‹ Histoire géologique de la merChapitre 13 sur 58 · vol. in-folio. Amsterdam · texte numérisé non relu

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que la profondeur de la mer est partout égale et qu'on peut la déterminer : « Ex patet, quam hallucinantur qui putant maris profunditatem ubique aut aequalem esse, aut determinari posse certain ejus profunditatem. »

Quand en 1737, Philippe Buache publiâtes premiers essais de représentation du fond des mers, à l'aide de courbes isobathes, il était préoccupé de montrer que certaines élévations sous-marines correspondent à l'orographie des terres voisines et en sont véritablement la continuation1.

En plusieurs circonstances, les sondages ont démontré l'existence de seuils. L'un des plus nets et des mieux caractérisés barre le détroit de Gibraltar, et sépare la Méditerranée de l'Atlantique par une crête, ou digue rocheuse qui surgit verticalement du fond et qui détermine entre les deux parties contiguës des différences de température très sensibles. Un autre traverse le détroit de Messine à une profondeur de 300 mètres, délimitant et séparant l'une de l'autre deux fosses dont l'une au nord dépasse 3.000 mètres et dont l'autre au sud en atteint 4.000.

Un autre seuil, bien étudié, désigné sous le nom d'un naturaliste éminent, Wyville Thompson, sépare l'Atlantique nord eu deux bassins, par une cloison qui s'étend du littoral de l'Ecosse à l'archipel des Feroô. D'un côté, à l'ouest, la profondeur atteint 1.500 mètres, tandis que de l'autre, elle ne dépasse pas 1.200 mètres. Jusqu'à 400 mètres, la température est distribuée de la même façon dans l'une et dans l'autre

1. Essai de Géographie physique, inséré dans le volume de 1752 (p. 399y de l'Histoire de l'Académie des Sciences. Paris.

de ces régions. Le fond de la première est à la température constante de — 1°, celui de la seconde à+8°.

Aussi, est-ce à la supposition de seuils sous-marins fossiles qu'on a eu quelquefois recours pour explique que des faunes de même âge soient composées d'espèces différentes : par exemple, que la faune triasique des préalpes suisses soit si nettement distincte de la faune également triasique de la région bohémienne. Mais il ne faut pas oublier que nous voyons, à l'époque actuelle, des différences de même ordre entre les groupes d'animaux habitant la mer en des points qui peuvent être en somme peu éloignés, par exemple, sur les deux lignes littorales de l'isthme de Panama dans le Pacifique et dans le golfe du Mexique.

Déjà Marsilli, étudiant la topographie sous-marine du golfe du Lion, entre le cap de Quiez, en Roussillon et le cap Cicié, ou Croiset, en Provence, note l'existence d'un arc « submergé » (la côte sous Peau) qui est parallèle au rivage et il ajoute que Pëtendue de mer qui recouvre l'espace compris entre la côte et cet arc, est désigné par les marins sous le nom de plaine, tandis qu'au delà de l'arc, on navigue sur l'abîme : c'est la première observation relative au socle continental, qui constitue un trait fort intéressant de la topographie sous-marine, à cause de sa constance sur la plupart des rivages. C'est comme uue marge du continent, dont la surface presque horizontale contraste avec la pente plus ou moins abrupte qui la limite vers la haute mer. Thoulet la comprend dans Pénumération des zones sous-marines et en fait le quatrième terme de la série qui commence par ces

trois étapes : le rivage, la plage et la zone littorale. Il la définit par sa profondeur, comprise entre 20 et 200 mètres. Nous nous réservons de compléter l'histoire de ce trait topographique, au moment où l'étude des phénomènes mécaniques qui ont leur siège dans la masse océanique, nous fournira des données sur son origine.

En somme, la topographie sous-marine, malgré des efforts très intéressants et déjà très nombreux, est bien éloignée encore d'être connue. Malgré la multiplicité chaque jourplus grande des courbes bathymétriques, on est frappé de la gigantesque surface qui n'a pas encore pu être examinée et de l'imprudence que Ton commet, en appliquant aux intervalles des sondages réels, un certain principe dit de continuité, qui est bien loin d'être infaillible et qui pourra longtemps encore nous faire méconnaître une foule de faits importants.

Et c'est bien l'occasion de faire remarquer à quel point l'observation géologique, c'est-à-dire l'étude du passé, peut venir à notre aide dans l'interprétation de particularités qui nous seraient probablement incompréhensibles atout jamais sans leur secours. En effet, il est toute une série de véritables fonds de mer fossiles, qui se signalent à nous par la particularité stratigraphique désignée dans le langage classique sous le nom de discordances.

