‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 19 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I. U i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. U i

■)33rn). La patience, c'est la longueur du souffle (d^sn "pa); l'impatience , la brièveté ( D-'DK nsp ). Le désir, c'est la soif ( ND2 ) ou la pâleur (ï]C2 ). Le pardon s'exprime par une foule de métaphores empruntées à l'idée de couvrir, cacher, passer sur une faute un enduit qui l'efface (")D3, nDD,^jÂ^). Remuer la tête, se regarder les uns les autres, laisser tomber ses bras, sont autant d'expressions que l'hébreu préfère de beaucoup pour exprimer le dédain, l'indécision, l'abattement, à toutes nos expressions psychologiques. On peut même dire que cette dernière classe de mots manque presque complètement en hébreu, ou du moins qu'on y ajoute toujours la peinture de la ' circonstance physique : « Il se mit en colère , et son visage s'enflamma ^ . . . il ouvrit la bouche , et dit , » etc.

D'autres idées plus ou moins abstraites ont reçu leur signe, dans les langues sémitiques, d'un procédé semblable. L'idée du vrai se tire de la solidité, de la stabilité (pK, p3, chald. 3'«S'», );^;jw); celle du beau, de la splendeur (tid^;); celle du bien, de la rectitude (lU""); celle du mal, de la déviation, de la ligne courbe (my , biy , ^pnbns), ou delà puanteur (erio). Faire ou créer, c'est primitivement tailler (2Sy, xna); décider quelque chose, c'est trancher (nî3, jaxoâ, 0=»^); penser, c'est parler. Vos (nsy) signifie la substance, l'intime d'une chose, et sert, en hébreu, d'équivalent au pronom ijp«e. — Je n'ignore pas que des faits analogues se remarquent dans toutes les langues, et que les idiomes ariens fourniraient presque autant d'exemples où l'on verrait de même la pensée pure engagée dans une forme concrète et sensible. Mais ce qui distingue la famille sémitique, c'est que l'union primitive de la sensation et de l'idée s'y est toujours conservée , c'est que l'un des deux

' 11 se mit en colère , et son visage tomba ( Gen. it, 5), pour exprimer un dépit «onmois et concentré.

termes n'y a point fait oublier l'autre , comme cela est arrivé dans les langues ariennes, c'est que l'idéalisation, en un mot, ne s'y est jamais opérée d'une manière complète ; si bien que dans chaque mot on croit entendre encore l'écho des sensations primitives qui déterminèrent le choix des premiers nomenclateurs.

Un tel système grammatical sent évidemment l'enfance de l'esprit humain, et il est permis, sans tomber dans les rêves de l'ancienne philologie, de croire que les langues sémitiques nous ont conservé , plus clairement qu'aucune autre famille , le souvenir d'un de ces langages que l'homme dut parler au premier éveil de sa conscience. Supposer qu'il y eut à l'origine de l'humanité une seule langue primitive, dont toutes les autres dérivent par descendance directe , c'est imposer aux. faits l'hypothèse, et l'hypothèse la moins probable. Mais que, parmi les idiomes dont la connaissance nous est accessible , il y en ait qui, mieux que d'autres, aient gardé le type du langage des premiers jours, c'est là un fait qui résulte des notions les plus simples de la philologie comparée. La vieille école se rendit ridicule en voulant ressaisir, à travers l'immense réseau de complications dont se sont enveloppées nos langues occidentales, la trace du monde primitif. Mais il est des langues moins tourmentées par les révolutions, moins variables dans leur forme, parlées par des peuples dévoués à l'immobilité, peuples d'une extrême ténacité dans leurs opinions et leurs mœurs, chez lesquels le mouvement des idées n'amène point de continuelles modifications dans le langage.; celles-là subsistent encore comme des témoins des procédés primitifs au moyen desquels l'homme donna d'abord à sa pensée une expression extérieure et sociale. Je dis des procédés primitifs, car, pour la langue même que parlèrent les ancêtres des di-

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