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CHAPITRE PREMIER LE PAYS ET SES HABITANTS

§ I. —Grèce asiatique et Grèce européenne. — Le bassin de la mer Egée.

— Climat de la Grèce. — Hellade et Asie-Mineure. — Côtes de l'Asie- Mineure. — Grèce septentrionale. — Grèce moyenne. — Péloponnèse. — Constitution physique de la Gi'èce européenne.

§ II. — Influence du pays sur la race. — Structure morcelée de la Grèce.

— La mer et le ciel en Grèce. — Nature du sol. — Harmonie physique de la Grèce.

§ m. — Origlnes du peuple grec — Généalogie des Grecs. — Période gréco-italique. — La langue grecque. — Les dialectes grecs. — Le peuple et sa langue. — Les tribus et leurs dialectes.

§ IV. — Eléments constitutifs de la race grecque. — L'autochthonie légendaire. — Populations préhelléniques ou Pélasges. — Pélasges et Hellènes.

— Doriens et Ioniens. — Origine des Ioniens. — Premières migrations.

— Premières colonies.

Dès qu'on parle d'Europe et d'Asie, on se représente involontairement deux continents distincts et séparés par des limites naturelles. Mais où sont ces limites ? On peut trouver au nord, où l'Oural sépare de vastes superficies territoriales, une frontière naturelle ; mais, au sud du Pont-Euxin, la nature n'a tracé nulle part de ligne de démarcation entre Forient et l'occident. Elle atout fait, au contraire, pour les rattacher l'un à l'autre par des liens étroits et indestructibles. Ce sont, de part et d'autre, les mêmes montagnes qui se prolongent en

LK PAYS Et SES HABITANTS

rangées d ilos à travers la Propontide el l'Archipel : ruii et l'autre littoral se correspondent comme les deux moitiés d'une même contrée ; des ports comme Thessalonique et Athènes ont été de tout temps incomparablement plus rapprochés des villes maritimes d'Ionio que de l'intérieur ou même de la côte occidentale du continent auquel ils appartiennent, car ils sont séparés de celle-ci par de larges portions de terre ferme ou une longue circumnavigation.

La mer et l'atmosphère ont tout fait pour réunir les côtes de l'Archipel : les mêmes vents périodiques soufflent de l'Hellespont jusqu'en Crète, réglant de la même manière le cours de la navigation et les variations du climat. On trouverait difficilement entre l'Europe et l'Asie un seul point où, par un beau temps. le marin se sente isolé entre le ciel et l'eau : le regard se repose d'Ile en île et de faciles étapes conduisent de rade en rade. Aussi, de tout temps, les mêmes peuples se sont fixés sur les deux rivages ; depuis l'époque de Priam, ce sont, de part et d'autre, même langue et mêmes mœurs. Le Grec des iles se sent aussi bien chez lui à Smyrne qu'.à Nauplie ; Saloniki, située en Europe, est en même temps une échelle du Levant: malgré ses vicissitudes poHtiques, Byzance est encore aujourd'hui considérée de part et d'autre comme une métropole commune. Ainsi, pareille au flot qui, des grèves de l'Ionie, se propage jusqu'à Salamino, chaque migration des peuples, après avoir touché l'une des deux plages, a toujours poursuivi sa route jusqu'à l'autre. Les conventions arbitraires de la politique, dans l'antiquité comme dans les temps modernes, se sont interposées entre ces deux rivages et ont utilisé comme lignes frontières les larges détroits que les îles laissent entre elles ; mais ces séparations artificielles sont toujours restées purement extérieures et n'ont jamais pu désunir ce que la nature a si évidemment destiné à être le théâtre d'une histoire commune.

La similitude des deux rivages qui se font face de l'est à l'ouest n'a d'égale que la diversité que l'on remarque du nord au sud. Le rivage septentrional de la mer Egée n'a pas un pied de myrte ; le climat est celui de l'Allemagne centrale ; les fruits du midi sont inconnus en Roumélie.

Au 40" degré de latitude s'ouvre une nouvelle zone. On

GRÈCE A8IATI0UE ET GRÈCE EUROPÉENNE a

commence k sentir, sur les côtes et dans les vallées abritées, la proximité d'un pays plus chaud ; on entre dans la région des bois toujours verts. Mais, là encore, il suffit d'une légère élévation du sol pour tout changer ; c'est pour cette raison qu'une montagne comme l'Athos réunit sur ses hauteurs presque toutes les espèces d'arbres connues en Europe. A l'intérieur, rien de semblable. Le bassin de Joannina, près d'un degré au-dessous de la latitude de Naples, a le climat de la Lombardie ; on ne trouve pas un olivier dans l'intérieur de la Thessalie, et la flore de l'Europe méridionale est absente de toute la chaîne du Pinde.

