CHAPITRE II Le Sel marin
L'histoire de la salure de la mer est l'une de celles où se montrent le plus évidemment les appuis réciproques que peuvent se prêter le spectacle de l'activité actuelle de la planète et l'étude des vestiges, maintenant fossiles, de son activité passée.
Les dépôts de lagunes, où se réalisent sous nos yeux les concrétions salines de l'eau séparée du grand bassin, nous frappent par leur analogie avec les gisements salifères de bien des niveaux sédimentaires dont l'origine et le mode de formation nous sont ainsi révélés.
Symétriquement, la coupe des gisements anciens lève pour nous tous les voiles, quant à la disposition antérieure du sol nécessaire à la constitution de semblables gîtes, que l'examen des productions actuelles est incapable de nous procurer.
La conclusion de ce double travail est éminemment remarquable par sa concordance avec le sens général des comparaisons analogues que nous ont amenés à faire des chapitres précédents : pendant la succession des époques stratigraphiques, les choses essentielles, tout en évoluant, sont restées uniformes.
Grâce à sa grande solubilité, le sel est en circulation particulièrement active. Les eaux continentales, qui peuvent contenir une proportion quelconque de ce composé, tendent à le transporter, de proche en proche, dans la mer, d'où il lui sera difficile de sortir. En eflet, l'eau d'évaporation est pratiquement dessalée et la circulation vers la mer est sans retour. Cependant, les embruns, sous l'action de grands vents, donnent à l'air marin sa saveur salée. Et d'un autre côté, les sables poreux du littoral peuvent se pénétrer de sel à des distances plus ou moins grandes. A Delft, l'eau souterraine possède, à 22 mètres de profondeur, la salure de la mer et à Vienkeneep, jusqu'à 60 mètres. Au contraire, à Zoekermeer, dès 50 mètres, l'eau souterraine n'est plus qu'un peu saumàtre. La limite de cette eau salée est d'ailleurs influencée par les oscillations de la mer.
Depuis longtemps on a remarqué l'espèce de conflit, entre l'eau salée souterraine qui tend à envahir le continent et l'eau douce qui s'écoule vers la mer. On désigne sous le nom de puits à mareyage, ceux qui manifestent par la différence de leur niveau, mais sans qu'il en résulte de modification de composition chimique, les variations de hauteur de la mer voisine ; de là, nous tirons la notion des particularités de forme des niveaux d'eau douce contenus par exemple dans les dunes de Gascogne : les ondulations de la surface supérieure du niveau aqueux reflètent les inégalités des bourrelets de sable, tout en les atténuant. A la pointe de Graves, les puits ne donnent que de l'eau douce, même s'ils descendent au niveau de la mer moyenne.