‹ Histoire grecque; les peuples orientauxChapitre 14 sur 19 · HÉBREUX · texte numérisé non relu

HÉBREUX

tous les peuples et de tous les temps. De même que les psaumes, les admonestations, les menaees et les prédietions des frophete^ inspirés par la religion et le patriotisme, indiquent la direction d’esprit du peuple israclite. Domines par l’idée que le salut résultait de l’accomplissement et le malheur du mépris des commandements divins, ils ne cessèrent de fulminer cont rc les transgressions, de représenter les souffrances présentes ou prochaines comme des marques de la colère de Dieu qui s’était détourné de son peuple, et de promettre une situation prospère pour prix de la conversion et du repentir. La pénitence pourtant ne devait pas consister en œuvres extérieures, en sacrifices, en prières, en jeûnes, mais dans un amendement moral et une conduite intègre. Les prophètes, entièrement absorbés dans la contemplation des choses divines, ne concevaient pas les pensées qui les débordaient comme les leurs, mais comme les pensées, les recommandations, les menaces et les ordres de Jéhovah, comme une « charge du Seigneur. » Les plus importants et les plus enthousiastes sont ceux qui vécurent vers l’époque de la guerre assyrienne, et parmi ceux-ci, Esaïe, le plus ancien, surpasse tous les autres. — Les Juifs ont produit peu de chose dans les sciences et dans les arts ; leur nature était peu propre aux arts, et le monothéisme étroit empêchait la culture de la plastique et de la peinture.

D'après l’arrangement qui remonte au ii* siècle avant J. -G., la Mbk contient les écrits suivants , sans y comprendre les livres canoniques apocryphes ;

I. Livres historiques : Les cinq livkes de Moïse (Pentaleuqué) qui ne proviennent pas d'un seul auteur, mais ont été composés à différentes époques par des prêtres qui, à portée des récils et des traditions, puisaient aux anciennes sources et s’appuyaient sur les lois et les institutions. Les fragments les plus anciens, tels que Ihistoire de la création, la marche à travers le désert, et les lois les plus importantes, procèdent sans doute de Moïse même, tandis que les autres pourraient

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apiiartenir au temps de Samuel cl des premiers rois. La collection complète du Pentalcuquc n’a été terminée que vers la fin du vil* siècle avant J.-C. (622, sous le roi Josias) Le premier livre, la Genèse (création), contient les histoires primitives de la race humaine et les destinées des Israélites jusqu'à leur séjour en Égypte; le second, l’Exode (sortie), traite principalement des soufl'rances du peuple en Égypte, de son départ et de la législation au mont Sinaï ; le troisième, le Lévilique (livre des prêtres), se compose de lois civiles, religieuses et d’ordonnances sacerdotales; le cinquième, les Nombres, renferme, outre d’autres lois et prescriptions, le dénombrement du peuple et l’énumération des familles; le quatrième, le Deutéronome, reproduit l’histoire de la marche dans le désert et les principales lois, et rapporte ensuite les derniers discours et la mort de Moïse. — Le livre de Josüé contient la conquête de la Palestine et la répartition du pays, comme elle a pu être projetée, mais comme elle n’a jamais été effectuée. — Le livre des Juges, le livre historique le plus animé des Israélites, qui s’appuie sur des traditions orales et des récits populaires, des autels cl des monuments, rappelle le temps héroïque du peuple juif et les hauts faits accomplis sous la conduite de guerriers inspirés. — L’histoire idyllique qui forme le contenu du livre de Ruth , la bisaïeule de David, semble avoir été composé pour la glorification de ce roi, mais pourtant après son temps. — Les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois fourni.ssent un exposé animé et instructif de l’histoire du peuple Israélite , tant pendant la période d’éclat qu’à l’époque de la décadence par la division des tribus et finalement par la captivité. — Les deux LIVRES DES Chroniques sont plus récents et moins importants; outre la liste des familles, ils s’occupent principalement de l’histoire du royaume de Juda et de la tribu de Lévi. Ils ne .sont nullement une continuation des livres des Rois; ils embrassent en grande partie la même période, mais ils ont un caraatère plus sacerdotal, plus prophétique, plus théocratique. Les trois derniers livres historiques d’EsoRAS, de Néhémie et d’EsTiiER (dans le dernier desquels est racontée la délivrance des Juifs captifs du danger dont les menaçait Uaman) rappor-

lent les destinées des Juifs à leur retour et l’histoire de la reconstruction du temple.

II. Livres poétiques ; Le livre oeJob qui expose les luttes intérieures d’un homme confiant en Dieu, mais éfçaré pour quelque temps et rendu injuste envers la sagesse divine par de douloureuses épreuves, semble renfermer un récit populaire arrangé dans un but didactique et religieux; c'est une justification éclatante (théodicée) de la providence et de ses voies et moyens souvent merveilleux et incompréhensibles, mais toujours dirigés vers le bien. Ce poème profond, qui réunit en iui toutes les formes de la poésie, puisque la narration prosaïque porte au commencement et è la fin un caractère épique, tandis que le motif principal est dramatique par ses discours dialogués, mélangés de peintures de la nature pleines de fougue lyrique, et que l’ensemble a une tendance didactique, occupe une place parmi les créations littéraires les plus grandioses et les plus substantielles de tous les temps et de tous les pays. — Le livre DES PSAUMES (psautier) est un as.semblage de ISO poèmes lyriques et didactiques de différents auteurs et de différentes époques; presque tous ont un sujet religieux et .sont destinés à être chantés aux fêtes dans le temple. Ce sont ou des chants à la louange de Jéhovah (odes et hymnes) ou des cantiques d’actions de grâces, ou des piaintes (élégies). Ceux qui ont été composés par David .se distinguent par la profondeur du sentiment religieux, la grJee et la suavité, ceux des enfants de Coré par l’élan et la vivacité; ceux du chantre de David, Assaph, ont piutôt un caractère instructif. — Les proverbes de Salomon consistent en sentences isolées ou en séries sentencieuses ; ils doivent être considérés comme ie trésor traditionnel de l’expérience de la vie pratique de la nation et ne procèdent qu’en minime partie de Salomon. L’Ecclésiaste (Kohelet) de Salomon est un poème didactique d’une époque postérieure, dans lequel un homme expérimenté expo.se en jihrases concises et pénétrantes les résultats de ses réllexions et de ses doutes. 11 contient la doctrine de la vanité de toutes les choses terrestres et de l’inanité de tous les efforts humains, et présente la jouissance de la vie comme la seule réalité digne de valeur.

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sans pourtant suivre dans cet exposé aucun plan fixe et symétrique. Le cantique des cantiques, est une histoire d’amour idyilique, qui, dans des scènes et des situations déterminées, est tantôt lyrique, tantôt dramatique, tantôt narrative. L’idée fondamentale est la peinture d’un amour fidèle qui résiste à toutes les tentations, qui ne suit que les inspirations d’un noble cœur et ne peut être gapné par des moyens extérieurs. D’anciens chants populaires du temps de Salomon en ont peut-être formé le fond; mais les images parfois recherchées, les exagérations de certaines iieintures et comparaisons et la disposition ingénieuse de l’ensemble appartiennent à une époque où la poésie populaire .s’était transformée en art. Cependant on peut regarder le cantique des cantiques comme le morceau le plus riche, le plus complet et le plus beau que le pleuple hébreu ait produit dans la poésie mondaine. La vivacité et la vérité des sentiments, la tendre contemplation de la nature extérieure, et par dessus tout la merveilleuse harmonie de la passion et de la moralité prêtent à cette composition une haute valeur.