Ce n'est qu'au 39'' degré que le souffle tiède des brises de la mer pénètre dans l'intérieur ; dès lors, le progrès est rapide. Déjà, en Phthiotide, on cultive le riz et le coton ; l'olivier s'v acclimate. En Eubée et en Attique apparaît isolément le palmier, qui s'épanouit en massifs plus vigoureux dans les Cyclades du sud et peut même, dans les plaines de Messénie, produire, si les conditions sont favorables, des dattes comestibles. Les fruits les plus délicats du midi ne viennent point à Athènes sans une culture spéciale ; sur la côte orientale de l'Argolide, les citronniers et les orangers forment d'épais bocages , et, dans les jardins des iXaxiotes, on voit mûrir le fruit parfumé du cédrat qui se cueille en janvier et se transporte en quelques heures sur les côtes moins privilégiées où ni la vigne ni l'olivier ne peuvent croître.

Ainsi, deux degrés de latitude séparent les hêtres du Pinde de la région des palmiers ; nulle part sur la surface du globe on ne rencontre un pays où les différentes zones climatologiques et botaniques se succèdent aussi brusquement. Aussi, la nature y déploie une variété de produits qui a dû développer l'intelligence des habitants, éveiller leur industrie, et provoquer entre eux des échanges commerciaux.

Ces particularités du climat sont à peu près communes aux deux rivages ; cependant, il y a entre le littoral oriental et le littoral occidental, quelque symétriques qu'ils soient d'ailb^urs, une différence profonde ; car, si les côtes se ressemblent, la configurntion dos contrées qu'elk's enserrent rsl de }t;irt et d'.nih'e (lilférrnte,

On dirait que la mer Egée a la propriété de donner aux terres qu'elle baigne une forme particulière, c'est-à-dire de les pénétrer, de les ramollir, d'y découper des iles, des presqu'iles, des isthmes, des promontoires, et de créer ainsi une ligne décotes démesurément étendue, qui enferme dans ses replis une infinité de rades hospitalières. Nous pouvons appeler cette forme de rivage la forme grecque, parce qu'elle est particulière aux contrées dans lesquelles les Grecs se sont fixés.

Mais voici en quoi la différence signalée plus haut se fait sentir. Du côté de l'Asie, cette configuration est purement extérieure. C'est avec raison que cette portion du continent, malgré sa forme péninsulaire, porte le nom d'Asie-Mineure ou Petite-Asie, car elle reproduit les puissants soulèvements de l'Asie antérieure. C'est un Iran en miniature qui se dresse au milieu de trois mers, formant un plateau d'un seul bloc , inaccessible, sur lequel on respire un air froid et sec, couvert çà et là de plaines pierreuses et arides, mais aussi de terrains fertiles capables de nourrir de fortes et puissantes races.

Les contours de ce plateau ne touchent d'aucun côté à la mer, entouré qu'il est d'une ceinture de montagnes. La plus considérable de ces chaînes est le Taurus, gigantesque muraille de rochers, dont les crêtes escarpées et les parois taillées à pic séparent les régions méridionales du massif central. Au nord, le terrain s'abaisse graduellement, en larges terrasses ondulées, vers le Pont-Euxin. C'est du côté de l'occident que le rebord du plateau offre le plus de variété dans sa forme. Il projette vers la Propontide et l'Hellespont des montagnes imposantes, dont les flancs abondamment arrosés sont couverts de pâturages, l'Olympe de Mysie et l'Ida troyen; du côté de l'Archipel, le sol s'abaisse brusquement au niveau du rivage. Une ligne tirée à travers l' Asie-Mineure, de Constantinople à la mer de Lycie, marque à peu près l'arête du plateau. A partir de là, le sol se désagrège ; de spacieuses et fertiles vallées conduisent les fleuves à la mer qui s'avance à leur rencontre en creusant de nombreuses baies. On entre dans un nouveau monde, dans un pays tout différent ; on dirait une bordure faite d'une autre étoffe. Si l'on voulait distinguer les parties du monde d'après la configuration géologique, c'est sur cette ligne de

démarcation qu'il faudrait planter les bornes de l'Asie et de l'Europe.

