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Géographie, liv. I, chap

Parfois, ces excréta de la mer ont pour nous des qualités utilisables. La tangue des environs du Mont Saint-Michel, activement exploitée à Pontorson; le maërl du Finistère et du Morbihan, sont des amendements estimés dans les régions littorales dont la terre est dépourvue de calcaire. La terre de Bri, renommée pour ses qualités fertilisantes, couvre 75.000 hectares à l'embouchure de la Charente et renferme, d'après une analyse de Delesse0,77 d'azote. Le surturbrand, dont nous avons parlé comme apporté par le Gulf-Stream sur les côtes d'Islande, se rattache à cette catégorie des rejets de la mer.

Dépôts thalassiques. — Il s'en faut de beaucoup que les sédiments de la mer soient limités aux régions littorales. La plus grande partie du fond des bassins océaniques reçoit des dépôts successifs de matières tenues en suspension dans l'eau. Ce phénomène est le pendant d'autant plus exact de la poussière atmosphérique tombant sur le sol exondé, que cette même poussière tombant sur la mer, comme sur la terre ferme, prend part à la sédimentation sous-marine. Elle est moins uniformément et moins abondamment répandue dans l'eau que dans l'air. A mesure qu'on s'éloigne des côtes, qui constituent la grande source des matériaux minéraux, l'eau se montre en général de plus en plus épurée des corps en suspension ou, plus exactement, chargée de particules de plus en plus fines. En même temps, le nombre des points d'origine des troubles augmente considérablement, le réseau des courants réalisant un véritable appareil de brassage dont les effets sont

d'ailleurs à chaque instant contre-balancés par des triages bien plus délicats encore que ceux qui se produisent sur le littoral.

La conclusion de ces remarques c'est que les dépôts thaiassiques doivent perdre progressivement de leur épaisseur, à mesure qu'on les considère plus loin des côtes et c'est évidemment, pour le dire tout de suite, l'une des causes de la forme lenticulaire si ordinairement constatée pour les sédiments de tous les âges.

La boue à globigérines actuelle. — Le type des roches thaiassiques de l'époque actuelle est connu sous le nom de bove à globigérines. C'est une substance marneuse renfermant 60 % de carbonate de chaux, le reste consistant en argile et en sable dont les grains sont extrêmement fins. La matière calcaire est surtout composée de tests de foraminifères et avant tout de globigérines. Le sable, ou plus exactement sa partie siliceuse, surtout faite de silice gélatineuse, est constitué de son côté pour une forte part de débris organisés tels que spicules d'épongés, frustules de diatomées et carapaces microscopiques de radiolaires. La plus grande partie de ces débris vient de toute l'épaisseur de la mer et même de la surface, ayant fait partie de ces associations vivantes que nous décrirons plus loin, sous les noms de necton et surtout de plancton. L'analyse minéralogique de la portion organisée de la boue thalassique y a révélé, dans tous les points du globe, une série d'espèces dont il nous sera très utile d'avoir donné la liste. Il s'agit de feldspath orthose, pyroxène augite, verres volcaniques,

amphibole hornblende, pierre ponce, quartz, manganite (acerdèse), micas, plagioclase, sanidine, olivine, lapillis, glauconie, palagonite, enslatite, bronzite, grenat, actinote, tourmaline, zircon, microcline, serpentine, zéolithes (et spécialement philippsite), sphérules magnétiques. Thoulet a même recueilli, dans le sédiment du golfe de Gascogne, des petits grains qu'il nous a communiqués et qui ont tous les caractères du diamant.

Relativement à nos comparaisons ultérieures, il importe d'ajouter que beaucoup de ces minéraux sont destinés à se modifier et même à disparaître au bout d'un temps suffisant.

Outre la boue à globigérines, la série des dépôts thalassiques qui s'étendent surtout dans la région tropi: aie, du 45e parallèle N. au 45e parallèles, comprei. i divers termes dont chacun semble rattaché à la profondeur de son gisement, que caractérise aussi la nature des débris organiques qui y sont renfermés et qui sont désignés sous des appellations faisant surtout allusion, les unes à leur couleur et à leur finesse, les autres aux formes organiques qui y dominent.

A ce dernier point de vue on admet que la boue à globigérines se rencontre de 500 à 2.800 brasses, la boue à ptéropodes vers 1.500 brasses, la boue à radiolaires abondantes surtout au centre ' du Pacifique à 2.500 brasses et plus et la boue à diatomées, au sud du 45e parallèle.

La boue à globigérines si prédominante aujourd'hui figure-t-elle dans la série des sédiments antérieurs? A première vue, la réponse parait négative et c'est après beaucoup d'hésitation, qu'on s'est rangé à

peu près unanimement, à l'opinion qui fait de la craie plus qu'un analogue de la boue à foraminifères, mais bien le produit des transformations auxquelles celle-ci parviendra elle-même quand elle aura subi les vicissitudes que le dépôt secondaire a dès maintenant éprouvées. Pour en arriver à cette conclusion, il a fallu d'abord se livrer à des recherches microscopiques, inaugurées par Ehrenberg et qui ont amené la découverte dans la craie secondaire, de tests de foraminifères fossilisés1.

La boue à globigérines fossile. — L'histoire des rapports de la craie avec la boue à globigérines comprend plusieurs phases dont la première, antérieure aux grandes explorations sous-marines, finit vers 1850.

Alors, la craie, dans laquelle Lamarcket Alcide d'Orbigny ont, à la suite d'Ehrenberg, reconnu des organismes microscopiques, est généralement considérée comme originaire de la mer profonde. Même, pour Constant Prévost, la craie blanche est un dépôt pélagique, formé loin des rivages dans une mer tranquille et profonde. Et les sondages eurent d'abord pour résultat de confirmer cette opinion : Bailey (1851 à 1856) constata qu'entre 1.080 et 2.000 brasses par 42°4' et 54°17' latitude nord et 9°8' et 29° de longitude ouest, le fond est occupé par un sédiment presque entièrement formé de globigérines prépondérantes et d'orbulines2. Et il fait remarquer que

1. Bildung der Europaïschen, Libysschen und Arabischen Kreide una des Kreidemeergcls aus mikroskopischen Organismen. Berlin, 1839.

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