PRÉFACE
La pluie est une grande méconnue. On pourrait dire que dans le plus grand nombre des cas, on ne la prend pas au sérieux ; elle est le symbole auquel on compare tous les ennuis ; c'est un accident, objet de beaucoup plus de malédictions que de manifestations d'intérêt ou de considération.
Aussi n'est-ce pas sans une certaine surprise qu'on arrive à reconnaître que de gigantesques travaux naturels, déterminants de la forme du sol et auxquels il faut attribuer la plupart des traits caractéristiques des paysages, lui sont dus, malgré l'opinion qui en a reporté l'origine à des agents géologiques d'allure bien plus intense et de violence subite et irrésistible.
C'est d'ailleurs l'idée de celle soudaineté et de cette violence qui a faussé la plupart des chapitres de la géologie et contre laquelle ont réagi les progrès de la science.
Mais si, grâce à elle, on en arrive à substituer à l'improvisation fulgurante de la planète, le résultat d'actions lentes et progressives indéfiniment poursuivies, pour la pluie on en est encore, — ou bien peu s'en faut, — à la méconnaissance d'une évolution réalisée par la persistance, au travers de temps interminables, d'actions à chaque instant presque insensibles. Et c'est comme conséquence d'études patientes et délicates des eflels de la pluie sur le sol, qu'on a, sans hésitation, développé la doctrine, si essentiellement contraire à l'observation indépendante des faits, des révolutions du globe.
Nul sujet n'est plus éloquent à cet égard que l'histoire du creueement des vallées et l'on retrouverait bien vite de prétendus « maîtres de la Science » qui, — à l'instar de Cuvier lui-même,
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mais sans avoir aujourd*hui les motifs atténuants qu*on peut alléguer quant à celui-ci, — développent la thèse d'un torrent de i5 kilomètres de largeur et de i5o mètres de profondeur, dont le fleuve actuel n'est qu'un infime résidu et dont le tarissement est continu, a Vous refusez toujours de croire, me disait encore l'un d'eux en 1910, lors de la dernière grande inondation du bassin parisien, à la grande Seine quaternaire? » Et comme je lui répondais ces simples mots : « Plus que jamais », il passa sans transition à un autre sujet de conversation.
Il est impossible de se faire une idée précise de la première manifestation de la pluie sur la planète. Cependant, l'un des besoins les plus pressants de notre esprit étant l'approximation basée sur des analogies, nous déduisons de l'état actuel du Soleil, Fétat passé de la Terre, alors que la matière cosmique subissait, sous l'influence du refroidissement, un commencement d'organisation , résultant de la séparation entre les divers éléments de l'astre.
Et de même que la photosphère du Soleil nous montre, — par l'analyse spectrale, — delà vapeur d'eau, nous en inférons que la vapeur d'eau dut être Tun des corps qui se définirent d'abord dans Tatmosphère primitive de la Terre.
Lorsqu'une écorce solide se fut constituée et sépara le noyau fluide interne de Ténorme masse gazeuse extérieure, toujours sous l'action du refroidissement, l'écorce terrestre dut se contracter, afin de suivre son support central sans cesse en voie de retrait, d'où plissements et brisures, et ces « bossellements i> enfin, qui ont donné lieu aux chaînes de montagnes et aux bassins des mers, tandis que la condensation des vapeurs atmosphériques produisait les déluges dont les eaux s'amassaient dans les dépressions, en y entraînant une infinité de corps fluides ou solides, qui dorénavant appartiendront à la croûte terrestre.
L'atmosphère en fut diminuée et épurée, et sans qu'elle s appauvrit de Icau qui lui est nécessaire, puisque, par une distillation constante, les vapeurs, s'élevant sans cesse des parties mouillées du sol, lui rapportent de quoi alimenter indéfiniment de nouvelles pluies. Celles-ci Tout rendue, peu à peu, respirable et ont permis Tapparition de la vie qui, telle que nous la con-