III. Livres prophétiques. Les orateurs populaires inspirés de Dieu, les prophètes, sortirent de l’école fondée par Samuel ou bien ils furent poussés par leur propre inspiration religieuse et patriotique, sans influence ni préparation étrangères. D’après l’ordre chronologique on peut admettre quatre périodes de prophéties : 1) à l'ancienne période du xii* jusqu’au ix* siècle, appartiennent Elie, Elisée; on n’en possède aucun monument écrit; 2) à la période assyrienne (800-700) qui est la période de floraison de la poésie prophétique, se rattachent JoéV, A mos, Osée, Esate, Michée et Aahum. Parmi ceux-ci, se |)lace au premier rang Es.vïe qui condamne, dans un langage élevé, les égarements de son peuple, et dans des prédictions pleines d’imagination et de pénétration , annonce un avenir lumineux, un âge' d’or, pendant lequel une génération meilleure s’élèvera sur les ruines du présent, l’heureux temps de David renaîtra sous un rejeton de ce roi, les cœurs se tourneront vers Jéhovah et les hauts-lieux avec leurs idoles et leurs autels seront déserts et abandonnés. Dans la suite, plusieurs

discours prophétiques dont les auteurs sont inconnus furent attribués à Esaïc, notamment les paroles de consolation (ch.XL- LXVl) d’un juif en exil. 3j à la période chaldéenne appartiennent Sophonie, Jérémie, Ilabacuc, Ezéchiel, Abdias, parmi lesquels le pieux et patriotique Jérémie occupe la première place. Ses douloureuses lamentalions sur la destruction de Jérusalem et de son temple sont de beaux monuments de poésie élégiaque. Par la chaleur et la hardiesse de ses élans, IIab.vcüc le surpasse dans sa prédiction confiante de l’appesantissement de la justice de Dieu sur les ennemis de son peuple. Ezéchiel annonce, dans un langage prophétique, sombre et imagé, la ruine prochaine de Jérusalem à laquelle il assista, et les souffrances de l’exil qu'il partagea, détourne de l’idolâtrie et des faux prophètes et prédit le salut et la délivrance. 4) à la quatrième période, qui suivit la captivité, appartiennent Jonas, Aggée , Zacharie, Malachie, Daniel. Aggée et Zacharie, qui revinrent sous Zorobabcl de la captivité à Babylorie , cherchèrent à encourager le peuple à la reconstruction du temple, et, par la prédiction de meilleurs temps, à réveiller en lui le courage contre les ennemis et la confiance en lui-même. Les prophéties de Daniel, qui, prisonnier à Babylone, sauvé par miracle, et instruit à la cour de Nébucadnetzar dans la sagesse chaldéenne, survécut à la chute du royaume chaldéen-babylonicn et à la fondation du royaume des Perses et fut le bienfaiteur de son peuple, semblent provenir de l’époque des Macchabées.

IV. Les Apocryphes. Quoique d’une valeur moindre que les écrits canoniques, les livres apocryphes ont pourtant leur importance sous le double rapport religieux et historique. Ils n’ont été conservés qu’en langue grecque, quoique la plupart aient été composés primitivement dans l’idiome hébraïquearaméen. Ils se divisent en écrits historiques et en écrits didacques. 1) Parmi les écrits dont le contenu est historique, il faut citer avant tout les deux livres des M.acchabées qui racontent les tourments des Juifs opprimés, leur soulèvement et leur lutte héroïque contre la domination des rois de Syrie. En partie peu satisfai-sants par leur concision, incorrects et exagérés, ils sont pointant dans leur ensemble très dignes de foi,

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assez chronologiques, et se distinguent avantageusement des autres témoignages historiques de celte époque. Le récit populaire des combats du peuple de Jéhovah sous le prêtre Mattathias et ses fils, dans le premier livre des Macchabées, se rat tache dignement aux anciennes annales du royaume. — Le livre de Jcniiu est un récit prophétique et poétique, dans lequel la situation et les circonstances de la domination syrienne sont cachées sous le voile de noms et de temps passés, pour éveiller un ardent patriotisme dans la lutte contre les Syriens et enflammer le courage des Juifs craintifs. Les moindres récits historiques <|ui appartiennent au cycle légendaire de Daniel (Susanne ; Bel et le dragon à Babel; cantique dans la fournaise, etc.) sont dépourvus de tout fondement historique. 2) Les écrits didactiques comprennent : le livre de Tobie, récit imité de Job avec un but instructif, où il est démontré que la ferme confiance en Dieu et la piété conservée par la prière et les bonnes œuvres ne peuvent tourner à confusion. — Le livre de la sagesse composé vraiseiublablemcnt par un Juif alexandrin; on y fait parler Salomon; la liremière partie expose la valeur et la prospérité de la sagesse, la seconde, la vanité et la folie du culte des idoles. L’auteur de ce véritable « livre d’or, » avait pour objet d’établir, avec le génie grec, le beau et réterncl des vérités d’israél. — Le livre de Jésus Sirach, recueil de règles de prudence, de sentences et de proverbes moraux dans lesquels se manifestent une grande sagacité, une expérience consommée et une profonde moralité. — Le livre de Baruch, dont le contenu principal se compose de deux lettres, l’une écrite par un Juif qui habitait Babylone et qui annonçait la délivrance, l aulre adressée par Jérémie aux bannis pour les détourner de l’idolâtrie, porte en lui-même, aussi bien que la prière de Manassé, des traces évidentes de son défaut d’authenticité.

MÈÜES ET PERSES.

§ 43. Mèdes. Les Mkdes, frères, comme les Perses, du peuple de Zeud et par suite descendants des Ariens primitifs ou Iraniens, restèrent durant cinq siècles sous la domination assyrienne. Mais enfin ils secouèrent le joug etranger et vécurent indépendants, dans leur pays fertile et propre surtout à l’élève du cheval. Bientôt cependant le désordre et l’anarchie régnèrent parmi eux et menacèrent de les replacer sous la puissance de leurs voisins. Alors les Mèdes choisirent pour roi Déjocés (707-635), qui s’était acquis une réputation de juge intègre et prudent. Celui-ci s’entoura aussitôt d’une garde de lanciers, bètit, dans un délicieux site montagneux, une nouvelle capitale, Ecbatane,a\ec sept rangées de murailles, dont la plus intérieure entourait le château royal et la maison du trésor, et fonda un despotisme militaire héréditaire avec des espions et un

