendu, Canclaux et Dubayet reçurent l'ordre de leur révocation , et forent contraints d'abandonner une armée dont les nouveaux efforts semblaient devoir être couronnés par de nombreux succès.

Le choix sanctionné par la Convention ne présageait rien d'heureux pour les destinées de la république dans les contrées de l'Ouest. Le nouveau général l'Echelle , inconnu jusqu'alors , justifia par son ineptie la mauvaise foi du parti exalté qui l'avait fait nommer comme successeur au brave Canclaux. « Il était le plus lâche des soldats, le plus mauvais » dés officiers , et le plus ignorant des chèfe qu'on eût jamais n vus. » Heureusement que la réaction qui frappa l'étatmajor des armées de l'Ouest, ne comprit point le général Çléber, dont l'activité, la bravoure et les talents, sup-

pléérent à l'inexpérience et à la lâcheté de son général en chef. Grâce à l'énergique intervention de Kléber , les armées républicaines remportèrent d'éclatantes victoires , et cette Vendée , si intrépide, si féconde en combattants , eut à subir toutes les chances de la fortune contraire. Dans un conseil de guerre réuni à M ontaigu , il fut décidé que l'on mettrait à exécution le plan du général Canclaux ; lui-même , avant d'abandonner son poste , avait donné tous les éclaircissements nécessaires pour en faciliter la réussite.

Dés le 9 octobre , la division sous les ordres de Chalbos, se dirigeant sur Bressuire , vint attaquer quelques troupes vendéennes réunies dans les environs de Châtillon. Son passage à travers le pays insurgé fut signalé par des dévastations et des incendies. Presque tous les chefs royalistes accoururent pour repousser cette nouvelle invasion ; et bientôt la lutte s'engagea vers les hauteurs du moulin du Boisaux-Chévres, non loin des Aubiers. La victoire semblait pencher du côté de l'armée royale, lorsque Chalbos étant parvenu à rétablir l'ordre parmi ses troupes , se précipita sur l'aile gauche des Vendéens, et la dispersa complètement malgré les efforts de la Rochejacquelein et de Lescure. Dès le début du combat, le brave commandant Chambon, frappé mortellement , s'était écrié en tombant au milieu de ses compagnons d'armes : Vive la république l je meurs peur ma patrie 1

A la nouvelle du succès de Chalbos , une nouvelle colonne républicaine 9 sous les ordres du général Bard, s'avança à travers la Vendée , s'empara de Mortagne qu'avaient évacué les insurgés, et continua sa marche vers Cholet où elle devait opérer sa jonction avec les autres divisions de l'armée de l'Ouest. A peine avait-elle abandonné Mortagne, qu'elle fut vivement attaquée par les troupes vendéennes,

POITOU- 475 postées au village de la Tremblaye jusque sur les hauteurs de Saint-Christophe-du-Bois. La division commandée par Lescure entama le combat. En avani , mes amis 1 s'était écrié son chef en donnant le signal , et au même instant il tombait frappé à la tète par une balle. Ses soldats suivent l'impulsion donnée ; ils se précipitent sur les républicains avec leur acharnement habituel , et s'aperçoivent bientôt du malheur arrivé à Lescure. Leur enthousiasme se ralentit; la mêlée devient moins bruyante; elle se ranime par la présence de Bonchamps : déjà les républicains cèdent à la violence de l'attaque ; leur général succombe ainsi que Lescure ; Marceau lui succède , et cherche à rallier les troupes dont la déroute était complète sans l'arrivée du général Beaupuy à la tête de quelques milliers de combattants, et celle de Kléber suivi des terribles Mayençais. Alors le combat se rallume avec plus de fureur , et après trois heures de lutte, les Vendéens désespérés de la blessure de leur chef, dispersés par la vivacité des attaques , prennent la fuite vers Gholet , laissant au pouvoir des vainqueurs plusieurs pièces de canon.

