‹ Histoire géologique de la pluieChapitre 40 sur 62 · RÔLE I)K L'EAU DANS LA FONCTION VOLCANIQUE · texte numérisé non relu

RÔLE I)K L'EAU DANS LA FONCTION VOLCANIQUE

de la contraclion du noyau interne, par le fait du refroidissement spontané de la planète ;

L'ouverture de géoclases et le glissement selon leur surface peu inclinée à Thorizon, de ces lames de charriage c^u on observe dans toutes les grandes montagnes ;

Le réchauffement que doivent en éprouver les portions de roches pourvues de leur eau de carrière qui, du fait du charriage, se trouvent recouvertes de matériaux fournis par la zone encore hydrofuge :

Le passage nécessaire de l'eau d'infiltration à l'état d*eau surechaujjée, selon l'expression consacrée de Sénarmont ;

Les modijîcatio/is lithologiques qui en résultent et qui doivent forcément donner les produits de Sénarmont ;

Enfin, la tendance au foisonnement , c'est-à-dire à Téruption des roches ainsi traitées par le phénomène souterrain...

Tout cela se présenta à mon esprit comme un ensemble si logiquement inévitable, que cest presque indépendamment de moi que toute la théorie volcanique prit corps et me parut nécessaire ù révolution géologique, telle qu'elle m'était apparue déjà dans tant d'autres chapitres de la Science.

Cependant, je rencontrai des oppositions. M. Armand Gautier Ç) publia des expériences qui me parurent répéter sensiblement les essais bien connus de Delesse, et d'où il conclut que les roches cristallines renferment des volumes considérables de corps vaporisables et que c'est Texpulsion de ces corps qui détermine l'éruption volcanique. Ij'échauffement serait dû à ce que les roches imprégnées depuis l'origine, qui viennent du noyau cependant, plongeraient dans des régions de plus en plus chaudes.

En mentionnant ces recherches, M. Ilaug insiste sur ce fait que ce qui se dégage des roches volcaniques par la chaleur rouge n'est pas Veau de carrière, mais une substance qui s'élève des régions nucléaires où elle était renfermée depuis son origine. Il serait bien intéressant de savoir comment cette distinction

(*) A propos de la composition des gaz des fumorollcs de la montagne Polcc ; Remarques sur l'origine des phénom«'ncs volcaniques (^Comptes rendus de V Académie dcM Sciences, iQoS, t. CXXXVI). Théorie des volcans {Bulletin de la Société belge de Géologie, 1908, t. XVI (procès-verbaux), p. 555).

a^'i r.OLLAliOHATlON I»K LA V\A\E Al'X FONCTIONS AUTONOMES

peul se faire, car par eau de carrière on entend les substance* que peut extraire la chaleur des roches de tous genres.

Allant plus loin, j'insisterai un moment sur ce fait que quand on parle d'eau de carrière des roch(»s, il faut faire grande attention à la complexitr infinie de la matière quon désigne ainsi. La roche à Tctude est pulvérisée, puis soumise à la température rouge, (pii lui fait perdre un poids qu'on désigne sous rappellation de c< perte de Teau de carrière ». Dans les cas où Ton veut un peu plus de précision, on recueille le produit déposé, puis condensé siu* une matière ahsorhante et on détermine raugmentation de poids de celh*-ci, qui représente encore l'eau dégagée.

Or, il importe extrcmemenl d'ajouter que cette expression d'eau de carrière ne désigne pas exclusivement, et tant s'en faut. de l'eau clnm'ujue formée exclusivement d'oxygène et d'hydrogène ; celle-ci en réalité est hien éloijmée d'être la seule substance d'imprégnation des roches. Depuis répi>que d'origine d'un massif de granil, vi\ massif est nécessairement venu à la portée de nos études, et pour cela il lui a fallu pendant de longues séries de siècles suhir les réactions les plus variées : il est indiscutable (pi'il a depuis longtemps perdu tout ce qu'il avait pu apporter en fait d'échantillons de matières circulant dans la plus grande profondeur pour les remplacer par les lluides fournis parla surface.

Il n'(»st pas moins certain qu'il s'est développé des reaction* très complexes entre les matières minérales et les matières orf:aniques qui se sont rencontrées et remplacées dans un point (loimé, et je me pernK^ltrai. comme observateur frappé avant tout de l'état d'activité incessante des régions internes, de qualiiier (le naïveté la supposilion (pie les roches cristallines ont pu constMver dans leurs pores des sp('cin)ens du milieu dans lequel elles ont pris naissance. L'opinion que je combats est un dernier rellel de la doctrine qu'a j)rofessée Uuflbn et dont on sait la radicale inexactitude.