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cérémonial oriental. Son successeur Pr.vortés (655- 633), commença la grande guerre contre l’empire d’Assyrie, mais il perdit la victoire et la vie dans un combat décisif. Sous son fils Cyax.vre (633-593), la Médie fut infestée par des bandes de Scythes nomades des régions du Caucase et tenue 28 ans dans une dépendance oppressive. Ces bandes de pillards s’étendirent jusqu’à Ascalon de Syrie et jusqu’aux frontières de l’Égypte, et dévastèrent tout sur leur passage. Enfin, le roi des Mèdes parvint, non seulement à délivrer son pays de ces peuples pasteurs, mais à agrandir notablement son territoire par la conquête et la destruction du royaume de Ninive, accomplie en commun avec le roi babjionien Nabopolassar. Le nouveau royaume médique, fondé par Cyaxare, devint bientôt si puissant qu’il pouvait rivaliser avec celui de Babylone. Il comptait parmi ses sujets les Bactriens et les Perses établis autour de Pasargade et de Persépolis, et s’étendait h l’ouest jusqu’au lleuve Halys. Mais déjà sous le faible Astyage (vers 575), fils de Cyaxare, le gouvernement des Mèdes passa aux Perses. Astyage ayant vu en songe le fils de sa fille Mandane régner à sa place sur toute l’Asie, il maria cette fille à un prince de la race assujettie, afin qu’il n’en pût sortir un héritier du trône de Médie. Mais Cyrus (560), sauvé par miracle de la mort qui lui était destinée et élevé parmi les pasteurs, renversa son grandpère du trône et devint le fondateur du royaume de Perse. Les Mèdes cherchèrent vainement plus tard à regagner la domination.

Les vêlements médiques, célébrés dans toute l’antiquité, témoignent de l’habileté de ce peuple dans la préparation de fines étoffes et de riches couleurs. La plus ancienne capitale des Mèdes était vraisemblablement Baclra. Dans l’IIamadan actuel, on ne retrouve plus que quelques traces de la grandeur passée d'Ecbalane. Les Mèdes et les Perses professaient, comme tous les Iraniens, la religion de la lumière, que ZAnATnusTRA (Zoroaslre) avait révélée, pour le salut de l'humanité, dans le livre sacré Zend-Avesta , sous l’inspiration du dieu de la lumière Ahuramasda {Ormuzd § 8). D’après une tradition, ce livre fut brûlé par Alexandrc-lc-Grand, à l’exception des écrits sur la médecine et l’astronomie, qu’il fit traduire eu grec ; mais dans la suite, les saints livres furent rétablis de mémoire. Une autre tradition plus digne de foi rapporte que, sous la domination des Sassanides (dans le ii' siècle de notre ère), les livres sacrés furent de nouveau colligés et l’on indiqua les écrits qui avaient été perdus : d'après cette tradition , le Zend-Avesta avait dans l’origine 21 livres, c’est à dire autant que le plus saint commandement d* Ahuramasda : « Comment le seigneur doit être honoré, » contient de mots. De ces vingt et un livres, on n’a conservé que le vingtième, le Vendidad, et le Yaçna. Dans CCS fragments rapportés de l’Inde en Europe, dans la seconde moitié du xviii' siècle, par le savant français Anquetil Duperron , nous possédons les parties constitutives les plus essentielles d’un code formé de lois et de traditions primitives, mais arrangé par une classe sacerdotale puissante et ambitieuse, lequel, pareil en cela au code indien de Manou (,*(21.) ne règle pas seulement la vie religieuse et les actes du culte, mais s’étend aussi à toute l’existence terrestre, à l’état et à la famille.

§ 44. Les Perses. 1) Cy«us. Du milieu du peuple belliqueux et montagnard des Perses, qui, exercé h l’équitation et au tir à l’arc, menait paître depuis des siècles ses troupeaux dans le Farsistan , le « pays des chevaux, » et se livrait ù la chasse et à

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la guerre, surgit au vi® siècle avant J.-C., un homme qui surpassait tous ses contemporains par son esprit dominateur et son caractère héroïque. Cyrus doit avoir été l’un de ces hommes qui, dès leur apparition, entraînent avec eux les multitudes et, lorsqu’ils accomplissent de grandes évolutions, sont regardés par les peuples comme des instruments particuliers de la divinité. Il échappa par de merveilleux hasards, à la mort que lui avait préparée son grand-père ombrageux, Astyage, délivra son peuple d’un esclavage indigne, et, après avoir vaincu les Mèdes et s’être emparé du trône, devint le fondateur d’un royaume qui embrassait presque tous les pays policés de l’Asie. Pendant un règne de trente ans, il soumit les deux plus puissants États, ceux de Babylone et de Lydie, et une quantité de peuples moindres, en partie libres, en partie tributaires. A Sardes, capitale de la Lydie, régnait alors sur presque toutes les peuplades de l’Asie-Mineure, le roi Crésus dont les richesses sont devenues proverbiales, homme crédule qui se fiait plus à des oracles, à des rêves et à des prophéties de prêtres qu’à sa force propre. Comme allié d’Astyage, il voulut le rétablir sur le trône de Médie, et s’attira ainsi une guerre avec Cyrus. Trompé par un oracle équivoque, il passa la rivière-frontière Halys, mais il fut complètement défait et obligé de sc retirer promptement dans sa capitale. Cyrus le poursuivit, conquit Sardes, et, d’après la tradition, donna l’ordre de faire mourir dans les flammes le roi prisonnier. Déjà Crésus enchaîné était assis sur. le bûcher, lorsque le sou-

venir du sage athénien Solon, qui l’avait averti un jour de se délier de l’inconstance du sort et de l’incertitude de toutes les choses humaines, le sauva de la mort. Cyrus, saisi par la vérité de cette leçon de Solon « que personne ne peut se dire heureux avant sa mort, » mit le roi captif en liberté, le traita avec grande considération et lui demanda conseil dans toutes ses entreprises. — Le résultat de la victoire sur Crésus fut la possession de l’Asie- Mineure, y compris les colonies grecques du littoral, qui n’avaient soutenu le roi lydien que très faiblement. Les Lydiens, ayant tenté de se soulever contre Cyrus, furent dépouillés de leurs armes et réduits aux occupations pacifiques, h la musique et au chant; ils tombèrent bientôt dans la mollesse et la volupté, en sorte qu’ils apparaissent dans le cours de l’histoire comme un peuple énervé et peu propre à la guerre. — Quelques-uns des colonisateurs grecs des côtes émigrèrent (comme les Phocéens qui fondèrent Elea (Vélia) dans la Basse-Italie et Massilia (Marseille) dans la Gaule , et les Téiens qui trouvèrent une nouvelle patrie dans la ville d Abdère en Thrace). Les autres villes conservèrent leur constitution indépendante (autonomie) et acquittèrent seulement un impôt : elles restèrent florissantes et riches, mais le véritable esprit .libre des Grecs disparut visiblement sous la domination des Perses. Les îles suivirent l’exemple de la terre-ferme et, après une faible résistance, rendirent hommage au puissant roi des Perses.

