‹ Histoire grecqueChapitre 15 sur 26 · L HÉGÉMONIE ATHÉNIENNE · texte numérisé non relu

L HÉGÉMONIE ATHÉNIENNE

inattendus qui en furent la conséquence provoquèrent à Sparte la plus vive indignation. Les traités étaient rompus, le pacte fédéral hellénique détruit, et la dignité hégémonique de Sparte, qui dans les dernières années avait été si brillamment restaurée, était offensée de la manière la plus sensible. Elle devait, de toute nécessité, être promptement rétablie ou abandonnée à jamais.

Une manquait pas h ce moment d'hommes à Sparte qui auraient voulu qu'on marchât sur Athènes avec les troupes du Péloponnèse, afin de demander satisfaction et d'obtenir par la force le rétablissement de l'ancienne organisation fédérale. Cependant, une autre opinion ne tarda pas à se faire jour; c'était l'opinion des Spartiates âgés et de sens rassis, dont l'organe fut Hétœmaridas, membre du conseil des Anciens et issu de la famille des Héraclides. Lui-même et ceux qui partagaient ses sentiments avaient toujours été d'avis qu'il n'y avait rien de plus dangereux pour leur ville que de s'associer à des entreprises ambitieuses dans des contrées lointaines, oi^i les citoyens étaient complètement soustraits à la surveillance des autorités et exposés à toutes les tentations par suite de leurs rapports avec les Ioniens, toujours avides de nouveautés. Ils pensaient que le commandement de la Hotte était un honneur auquel Sparte avait infiniment plus à perdre qu'à gagner ; la gloire militaire, quelle qu'elle fût d'ailleurs, était selon eux payée trop cher, si elle faisait sortir l'Etat de sa voie et si elle corrompait les citoyens. L'exemple de Pausanias parlait assez haut. L'injure qu'on avait essuyée était, à les entendre, un châtiment qu'on avait mérité pour s'être départi de la modération prudente et de la réserve érigée en principe à Sparte.

C'est sur l'armée de terre qu il fallait faire reposer la grandeur de Sparte, à mesure qu'Athènes se jetait plus délibérément du côté de la mer. On n'avait pas maintenant de ressources suffisantes pour se venger d'Athènes. Toute tentative violente ne devait servir qu'à rendre irrémédiable lai'upture du pacte fédéral; on pouvait, au contraire, par des négociations pacifiques, obtenir que Sparte, en renonçant à la direction de la guerre maritime, ne cédât rien de son droit '.

') DioDi, XI, £0 (d'après Éphore. Cf. Philologus, XXVIII [1869], p.5l).

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Le parti de la paix l'emporta. On se tranquillisa sans doute aussi en se disant que l'hégémonie n'avait pas, à proprement parler, passé de Sparte à d'Athènes, mais qu'Athènes s'était chargée, sur le désir et au nom de Sparte, de la continuation de la guerre et du commandement des alliés ioniens *.

A Athènes, on avait attendu avec une grande inquiétude le dénouement de la crise, et la solution pacifique qu'elle avait reçue, solution à laquelle Aristide et ses amis avaient certainement contribué, était un triomphe pour le parti des gens sages, pour ceux dont la politique consistait à porter la puissance d'Athènes à son plein développement, sans rompre pour cela avec Sparte . Ce qui naguère n'aurait pu aboutir que par un coup de force avait été amené en quelque sorte de soi-même par la marche tranquille des événements, sans crime et sans guerre civile. Cette transition s'était effectuée dans l'été de 476, et l'année 476/5 avant J.-C.(01.lxxvi, 1) peutètre considérée, suivant le calcul le plus probable -, comme la première où Athènes exerça l'hégémonie sur mer, honneur bien mérité par ceux qui avaient combattu aux premiers rangs à l'Artémision et à Salamine et sauvé l'indépendance de la Grèce.

Mais le plus difficile restait à faire. Il s'agissait maintenant de donner à la nouvelle Ligue|une organisation régulière et do former, avec un grand nombre de villes maritimes sans homogénéité et disséminées au loin, une puissance maritime qui fût en étatde s'opposer à toutes les velléités de conquête des Perses et de protéger une vaste étendue de mer.