Le lendemain, l'armée victorieuse pénétra dans Cholet qu'avaient abandonné les chefs vendéens , et y opéra sa jonction avec les troupes de Ghalbos. Ce fut dans les en* Tirons de cette cité que les généraux royalistes , après de longues et animées discussions, décidèrent de venir offrir un dernier combat aux troupes républicaines. Le 4 7 octobre , dés la pointe du jour , d'Elbée et Bonchamps , dans l'espoir de surprendre l'ennemi , sortirent précipitamment de Beaupreau à la tête d'une multitude considérable de combattants, et s'avancèrent contre les soldats dè la république, décidés à vaincre ou à mourir. Prévenu de cette attaque, Kléber avait ordonné toutes les dispositions propres à les repousser avec

avantage. Secondé par les généraux Haxo , Beaupuy , Chai* bos , Marceau, Vimeux'et Dambarère, il attendit de pied ferme le choc des Vendéens. « Bientôt les dfeux armées en vinrent à une action générale , Tune des plus décisives de toute la guerre '• » Les chefe de l'armée catholique , étonnés d'une résistance y d'un ordre qu'ils n'avaient pas prévu, n'en donnèrent pas moins le signal du combat. L'impétuosité et le courage de leurs soldats donnent, dés les débuts de la lutte, des présages certains de victoire. La colonne de Ghalbos est culbutée ; le général Bard , quoique blessé , s'efforce en vain de la rallier. Tout cède aux efforts et à l'intrépidité de la Rochejacquelein et de Stofflet, lorsqu'une habile manœuvre du général Haxo change la physionomie du combat ; les républicains reprennent courage à la voix de leurs chefs ; la mêlée devient, plus sanglante ; les Vendéens se dispersent à leur tour ; rien ne peut arrêter la confusion et l'effroi qui régnent dans leurs rangs , ni l'exemple d'une héroïque bravoure , ni les énergiques allocutions de leurs chefs : alors , voyant l'imminence du péril, d'Elbée, Bonchamps et la Rochejacquelein , inspirés par le désespoir , rassemblent au* tour d'eux les débris épars de leurs troupes , et s'élancent de nouveau à travers les bataillons républicains. Jamais combat plus terrible n'avait ensanglanté le sol vendéen ; la fureur est à son comble ; les ennemis s'entrechoquent, luttent corps à corps ; le carnage devient épouvantable ; d'Elbée et Bonchamps sont renversés : ce Les rebelles combattirent comme » des tigres et nos soldats comme des lions , » a dit Kléber dans un de ses rapports. Enfin , épuisés de fatigues , marchant à travers les cadavres de leurs compagnons d'armes , les Vendéens , dispersés par l'artillerie républicaine , font

1 Beauchamp.

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entendre des cris de détresse, et bientôt ils se dispersent , se précipitent vers Beaupreau , laissant sur le champ de bataille plus de dix mille morts.

Kléber, voulant achever son triomphe , ordonna à la division de Beaupuy de poursuivre à outrance l'ennemi. Le général se dirigea immédiatement vers Beaupreau , accompagné de Westermann , Haxo , Chabot , Bloss et Savary. Quelques soldats épuisés, haletants de fatigue , faisaient entendre des murmures et se plaignaient vivement de n'avoir plus de cartouches. « tfavez-vous pas des baïonnettes ? leur répliqua Beaupuy ; des grenadiers ont-ils besoin d'une autre arme ?» Après une pénible marche au milieu des ténèbres de la nuit , les guerriers républicains envahirent Beaupreau , qu'évacuèrent après de légères escarmouches les troupes vendéennes. Ainsi se termina l'éclatante victoire de Cholet ; le courage et la bonne discipline des colonnes républicaines, en assurèrent le succès.

