CHAPITRE PREMIER
CARACTÈRE GÉNe'rAL DES PEUPLES ET DES LANGUES Se'mITIQUES.
Au sud-ouest de l'Asie , dans la région comprise entre la Méditerranée, la chaîne du Taurus, le Tigre et les mers qui entourent la péninsule arabique, est situé le berceau d'une famille de langues beaucoup moins remarquables par l'étendue des pays qu'elles ont primitivement occupés que par un haut caractère d'homogénéité et par le rôle qu'elles ont joué dans l'histoire de l'esprit humain. Les anciens, qui furent déjà frappés de leur unité ^ les appelèrent langues orientales^, désignation devenue
* Priscien, Iiutit. V, a. — Isidore de Séville, Orig. Hv, IX, chap. i. — Juliani Halicarn. Fragm. apud Mai, Sptcil. Rom. t. X, p. aio-2t i.
* C'est la dénomination employée par saint Jérôme. C'était aussi celle des sa-
trop générale depuis que les peuples de l'Asie ont été l'objet d'explorations plus exactes; les savants modernes, à la suite d'Eiclihorn , se sont accordés à leur donner le nom de langues sémitiques. Mais cette dénomination est tout à fait défectueuse, puisqu'un grand nombre de peuples qui parlaient des langues sémitiques, les Phéniciens par exemple, et plusieurs tribus arabes, étaient, d'après la table du x* chapitre de la Genèse, issus de Cham, et qu'au contraire des peuples donnés par le même document comme issus de Sem , les Elamites, par exemple , ne parlaient point une langue sémitique. Il sera démontré plus tard que le sens de ce précieux document est géographique , et non ethnographique, en sorte que le nom de Sem y désigne la zone moyenne de la terre, sans distinction de race. Si l'on convenait de donner aux familles de langues des noms formés de leurs termes extrêmes, comme on le fait pour les langues indo-européennes, le véritable nom des langues qui nous occupent serait syro-arabes ^ Du reste, la dénomination de sémitiques ne peut avoir d'inconvénient, du moment qu'on la prend comme une simple appellation conventionnelle et que l'on s'est expliqué sur ce qu'elle renferme de profondément inexact.
Sans rien préjuger sur la grave question de l'unité primitive des langues sémitiques et des langues ariennes, il faut dire, ce semble, que, dans l'état actuel de la science, les langues sémitiques doivent être envisagées comme correspondant à une division du genre humain ; en effet , le caractère des peuples qui les ont parlées est marqué dans l'histoire par des traits
vants du dernier siècle. (Voy. Mémoires de l'Académie des inscriptions et belleslettres, t. XXXVI, p. 11 3.)
' Leibniz (Nouveaux essais sur l'entendement humain, liv. III, cliap. ii, S i) propose de donner à ces langues le nom à' arabiques, dénoaainalion qui aurait l'inconvénient de désigner le tout par une de ses parties.