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Voyages aux régions équinoxiales, I

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»a longitude chronométrique, continuât à être au S.-E. On peut observer ce phénomène journellement à la surface de nos lacs ; mais il est plus rare de trouver des mouvements partiels imprimés par des causes locales à des petites portions d'eau, au milieu d'une rivière pélagique qui occupe un espace immense e qui se meut dans une direction constante, quoique avec une vitesse peu considérable. Dans le conflit des courants, comme dans l'oscillation des vagues, notre imagination est frappée de ces mouvements qui semblent se pénétrer et dont l'océan est sans cesse agité. »

Sans prétendre décrire toutes les catégories de courants marins, nous en mentionnerons les formes les plus caractéristiques et nous rappellerons tout d'abord les courants alternatifs et de peu de durée qui constituent le flux et le reflux qui accompagnent les marées. La principale addition à faire aux descriptions données plus haut du phénomène des marées, concerne le retard qu'elles éprouvent ou, si l'on aime mieux, le temps qui sépare en chaque lieu, le passage de la lune au méridien et le moment de la pleine mer. Cette différence, que les marins appellent l'établissement d'un port ou de tout point du littoral, témoigne de l'action retardatrice exercée par la mer sur l'eau qui glisse à sa surface : il s'augmente au voisinage des rivages et surtout dans les mers les moins profondes et les plus étroites. C'est le correspondant du frottement exercé sur l'eau des rivières par les berges et le fond et sur l'eau solide s'écoulant suivant une pente dans les vallées de glaciers.

Des courants de la mer peuvent être réguliers sans

être permanents; ils sont alors périodiques et on ne peut en citer d'exemple plus net que les moussons de la mer des Indes. Il serait de la plus haute utilité de posséder de bonnes cartes des courants réguliers de la mer. Déjà le P. Kircher a formulé ce desideratum et a même tenté d'y satisfaire. Parmi les savants qui ont voulu apporter de la précision dans le sujet, il est juste de citer Georges Pouchet qui a répandu, sur une vaste échelle, des flotteurs soigneusement cons-truits et qui pourraient conduire à des notions très précieuses1. L'un des mieux définis de ces courants réguliers, parti de l'océan Glacial de Sibérie, aboutit à la côte orientale du Groenland en passant par le bassin polaire. On en eut la triste notion par l'histoire de la Jeannette qui, prise dans la banquise au S.-E. de la terre de Wrangel, subit une dérive de deux ans et fut brisée au nord des îles de la Nouvelle-Sibérie. Ensuite les lamentables épaves de ce bâtiment furent découvertes sur un glaçon (reste de la banquise) près du Julianahavn au Groenland. Ce glaçon, charrié par le courant marin, parcourut 2.900 milles marins en 1100 jours. Nansen avait pensé à se faire transporter par le même courant au voisinage du pôle : « accomplir sur un navire le voyage des épaves de la Jeannette ». Il manqua son point de départ 2.

Un trait général des mers est de présenter une zone médiane, pour ainsi dire stagnante, encadrée par des courants côtiers parfaitement définis. A cette

1. Expériences sur les courants de l'Atlantique nord. In-8°, avec 3 planches. Paris, 1889.

2. Vers le Pôle, traduit par Gh. Rabot, p. 4, in-8°. Paris, Flammarion.

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région centrale, correspond la mer des Sargasses, si mauvaise pour la navigation, prairie flottante dont les débris s'enfoncent dans les eaux et forment au fond une accumulation d'algues mortes. Il est vraisemblable que certains gisements géologiques de débris végétaux marins se rattachent à l'existence dans les mers anciennes, de dispositions circulatoires comparables. C'est ainsi qu'à divers niveaux, et par exemple dans l'épaisseur du terrain tertiaire, se présentent des argiles toutes remplies d'empreintes d'algues telles que Chondrites Targioni.

Le Gulf-Stream. — Le type le plus remarquable parmi les courants réguliers de la mer actuelle, le Gulf-Stream, présente dans son allure une constance si accus-ée qu'il faut regarder son rôle comme fondadamental dans l'économie de la mer, si bien qu'après l'avoir étudié dans ses détails, nous serons autorisés à rechercher, dans les formations géologiques, des vestiges de courants ayant joué le môme rôle que lui.

On sait que le Gulf-Stream sort du golfe de Mexique par le détroit de Floride et qu'il traverse l'Atlantique en écharpe, de façon à venir baigner les côtes de Portugal, de France, d'Angleterre et de Norvège. Après avoir contourné l'Islande, il redescend le long des côtes du Labrador et vient rencontrer la branche montante dans la région du banc de Terre-Neuve. Déjà Maury * a comparé les courants de la mer à des rivières. Pour le Gulf-Stream, il dit : « Il est un fleuve dans l'Océan ; dans les plus grandes sécheresses,

1 . The physical geography of the sea and its meteorology. 1 vol. in-8°. Londres, 1855.

jamais il ne tarit; dans les plus grandes crues, jamais il ne déborde. Ses rives et son lit sont des couches d'eau froide entre lesquelles coulent à flots pressés ses ondes tièdes et bleues. Nulle part sur le gobe, il n'existe un cours d'eau aussi majestueux. Il est plus rapide que l'Amazone, plus impétueux que le Mississipi et la masse de ces deux fleuves ne représente pas la millième partie du volume d'eau qu'il déplace ».