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Solon était venu un jour à Sardes et avait reçu l’hospitalilé du roi. Crésus, énivré de son bonheur le fit conduire dans les chambres du trésor et lui montra toutes ses riche.sscs. Puis il lui demanda quel était, selon lui, le mortel le plus heureux, bien convaincu que Solon allait le nommer. Mais celui-ci nomma d’abord l’athénien Tellus qui avait possédé des biens médiocres mais sullisants et d'excellents fils, qui avait trouvé la mort au milieu de victoires remportées sur l’ennemi et avait été enterré avec de grands honneurs par ses concitoyens à l’endroit où il était tombé. Interrogé de nouveau, Solon mit au second rang deux jeunes gens , Cléobis et Biton, fils d’une prêtresse de Iléra à Argos, dont il raconta ainsi l’histoire : Un jour que la mère était prête à partir pour offrir un sacrifice dans le temple et que les bœufs qui devaient traîner son char SC faisaient attendre, les jeunes gens .s’attelèrent eux-mêmes et traînèrent leur mère jusque dans le temple; alors, celle-ci demanda au ciel que ses fils obtinssent pour récompense ce qu’il y avait de meilleur, et ils s’endormirent dans le temple et ne se réveillèrent plus. Crésus s’étant indigné de voir que le sage athénien ne jugeait pas son bonheur égal à celui de simples citoyens, Solon lui donna cette réponse significative: qu’avant la mort personne ne peut s’estimer heureux. Bientôt après le départ de Solon, Crésus avait éprouvé la vérité de ces paroles , lorsque son fils Athys fut tué à la chasse d’un coup de lance. Au moment où le roi prisonnier était sur le bûcher, elles lui revinrent à la mémoire, et il s'écria douloureusement : O Solon! Solon! Cette exclamation éveilla la curiosité du roi de Perse : il voulut en connaître 1a signification et fit grâce au prisonnier. Hérodote qui rapporte ces circonstances, y insiste avec prédilection, parce qu’elles lui fournissent une preuve de son système fondamental des destinées humaines réglées, selon lui, par une décision immuable de la Divinité, qui punit l’injustice et l’orgueil, mais qui persécute aussi, humilie et anéantit le bonheur excessif des mortels, par suite d’une certaine envie, d’une jalousie de sa pui.ssance supérieure. La condamnation de Crésus au bûcher semble avoir son origine dans une légende populaire et se rattacher à la coutume lydienne des sacrifices par le feu.

§ 4o. Mort de Cijrus. Cyrus soumit avec le même honlieur le royaume babylonien où les Juifs captifs p;émissaient encore. Lorsque ses armées s’avancèrent, une voix prophétique (Esaïe XLV) s’écria au nom de Jéhovah :« Je prends Cyrus, mon oint, par sa main droite, alin de terrasser les nations, de délier les reins des rois et d’ouvrir les portes devant lui. J’irai devant toi et je dresserai les chemins tortus; je romprai les portes d’airain , et je mettrai en pièces les barres de fer. » Battus en campagne , les Babyloniens se retirèrent dans leur ville forte, où leur roi Nabonetus avait assemblé de grandes provisions, et, ù l’abri derrière leurs murailles, ils se moquaient des Perses. Mais un jour qu’ils célébraient une grande fête et qu’ils se réjouissaient, les Perses, après avoir conduit l’eau de l’Euphrate par des canaux et formé un lac artificiel, pénétrèrent nuitamment dans la ville, frappèrent le roi dans son palais et conquirent le pays (o38). Parlé, la Syrie, la Palestine et la Phénicie tombèrent également au pouvoir des Perses, et ainsi le chemin de l’Égypte fut ouvert devant eux. Cyrus rendit aux Juifs captifs les vases du temple et les ustensiles sacrés, que Nébucadnetsar avait autrefois enlevés de Jérusalem, et leur permit de retourner dans leur patrie (§ 41). Ils devaient vraisemblablement lui préparer les voies pour se rendre en Égypte. 3Iais une expédition malheureuse contre le peuple nomade des Massayètes de la mer Caspienne, amena la ruine du roi victorieux avant qu’il pût tourner ses armes contre la vallée bénie du Nil. Une grande partie de l’armée

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ennemie, avec son chef, un fils de Tomyris, reine des Massagètes, tomba entre les mains de Cyrus, co qui aflligea tellement le vaincu qu’il se donna la mort, quoique Cyrus lui eût laissé la liberté. La reine, enflammée de colère, assembla tout son peuple autour d’elle et livra aux Perses, sur le fleuve Jaxartes, une bataille dans laquelle Cyrus péritavecle noyau de son armée (ü 2!)). Le cadavre du puissant roi des Perses, qui tenait sous son sceptre tous les peuples depuis la mer Méditerranée jusqu’à rindus, fut livré en pâture aux moqueries d’une femme. Tomyris lui plongea la tête dans une outre remplie de sang humain en disant : « Maintenant, rassasie-toi de sang, toi qui ne pouvais jamais en avoir assez pendant ta vie. »

§ 46. Cambyse. Le belliqueux fils de Cyrus, Cam- BYSE, le conquérant de l’Égypte, ne régna que sept ans (829-521). Mais cet espace fut plein de calamités pour les habitants du Nil comme pour les Perses. Le malheureux roi Psamménit, qui tomba au pouvoir du vainqueur après la bataille de Péluse (§ 28) et la conquête de Memphis qui en fut la suite, fut forcé de voir maltraiter son peuple et outrager ses enfants. Cambyse, irrité de ce qu’autrefois le roi d’Égypte lui avait refusé sa fille et lui avait seulement accordé pour épouse celle de son prédécesseur, obligea la fille du roi et les jeunes filles les plus distinguées du pays à prendre des habillements d’esclaves et à porter de l’eau, etordonna de mettre à mort le fils du roi avec deux mille jeunes Égyptiens. Tandis que tous les assistants éclataient en gémissements à la

PEUPLES orientaux. — MÊDES ET PERSES. 175

vue de pareilles souffrances, Psamménit seul ne versa pas une larme. Mais il commença à se lamenter quand il vit passer devant lui l’un de ses anciens commensaux qui, devenu mendiant dans sa vieillesse, demanda une aumône aux soldats. Cambyse l’interrogea pour savoir pourquoi il pleurait; il répondit : « Mon infortune domestique est trop grande pour être pleurée, mais le besoin d’un ami est digne de larmes. » L’intensité d’une pareille douleur toucha Cambyse liii-nnême de compassion et il traita le roi avec une douceur plus grande. Mais lorsque plus tard celui-ci eut été convaincu d’avoir voulu pousser les Égyptiens à la révolte, il fut condamné h boire du sang de taureau qui le fit mourir à l’instant. — Mais l’ardeur guerrière du roi fut également préjudiciable aux Perses. Non content de la soumission du fertile pays d’Égypte, Cambyse résolut aussi de conquérir l’Étliiopic abondante en or et l’ancien état sacerdotal d’.4mmona/m fondé sur l’oasis de Siwah et dont le centre était le temple de Jupiter Ammou aux cornes de bélier. L’une des deux armées périt de fatigue et de faim dans les déserts de Libye, l’autre fut dévorée par d’effroyables tourbillons de sable. Cambyse revint furieux è Memphis. Il trouva la ville au milieu des réjouissances, car un nouvel Apis (§ 8, 3) était apparu. Rempli du soupçon ténébreux que le peuple se réjouissait de sou désastre, il traita les Égyptiens et particulièrement les prêtres avec la plus excessive cruauté. Après (lu’il eut tué l’Apis de sa propre main, il fit torturer et supplicier les prêtres et le peuple, et se livra h des

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fureurs sans mesure et sans fin. Aussi, lorsqu’il se fut blessé par hasard de sa propre épée, la haine du peuple opprimé attribua sa mort prématurée aux dieux égyptiens qui vengeaient ainsi la profanation de leurs temples et de leurs sanctuaires.