La décision avec laquelle les Athéniens se chargèrent de cette grande tâche prouve qu'ils ne l'abordaient pas sans préparation; et nous pouvons tenir pour certain que, dès l'é-

') TiiucYD., 1,95.

2) Clinton, Fasti Hellenici, II, append. 6. Schäfer, op. a^.,p. 14. Les chiffres donnés par les orateurs comme représentant la durée de l'hégémonie athénienne sont bien incertains. Le plus exact est celui qu'on trouve dans Démoslhène (III, 24 : IX, 23). Il compte 45 ans, en défalquant du nombre total d'années écoulées entre le départ des Perses et le début de la guerre du Péloponnèse, nombre ordinairement évalué à 50 ans, les cinq ans durant lesquels les Lacédémoniens étaient encore en possession de l'hégémonie. Sur les calculs chronologiques relatifs à l'hégémonie altique, voy. Böckh, Staatshaushaltung , I, p. 584. Andocide comptait 85 ans à partir de Marathon. Cf. Kirchner, De Andocidea qux fertur tcrtia oratione, p. 55.

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poque de Solon, tous les hommes d'Etat capables de vues un peu larges reconnaissaient que la mission d'Athènes était de réunir un jour sous sa direction toutes les îles de la mer Egée. Mais les opinions n'étaient plus d'accord sur la manière dont Athènes devait exercer sa domination. Les uns, tels que Miltiade et Thémistocle^ pensaient que le droit du plus fort devait seul décider; on ne pouvait aboutir à un résultat durable, d'après eux, que par le désarmement et la soumission des îles. Mais cette manière de voir devait se heurter à l'opposition décidée de tous les hommes modérés, et Thémistocle ne put, pour cette raison, faire prévaloir sa politique de violence. Elle devint absolument impossible après l'adhésion spontanée, aussi rapide qu'inattendue^ des villes asiatiques. De ces villes, les unes, comme Ephèse, étaient restées riches et populeuses; d'autres s'étaient relevées de leur décadence et repeuplées sous la domination des Perses. Il ne pouvait donc pas être question là de domination absolue exercée par Athènes. En outre, la situation tendue dans laquelle on se trouvait vis-àvis de Sparte obligeait à la prudence et à la circonspection : il fallait éviter les fautes qui avaient fait perdre à Sparte le commandement suprême ; il fallait essayer d'habituer par des moyens plus doux les nouveaux alliés à accepter la direction du nouveau chef-lieu. Ce fut le système que préconisa Aristide. Athènes eut le bonheur insigne de posséder en lui l'homme que sa sagesse politique et son intégrité universellement reconnue en Grèce qualifiaient entre tous pour être l'homme de confiance du peuple tout entier, pour résoudre les problèmes les plus difficiles et poui' organiser la nouvelle confédération de telle sorte que, tout en ménageant autant que possible les droits des petits Etats, on eût pourtant une constitution capable de donner à cette Ligue militaire l'unité et la force, et en même temps d'assurer aux Athéniens une influence prépondérante,

La constitution la phis populaire et la plus libérale qu'on put donner à une confédération de ce genre était la forme amphictyonique '. Il fallait pour cela, d'après la coutume grec-

') Le caractère aniphiclyonique de la confédération fut cause que l'on put dans certains cas accorder dispense du tribut, mais non pas de la quote- II 24

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que, lin centre religieux; et ce dernier ne pouvait être autre queDélos,rile sainte, située àégale distance de l'un etdeFautre littoral, la Delphes de l'Archipel, qui déjà, avant les tenapc homériques, avait été le théâtre de fètes consacrées à Apollon et le rendez-vous des peuples de race ionienne établis des deux côtés de la mer. Athènes était tout particulièrement unie à Délos ; Erysichthon le Cécropide passait pour avoir institué la solennité annuelle : et, de même que déjà Polycrate et Pisistrate avaient rattaché à Délos leurs plans de domination maritime ', elle devint maintenant le centre d'une nouvelle confédération, dont les représentants s'y réunirent à l'époque de l'ancienne panégyrie fédérale (probablement au commencement de mai). L'ancienne fête populaire devait ressusciter avec un nouvel éclat ; aussi les prêtres de Délos favorisèrentils l'entreprise des Athéniens , et les prophètes d'Apollon Délien leur promirent l'empire de la mer -.