Dans le camp des vaincus, tous les combattants se livrèrent au désespoir , et se précipitèrent à la hâte sur le chemin de Saint-Florent. Alors des scènes de désolation éclatent de toutes parts; une multitude de femmes, d'enfants, de vieillards et de blessés se pressent sur les bords de la Loire, cherchant un refuge et un abri au milieu des débris de l'armée royale. Des cris d'alarmes retentissent parmi ces malheureux paysans ; leur douleur devient plus grande encore à la vue de Bonchamps et de Lescure qu'on emportait mourants; les larmes et les gémissements accueillent ces deux héros. Mais leur désespoir se change en foreur lorsqu'ils aperçoivent les prisonniers républicains ; déjà des cris de vengeance se font entendre. Tuons-les l massacrons-les 1 voilà les tristes échos qui retentissent de toutes parts; le sang de leurs frères, les blessures mortellesde leurs chefe se présentent

àleursespritségarés.De nouvelles victimes allaient succomber, lorsque Bonchamps fait rassembler autour de son lit de mort tous les officiers de l'armée , et donnant l'exemple d'un dévouaient héroïque , il les supplie de ne point souiller la sainteté de leur cause par d'atroces représailles* « 0 mes » amis , leur dit-il , ne déshonorons pas la cause pour la- » quelle nous combattons ! Dieu et le roi fut notre devise : » chrétiens , soyons dignes de ce Dieu , dont la croix brille » sur notre poitrine , et pardonnons comme lui ; royalistes , » épargnons nos frères égarés : tels sont mes derniers vœux ; » portez-les à mes compagnons d'armes ; je connais les Ven-

» déens , ma voix mourante sera par eux respectée »

Ces paroles de clémence prononcées par le général mourant sont recueillies avec enthousiasme; aux cris de rage succèdent des acclamations de paix. Grâce! grâce! sauvons les prisonniers , Bonchamps le veut , Bonchamps V ordonne 1 C'est ainsi qu'expira le héros chrétien ; sur sa tombe à demi fermée , des paroles d'une reconnaissance exaltée émanent de la bouche des prisonniers arrachés par lui à une mort certaine , et lui assurent à jamais une mémorable illustration. C'est bien là l'homme religieux , sincère dans sa foi , miséricordieux envers ses ennemis , et couronnant sa sainte et pieuse existence par une action noble et sublime.

Les dernières défaites de l'armée royale n'anéantirent point l'insurrection ; rassemblés sur les bords de la Loire , en face de leur pays livré aux dévastations et aux flammes , les Vendéens furent saisis de terreur. C'est en vain que plusieurs de leurs chefs veulent ranimer leur enthousiasme , et relever par un nouveau combat les destinées chancelantes de l'insurrection. La Rochejacquelein , surtout, se fait remarquer par la magnanimité de son désespoir ; les yeux pleins de larmes, il supplie ses soldats de ne point abandonner les

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POITOU. 479 contrées qui furent jadis le théâtre de leurs exploits. Ces paroles d'enthousiasme , ces espérances d'un avenir meilleur, ne peuvent dissiper la consternation générale ; au lieu d'affronter par de nouveaux périls les chances des combats , Us se décident à traverser le fleuve, et à aller chercher sur une terre lointaine des secours et un asile. Bientôt quelques barques transportent sur l'autre rive les débris de la grande armée ; à Varades et à Saint-Florent s'arrêtent les embar j cations de ces malheureux fugitifs. Lescure et la Rochejacqueiein suivent malgré eux cette multitude nomade , poursuivant jusqu'à la fin la mission qu'ils avaient acceptée.

Peut-être devrions-nous ne pas suivre dans leur marche aventureuse les populations vendéennes ; peut-être devrionsnous restreindre notre récit aux limites géographiques de notre province, et raconter uniquement les faits dont elle a été le théâtre» Mais quand , par un de ces accidents à jamais mémorables , un peuple presque tout entier abandonne sa patrie , émigré sur un sol étranger , n'empor(e-t-il pas avec lui tous les souvenirs de son passé, ainsi que toutes les espérances de son avenir ? Ne sont-ce pas encore nos paysans de la Vendée , dont l'enthousiasme emporte sur d'autres champs dé bataille les destinées de l'insurrection royaliste , et par conséquent les éléments de son histoire ? D'ailleurs , que nous resterait-il à raconter dans ce pays désert? Tout y est calme , tout y est silencieux. « Une solitude profonde » règne actuellement dans les contrées qu'occupaient les » rebelles. On ferait beaucoup de chemin sans y rencontrer » un homme et une chaumière , » disaient les vainqueurs dans leurs rapports à la Convention. Si d'un côté nous avons à reproduire les cris de triomphe des guerriers républicains , n'aurons-nous pas aussi à nous attrister sur les malheurs de nos populations proscrites et vaincues? Ces