§ 47. Darius. Peu de temps avant la mort du cruel Camhyse, un soulèvement avait éclaté à Siize, sous l’impulsion des prêtres et des mages, pour renverser la domination des Perses et effectuer l’unité du royaume. A la suite de ce mouvement, un mage se fit passer pour Smerdis, frère de Camhyse, que celui-ci avait fait assassiner par méfiance plusieurs années auparavant, il monta sur le trône qu’il occupa quelque temps et chercha h fonder l’indépendance des provinces isolées. 3Iais avant qu’il eût pu réaliser ses desseins, la tromperie fut découverte et le faux Smcrdis tué après un règne de sept mois. Daiuis (ü21-48o), fils d'IDjstaspes, de la famille des Achéménides, arriva ensuite au trône. On raconte que son élévation eut lieu par le concours des sept principaux seigneurs du royaume, à la suite d’un jugement de Dieu, son cheval ayant henni le premier au lever du soleil. Darius joignait îi l’éclat de son origine la pénétration et la constance de l’homme d’État et le courage du guerrier; il était, en outre, un pieux sectateur de la doctrine de Zoroastre, mais sans l’intolérance fanatique de son prédécesseur Camhyse, et, comme époux d’Atossa, fille de Cyrus, il était cher au peuple. Il régna durant 36 ans avec énergie et prudence. Il divisa son royaume en vingt satrapies ou gouvérnements, et régla l’administra-

tion et l’assiette de l’impôt. De même que ses devanciers, il fit de grandes guerres, rendit l’Arabie tributaire et étendit les frontières de son immense empire jusqu’à l’Inde, au nord de l’Afrique et aux steppes arides de la Scytbie. Mais ses armes ne furent pas toujours victorieuses. Les Scythes nomades du bas-Danube se retirèrent avec leurs troupeaux et leurs lentes et livrèrent des champs dévastés et des bruyères nues aux ennemis, que le manque de subsistances réduisit bientôt à la dernière extrémité, et qui, poursuivis par les Scythes, auraient péri sur les rives mêmes du Danube, si les princes grecs auxquels la garde du pont était confiée avaient pu s’entendre pour le détruire, comme le conseillait l’athénien 31iltiade, qui commandait alors dans la Cbersonèse thracique. Darius fut plus heureux en comprimant les révoltes qui éclatèrent dans son royaume. Il gagna di.x-neuf batailles et fit prisonniers neuf rois qui s’étaient élevés en souverains indépendants dans les diverses provinces de la Perse. Babylone qui, sous un descendant de la famille royale de Chaldée, tenta de s’aftranchir de la domination persane, fut reconquise par la ruse et le dévouement d’un seigneur persan nommé Zopyre, qui se mutila lui-même pour gagner la confiance de l’ennemi. Babylone, aussi bien que 3Iilet et les villes grecques de l’Asie-Mineurc, expièrent leurs tentatives d’insurrection par une dure servitude. Pour perpétuer par un monument symbolique la difficile réalisation de l’unité du royaume, Darius fit construire par des architectes indigènes et étrangers

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la nouvelle capitale de Persépolis, qui devint pour le royaume entier, ce qu’était pour la province dePerse la ville de Pasargnde, c’est à dire camp des Perses.

§ 48. .Mœurs, institutions et gouvernement des Perses. Tribus et Familles. La Perse, par sa disposition naturelle, était aussi propre à la vie agricole et jiastorale qu’à la production de montagnards belliqueux. Les dix tribus du peuple (tribus nomades, tribus agricoles et tribus guerrières) se répartirent selon leurs trois occupations, mais la souveraineté ne résida qu’entre les mains des trois tribus exercées au maniement des armes, parmi lesquelles \cs Pasargades, dont la plus noble famille, celle des AcnÉME'xiDEs, donna au peuple ses rois, occupaient le premier rang. C’est dans leur sein qu’on choisissait les dignitaires du royaume, les olliciers et l’entourage, tes « parents » et les « commen.saux » du roi. Les Perses formaient à l’égard des autres tribus, une aristocratie dominante. Ils étaient exempts d'impôts, et chaque fois que le roi arrivait dans leurs districts, il était d’usage qu’il distribuât au (leuple de l’argent et des présents. — Helioiox. La doctrine d’Orniu.^d (§8, 2), révélée par Zoroastre, fut constituée en plusieurs parties par les Per.ses. Le feu sacré et le soleil auquel on consacrait des chevaux blancs, formaient le centre du culte persan qui repo- ■sait sur le service des astres et de la nature Le culte de ililhi os qui était symbolisé sous la figure d'un jeune homme qui immole un taureau, avait également du rapport avec le culte du soleil et des étoiles. La tribu mède des Mages s’iinjilanta chez les Perses, mais sous le despotisme militaire elle perdit sa pui.ssance et son importance primitives. Vie de cour. Le despoti.sme le plus effréné régnait en Perse; le roi était revêtu de la consécration religieuse et en même temps de la toute-puissance patriarcale d’un jirincc nomade. Devant lui, chacun était esclave; la vie de tout le monde était entre ses mains. Quiconque paraissait en sa présence devait se prosterner et baiser la terre. De même que le trône d'Ormuzd était environné d’esprits lumineux, de même le trône du roi de Perse, son

représentant, était entouré d'un nombreux et brillant état de cour, entretenu avec le plus grand luxe, et ayant à sa tête sept grands dignitaires et un conseil sacerdotal supérieur de juges, de devins, d’interprètes des signes, etc. Les oflices de grandéchanson, d’archer, de portier, de bâtonnier, et beaucoup’ d’autres, étaient des emplois d'honneur des Perses de haute condition, (|ui étaient récompensés jiar des présents, par des mets de la table du roi et par d’autres martiues de distinction. Le roi et sa cour étaient défendus par une garde du corps <jui consistait en 2,000 cavaliers d’élite et en un nombre égal de lanciers à pied, dont les lances étaient ornées de grenades d’or et d’argent. La table royale était couverte des mets et des rafraîchissements les plus ex(iuis, apportés des régions lointaines. La cour changeait de résidence selon les saisons; elle passait riiivcrdans la chaude Babylone; le printemps à Suze, l’été dans la fraîche Ecbatane. Des jardins fruitiers (paradis) et des parcs giboyeux ajoutaient aux ralTmements de joui.ssance des rois de Perse pendant leurs voyages. Des chaussées reliaient les provinces aux capitales, et des courriers d’État à cheval étaient chargés des lettres et des messages royaux à toute heure et en toute saison. Rien n’égalait la célérité de ces • courriers. A tous les endroits dont l’accès était dillicile, aux ponts et aux délités, des postes visitaient les lettres et les voyageurs, afin d’cmi)ècher les conspirations. La route de Sardes à Suze avait 111 stations de ce genre. — Le faste des rois de Perses se décelait surtout dans leur harem, où des troupes de femmes avides et intrigantes, auxquelles on allouait souvent les revenus de villes et de provinces entières pour subvenir aux dépenses de leur toilette et de leur parure , exerçaient une inlluence funeste sur le gouvernement et sur la cour. — Administration. Le pays entier était considéré comme la propriété du roi, tous les imiiôts perçus sur les peuples assujettis, comme les revenus qui découlaient des droits royaux {régaliens), et les présents volontaires entraient dans les caisses privées du souverain. Les provinces étaient gouvernées par des satrapes qui, à l’exemple du roi, s’entouraient d’un train nombreux et fastueux, pour l’entretien duquel ils exigeaient de

