‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 18 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

dirait la conversation la plus abandonnée prise sur le fait et immédiatement fixée par l'écriture, y

Dans la structure de la phrase , comme dans toute leur constitution intellectuelle, il y a chez les Sémites une complication de moins que chez les Ariens. Il leur manque un des degrés de combinaison que nous jugeons nécessaires pour l'expression complète de la pensée. Joindre les mots dans une proposition est leur dernier effort ; ils ne songent point à faire subir la même opération aux propositions elles-mêmes. C'est, pour prendre l'expression d'Aristote^ le style infini, procédant par atomes accumulés , en opposition avec la rondeur achevée de la période grecque et latine. Tout ce qui peut s'appeler nombre oratoire leur resta inconnu ; l'éloquence n'est pour eux qu'une vive succession de tours pressants et d'images hardies : en rhétorique comme en architecture , Tarabesque est leur procédé favori.

L'importance du verset dans le style des Sémites est la meilleure preuve du manque absolu de construction intérieure, qui caractérise leur phrase. Le verset n'a rien de commun avec la période grecque et latine, puisqu'il n'offre pas une suite de membres dépendants les uns des autres : c'est une coupe à peu près arbitpaire dans une série de propositions séparées par des virgules. Rien de nécessaire n'en détermine la longueur ; le verset correspond à ces repos que la respiration impose, lors même que le sens ne les exige pas. L'auteur s'arrête , non par le sentiment d'une période naturelle du discours, mais par le simple besoin de s'arrêter. Qu'on essaye de diviser de la sorte un discours de Démosthène ou de Cicéron, et l'on sentira combien le verset tient à l'essence même des langues sémitiques. Ce n'est qu'à une époque relativement moderne qu'elles renoncèrent à cet artifice, insuffisant remède contre

> BJiet. 1. III, c. Tiii, edit Bekker.

la fatigante uniformité à laquelle les condamnait leur façon trop simple d'entendre le discours.

/ On peut dire que les langues ariennes , comparées aux langues

sémitiques, sont les langues de l'abstraction et de la métaphysique , comparées à celles du réalisme et de la sensualité. Avec leur souplesse merveilleuse, leurs flexions variées, leurs particules délicates, leurs mots composés, et surtout grâce à l'admirable secret de l'inversion, qui permet de conserver l'ordre naturel des idées sans nuire à la détermination des rapports grammaticaux, les langues ariennes nous transportent tout d'abord en plein idéalisme , et nous feraient envisager la création de la parole comme un fait essentiellement transcendental. Si l'on ne considérait , au contraire, que les langues sémitiques, on pourrait croire que la sensation présida seule aux premiers actes de la pensée humaine et que le langage ne fut d'abord qu'une sorte de reflet du monde extérieur /En parcourant la série des racines sémitiques, à peine en rencontre-t-on une seule qui n'ofl're un premier sens matériel, appliqué, par des transitions plus ou moins immédiates, aux choses intellectuelles. S'agit-il d'exprimer un sentiment de l'âme, on a recours au "mouvement organique qui d'ordinaire en est le signe. Ainsi la colère s'exprime en hébreu d'une foule de manières également pittoresques, et toutes empruntées à des faits physiologiques. Tantôt la métaphore est prise du soufile rapide et animé qui accompagne la passion (^ï<); tantôt de la chaleur (non, pin), du bouillonnement (T'y); tantôt de l'action de briser avec fracas (în); tantôt du frémissement (dî'i)- Le découragement, le désespoir sont exprimés dans celte langue par la liquéfaction intérieure , la dissolution du cœur ( HDD , DND , JiD ) ; la crainte , par le relâchement des reins. L'orgueil se peint par l'élévation de la tête, la taille haute et roide (on, unt Ne?:,

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