ruines , ce sang versé , ces cadavres dont le sol est jonché , ne peuvent qu'attrister nos récits : « Nous n'avons laissé » derrière nous , disaient encore les guerriers de la républi- » que , que des cendres et des monceaux de cadavres* » Quel rôle l'histoire doit-elle embrasser dans ces catastrophes terribles? N'a-t-elle pas aussi bien à reproduire les douleurs et les désastres , qu'à répéter les chants du triomphe ? D'ailleurs, ce pays ravagé, ces victimes tombées, ces. villages incendiés , ces populations mutilées, quel que soit le motif de la lutte , rébellion ou légitime défense , fanatisme ou enthousiasme éclairé , tout cela , c'était notre territoire , notre patrie , nos aïeux. Alors les causes du combat disparaissent et laissent à l'esprit toute liberté pour plaindre le sort des vaincus, et s'apitoyer sur leurs tristes destinées. Ainsi , pendant que les républicains accueillent avec enthousiasme les paroles du comité de salut public, les royalistes cherchent à réparer par de nouveaux exploits leurs désastres passés. « Soldats républicains ! s'écriaient les délégués de la Con- » vention , les mânes de vos frères égorgés vous implorent , » la gloire vous appelle, la patrie vous regarde, les repréd sentants de la nation vous encouragent et vous guident : » marchez, frappez; que dans un mois le peuple finançais » soit vengé , la liberté affermie , la république triomphante; » que les tyrans et les esclaves disparaissent de la terre; » qu'il n'y reste plus que la justice , le bonheur et la vertu. » « — Il n'y a plus de Vendée, avait dit Barrère à la tribune » de la Convention ; les combattants sont semblables à ce » géant fabuleux qui n'était invincible que quand il touchait » la terre. IL fout les soulever , les chasser de leur propre » terrain pour les abattre. » Oui, il n'y a plus de Vendée, c'est vrai; leur territoire est désert partout, il révèle les traces sanglantes des combats , le silence effrayant de la mort;

POITOU. 481 mais il reste des Vendéens , encore pleins d'ardeur, de foi et d'espérance. Àdviennent de nouveaux combats , et les paroles prophétiques de Barrère seront solennellement démenties. Suivons donc jusqu'à son dernier dénoument le cours de cette lutte magnanime entre les soldats de la république et les paysans de la Vendée , car elle doit encore nous offrir une alternative de triomphes et de défaites , de malheurs et de catastrophes.

A peine les débris de l'armée royale avaient-ils traversé la Loire , que les chefs choisirent pour remplacer d'Elbée que l'on avait transporté mourant dans l'île de Noirmoutiers, l'intrépide la Rochejacquelein ; il était à peine âgé de vingt et un ans , mais il avait déjà donné , dans un grand nombre de combats , des garanties infaillibles de sa bravoure et de son dévoûment aux intérêts de la cause vendéenne. Le jeune héros, plus remarquable par l'énergie de ses résolutions , par l'ardeur de son courage, que par ses talents militaires, rallia l'armée fugitive, et forma le projet de s'emparer de Laval. Au milieu des rangs vendéens , à travers la multitude de femmes, d'enfants et de vieillards , est porté Lescure mourant ; sa résignation au moment de la mort anime encore ces soldats qu'il avait tant de fois conduits à la victoire. Tout est triste dans cette marche de l'armée royale , à travers un pays inconnu , sans asile , sans patrie , et n'ayant plus d'espérance que dans la sincérité de sa foi et de son enthousiasme.