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toutes les parties de leur domaine des impôts en argent et en nature. Comme les satrapes étaient pour la plupart des parents du roi et ([u’ils étaient investis d'un grand pouvoir, les provinces ne trouvaient aucune proteclion contre leurs exactions et leur administration oppressive; dès que les gouverneurs livraient régulièrement à la cour les impôts annuels dont ils étaient redevables, ils pouvaient agir 'et ordonner selon leur caprice et contenter leur cupidité ou leur soif de jouissances. Lorsque le pouvoir civil et le pouvoir militaire qui étaient séparés dans l’origine, furent réunis dans les mains des satrapes , ceux-ci devinrent si puissants, qu’ils s’inquiétaient peu des ordres du roi et entraient souvent en guerre ouverte avec le souverain ; ils préparèrent ainsi par degrés la dissolution intérieure du royaume. C’est pourquoi aussi la surveillance et le chûtimcnl des coupables et des suspects devinrent de plus en plus rigoureux ; l'edroi maintenait l'obéissance ; les personnages les plus considérables étaient condamnés à une mort ou à des mutilations cruelles ; des espions secrets et des allidés que i’on nommait « les yeux et les oreilles du roi, » rendaient compte de la conduite des gouverneurs et des fonctionnaires; la délation était encouragée et récompensée. — Outre la charge des impôts, rentrelien d’une nombreuse armée, composée en partie de troupes mercenaires, était un lourd fardeau pour les i)rüvinces. Sous fous les rapports, le royaume pcrsc-mèdc était et resta un assemblage de parties constitutives hétérogènes, reliées extérieurement d’une façon entièrement mécani(iue, mais sans cohésion intime, sans autre levier et .sans autre moteur que rinlimidation et la terreur, une agrégation de pays et de peuples, d’autant moins rattachés au centre de l’Etat qu’ils en étaient plus éloignés. — En revanche, le despotisme persan ménageait les particularités locales des provinces; satisfait lorsque les ordres royaux étaient exécutés, le gouvernement perse laissait aux iieuplcs assujettis leurs institutions i)ropres, leurs mœurs cl leurs coutumes, leur foi et leurs rites, parfois même leurs [irinces indigènes; et pourtant les provinces tombaient peu à peu dans la barbarie, car aucune législation déterminée ne les i)réservail de la tyrannie

des satrapes et de leurs serviteurs , et lors même que leur nationalité n’était pas anéantie par la ruse ou la violence, elle souffrait pourtant de la perte de l'indépendance politique, en l’absence de laquelle l’esprit national est incapable d’élan et de développement. — Armke. La force armée des Perses était énorme, jiarcc que tout sujet en état de |)orter les armes était astreint au service militaire. L’armée était disséminée sur tout le pays dans des places fortes et des places de revue, et, au moment du besoin seulement, elle était réunie par une convocation générale. L’élite des troupes se composait de 10,000 fantassins appelés « Immortels, » parce que ce corps était toujours au complet, chaque vide étant aussitôt comblé. L’habillement et l armcmcnt étaient très divers, car leS différentes peuplades qui composaient les divisions de troupes conservaient leur uniforme national et leurs armes spéciales, ce qui présentait un aspect très bigarré. De.s femmes, des enfants et toutes sortes de bagages suivaient aussi l’armée. Quinte-Curce décrit ainsi (111, 3) le train d’une armée perse : Le signal était donné de la lente du roi, au sommet de laquelle se trouvait, afin que tout le monde pût la voir, une image du soleil. Le feu sacré était porté sur des autels d’argent, entourés de prêtres qui chantaient de saints hymnes. Ils étaient suivis de 3G5 jeunes gens vêtus de pourpre, d’après le nombre des jours de l'année. Le char consacré au dieu suprême, le soieil, était tiré par des chevaux blancs conduits par des domestiques habillés de blanc et portant des bétons d’or. Derrière eux, venait le cheval consacré au soleil, d’une grandeur insigne. Dix chariots couverts d’or et d’argent le suivaient, ainsi que la cavalerie de douze nations dans ses uniformes spéciaux et avec les armes en usage chez chacune d’elles. Ensuite venaient les Immortels, au nombre de 10,000, ornés de chaînes d’or et de tuniques é manches longues, tout étincelants de i)ierreries. A quelque distance se présentaient 13,000 nobles qui portaient le titre honorifique de « parents du roi ; » ils étaient couverts d habillements qui, par leur pompe et leur luxe, ressemblaient plus à des vêtements de femmes qu’à des vêtements d'hommes. Les 11 porte-lance » précédaient le char dans lequel s'avançait

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le roi ([ui dominait la foule de beaucoup. Aux deux côtés de ce char, se trouvaient les images des dieux en or et en argent. Le joug était garni des pierres précieuses les plus rares; deux ligures d'or, celles de Mnus et de llélus, longues chacune d’une aune, étaient placées au devant, et entre elles un aigle aux ailes déiiloyées. Le roi était remarquable parle faste de scs habits, brodés de faucons ou d’autours (les oiseaux d’Ahurainasda), sa ceinture d’or où pendait un sabre, dans un fourreau richement garni de pierreries, et la mitre dont il était coiffé. A son côté, marchaient à droite et à gauche, 200 de ses plus nobles « parents; » 70,000 guerriers aux hallebardes d’argent avec la partie supérieure en or, suivaient le char royal. Les rtievaux de main du roi, au nombre de 40, et trente mille fantassins fermaient la marche. A la distance d’un stade, la mère et la femme du roi suivaient sur des chars, üne grande quantité de femmes et de servantes de la reine les escortaient à cheval. — Quinze litières {armamuaw) renfermaient les enfants du roi et leurs précepteurs et gardiens. GOO bêtes de somme et 300 chameaux, environnés d’archers, portaient les trésors du roi. Les amis et les parents des femmes royales étaient accompagnés d’une quantité innombrable de cuisiniers et de serviteurs. Les troupes armées à la légère fernmient le cortège. Le roi et les satrapes avaient des gardes du cori)s (trabans, satellites) Lorsque l’emploi de troupes mercenaires .se fut établi, l’ancien esprit belliqueux des Perses disparut peu à peu. — Les Perses se sont peu occupés de sciences et de littérature ; par contre, les ruines grandio.scs de Persépolis, consistant en débris de châteaux et de palais royaux avec des portiques, des colonnades, des escaliers de marbre et des murailles jjleines d'inscriptions et de sculptures, aussi bien qu’en tombeaux des rois et en innombrables restes de statues, de bas-reliefs et d’autres ouvrages de sculpture qui rei)ré.scntent des dieux et des animaux symboliques, des peuples assujettis, des mes.sagers qui apportent des présents et des courtisans richement habillés, attestent que, dans les arts, notamment en architecture et en sculpture, les Perses ne sont pas restés en arrière des autres peuples polices de l'Orient.