La défense contre les Perses et la sécurité durable de la mer g-recque étaient le but reconnu de tous,et,pourratteindre, il fallait une force militaire soumise à une direction unique. L'alliance qui fut conclue à cet effet ressemblait donc à peu près à l'organisation militaire du Péloponnèse ; celle-ci aussi était une ligue armée^ offensive et défensive, et une institution nationale dirig^ée contre l'étranger, comme l'indique le nom d'Hellénion que portait à Sparte la place où se réunissait l'armée fédérale. Les Athéniens, imitant ce que Sparte avait fait dans le Péloponnèse, devaient aussi, par des traités, créer une organisation militaire commune. Mais c'était une chose absolument nouvelle que de transporter une organisation de ce g'enre sur mer. Les Corinthiens avaient bien fait acte de puissance maritime, mais ils se prévalaient surtout du droit de la métropole sur ses colonies, principe inappliquable dans le cas présent, quelque insistance que l'on mît à représenter Athènes comme la métropole de l'Ionie.

Dans une Ligue maritime, la question d'argent avait Une

part destinée à la divinité : c'est ce qui arriva pour MéLhone en Macédoine (C. I. Attic.,1, -40) elNeapolisen Thrace (G. I. Attic, I. 51).

') Voy. vol. I, p. 448-0, et ci-dessus, p. 169.

^) Athen., p. 331 sqq. (d'après la Ar.Xiâcde Sémos).

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tout autre importance que dans les associations de ce genre formées sur le continent. C'est là quWristide était l'homme de la situation : il était plus capable que personne de persuader aux députés des villes combien il était nécessaire de régler les contributions d'après des principes fixes, parce que, sans trésor et sans budget régulier, il était impossible d'entretenir une flotte prête à entrer en campagne. Il fut chargé lui-même de faire une enquête exacte sur les ressources des différents Etats et d'établir en conséquence la matricule fédérale. Les Etats confédérés s'engagèrent à verser régulièrement le montant deleurs contributions; et ils s'y résignèrent d'autant plus volontiers qu'ils étaient obligés de reconnaître la nécessité d'une flotte permanente, ne fût-ce que pour protéger le commerce contre les pirates. Du reste, des tributs de ce genre n'étaient pas pour eux chose nouvelle; car les Spartiates, pendantleur courte hégémonie maritime, avaient levé sur eux des taxes arbitraires, et le Grand-Roi en avait fait autant avant eux, d'après l'estimation ordonnée par Artapherne, en sa qualité de satrape de Sardes. Ce n'étaient au fond que des contributions destinées à la caisse de l'armée, telles que Sparte en réclamait aux Péloponnésiens eux-mêmes; seulement elles devaient être payées régulièrement, parce qu'il s'agissait ici non pas de levées accidentelles, mais d'une armée permanente ; c'étaient enfin des contributions consenties par les cités elles-mêmes, et dont l'emploi dépendait des décisions prises en commun par les membres de la Ligue.

On ne prélevait d'impôt proprement dit que sur les petites villes qui n'avaient ni ne voulaient avoir de vaisseaux de guerre à elles ; leurs contributions étaient destinées à l'entretien d'un nombre de vaisseaux proportionné à leur population. Les grandes villes, au contraire, ne fournissaient pas de contributions en argent ; mais elles s'engageaient à fournir ellesmêmes le nombre de vaisseaux et d'hommes porté au rôle par Aristide, qui s'acquitta de sa tâche difficile à la satisfaction générale. Tels furent les commencements de la Ligue maritime athénienne, dont l'établissement pacifique et solide fut l'honneur d'Aristide. Nous ne pouvons suivre dans le détail l'extension progressive de la Ligue; car nous ne la connaissons qu'à