Elle fut bientôt poursuivie par les troupes républicaines , et , après un grand nombre d'escarmouches de peu d'impor tance, la Rochejacquelein s'empara de Château-Gonthier Là, d'épouvantables représailles eurent lieu de la part des Vendéens ; plusieurs patriotes furent massacrés , et de Ma * rigny tua lui-même, sur la place publique, le juge de paix qui lui avait été dénoncé comme un républicain exalte. Le n. 31

magnanime Bonchamps n'était plus là pour arrêter les élans de fureur et de cruauté. Lescure , protégé par l'arrièregarde, n'arriva lui-même que le lendemain de ces affreuses exécutions. La prise de Laval permit aux Vendéens de prendre quelques jours de repos. En poursuivant les bleus devant cette ville , la Rochejacquelein se trouva seul , dans un chemin creux , aux prises avec un fantassin ; il le saisit au collet de la main gauche , et gouverna si bien son cheval , que cet homme ne put lui faire aucun mal. « Retourne vers » les républicains, lui dit-il en le protégeant contre ses » propres soldats , dis-leur que tu t'es trouvé seul avec le » général des brigands , qui n'a qu'une main et point » d'armes , et que tu n'as pu le tuer \ »

Deux jours après leur entrée à Laval , les Vendéens , renforcés par sept mille paysans du Maine et de la Bretagne, ayant appris l'approche des républicains, s'avancèrent à leur rencontre , et attaquèrent dans les landes de la Croixde-Bataille leur avant-garde commandée par Westermann; l'imprudence de ce dernier et le courage des catholiques leur assurèrent un triomphe vaillamment conquis. Les Mayençais battirent en retraite , attendant l'arrivée du corps de l'armée. Cette escarmouche ne fut que le prélude d'un combat plus sérieux. Dès l'arrivée des troupes républicaines, une nouvelle bataille s'engagea entre Laval et Entrâmes. Là, comme dans les régions de la Vendée, l'acharnement ne céda en rien à celui des luttes passées. La Rochejacquelein dirige ses soldats avec le sang-froid d'un habile capitaine ; le général en chef semble avoir abdiqué la fougue du simple combattant pour ne suivre que les conseils de l'expérience et de la tactique militaire. Lescure , quoique mortellement

4 Mémoires de Mm» de la Rochejacquelein.

POITOU. 483 blesse , parcourt les rangs , anime les Vendéens , et se précipite même au milieu de la mêlée. Leur choc violent disperse la colonne de Chalbos; l'Echelle donne lui-même l'exemple d'une fuite honteuse. Marceau , Bloss et Beaupuy soutiennent avec courage l'attaque. Ce dernier , frappé d'une balle , s'écrie à ceux qui voulaient le transporter loin du champ de bataille : Qu'on me laisse ici, et que l'an présente ma chemise sanglante à mes grenadiers. Bientôt toute l'armée est mise en complète déroute, malgré les efforts de Kléber, et le combat se termine au milieu des ténèbres, par une tumultueuse et épouvantable mêlée. Ainsi , ces Vendéens fugitifs venaient encore une fois de remporter un succès éclatant , forçant les ennemis à chercher un refuge au Lion-d'Angers, à cinq lieues du champ de bataille, après leur avoir enlevé presque tous les bagages et leur artillerie. Quant aux prisonniers , l'histoire contemporaine n'en a point conservé le souvenir , et la violence de la lutte atteste bien haut le sort qui leur fut réservé.

La victoire de Laval jeta l'épouvante jusqu'au sein de la Convention. Elle rendit les cités responsables des triomphes de l'armée vendéenne par son décret du 1er novembre. « Toute ville de la république qui recevra dans son sein des » brigands , ou qui leur donnera des secours, ou qui ne les » aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est ca- » pablc , sera punie comme ville rebelle, et en conséquence » elle sera rasée , et les biens de ses habitants seront con- » fisqués au profit de la république. » Au nom du comité de salut public, Barrère attaqua avec violence les mesures prises par les généraux , parles représentants , par les administrations locales. « Il approche le jour terrible, s'écriait-il à la » tribune , où le flambeau de la vérité viendra éclairer » toutes les profondeurs de ces repaires de la Vendée; ce