§ 49. RESULTATS. Si nous jetons en terminant un refïard en arrière sur les peuples que nous avons désignés sous la qualification générique de « orientaux, » nous découvrirons , malgré la vaste étendue des territoires qu’ils habitaient et la diversité de leurs formes de développement, certaines particularités caractéristiques , d’après lesquelles nous pourrions les classer en groupes dépeuplés, déterminés par des parentés intimes. Au seuil de l’histoire, nous rencontrons à l’extrême Orient la nation chinoise, dans laquelle la race mongole a atteint le point culminant de sa civilisation. Comme leur organisme typique et leur culture stagnante fut repoussée par la race caucasique plus énergique, l’influence des Chinois ne s’étendit que sur les peuplades du voisinage, et fut presque nulle sur le développement général de l’humanité. Il n’en fut pas de même du peuple égyptien, qui, placé au nord-est de l’Afrique, au point de jonction des deux parties du monde oriental, eut une civilisation moins concentrée que celle des Chinois. Les Égyptiens, sortis d’un mélange du sang éthiopique et du sang caucasique, n’étaient pas appelés è entrer dans l’histoire comme les porteurs de l’étincelle divine qui anime l’humanité, quelque grande qu’ait pu être, sur la race caucasique dans son enfance et dans sa jeunesse, la puissance des éléments d’éducation qu’ils ont engendrés. Les habitants du Nil créèrent avec une patience et une persévérance admirables ces formes arrêtées dans lesquelles ils moulèrent leur vie religieuse et artistique et toute la variété de l’existence

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terrestre, qui imposèrent par la puissance de leur impassibilité à l’esprit mobile des peuples juvéniles de l’antiquité européenne et qu’eux-mêmes conservèrent durant des siècles avec toute la ténacité du caractère oriental. Les Égyptiens cbercbèrent même à mettre des bornes à la puissance de la mort qui conduit h la dissolution tout ce qui a été créé afin de fournir une nouvelle carrière à la force vitale éternellement productive, ou au moins ils tentèrent de soustraire ù son action destructive la forme et le corps humains. L’ordre éternel et la régularité qu’ils observaient dans la marche des corps célestes, la périodicité des inondations qui fertilisaient leur pays, pénétrèrent toutes les manifestations de leur existence , dominèrent leur vie entière. Comme leurs pyramides et leurs momies, toute la civilisation des Égyptiens resta une branche desséchée de l’arbre de vie de l’humanité. Entre ces deux nations de la forme raide et de l’immobilisme conservateur, sont situées deux races qui exercèrent la plus grande inlluence sur les progrès du genre humain , les Ariens et les Sémites. Dans les conceptions de ces deux groupes de peuples, se trouvent les germes de toute notre civilisation occidentale. Quoique jusqu’ici nous n’ayons considéré que deux grandes familles de là souche arienne, les Indous et les Iraniens, dans leurs ramilications en Bactres, en Mèdes et en Perses, cependant chez quelques-unes d’entre elles la force intellectuelle, morale et physique a une telle importance, qu’il est impossible de contredire l’opinion qui en fait dériver les principaux

peuples de l’Europe. Les Ariens de l’Inde et de l’Iran déployèrent des formes de culture qui, sortant de la même racine, prirent diverses directions par l’influence du milieu physique. Dans la région fertile du Gange, où, sous un ciel riant, les plaines et les forêts s’étalent avec une rare opulence, les Ariens suivirent leur penchant inné au repos et h la contemplation, et se livrèrent si exclusivement à la vie de l’âme et de l’esprit, que la nature et le monde perdirent à leurs yeux toute vérité et toute réalité, qu’ils se détournèrent de la vie pratique et active, et ne trouvèrent satisfaction que dans les domaines de l’imagination, dans la contemplation de la Divinité. Les prêtres et les philosophes peuplèrent le ciel et la terre d’un essaim de dieux et d’esprits , qu’ils ramenèrent à l’unité par l’idée impersonnelle de Brahma comme esprit primitif et âme du monde. Cette conception de Brahma fut bientôt portée à un tel degré d’abstraction par la surprenante activité d’esprit des tl*éologiens de l’Inde, qu’elle perdit toute figure et devint insaisissable pour la masse. Le peuple continua à adresser ses prières et ses sacrifices aux anciennes puissances physiques et s’édifia par les légendes et les merveilles dont les Brahmanes remplissaient son imagination pendant qu’eux-mêmes s’élevaient de plus en plus dans leurs spéculations. Pour eux, Brahma seul, le pur esprit d’où tout procédait et vers lequel tout retournait dans un cours éternel, avait une existence véritable; tout le reste n’était qu’apparence et illusion des sens, dont le sage devait s’affranchir à toute

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force. Lorsque la cliair avait été mortifiée par un ascétisme rigoureux, que tout désir sensuel avait été étouffé et que l’existence corporelle était pour ainsi dire éteinte, alors seulement pouvait s’effectuer le retour vers la divine force première, l’âme humaine pouvait trouver, dans le sein de Brahma, le repos auquel elle aspirait. Quelqu’atténuation que reçût plus tard ce panthéisme qui absorbait tout, par la réaction du rationalisme bouddhiste, le caractère indien était cependant tellement éloigné de la vie matérielle et positive , que cette réaction même ne produisit aucun changement essentiel dans la vie populaire, qu’aucune impulsion vigoureuse ne fut donnée et que la route vers la véritable humanité ne fut pas frayée. L’homme et la nature n’avaient de valeur pour l’Indien qu’en tant qu’ils étaient sortis de Brahma; l’amour du prochain ne franchit jamais les limites des castes, il s’éleva à peine jusqu’au sentiment national et au patriotisme; l’amour de l’humanité en général était inconnu sur les bords du Gange et de l’Indus. — La vie intellectuelle se constitua autrement chez les Ariens dans l’Iran où les oppositions de la nature et du climat, le contraste entre des plaines fertiles et des déserts de sable, les intermittences de soleil ardent et de froid rigoureux, engendrèrent la croyance à une double puissance divine, et où les peines et les luttes pour la conservation de l’existence rendirent le peuple plus viril et plus énergique. Dans l’Iran, le pays des contrastes, la notion de Dieu ne pouvait arriver à l’unité comme dans la ravissante contrée

