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LE SEL MARIN

En somme, le continent se lave du sel qu'il peut contenir et s'oppose à l'intrusion de l'eau de mer. Le même phénomène se montre dans les appendices de a mer, tels que les grands golfes, dont le lavage est manifeste. Toute la mer Baltique en est un exemple : rappelons que tandis que la mer du Nord contient 36 grammes de sel par litre, le golfe de Bothnie n'en offre plus que 6,29 et le golfe de Finlande, seulement 2. On a vu aussi que, la Méditerranée, dosant 38, la mer Noire ne donne que 17 et la mer d'Azof 2. Il y a d'ailleurs un phénomène beaucoup plus restreint, mais répandu à foison dans certaines régions, telles que le Pacifique et dont l'éloquence est incomparable, c'est celui qui se passe dans les lagouns des îles madréporiques. A peine la croissance du madrépore a-t-elle encerclé l'eau qui reste en communication avec la mer seulement par un canal, que, sous l'influence de la pluie, cette eau isolée se dessale parfois plus ou moins et de façon à ne pas empêcher la constitution dans le massif calcaire, de niveaux d'eau douce qui constituent bientôt un réservoir d'alimentation pour les animaux terrestres et même pour les hommes.

Sur le rivage oriental de la mer Caspienne, on désigne sous le nom de Karaboghaz (gouffre noir) une région où se précipite un courant qui y apporte journellement, à l'état de dissolution, 350.000 tonnes de sel, c'est-à-dire tout ce que consomme l'empire russe en six mois. Le courant, alimenté par l'énorme débit de la Volga, remplace dans le bassin de la Caspienne, de l'eau salée par de l'eau douce, car ce qu'a englouti le Karaboghaz ne retourne pas en arrière. B.ue par le sable et exposée â la chaleur torride du

désert persique, qui détermine l'appel du courant, l'eau se vaporise et procède à l'élaboration d'un gisement salifère dans des conditions reproduisant, sans doute, celles qui ont déterminé la production de divers dépôts géologiques.

Ajoutons que, d'une manière exceptionnelle, certains bassins marins, se trouvant séparés de la grande mer et, étant en même temps dépourvus de tributaires aqueux, s'évaporent sans compensation, deviennent de plus en plus salés et finissent par donner lieu à un dépôt solide de sel. C'est ce qui est en train de s'accomplir en Arménie, au lac de Van, qui couvre 4.000 kilomètres carrés et dont le salin est extrêmement riche en sulfate de soude; et surtout au lac Asphaltiqueou mer Morte, de 1.200 kilomètres carrés et dont le bord laisse voir avec certitude, les traces d'un niveau antérieur de l'eau beaucoup plus élevé que le niveau actuel. Son eau, avec une densité de 1.250, est presque arrivée au terme de la saturation : 67 grammes de salin par litre. Le Grand Lac Salé des États-Unis offre un autre exemple du même fait.

Les marais salants sont un diminutif artificiel de ces dispositions, et leur mention nous amène à constater que, dans plusieurs points du littoral, la nature elle-même procède à la séparation de portions marines qui déposent leur matière saline. Il s'agit des lagunes, qui présentent cet intérêt d'avoir leur correspondant exact dans la série sédimentaire. Leurs caractères sont voisins alors de ceux des estuaires, en ce sens que des vestiges d'origine continentale y sont mélangés à des fossiles marins ; mais on y trouve souvent des preuves de la forte concentration des eaux et

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