Si l'Asie-Mineure, en général, à cause de sa configuration géographique, assemblage de contrastes sans transition et sans lien, n'a jamais eu d'histoire commune à tous ses habitants, à plus forte raison les régions étagées du littoral ont-elles eu, de tout temps, leur histoire à part ; elles ont été habitées par des peuples distincts, qui ont su garder leur indépendance vis-à-vis des potentats de l'intérieur.

La côte occidentale de l'Asie-Mineure se compose principalement de quatre estuaires dans lesquels débouchent quatre grands fleuves parallèles : ce sont, en remontant du sud au nord, le Méandre, le Caystros, l'Hermos et le Caïcos. Il n'y a point dans l'ancien monde de pays qui ait réuni au même degré la fertilité du sol à tous les avantages résultant de l'admirable disposition des côtes. Grâce à ses baies et à ses promontoires, l'Ionie possède une ligne de côtes dont le développement équivaut à plus de quatre fois son étendue en ligne droite du nord au sud. Au contraire, les rivages qui bornent l'Asie- Mineure au nord et au sud n'affectent qu'exceptionnellement cette configuration; mais, là encore, les contrées dotées par la nature de la forme hellénique ont été prédestinées, parce seul fait, à jouer un rôle dans l'histoire de l'ïïellade. Telles sont les côtes delaPropontide, ainsi que le littoral de la Carie et de la Lycie.

Ainsi, en Orient, la mer n'a pu helléniser que les bords du continent : il n'en est pas de même du côté opposé. Ici encore, nous trouvons un massif compacte qui, des bords du Danube, s'avance, flanqué de deux mers, l'Adriatique et le Pont-Euxin, dans les eaux de la Méditerranée. Mais ce n'est pas seulement sur les bords que ce massif est découpé et rongé par la mer ; attaqué au vif, il se morcelle de plus en plus en presqu'îles et en îles et finit par tomber complètement en dissolution.

La Grèce européenne, séparée du bassin du Danube par une haute chaîne de montagnes qui dessine un arc immense de TAdriatique à la mer Noire, a formé un monde à part, qui, se développant suivant ses lois particulières, a reporté son

activité vers le sud. Du côté du Danube, l'Hémus de Thracc oppose aux relations internationales une insurmontable barrière, tandis que, du côté de l'Asie, l'accès est facile. De même, en examinant la partie méridionale de la péninsule, entre l'Adriatique et la mer Egée, on reconnaît que le côté oriental, celui qui regarde l'Asie, est toujours privilégié; c'est-à-dire que, de ce côté, la nature a tout fait pour favoriser l'établissement de gouvernements réguliers et le développement du commerce maritime. Ainsi, l'Albanie et l'Illyrie ne sont qu'un amas de crêtes rocheuses alignées en rangs pressés et de gorges étroites, à peine assez larges pour livrer passage aux voies de communication; la côte est abrupte et inhospitalière. Aussi, quoique, primitivement, des caravanes aient franchi ces montagnes pour échanger, à moitié chemin entre les deux mers, les produits des îles Ioniennes et ceux derArchipel; quoique, plus tard, les Romains aient jeté à travers le pays une grande voie qui partait de Dyrrhachium, l'Illyrie n'en est pas moins restée de tout temps un pays barbare.

Comme tout change si l'on descend, par le col de Skardus, sur le versant oriental ! Ici, de grands fleuves, formés parles sources nombreuses qui jaillissent au pied de la chaîne centrale, coulent au milieu de larges bassins, et autour de ces bassins se courbent en vastes anneaux les chaînons qui enclosent les plaines, ne laissant aux eaux d'autre issue vers la mer qu'un étroit chenal.

L'intérieur de la Macédoine se compose de trois plaines circulaires de ce genre, dont les eaux réunies se déversent à l'angle que dessine l'échancrure profonde du golfe de Thessalonique. Et parmi les avantages que l'Illyrie envie à la Macédoine, il faut compter non-seulement les fertiles plaines do l'intérieur, mais encore un rivage accessible et hospitalier. Au lieu d'une côte uniformément escarpée, nous voyons, entre l'embouchure de l'Axios et celle du Strymon, un large massif de montagnes faire saillie dans la mer et enfermer des baies tranquilles entre ses trois jetées de rochers, dont l'une, la phis orientale, se termine par l'Athos.

