‹ Histoire géologique de la merChapitre 32 sur 58 · Thoulet, l'Océan, p · texte numérisé non relu

Thoulet, l'Océan, p

la mer sans évoquer les travaux de putréfaction et de fermentation qui d'habitude détruisent la matière morte. C'est un sujet sur lequel nous aurons à revenir dans la partie biologique de notre programme. Toutefois, il faut remarquer ici que de multiples dispositions naturelles diminuent considérablement la quantité de matière qui peut se décomposer dans l'eau. La plus grande partie des cadavres animaux est instantanément dévorée et on constate que l'épuration de la mer peut se réaliser, grâce à la viscosité de l'eau, due elle-même à l'abondance de la matière organique dissoute. Rappelons à ce titre, que l'écume des flots joue un rôle tout à fait direct dans ce phénomène : chaque vésicule de l'écume est comme un petit laboratoire ou est assuré le contact intime de l'oxygène de Pair avec la substance organique, dont il détermine ainsi la combustion lente.

Gaz de la mer. — Pour terminer cette revue rapide des éléments chimiques de la mer, il nous reste à dire quelques mots de corps qu'on désigne couramment sous l'appellation de gaz de la mer. C'est un terme fort inexact, parce qu'il s'agit de gaz en dissolution et qu'un gaz dissous n'est pas un gaz.

Qu'il y ait constamment dans l'eau de mer des substances qui s'en dégagent sous forme gazeuse, par suite d'un échauffement de liquide, ou même d'une simple diminution de la pression de l'atmosphère superposée, d'une décomposition de carbonate dissous, ou enfin de la congélation de l'eau contenant une dissolution gazeuse, c'est un fait dont la vérification est des plus faciles.

Tout d'abord, on y trouve les gaz de l'air. La proportion relative de l'oxygène et de l'azote n'y est cependant pas la même. L'atmosphère renfermant, comme on sait, 21 parties d'oxygène pour 79 parties d'azote, le gaz extrait de la mer dose en moyenne 33,9 d'oxygène et 6(5,1 d'azote. D'après Buchanan, la prof orLion d'oxygène dépend de la température et de la pression, pendant que celle de l'azote paraît ne dépendre que de la température. Il résulte du premier de ces faits que l'oxygène est en quantité variable avec la profondeur, d'une façon imprévue. C'est ce que montrent les chiffres suivants :

Brasses : 0 25 50 100 200 300 400 800 au-dessous

de 800 Oxygène: 33.7 33.4 32 2 30.2 33.4 11.4 11.5 26.6 23.5

L'acide carbonique est constamment présent dans la mer mais sa proportion est très éloignée d'être fixe. En moyenne on dégage de 48 à 50 centimètres cubes de gaz par litre d'eau. La variation dépend de la profondeur et peut-être aussi de la plus ou moins grande abondance de cellules végétales contenues dans le plancton.

Si on veut le chasser de l'eau de la mer, par l'ébul-

lition, on constate que le gaz se dégage d'une façon

continue, alors même que tout le liquide étant éva-

>oré, on est arrivé à calciner une masse solide de

el. Cette manière d'être est essentiellement différente

ç ce qui a lieu avec l'eau douce : dans celle-ci, l'ébul-

ion chasse rapidement tout le gaz carbonique, en

nnant lieu à une précipitation de calcaire qui

ène un trouble plus ou moins abondant. Traitée

même, l'eau de mer demeure limpide, ce qui tient

peut-être à la présence du chlorure de magnésium ou à celle des sulfates. A froid, l'eau douce continentale est acide et contient toujours une proportion considérable d'anhydrite carbonique ; elle dissout mieux les carbonates que les silicates. L'eau de mer, inversement, dissout mieux les silicates que les carbonates1.

Si le dosage de l'acide carbonique dans l'eau de mer a présenté des difficultés, cela tient aussi à ce qu'il entre à la fois dans la composition des protocarbonates et dans celle des bicarbonates. Et, sans qu'il y paraisse à première vue il s'agit ici de l'une des plus grandioses manifestations des harmonies géologiques. Nous devons d'ailleurs en remettre la description à un autre moment, car le phénomène est en relation trop directe avec l'histoire chimique des carbonates de chaux pour que nous la séparions du paragraphe consacré à ces sels.

Bien que nous ayons mentionné tout à l'heure la présence de l'hydrogène sulfuré dans la mer, on a quelquefois défendu l'opinion qu'il n'y constitue qu'une matière accidentelle. Le chimiste Tornoë a émis l'avis que si les chimistes ont trouvé de l'hydrogène sulfuré dans l'océan, celui-ci provenait de réductions de sulfates par les matières organiques, en conséquence de réactions développées dans les flacons depuis la récolte. Cependant, il ne semble pas possible que, conformément à la théorie exposée tout à l'heure, de semblables réactions ne se produisent pas dans le bassin des mers.

D'après Daniell, les eaux de l'Atlantique, sur la

Page 1