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du Gange; le dualisme irréconciliable que l’Iranien découvrait dans le monde de la réalité, devait se refléter dans ses idées religieuses. 11 imagina au dessus et en dehors de la nature un royaume des esprits, peuplé d’une foule de bons et de mauvais êtres qui se proposaient pour but et pour prix de leurs luttes et de leurs efibrts le salut et la perte du monde et de l’humanité. Pour l’Indien, toute la nature est livrée au mal et au néant; pour le Parse, il n’en est ainsi que pour une seule partie sur laquelle domine Ahriman. . C’est pourquoi le problème de sa vie ne consiste pas, comme chez l’Indien, à dissoudre et à anéantir l’existence matérielle, mais à lutter contre les démons portés au mal dans la nature extérieure comme dans l’homme même, afin que les esprits de lumière, les serviteurs d’Ormuzd régnent sans partage. Ce problème pratique et moral formait le fondement de la doctrine de Zoroastre qui était consignée dans le Zend-Avesta et dont l’action était si grande sur la vie ordinaire que les plus anciens écrivains grecs vantent la pureté de mœurs, la droiture et l’activité des Iraniens. Le cérémonial et les préceptes de purifications, à l’aide desquels les Mages enchaînèrent par la suite la vie populaire et entravèrent le libre essor des facultés , n’envahirent cependant jamais la vie pratique au point de paralyser toute initiative énergique et de faire consister toute l’existence en rêves et en pénitences. Les Iraniens eurent un grand épanouissement historique; de puissantes individualités, comme Cyrus et Darius, apparurent; le régime des

castes ne se développa point. Dans l’Inde, l’histoire des hommes se perd dans les mythes de la religion, les figures souveraines se volatilisent en représentants de la divinité, en exécuteurs des lois sacerdotales, le ressort individuel se perd dans la contrainte des castes.— Quoique, chez les Ariens, quelques tendances isolées pussent dominer, quelques exagérations se produire çà et là, toutefois le principal trait national fut un certain équilibre de toutes les facultés de l’àme, un progrès harmonique vers un but. Chez les Sémites, au contraire, les tendances opposées subsistèrent côte-à-côte. Parmi les plus anciens peuples de cette race, qui parvinrent à un état de civilisation, parmi les Babyloniens et les Phéniciens, l’adoration de la force créatrice et productive de la nature conduisit à un culte impur et sensuel, à côté duquel s’établit un sombre culte de sacrifices humains et de mutilations de soi-même, c’est à dire une opposition de plaisirs déréglés de la chair et de soufirances sans mesure. La mollesse et la soif de jouissances alternaient sans transition avec les châtiments qu’on s’infligeait à soi-même. Les Babyloniens cherchèrent dans les astres les lois de la nature et de la vie humaine ; ils furent les créateurs de l’astronomie et de sa fille illégitime, l’astrologie. Ces deux peuples actifs et inventifs tournèrent aussi leur énergie vers le commerce, l’industrie et la navigation, et devinrent dinsi les intermédiaires entre l’Orient et l’Occident; ils portèrent et ils répandirent la civilisation de l’est vers l’ouest. L’adresse et la ruse des Sidoniens, l’auda-.

deux esprit d’entreprise des Tyriens, la richesse et le faste des Babyloniens furent célèbres dans toute l’antiquité. Ils ne négligèrent pas non plus l’art de la guerre, mais ils y furent surpassés par les peuples consanguins des Assyriens de Ninive. Par contre, ils conservèrent la gloire d’avoir établi les premiers un état régulier avec des lois fixes et assuré la liberté personnelle de l’homme contre le despotisme et l’arbitraire. Mais les Assyriens cultivèrent en outre l’architecture et la sculpture, comme le prouvent les monuments remarquables que l’on a découverts de nos jours sous la terre où ils étaient restés enfouis de deux à trois mille ans. Entre les royaumes de Chaldée et d’Assyrie à l’est et le peuple marchand qui dominait la mer sur les côtes phéniciennes à l’ouest, les Hébreux dont les devanciers étaient descendus autrefois des montagnes de l’Arménie et du cours supérieur de l’Euphrate et du Tigre, s’emparèrent de résidences fixes sur les versants du Liban et sur les vertes hauteurs d’Israël et de Juda. Comme envahisseurs, ils traitèrent en ennemie l’ancienne population chananéenne, quoique celle-ci fût leur parente. Cette hostilité, qu’ils accrurent encore par leur exclusivisme national et leurs mœurs, leurs institutions et leurs croyances spéciales, en opposition avec l’essence païenne des peuples voisins, plaça les fils d’Israël dans une position isolée et leur fit maintenir la foi en leur dieu national Jéhovah, auquel ils retournaient toujours avec une nouvelle fidélité et une nouvelle piété après chacun de leurs égare-

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ments passagers. Plus le culte dissolu de la volupté se constituait dans leur voisinage, plus les flammes des autels de 3IoIocli s’élevaient haut, plus aussi ils embrassaient purement et profondément leur conception de Jéhovah. Petit h petit, ils la dépouillèrent de tout élément sensuel, et finirent par la considérer comme une puissance spirituelle et morale, pour laquelle la nature entière n’était plus qu’un marchepied. Les loisirs que leur laissaient la garde des troupeaux et la culture des champs et des jardins, des figuiers et des vignes, étaient consacrés au service do Jéhovah, en l’honneur duquel ils perfectionnèrent la poésie lyrique et les prophètes publièrent leurs sublimes prédictions ; et ils conservèrent le souvenir des exploits auxquels ils furent portés par l’antagonisme des tribus voisines, dans une tradition fidèle qui revêtit des formes historiques quand l’éducation eut progressé. Leur situation entre tes deux grandes puissances conquérantes, l’Assyrie et l’Égypte, les engagea enfin dans des guerres au dessus de leurs forces. Après d’héroïques efforts, Israël succomba d’abord sous les rois belliqueux de Ninive et Juda, ensuite sous le jeune royaume des Chaldéens. Us furent transportés dans les villes des Mèdes et h Babylone, où ils ne trouvèrent que dans la confiance en Jéhovali une consolation et un rempart contre les douleurs de la servitude et les moqueries des étrangers. Mais les jours des Assyriens et des Babyloniens étaient aussi comptés. Ligué avec les Mèdes, le roi de Chaldée, Nébucadnetsar , avait renversé la puissance de

Ninive et conduit Babylone à la victoire et à la souveraineté ; mais du sein du royaume des Môdes sortit le royaume des Perses qui, sous la conduite d’un héros, prit bientôt une extension plus grande qu’aucun des royaumes antérieurs. Non seulement les peuples et les villes sémitiques devinrent des membres du corps gigantesque de la Perse, l’Égypte à son tour obéit aux ordres du souverain de Suze et de Persépolis ; les nombreuses peuplades de l’Âsie-Mineure, et à leur tête le riche Crésus, roi de Lydie, se soumirent à la toute-puissance des Perses, et les villes de commerce grecques sur les côtes de la mer Egée, 'vinrent avec leurs nobles arts, orner comme d’un ourlet de pourpre la robe du « grand roi. » Cependant les Perses ne possédaient pas l’esprit d’ordre et d’organisation, qui aurait été nécessaire pour dominer et relier les divers éléments populaires. Ils laissèrent côte-i\côte, sans cohésion, des tribus et des peuplades, différentes de nature et de religion, de mœurs et de langage, de manière de vivre et d’équipement, — une masse è laquelle manquait l’âme. Appuyésur une foule ainsi assemblée machinalement, le grand roi, dont les États s’étendaient depuis les hauteurs neigeuses (le l’Hindoukbou, jusqu’aux déserts de l’Égypte et aux bouches du Danube, conduisit scs troupes innombrables contre les Grecs, afin de rendre aussi leurs petits États tributaires de son royaume incommensurable; mais ici l’édifice colossal vint se briser contre une puissance mystérieuse, inconnue à l’Orient, contre l’autonomie et la liberté individuelle des Hellènes.

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