L'Athos élève à plus de 2,000 mètres ses flancs de marbre taillés à pic. Placé à égale distance de l'entrée de l'Hellesponl

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et du golfe de Pagase, il projette son ombre jusque sur la place de Lemnos et domine tout le nord de l'Archipel, où il sert de guide aux navigateurs.

Grâce à cette conformation grecque de leurs côtes, la Macédoine et la ïhrace sont en relation avec le monde grec. Cependant, Fintérieur est complètement différent de THellade proprement dite : ce ne sont que des pays de montagnes, où les habitants, séparés de la mer, vivent comme enchaînés dans des vallées fermées de toutes parts.

Le 40*^ degré de latitude coupe le nœud de montagnes à partir duquel apparaît, en allant vers le sud, un nouveau svstème orographique. Plus de paysages alpestres; non-seulement les montagnes deviennent moins élevées, plus abordables et plus susceptibles de culture, mais elles se réduisent progressivement à n'être plus que de légères traînées qui entourent les terres cultivées, partagent et protègent le pays, sans le rendre inaccessible, sauvage et stérile. Cette fois encore, l'amélioration est limitée au versant oriental. Là s'étend le fertile bassin du Pénée, entouré d'une ceinture de montagnes et séparé de la mer par la chaîne de l'Ossa qui, sous le nom de Pélion, s'avance dans la mer comme une digue de rochers, parallèlement à l' Athos. Heureusement, deuxpercées pratiquées dans la chaîne débarrassent la Thessalie de ses eaux et l'ouvrent en même temps au commerce de l'Orient: l'une est la vallée de Tempe; l'autre, plus au sud, correspond à la large et profonde trouée faite entre le Pélion et l'Othrys par le golfe de Pagase.

A mesure qu'on avance vers le sud, les ramilications deviennent de plus en plus nombreuses, et multiplient dans la môme mesure les baies qui s'enfoncent à l'est et à l'ouest dans les terres. Aussi, le massif continental se désagrège, si bien qu'il ne consiste plus qu'en une série de presqu'îles rattachées le.s unes aux autres par des isthmes.

C'est alors que commence la Grèce moyenne, l'Hellade proprement dite, au39'' degré de latitude, là où le Tymphreste élève après de 2,320 mètres sa cime conique, entre le golfe Maliaque et le golfe d'Ambracie, et relie encore une fois l'un à l'autre les deux versants de rTlellade. Il domine à l'ouest le

bassin de l'Achéloos, qui reste tout à fait en dehors du système plus achevé du versant oriental. A l'est, la chaîne de FŒta s'allonge vers la mer et forme, sur le bord méridional du golfe Maliaque, le défilé des Thermopyles, où les rochers à pic d'un côté, les marais de l'autre, ne laissent entre eux qu'un étroit passage, le seul par où l'on puisse pénétrer dans les pays du sud. Des Thermopyles à la mer de Corinthe, il n'y a pas six milles à vol d'oiseau. C'est là l'isthme à partir duquel la péninsule qui forme la partie orientale de la Cirèce moyenne se déploie jusqu'au promontoire de Sunion.

L'arête principale de cette presqu'île est le Parnasse, dont le sommet, haut de 2,460 mètres, était vénéré par les peuples d'alentour comme le seul que n'eussent point atteint les eaux du déluge, et comme le point de départ d'une nouvelle race d'hommes. De sa base, au nord, jaillit le Céphise, qui roule ses eaux dans la grande vallée de la Béotie, bornée par l'Hélicon et ses ramifications. A l'Hélicon se rattache le Cithéron, encore une montagne transversale, qui s'étend d'une mer à l'autre et sépare l'Attique de la Béotie.

Il est difficile de trouver, rapprochés l'un de l'autre, deux pays plus différents. La Béotie est enfoncée dans son isolement; l'eau y surabonde et croupit dans le fond des vallées; l'air y est humide et brumeux, le sol gras et la végétation luxuriante. L'Attique est projetée au milieu des flots qui pénètrent dans ses rades; c'est un rocher aride, recouvert d'une mince couche de terre végétale, et baigné par l'atmosphère limpide du monde insulaire auquel il appartient par sa position et son. climat. Les montagnes de l'Attique se prolongent dans la mer; elles forment la rangée intérieure des Cyclades, comme le prolongement de l'Eubée la rangée extérieure. L'organisme du pays grec fut complété dans son ensemble le jour où sortit des flots l'étroite et basse langue de terre qui allait rattacher au massif continental l'île de Pélops, devenue la presqu'île par excellence, le dernier chaînon de toute une série de découpures géographiques qui tendent vers cette forme enfin obtenue dans sa perfection. Ainsi, sans briser la continuité du sol hellénique, la nature a creusé au beau milieu deux mers intérieures, larges et commodes, qui s'affrontent d'un

côté et s'ouvrent, par l'autre extrémité, l'une vers l'Italie, l'autre vers l'Asie.