D'un autre coté, le géologue autrichien, E. Sîiess, a été bien plus loin. Il défend cette opinion imprévue que la vapeur d*eau (pii sort des \olcaiis n'est pas de r(»au de surface au retour (par remontée) de son vovage de pénétration souterraine. C'est, au contraire, de l'eau dégagée des profondeurs nucléaires. Il en résulte ({ue la pluie n'est aucunement mise à contribution par

CIRCLLATION SOrTEURAINK hK l/EAi: CHAUDE 235

les travaux souterrains, el que le volcan est à l'inverse un conduit de dégagement des substances internes pour enrichir la surface. L'eau de surface augmenterait de volume avec le temps et Topinion du dessèchement progressif des astres serait une illusion. (( La mer. dit-il, n'est pas le producteur, elle est le consommateur du sel. (*) »

Mentionnonsenfin, dans celte voie, les assertions de M. Albert Brun (de Genève) ("), qui est allé jusqu'à contester la présence de leau dans le phénomène volcanique.

Deux naturalistes américains de la plus grande valeur, MM. Arthur Day et K.-S. Shepherd, ont accepté la tâche de contrôler cette singulière opinion et sont allés, sans autre but, visiter dans l'archipel des Sandwich le Kilaueaetla Mauna Loa, que le chimiste de Genève avait surtout en vue.

Leur résuhal final mérite d'être rappek» :

u Comme conclusion dernière de cette question discutée, nos o])servations [permettent de faire une réponse affirmative en ce qui concerne \v Kilauoa. Non seulement nous avons extrait de la lave liquide une quantité considérable d'eau et cela a une température supérieure à i ooo", mais encore nos expériences ont été faites dans des conditions qui excluent complètement une contamination parles gaz de l'air atmosphérique. »

M. Dav a bien voulu me témoi^rner directement son vif Intérél pour la théorie que j ai proposée et en a communiqué le résumé à l'Académie dos Sciences de AN ashington (').

La circulation souterraine de l'eau chaude (fonction bathydrique). — Les roches qui viennent des profondeurs, — tout en ayant une communauté de caractères aVec les roches superficielles, tels (|ue la composition chimi(pie, et même minéralogique (|ui les rattache aux trois types de substances fondamentales, que lepiésenlent la silice, le carbonate de chaux et le

(') Vrrh'îHiil. i{. (i •sseUrlm/l (h'utsrher \aturfitrschf'r {ifj^oi),

{') (Jui'li/ufs rcchfrrfiea .'(ur le volcanisme . Archives des Sciences phv»iquos et natu> relies «le juin ujit') h juillet lyot» ((ienève), in-8.

(^) Uriqine owl iwMe ut formation of magmatir gazes, bv Stanislas Meunier, communicated h\ Artiiur !)ay (Journal uf tlic NVasliinglon Academy of Scicncos, vol. IV, ji" (k 'i mai liji 4).

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silicate d'alumine, compliquées fréquemment par la présence (Kun protoxyde, — en différent au premier coup d'œil par leur état cristallin cpii fait que la silice plus ou moins hydratée, est remplacée par le cristal de roche, le carbonate de chaux par le niarhre et Targile parles schistes et toute la série des roches feldspathiques.

La présence, dans l'une et l'autre de ces séries, de détails communs, dont le plus éloquent est la présence de fossiles, ne laisse aucun doute sur Torigine par transformation des roches de la première catégorie dans celles de la seconde. C'est ce qu'on a exprimé en disant que cette seconde série constitue les formes mvtiimovphitiues des roches de la première série. '

En outre, rinlervenlion de la méthode expérimentale achève de lever tous les doutes, et c'est depuis la fin du xvni* siècle que Ton sait, par un dispositif expérimental qui rappelle de près rap|)ai*eil de Sénarmont. a métamorphiser » la craie en marbre blanc, le silex en cristal de roche et l'argile en ardoise.

Il nous importe beaucoup de montrer que la production du métamorphisme dans les profondeurs terrestres est due en grande partie à rinlervenlion de l'eau d'inliltration du sol, ceslà-dire a Teau de pluie, échauffée |)ar son rapprochement du noyau de la Terre.

Il est manifeste, en effet, (pi'un dépôt sédimentaire étant réalisé dans le fond de la mer ou d'un lac et par conséquent dans un dépôt dune autre nature, cpii sera recouvert par les formations plus récentes, pénètre, par la continuation seule du phénomène sédimentaire. dans des l<K'alités progressivement plus chaudes (|ue celles où elles ont pris naissance. Ellles se comportent donc, en su|)primant tous les détails intermédiaires, comme les ingréchents chimicpies rassemblés dans le tube de Sénarmont. subissant les progrès de réchautVeinent auquel rexpérimentateur les soum(*t.

Il serait d'ailleurs dillicile de mettre à part dans le très grand nombre des détails que sous-enlend ractjuisition du mélamor- |)hlsme, ce (pii revient précisément a l'eau et dépend plus particulièrement d'autres agents mat<'riels ou dynamiques.

Vax général, ce «jui concerne la struclure des roches transfor-

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