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partir du moment où elle avait pris une certaine ampleur et reçu une constitution durable, c'est-à-dire au moment où, par suite des victoires de Cimon, non seulement les îles, mais encore les villes du littoral de F Asie-Mineure, ainsi que les îles et les villes delà Thrace, s'y étaient rattachées. C'est à cette époque que se rapporte le premier chiffre qui nous soit donné comme le montant total des paiements annuels, la somme de 460 talents (2^o87,o00 fr.) '. La caisse fédérale se trouvait dans le sanctuaire d'Apollon, à Délos^ et l'administration en était confiée aux Hellénotames. Ce nom indique le caractère amphictyoniqiie de la confédération, qui devait être une puissance hellénique nationale; mais on reconnut aux Athéniens le privilège important de recruter parmi eux les Hellénotames. Cependant^ l'extension de la Ligue n'eut pas lieu seulement à l'instigation d'Athènes ; les anciennes relations,qui existaient entre les villes maritimes contribuèrent à y attirer des villes plus éloignées et qui d'abord s'étaient montrées récalcitrantes. C'est ainsi que Chios notamment rendit des services signalés, en se chargeant, par exemple, à l'époque de la bataille de l'Eurymédon, de négocier avec Phasélis en Pamphylie, pour faire entrer cette ville dans la Ligue'. Il y

') napa),aoôvT£c oï o't 'A6r,vaîoi Tr,'/ ■Ciyîii.oviav iv.ôvTwv twv bj\L\j.iytjf/ otà tÔ na'JTÄv'oy [liTo;, etdcExv a; -zt eoîi TzoLpiytiv twv uô/.ewv ■/ç,r,\j.'xzct. irpô; tôv ßipeapov xot a; vaO; • 7îpci(j-/'<",[J-3t yàp f,v à[A'jva(76ai wv è'tvxOov &TloOv-a; tT|V 3a(jt).i(o; "/(ijpav. Kai 'E).Ar,vo-ot[A''at totî uptÔTOv 'A6r|VX''oi; xa-cTtr, ^lÇ''/r^, oï £o£"/ovto tôv. :fôçiryr o'JTw yàp wvojxâçOr, twv -/pr,jxd-(ji)v r, yopâ. ~Hv oï d TtpwTO? çôpo; Ta;(f)î\; TExpaxôffia xâ).avTa xai £^r|Xov-a, -rajx'.îtôv xt Ar|>,o; v' «CtoÎ; xo: aï Eyvoôoi eç to lîpôv ÈyfyvovTO. 'iIyoy[j.Évwv ok a-jTovôfiwv to TcpwTOv twv ^•jjji[xâ-/wv xot aTtô xotvùv

Ç-jvôôwv ßo'j).£'jovTwv X-).... (Thuc, I, 96). Thucydide ne nomme pas Aristide qui, d'après Diodore (XI, 47), dut à ceUe organisation son nom de Atxa-.o; comme oO iiôvov xafJapw; xai O'.xa'.tö:, a).).x xai 7rpoi7Yt/,à)î nâcri xxi àpjAOÔtw; ttiV £Tiiypa:pr|V twv 7pr,[j.ä-a)v Ttotr.adtpLcVo; (Pllt., AristicL, 2i). Plutarque parle même d'impôts payés antérieurement, au temps de l'hégémonie Spartiate. Cf. BöcKH, Staatshaushaltung, I, p. 521. Köhler, Urku)iden und Untersuchungen zur Geschichte des delisch-attischen Bundes (Abh. d. ßerl. Akad., 1869), p, 88 sqq. D'après Kirchhoff (ap. Hermes, XI, p. 37), Thucydide [loc. cit.) décrit par anticipation l'état de la ligue maritime, telle qu'elle subsista, sans changements notables, après la bataille de l'Eurymédon, et fait ensuite l'histoire de son développement. C'est pour avoir mal compris Thucydide qu'Ephore établit un rapport immédiat entre Aristide et les 160 talents. La répartition (ota[jicpiT[xô;), telle que la décrit Éphore (ap. DiOD., XI, 47), repose sur une idée fausse. -) Kühler, ap. Hennés, VII, p. 163. C. I. Attic., II, 11.