En maintes régions, une coupe verticale du sol, naturelle comme les escarpements des montagnes et des falaises, ou artificielle, comme les fronts de taille des carrières, nous mettent sous les yeux des assises appartenant manifestement à deux groupes de forma-

tions superposées et parfaitement distinctes. On en a décrit un type, bien visible dans la célèbre localité de May (Calvados), où une série d'assises encore restées sensiblement horizontales comblent les irrégularités d'une formation sous-jacente prodigieusemen plus ancienne et dont les couches sont non seulement inclinées, mais encore tordues, disloquées et déchiquetées comme dans les régions les plus montagneuses.

Il faudrait être bien dépourvu d'imagination pour ne pas revoir, au spectacle de la carrière de May, le temps où les flots de la mer liasique, venaient battre le pied de falaises constituées par les grès ordoviciens, dont l'histoire, déjà si compliquée, comprenait une phase d'éléments constitutifs d'une chaîne de montagnes. La conquête de la mer sur la terre ferme était trop rapide en ce point géographique, pour que l'arasement de la roche ancienne fût réalisé, et les sédiments charriés par l'eau s'étalaient en lits horizontaux, dont la forme générale n'était pas interrompue par la proéminence des innombrables pointes rocailleuses. On peut même voir dans celles-ci, la trace de petits îlots provisoires qui n'ont pas tardé à être submergés et par conséquent complètement enfouis sous la série constamment épaissie des lits secondaires.

D'ailleurs, il est facile de trouver des cas où un chapitre plus avancé de la même histoire est résumé en caractères géologiques. La pointe du cap Breton, en Nouvelle-Ecosse, nous le fournirait tout de suite. La côte abrupte et contournée comme celle de May, loin d'être formée de grès très durs, est composée de

couches de marbre carbonifère, roche relativement très tendre et facilement désagrégeable. Si nous voulons savoir à quoi peuvent ressembler les rapports de situation de la roche primaire et du sédiment qui la recouvre, nous pouvons faire appel au témoignage d'une localité maintenant accessible, puisqu'elle est en terre ferme et que reproduit, en ce moment, le mécanisme à l'œuvre sur la côte américaine. Il s'agit des environs de Valenciennes et d'Anzin, dans le département du Nord. A première vue, aucune région n'est plus éloignée de présenter les caractères qu'on attendrait d'un conflit de la mer et d'une chaîne de montagnes. Ces deux facteurs géologiques sont pourtant les artisans de cette plaine sévère et horizontale. C'est ce que nous ont appris les exploitants de houille, par les nombreux sondages dont ils ont criblé le pays. Grâce à eux, on peut refaire la coupe verticale de plus de 100 mètres de terrain et constater que, sous une centaine de mètres de lits superficiels horizontaux et formés de marnes et de calcaires, fort ressemblants aux dépôts actuels de la mer sur un grand nombre de côtes, on arrive sans transition sur un massif d'assises de marbres, de schistes et de charbon ayant exactement la composition et l'allure du cap Breton. N'est-ce pas comme une photographie, — si on pouvait la prendre, — des rapports de ce qui reste, sous la nappe atlantique actuelle, de la roche primaire érodée et des matériaux étendus sur sa tranche par la mer limoneuse qui vient d'opérer la démolition du relief côtier?

Le rapprochement de la coupe de May et de la coupe de la Nouvelle-Ecosse nous donne bien une

idée des limites entre lesquelles peut varier la forme d'un fond sous-marin dû à l'action démolissante de la mer. Les détails s'éclairciront quand nous aurons étudié la partie mécanique du phénomène et tout ce que nous voulons retenir en ce moment, c'est qu'en général, les irrégularités topographiques du fond sousmarin sont moins accusées que celles du fond sousatmosphérique et peuvent même être supprimées tout à fait.

Aucun sujet ne serait plus digne d'attention que la nature du fond en chaque point. Mais jusqu'ici, on paraît avoir posé le problème d'une manière quelque peu imprécise, même en ce qui concerne la signification de cette expression qui paraît toute simple : le fond de la mer.