» jour où, d'une main assurée, nous déchirerons le bandeau » épais qui couvre encore toutes ces manœuvres locales, » toutes ces trahisons militaires , ces ambitions diverses de» » chefs. » Ainsi l'organe du pouvoir , au lieu de flétrir le seul lâche qui se fut rencontré parmi les républicains , rejetait sur toute l'armée la honte de la défaite. Et pourtant un seul homme pouvait mériter à juste titre cette solennelle improbation. Ses soldats se chargèrent de cette triste mission : au moment où le général en chef parcourait leurs rangs , le lendemain de sa fuite honteuse, cause première de la déroute , des cris d'indignation et de menace se firent entendre contre l'indigne élu de la Convention ; et , grâce à cette manifestation de mépris et de haine, il fut contraint par les . représentants d'abandonner son armée, et il alla mourir à Nantes , ne pouvant pas même expier par une mort sur le champ de bataille , sa lâcheté durant le combat de Laval.

Pendant que Kléber réorganise activement dans la cité d'Angers son armée à demi détruite , attendant des secours du général en chef de celle de Cherbourg et de Tribout , qui: commandait à Brest , les Vendéens , après avoir longtemps délibéré sur la direction à suivre , s'avancèrent vers Granville , dans l'espoir d'établir une communication avec l'Angleterre. Après avoir triomphé de divers obstacles , ils pénétrèrent dans la ville de Fougères, où de nombreux combattants se joignirent à eux. Là, l'ancien bénédictin Jagault chercha à inspirer à la multitude réunie des sentiments de sympathie pour la cause royaliste ; il rappela avec éloquence les malheurs passés , et exalta les présages des dernières victoires : « Fidèles et courageux Bretons ! s'écriait-il, si vous » voulez vous réunir à nous , il faudra vous arracher à tout » ce qui vous est cher , faire à Dieu le sacrifice de cette vie

POITOU. 485 *> périssable ; et peut-être celui qui suscite et arrête les » tempêtes , touché un jour de votre généreux dévoûment , » opposera une digue à ce débordement de malheurs et de » crimes qui inonde la France. Réunis alors dans ses tem- » pies , nous pourrons le remercier d'avoir soutenu par sa » haute sagesse les confesseurs de la foi catholique , et » rappelé par sa miséricorde les fidèles égarés \ » Ce fut encore à Fougères que Lescure succomba à sa blessure , et il mourut en prononçant ces paroles : « J'ai servi Dieu et mon roi ; mon âme est tranquille. » Si cette perte attrista douloureusement Tannée vendéenne, elle accueillit avec une joie bien vive l'arrivée du jeune Georges Cadoudal , qui vint se joindre à elle amenant avec lui plusieurs paysans bretons.

Après avoir traversé Dol, Pontorson et Avranches, l'armée catholique vint assiéger la ville forte de Granville , et ses chefs envoyèrent aux habitants une sommation conçue en ces termes : « Ouvrez vos portes sans résistance; un peuple » d'amis entrera dans vos murs avec la branche d'olivier , » pour y faire régner, à l'ombre de l'autorité royale, la » paix et le bonheur que vos tyrans vous promettent en » vain. Evitez les malheurs d'une résistance inutile ; songez » qu'un feu vengeur arme nos bras ; songez que les indomp- » tables habitants de la Vendée , vainqueurs et destructeurs » des Mayençais , sont là, et qu'ils peuvent s'ouvrir un pas- » sage par le fer et par le feu. » A ces menaces, la garnison de Granville répondit par une vive canonnade. Malgré l'insuffisance de leurs moyens , les Vendéens se précipitèrent à l'assaut, et supportèrent durant trente-six heures le feu de l'ennemi. Le combat s'engagea au milieu des flammes , et

1 De Beauchamps,

les soldats, animés par l'exemple de leurs chefs,: envahirent à plusieurs reprises les fortifications, et ne cédèrent qu'après d'héroïques efforts à la résistance des assiégés et aux difficultés de l'assaut. De retour à Avranches, des cris de menaces et d'imprécation se firent entendre contre les moteurs de l'expédition; les paysans vendéens voulaient à tout prix regagner leur pairie. Le tumulte devint plus violent , lorsqu'ils apprirent que plusieurs des chefs étaient sur le point de s'embarquer, et, sans l'énergique intervention de Stofflet , des catastrophes sanglantes auraient éclaté au sein de l'armée royale. Mais si de tels désastres n'adviurent point , les causes qui avaient provoqué cette insurrection jetèrent dans tous les esprits des sentimeuts de défiance et de désespoir : la foi vive et exaltée est anéantie, le souvenir des souffrances n'est plus effacé par l'espoir de futurs triomphes. Ces pensées de doute et de terreur deviennent de tristes présages pour les destinées de la cause royaliste.

