LIVRE I, CHAPITRE II
livre de M. Benfey, insista sur le tort que de pareilles tentatives font à la philologie, en répandant sur la méthode de cette science une teinte de vague et d'arbitraire. Les regrettables vivacités que ce savant mêle presque toujours à ses critiques enlèvent , il est vrai , beaucoup de force à ses observations. On ne peut nier, cependant , que trop souvent les comparaisons de ce genre ne se fassent, en Allemagne, sans une étude suffisante des langues qu'il s'agit de comparer, et sans cette profonde connaissance des éléments du problème qui seule peut inspirer une pleine confiance dans les résultats annoncés par l'auteur.
Je ne veux pas nier que beaucoup de rapprochements proposés entre le dictionnaire copte et le dictionnaire sémitique n'aient quelque chose de séduisant ; mais il m'est difficile d'admettre qu'ils constituent une démonstration scientifique. Ce sont des rencontres plutôt que des analogies organiques : aucune loi déterminée n'y préside. Les ressemblances grammaticales sont plus frappantes; cependant toutes n'ont pas un caractère également démonstratif. Les analogies de syntaxe prouvent ici fort peu de chose : elles tiennent beaucoup plus à un degré de culture intellectuelle analogue qu'à une identité primitive. On ferait une liste , presque aussi longue que celle de M. Benfey, des idiotismes qui se rencontrent à la fois en hébreu et dans les plus anciens auteurs grecs, sans qu'on voulût en conclure que le grec et l'hébreu dérivent d'une même source. Une pensée forte , vive , figurée , à une époque où la langue a encore conservé sa naïveté et sa liberté, s'exprimera par des tours analogues chez les peuples les plus divers. Le style d'Eschyle est
tiq[aes et le copte {Aut/ùhrliehet Lehrbuch der hebr. Sprache, 6* édit. p. 34) ; mais cda tient à un système général sur Tunlté du langage , que nous n'avons pas à discuter ici.
presque celui des poëtes hébreux. La poésie runique des Scandinaves offre des analogies frappantes, pour le tour, avec l'ancienne poésie parabolique des Sémites. En voudrait-on conclure la parenté des Grecs , des Scandinaves et des Hébreux ?
Il est, je le sais, des analogies plus profondes et beaucoup plus considérables aux yeux des linguistes, qui semblent rattacher la langue copte aux idiomes sémitiques. L'identité des pronoms, et surtout de la manière de les traiter dans les deux langues, est assurément un fait étrange. Cette identité s'observe jusque dans les détails qui semblent les plus accessoires : plusieurs irrégularités apparentes du pronom sémitique (le changement du n en "I à l'aûixe, par exemple) trouvent même dans la théorie du pronom copte une satisfaisante explication.