‹ Histoire générale et système comparé des langues SémitiquesChapitre 8 sur 281 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

aussi originaurque les langues qui ont servi de formule et de limite à leur pensée. C'est beaucoup moins, il est vrai, dans l'ordre politique que dans Tordre religieux que s'est exercée leur influence. L'antiquité nous les montre à peine jouant un rôle actif dans les grandes conquêtes qui traversèrent l'Asie; la civilisation de Ninive et de Babylone, par plusieurs de ses traits essentiels, n'appartient pas (j'essayerai de l'établir) à des peuples de cette race , et peut-être avant la puissante impulsion donnée à la nation arabe par une religion nouvelle, chercherait-on vainement dans l'histoire des traces d'un grand empire sémitique. Mais ce qu'ils ne firent point dans l'ordre des choses extérieures, ils le firent dans l'ordre moral, et l'on peut, sans exagération , leur attribuer au moins une moitié de l'œuvre intellectuelle de l'humanité. Des deux mots, en effet, qui jusqu'ici ont servi de symbole à l'esprit dans sa marche vers le vrai , celui de science ou de philosophie leur fut presque étranger; mais toujours ils entendirent avec un instinct supérieur, avec un sens spécial, si j'ose le dire, celui de religion. La recherche réfléchie, indépendante, sévère, courageuse, philosophique, en un mot, de la vérité, semble avoir été le partage de cette race indo-européenne, qui, du fond de l'Inde jusqu'aux extrémités de l'Occident et du Nord, depuis les siècles les plus reculés jusqu'aux temps modernes, a cherché à expliquer Dieu, l'homme et le monde , par un système rationnel , et a laissé derrière elle, comme échelonnées aux divers degrés de son histoi^e, des créations philosophiques toujours et partout soumises aux lois d'un développement logique. Mais à la race sémitique appartiennent ces intuitions fermes et sûres qui dégagèrent tout d'abord la divinité de ses voiles, et, sans réflexion ni raisonnement, atteignirent la forme religieuse la plus épurée que l'antiquité ait connue. L'école philosophique a sa patrie dans

la Grèce et dans l'Inde, au milieu d'une race curieuse et vivement préoccupée du secret des choses ; le psaume et la prophétie, la sagesse s'expliquant en énigmes et en symholes, l'hymne pur, le livre révélé , tel est le partage de la race théocratique des Sémites. C'est, par excellence, le peuple de Dieu et le peuple des religions, destiné à les créer et à les propager. Et , en effet , n'est-il pas remarquable que les trois religions qui jusqu'ici ont joué le plus grand rôle dans l'histoire de la civilisation, les trois religions marquées d'un caractère spécial de durée, de fécondité, de prosélytisme, et liées d'ailleurs entre elles par des rapports si étroits qu'elles semblent trois rameaux du même tronc, trois traductions inégalement pures d'une même idée , sont nées toutes les trois parmi les peuples sémitiques, et de là se sont élancées à la conquête de hautes destinées? Il n'y a que quelques journées de Jérusalem au Sinaï et du Sinaï à la Mecque.

Ce serait pousser outre mesure le panthéisme en histoire que de mettre toutes les races sur un pied d'égalité, et, sous prétexte que la nature humaine est toujours belle, de chercher dans ses diverses combinaisons la même plénitude et la même richesse. Je suis donc le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine ^ . Elle

' J'avais écrit ce paragraphe avant de connaître trois ou quatre belles pages que M. Lassen a consacrées au même sujet [Indische Alterthumskunde , t. I , p. 4 1 û- A17). J'ai été singulièY-ement frappé d'être arrivé, par l'étude des langues sémitiques, à une opinion semblable, sur presque tous les points, à celle d'un des savants qui ont le mieux connu de nos jours le monde arien. M. Lassen voit, avec raison, dans la subjectivité le trait fondamental du caractère sémitique. Chez aucune autre race les passions égoïstes n'ont eu plus de développement; la vie arabe n'est qu'une succession de haines et de vengeances. M. Lassen, toutefois, ne me paraît pas suffisamment juste envers l'esprit rehgieux des Sémites, qu'il trouve étroit et intolérant, parce qu'ils affirmaient que tous les cultes étrangers étaient

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