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avait aussi des groupes de petites communes qui maintenaient leur solidarité antérieure, qui payaient leurs contributions en commun et disposaient ensemble d'une voix '. Le principe généralement accepté, c'est que tous les Etats conservaient leur indépendance, telle qu'ils l'avaient auparavant; ils envoyaient leurs représentants aux assemblées, qui se réunissaient périodiquement et formaient un conseil fédéral, chargé de décider les questions relatives aux opérations militaires, à l'emploi de l'argent, en un mot, de régler toutes les atïaires communes.

Cependant, avec l'extension que prit la confédération, les assemblées des députés étaient si nombreuses et en même temps si divisées d'intérêts et d'opinions qu'elles étaient absolument incapables de se mettre d'accord pour agir. En outre, depuis les temps les plus anciens, il existait entre les îles et les villes du littoral, par suite de leur différence d'origine et de la concurrence de leurs intérêts commerciaux, bien des sujets de jalousie et dé discorde. Le rôle d'Athènes n'en fut que plus actif et son influence plus considérable ; supérieure à toutes les autres villes en puissance et en perspicacité politique, elle avait la présidence de la confédération, convoquait et dirigeait les assemblées, percevait les contributions, gérait la caisse, surveillait les intérêts communs au dedans comme au dehors, nommait les généraux et décidait, en somme, toutes les entreprises militaires. La puissance des Athéniens s'accrut, sans qu'ils fissent rien pour cela, par le fait des villes confédérées elles-mêmes; car celles-ci, une fois le danger immédiat écarté et la sécurité de la mer rétablie, furent bientôt lasses de l'effort qu'exigeait d'elles le service militaire. Aussi, le nombre des villes qui préférèrent se libérer à prix d'argent, afin de se livrer tranquillement au commerce, à l'agriculture et à la pêche, grossit à vue d'œil; il arriva ainsi qu'elles accrurent à leurs frais, et de plus en plus, la puissance militaire d'Athènes.

Sparte et le Péloponnèse étaient restés complètement étrangers à la formation de cette nouvelle puissance hellénique. Ils

'} Köhler, Urkxoiden des del.-att. Bundes, p. 90.

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jetaient des regards de haine et d'envie sur Athènes qui accomplissait avec tant de rapidité et de bonheur cette grande oeuvre, le rétablissement de l'union entre les Hellènes de l'un et de l'autre littoral qui, en dépit de leurs affinités naturelles, avaient été violemment séparés.

Pendant qu'on prenait à Délos ces importantes mesures, les forces des Perses et |des Grecs étaient en présence au nord de la mer Egée, prêtes à en venir aux mains. La nouvelle Ligue maritime n'avait pas, en effet, de tâche plus pressante à remplir que de chasser les Perses des fortes positions qu'ils occupaient encore en Europe et de rendre ainsi la mer libre. Byzance, la clef des routes maritimes du Nord, restale quartier général des vaisseaux grecs et le point de mire constant des Perses. Ceux-ci, en efl'et, n'avaient pas le moins du monde abandonné leurs possessions européennes ; ils avaient tout une série de garnisons autour de l'Hellespont ', et c'était pour eux une question d'honneur de ne pas sacrifier les conquêtes de Darius. Aussi les deux hommes les plus braves que connût Xerxès étaient-ils chargés de garder les possessions de la Thrace, Mascamès à Doriscos et Bogès à Eïon. Ils étaient en relation avec les Thraces qui leur amenaient du blé ; ils pouvaient aussi compter sur la Macédoine ; car l'extension de la nouvelle puissance maritime grecque dans ces parages et l'entrée des villes de la Chalcidique dans la confédération maritime de Délos ne pouvaient être indifférentes aux princes du Nord, On s'appliquait, par conséquent, ducôté des Perses, à entretenir des relations avec les anciens alliés de Macédoine et de Thessalie, et l'on espérait toujours, dans des circonstances plus favorables, pouvoir s'avancer de nouveau sur le continent européen.

D'autres questions surgirent ^encore qui dirigèrent du côté des mers du' Nord l'attention et l'activité des Athéniens. Il s'était conservé dans les îles qui bornent au sud la mer de Thrace, surtout à Scyros, des tribus pélasgiques aux mœurs grossières, qui troublaient la sécurité de la mer en se livrant à la piraterie, et qui inquiétaient le com-

1) Herod., VII, 106 sqq. Grote (VII, p. 271, trad. Sadous).

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