‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 5 sur 281 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

théories, ont cru pouvoir, dès leurs premiers pas dans la science, égaler les découvertes des grands maîtres, sans songer que ces découvertes avaient été le fruit de longues recherches. En feuilletant quelques dictionnaires, on s'est donné à peu de frais un semblant de philologie comparée. Il est plus commode, en effet, de débuter par des rapprochements hardis, qui n'exigent pas un bien vaste savoir, que de se livrer au travail patient des textes. Certes l'ancienne école, qui ne se proposait d'autre but dans les études orientales que de lire, de parler ou d'écrire un ou plusieurs idiomes de l'Orient, sans rattacher ces études à un ensemble de vues historiques, philosophiques, littéraires, pouvait être à bon droit taxée d'insuffisance. Mais il vaudrait mieux ne pas l'avoir dépassée que de courir de telles aventures. La philologie timide peut être incomplète ; mais il est moins fâcheux d'être incomplet que chimérique. On est surtout obligé à de grandes précautions quand il s'agit d'une science aussi délicate que la linguistique , où la bonne méthode confine à la mauvaise par des limites impossibles à définir, et oîi il n'existe d'autre critérium de la vérité qu'un sentiment dont les personnes non initiées accueillent naturellement le témoignage avec quelque défiance.

En blâmant des témérités de méthode qui ne semblent propres qii' à jeter du discrédit sur la philologie comparée, je n'ignore pas qu'à beaucoup d'excellents juges je paraîtrai souvent moi-même trop porté aux conjectures. Toutes les généralités prêtent à la critique, et, si l'on voulait réduire l'histoire à des thèses inattaquables ,

PRÉFACE. rr

il faudrait lui refuser le droit de dépasser l'ordre des faits purement matériels ; mais ce serait du même coup l'abaisser, ou plutôt la détruire. Le passé se montre à nous obscur, complexe, parfois contradictoire. La simplicité et la clarté, si recherchées des esprits exclusivement analytiques, ne sont bien souvent que des apparences trompeuses. Le monde, comme nous le connaissons, n'est ni simple , ni clair ; on ne le rend tel qu'en le présentant volontairement d'une manière partielle. Je serai excusé si les incertitudes qu'on pourra relever dans ce livre viennent du sujet lui-même, et non de l'auteur. Nous n'avons pas le droit d'effacer les contradictions de l'histoire, et le progrès des sciences critiques n'est possible qu'à la condition d'une rigoureuse bonne foi, uniquement attentive à découvrir la signification des faits, sans en rien dissimuler.

Ce serait donc méconnaître les limites que j'ai posées à ma propre pensée que de s'attacher isolément à tel ou tel passage de cet essai , qui a besoin d'être contrôlé et complété par un autre. Les jugements sur les races doivent toujours être entendus avec beaucoup de restrictions : l'influence primordiale de la race , quelque immense part qu'il convienne de lui attribuer dans le mouvement des choses humaines, est balancée par une foule d'autres influences, qui parfois semblent dominer ou même étouffer entièrement celle du sang. Combien d'Israélites de nos jours, qui descendent en droite ligne des anciens habitants de la Palestine, n'ont rien du caractère sémitique, et ne sont plus que des hommes

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