« A peine les royalistes étaient-ils rentrés à Dol 1 , que trois armées républicaines fondent sur eux. Là se donne une des plus furieuses batailles qui aient jamais été livrées entre Français ; elle dura deux jours ; commencée dans les faubourgs de Dol, ellç ne finit que dans les mursd'Antrain. Douze mille républicains tués ou blessés restèrent sur le champ de bataille* Ce fut à la fois la plus grande et la dernière victoire de ces Vendéens qu'avaient commandés Cathelineau, d'Elbée, Lescure et la Rochejacquelein. — La Vendée retournait comme un lion à son antre : les républicains n'osaient plus lui barrer le chemin; ils se contentaient de l'attendre derrière les remparts. Parvenus sous les murs

' Récit de M. de Chàteaubriand.

POITOU. 487 d'Angers , les royalistes , repoussés comme à Granville , ne peuvent passer la Loire ; l'armée se rabat sur Beaugé , emporte la Flèche , se retire au Mans , où elle doit trouver son tombeau. Des réquisitionnâmes, conduits par des représentants du peuple , viennent troubler ses derniers moments ; elle se lève , les chasse et se repose. Arrive enfin une armée régulière , composée des débris de toutes les armées vaincues par les Vendéens. L'affaire s'engage : le géant de la Vendée se débat, écrasé sous le poids de la France révolutionnaire ; il ébranle encore de ses mains le monstrueux monument de l'athéisme et du régicide. Mais la victoire échappait aux Machabées, et le moment du sacrifice était venu. On s'était battu tout le jour aux environs de la ville ; malgré la nuit , on continuait de se battre dans les rues à la lueur des amorces et du canon. »

La victoire de Dol et les désastres du Mans furent les derniers incidents de l'expédition d'outre-Loire. Les débris de l'armée vendéenne franchirent le fleuve au milieu de mille dangers, laissant sur l'autre rive une multitude de femmes , d'enfants , de vieillards et de blessés. Poursuivis par les guerriers républicains , c'est à peine s'ils peuvent rentrer dans leur patrie , après avoir subi toutes les chances de l'adversité. Jamais plus de désolations, plus de souffrances, n'avaient assailli des populations vaincues ; jamais plus de combats n'avaient été soutenus avec autant de vaillance; jamais de si nombreuses victimes n'étaient tombées plus douloureusement. Leur retour dans la Vendée fut encore plus triste que leur départ; épuisés de fatigues et de maux de toute espèce , ayant tous à pleurer un frère , un ami , un parent , ils viennent chercher au milieu des ruines de leur patrie un refuge après les orages de leur aventureuse expédition à travers un pays inconnu. La prophétie de Bar-

rère semble devoir se réaliser ; et pourtant , malgré tous ces désastres , malgré toutes ces catastrophes, la Vendée reparaît encore avec son enthousiasme , avec ses ardeurs de combat ; ses immenses pertes , ses douloureux souvenirs , rien n'y fait. La guerre se renouvelle sous d'autres faces; il n'y a de changé que le théâtre çt les combattants. Voilà le perpétuel spectacle des dissensions civiles.

CHARRETTE ET 9TOFFLET A LA VÊTE DE L'INSURRECTION VENDÉENNE. PRISE DE L'ILE HE NOIRMOUT1ERS.

TURREAU , GÉNÉRAL EN CHEF DES ARMÉES DE LA RÉPUBLIQUE. SON SYSTÈME D'EXTERMINATION. — COLONNES INFERNALES» VIMEUX LUI SUCCÈDE.

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