Le Péloponnèse, pris à part, forme un tout indépendant. Il a en lui-même le centre de son système orographique qui entoure de mamelons puissants le plateau de l'Arcadie et envoie dans les contrées circonvoisines des ramifications qui les partagent. Ces contrées sont, ou des talus qui se raccordent avec le plateau central, comme l'Achaïe et l'Elide, ou de nouvelles presqu'îles dont l'ossature est formée par des arêtes montagneuses qui rayonnent dans la direction du sud et de l'est : telles sont les péninsules de Messénie, deLaconie, d'Argolide, séparées par des golfes profonds pourvus d'un large chenal navigable.

La configuration intérieure du Péloponnèse n'est pas moins variée que le contour extérieur. Sur les plateaux monotones de l'Arcadie, on se croirait au milieu d'une vaste contrée : on y trouve des vallons encaissés qui ont l'aspect et l'air brumeux de la Béotie, tandis que les montagnes de l'Arcadie occidentale rappellent la nature sauvage de l'Épire. La côte occidentale du Péloponnèse ressemble aux terrains plats qu'arrose l'Acheloos ; les riches plaines du Pamisos et de l'Eurotas sont des alluvions du fleuve qui, comme le Pénée de Thessalie, sort des crevasses des rochers ; enfin, l'Argolide, avec sa vallée de rinachos, avec sa presqu'île toute hérissée de criques et flanquée d'Iles, est, pour la situation et la nature du sol, une seconde Attique. Ainsi, la nature créatrice de l'Hellade reproduit encore une fois dans la partie la plus méridionale du continent ses formes préférées et accumule dans un étroit espace les contrastes les plus frappants.

On reconnaît, cependant, à travers la prodigieuse variété qu'offre la conformation du terrain, quelques lois simples et claires qui donnent à la Grèce européenne, prise dans son ensemble, son caractère particulier. Tel est ce fait constant que la mer et les montagnes concourent à arrêter les formes des diverses parties du pays ; telle est cette série de barrières transversales, entées sur la chaîne centrale, qui contribuent, concurremment avec les plateaux de l'Illyrie et de la Macédoine, à rendre le pays des Grecs inabordable du côté du nord,

à les isoler du continent, à diriger leur attention et leur activité vers la mer et le rivage opposé.

La configuration des pays montagneux du nord devait avoir pour conséquence que leurs habitants, confinés dans des vallées étroites et largement arrosées, y mèneraient la vie de laboureurs, de pâtres et de chasseurs, puisant Ténergie et la santé dans l'air vif des montagnes et la simplicité d'une vie primitive, jusqu'aujour où, leur heure venue, ils descendraient dans les contrées méridionales dont la structure, plus morcelée et plus variée, favorise le développement des sociétés et porte les habitants à entrer en relations, par les côtes et la mer, avec un monde nouveau et d'un plus large horizon, le monde oriental.

En effet, de toutes les lois qui résultent do la configuration de la Grèce européenne, la plus évidente et la plus importante, c'est que le littoral do l'est, à partir des côtes de Thrace, est comme la façade du pays entier. A part deux anses et le golfe de Corinthe, la mer occidentale, do Dyrrhachion àMéthone, ne baigne que des récifs escarpés ou des terres d'alluvion, coupées de lagunes; à l'est, au contraire, qui peut compter les baies profondes et les mouillages qui s'ouvrent des bouches du Strymon au cap Malée, pour inviter les habitants des lies voisines à aborder et à reprendre ensuite la mer ! La forme du littoral oriental, tout rocheux et sinueux, outre qu'elle ouvre presque partout le pays aux communications maritimes, est encore la plus favorable à la salubrité du climat, la mieux appropriée à la fondation des villes. Aussi, toute l'histoire de l'HoUade s'est reportée sur la côte orientale, et les peuplades reléguées dans la région opposée, comme, par exemple, les Locriens de l'ouest, sont restés par là même en dehors du mouvement vital qui entraînait la race hellénique dans les voies d'un développement progressif et continu.

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