Dans un cas comme celui du cap Breton, notre tendance est de dire que le fond de la mer est constitué par du terrain carbonifère, de même que nous dirions que le fond de la mer basique à May-sur- Orne était formé de grès ordovicien. Mais si nous passons à la pratique des sondages, nous sommes forcés de reconnaître qu'il n'y a plus de comparaison possible d'un cas à un autre. Supposons qu'on navigue à une distance n'excédant pas un kilomètre de la côte du cap Breton et qu'on recueille des échantillons du fond, ce n'est évidemment pas du calcaire carbonifère que l'on rapportera, mais une quelconque des innombrables variétés de vase ou de sable que les courants apportent de régions qui peuvent être très distantes et qui, tout de suite, ont mis la tranche de la roche ancienne à l'abri de nos indiscrétions.

Cette remarque est inspirée par le désir de bien comprendre la signification de ces documents obtenus à très grand'peine et au prix de grands efforts, et qu'on a réunis sous le titre de «Lithologie du fond des mers ». Sans en méconnaître la haute valeur, il faut constater que les échantillons que nous rapporte la sonde, correspondent exactement à ce que nous fournit la charrue opérant en terre ferme. Or, on sait que la carte géologique, qui fait abstraction du sol arable, n'est aucunement comparable aux cartes telles que celles deDelesse et de l'Institut océanographique, lesquelles sont au contraire des correspondantes exactes de ce que nous appelons des cartes agronomiques.

La carte océanographique, rapprochée de la carte géologique actuelle, se signale avant tout par les contrastes qu'elle présente avec celle-ci. En conséquence, nous devons faire intervenir des précautions spéciales pour la compréhension de cette carte géologique elle-même, qui contient à chaque pas des incidents identiques à l'incident contemporain. En d'autres termes, le terrain qui se dépose aujourd'hui sous la mer, en un point quelconque, et les particularités que nous révèlent les sondages, correspondent exclusivement aux variations locales d'une couche prise à part dans un terrain antérieur, abstraction faite, bien entendu, des modifications minéralogiques ou morphologiques, introduites avec le temps par les agents métamorphiques. Aussi, quand on veut utiliser les cartes océanographiques, faut-il se pénétrer de la signification des relevés, surtout subordonnée à l'état dynamique de la mer et principalement à ses courants, bien plus qu'à la relation géologique des dépôts

contemporains et des masses antérieures. Déjà Marsilli, que nous aimons à citer, fait allusion d'une manière très humoristique à l'enseignement procuré par les sondages, en comparant ceux-ci aux prises que l'on pourrait faire dans une pièce de vin, dans le but de chercher la matière du fût, et qui, formés de tartre et de lie, empêcheraient de reconnaître de quel bois est fait le tonneau. Jusque-là, on sera exposé à tirer des enseignements de la lithologie sousmarine des conséquences analogues à celles que le dragage de quelques débris volcaniques épars sur le fond de l'Atlantique, a conduit à formuler comme preuve de l'Atlantide de Platon et de sa submersion subite1.

Quoiqu'il en soit, le fait de la localisation des mers est de conséquence notable quant à l'économie générale de la terre.

D'abord, l'existence des terres exondées, continents et îles, élargit considérablement la variété possible des points où prendront naissance les phénomènes : le contact immédiat de l'atmosphère inflige aux roches des réactions différentes de celles qui prennent naissance sous l'eau. En outre, la pluie agit tout autrement en tombant sur la terre ferme que sur la surface aqueuse : l'eau sauvage, qui constitue son ruissellement, érode et transporte les matières minérales.

Grâce aux continents, il se constitue des glaciers, très différents de la nappe de glace qui recouvre la surface d'une mer illimitée et dont le mode d'action se traduit par des produits très caractéristiques.

1. Pierre Termier, Bulletin de l'Institut océanographique, n° 256 (novembre 1912).

Par suite des mêmes circonstances, il se fait de la poussière minérale en suspension dans l'air et c'est une addition inestimable aux qualités de l'atmosphère. Physiquement, cette poussière a pour effe de diffuser la lumière dans toutes les directions et de rendre ainsi l'océan aérien infiniment plus brillant qu'il ne serait par les seules émissions rectilignes des foyers lumineux. Dans la même poussière minérale, chaque grain provoque à sa surface l'adhérence intime d'une gaine d'air qui par sa chute dans l'eau transporte du gaz comburant et avant tout respiratoire jusqu'à de très grandes profondeurs sous-marines, de sorte que la physiologie des animaux et des plantes aquatiques en reçoivent une contribution des plus appréciables.

Du reste, le fait qu'il existe des côtes, en déterminant le choc des vagues contre de« solides au contact de l'air, ou, si l'on veut, en pulvérisant l'eau, provoque la dissolution directe des gaz et par conséquent l'aération du liquide.

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