C'est à lui que notre pays doit de jouir d'une température si douce, comparée au climat rude qui sévit eous le même parallèle dans l'Amérique du Nord.

Et Maury décrit le conflit du courant iroid qui vient du Groenland avec le courant chaud originaire du golfe da Mexique et qu'il rencontre à l'embouchure du Saint-Laurent. Il montre les cétacés polaires reculant comme épouvantés, devant la barrière de feu que leur opposent les eaux venant du sud.

Si la trajectoire de ce courant bienfaisant, se modifiait, par exemple par l'obstruction du canal de Floride, à la suite d'un développement suffisant des madrépores qui en garnissent les côtes, tout l'équilibre météorologique de l'Europe en serait transformé. Peut-être aurions-nous un climat analogue à celui du Kamtschatka qui est sous la même latitude. On voit à quel degré la mer, grâce à ses courants, se présente comme un organe de distribution et de régulation de la température.

Les courants fossiles. — De quelle époque date l'existence des courants réguliers dans la mer? en ont-ils toujours été des détails obligés, ou bien, sontils un apanage des temps actuels? Il semble que cette

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question peut être résolue par un procédé détourné. Nous basant sur ce seul fait bien constaté, que le Gulf-Stream progresse en décrivant des méandres et que ces méandres se modifient peu à peu, nous sommes autorisés à établir une comparaison entre les fleuves océaniques et les cours d'eau continentaux, car la même mécanique générale préside à l'équilibre des uns et des autres. Or, nous savons que les fleuves et les rivières, par une conséquence inévitable de la divagation de leurs méandres, remanient les sables qui constituent leur fond, de façon à leur donner une structure des plus caractéristiques qualifiée d'amygdaloïde et que montrent si éloquemment les coupes du diluvium des environs de Paris. Si l'on suppose un Gulf-Stream passant par une mer de profondeur suffisamment faible, on peut prévoir que le même travail de réfection du fond s'accomplira et que la structure amygdaloïde sera réalisée. Il est fort important de constater que le Gulf-Stream jouit de l'allure changeante qui donne lieu pour les rivières continentales, à la divagation des méandres : en juin 1909, le capitaine John Gardner, commandant le vapeur Philadelphia de la « Dominion Line » a déclaré avec preuves à l'appui, que par 40° de longitude ouest, il avait trouvé le courant d'eau chaude coulant vers l'ouest au lieu de suivre sa direction normale vers l'est1.

Il est évident que les documents de l'époque actuelle doivent nous faire défaut; les vases draguées dans les parties les moins profondes du Gulf-Stream

1. D'après un fait divers porté sur la couverture du journal La Nature en 1909.

perdent toute leur anatomie, par le fait seul de leur récolte, et la ressource est, au contraire, d'aller interroger les vieux sédiments.

lis sont très éloquents et même très fréquents, pourvu qu'on les interprète correctement, car là où nous voyons de véritables gulf-stream fossiles, on s'est quelquefois borné à voir un simple accident de la sédimentation marine ordinaire. C'est ainsi que dans son Cours de géologie et de paléontologie stratigraphiques, l'illustre Alcide d'Orbigny signale1 une carrière de grès d'Auvers (Seine-et-Oise) qui lui paraît résulter de courants irréguliers, tout à coup déchaînés dans la mer, les uns dans un sens, les autres dans des directions différentes, entre des périodes de calme subit. Au cours de nos excursions géologiques autour de Paris et plus loin, nous avons retrouvé des gulf-stream fossiles de tous les côtés, comme à Neuilly-Plaisance (^Seine-et-Oise), dans les marnes marines supérieures au gypse ; à Guiscard (Oise), dans le terrain thanétien ; au Ruel (Seine-et- Oisc dans le bartonien ; à Arcueil (Seine), dans le calcaire grossier à milioles (lutétien) ; à Marquise (Pas-de-Calais), dans le calcaire bathonien à Clypeus Plotti ; à la carrière dite du Velours, auprès de Plombières, dans le grès triasique (grès bigarré) (Vosges) ; au Kronthal, dans le permien de la chaîne des Vosges, etc.

Malgré la cataclase intime si ordinaire des gneiss, il peut y exister des blocs relativement volumineux qui ont résisté à la pulvérisation totale et dans les-

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